lundi 30 avril 2018

Une anthologie de la poésie argentine [Disques & Livres]


C'est un des événements de la Feria del Libro : la présentation de la première anthologie thématique de poésie argentine, publiée en 2017, par la Faculté de Philosophie et de Lettres de la UBA (Université de Buenos Aires).

La sélection est organisée autour de douze thèmes : amour, politique, la terre et le fleuve, langues argentines, exils et parcours, travail, traductions, géographies, violence, Ville et villes : centre-ville et quartiers [périphériques], poétiques et figures existentielles.

L'ouvrage, monté par des enseignants chercheurs du département de lettres de la faculté, compte 432 pages en format 22 x 15. Il est vendu au prix de 400 $ ARG.

Hier dimanche, Página/12 a consacré un long article à ce précieux ouvrage.

Pour aller plus loin :
écouter l'interview du 21 avril sur Radiocut

Les augmentations continuent : le tour du métro [Actu]

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Le métro de Buenos Aires va augmenter à partir de demain et une fois encore à partir du 1er juin. Le réseau dépend du Gouvernement de la Ville de Buenos Aires depuis 2012 et le ticket n'a cessé depuis lors de grimper. Il cumule sur ces six années un taux de hausse de 1.036%.

Demain, le ticket passe de 7,50 $ ARG à l'unité à 11 $ et il coûtera 12,50 en juin.

Le tarif réduit, dit tarifa social, passe quant à lui de 4 à 6 $ demain et à 7 $ en juin.


Depuis plus de deux ans, il faut posséder une carte magnétique (SUBE [traduire : Monte]), prépayée et rechargeable, pour utiliser le réseau. La carte SUBE permet d'accéder à des réductions qui dépendent du nombre de trajets effectués dans le mois (et il faut en faire beaucoup pour accéder à quoi que ce soit dans ce genre).

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12.

Ajout du 27 juin 2018 :
lire cet éditorial de Pino Solanas, le cinéaste et sénateur d'opposition, contre la politique tarifaire pratiquée par cette majorité ultra-libérale, parue ce matin dans Página/12

Nouveau disque de Fito Páez [Disques & Livres]


Le rockeur Fito Páez, compositeur et interprète de ses propres chansons, a sorti en novembre dernier un nouvel album, La Ciudad Liberada (la ville libérée), pour lequel il a choisi un montage outrancier où il pose comme une femme nue. Une jaquette qui a fait couler beaucoup d'encre. Páez n'en est pas à sa première provocation.


Hier, au Luna Park, il faisait la première présentation sur scène de ce nouveau disque, qui donne naissance à un nouveau tour de chant.

La critique est élogieuse.

Pour aller plus loin :
écouter l'interview de l'artiste sur Radionica Rocks
L'album est en téléchargement payant sur Spotify.

vendredi 27 avril 2018

Grand chahut à l'inauguration de la Feria del Libro [Actu]

Les incidents du Salon du Livre ont droit à la photo de une
On y voit le moment où le ministre national de la Culture est interrompu
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Hier, s'ouvrait le quarante-quatrième Salon du Livre de Buenos Aires et pour la première fois, en presque un demi-siècle, les ministres de la Culture, du gouvernement national et de la Ville, ont été interrompus lors des discours inauguraux par des manifestants qui militent pour le droit à l'avortement (actuellement en discussion au Congrès) d'un part et qui entendaient, d'autre part, contester la politique néolibérale qui veut imposer une réforme de l'université par la fusion de toutes les institutions de formation de formateurs à Buenos Aires (UniCABA), alors que chacune de ces 29 écoles a son histoire, s'enorgueillit de ses résultats et craint (1) que la réforme cache (mal) l'intention de réduire les budgets et, par conséquent, l'autonomie pédagogique de chaque entité, et non pas seulement les coûts de fonctionnements pour le contribuable. Et il n'en faut pas beaucoup actuellement pour que le monde universitaire et culturel s'embrase.

Le ministre national de la Culture, Pablo Avelluto, a abandonné la scène en traitant de fascistes les manifestants [en Argentine, "fasciste", cela veut dire dictatorial, cela n'a rien à voir avec la réalité idéologique du fascisme historique).
Quant au ministre de la culture de Buenos Aires, il a renoncé à parler et cédé la parole à l'auteure chargée de faire le discours d'inauguration, une intellectuelle kirchneriste (2) qui a aussitôt pris le micro pour se solidariser avec ceux qui perturbaient la soirée.

Clarín a préféré traiter cette information dans un titre secondaire
en haut de la colonne de droite
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Après l'effacement des ministres, le président de la Fondation El Libro, qui organise la manifestation, a pu reprendre la parole pour rappeler la crise que traverse le secteur du livre en Argentine.

Pour aller plus loin :
lire l'article de La Prensa sur les déclarations du président de la Feria del Libro



(1) A moins qu'il ne s'agisse que d'une manipulation politique car l'opposition péroniste est très remontée, elle n'est pas à un mensonge près lorsqu'elle expose ses raisons de s'opposer, or elle vient d'être attaquée durement par la mise sous tutelle du Partido Justicialista récemment ordonnée par la justice fédérale... Les péronistes peuvent avoir tenté d'instrumentaliser les peurs des étudiants et de certains professeurs. Pour ma part, je suis intervenue dans l'une des écoles dont les étudiants ont participé à la manifestation d'hier et ces mêmes étudiants occupaient alors les locaux. Ils n'étaient pas violents mais ils étaient bien décidés à ne rien lâcher.
(2) Sous la présidence de Cristina Kirchner, il était rare que des intellectuels de l'opposition aient droit à de telles tribunes...

La Banque Centrale cherche à freiner la chute du peso [Actu]

Une d'hier, à la Tex Avery

En décembre 2015, lorsque le gouvernement actuel a soudain libéralisé la circulation du peso, qui était alors soumis à une régulation très stricte (sur le papier), on avait beaucoup craint qu'il grimpe d'un coup à 15 $ ARG pour 1 USD. Or il s'était arrêté aux environs de 13 pour 1.

Mais ce beau temps est terminé. La reprise de l'endettement souverain et de l'inflation monte le dollar à des taux inouïs pour les Argentins : il a clos la journée d'hier à plus de 20 contre 1.

Une fois n'est pas coutume : La Prensa faisait un trait d'esprit ce matin
Gros titre : Vert vif
(pastiche de l'expression qui s'applique par exemple au fer rouge)
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La Banque centrale a donc vendu en deux séances plusieurs milliers de millions de dollars de réserve sans parvenir à freiner la hausse qui aggrave la crise économique d'une Argentine qui a rouvert ses frontières et importe à nouveau y compris des biens manufacturés et des aliments qui font concurrence aux produits nationaux. Pour les touristes, c'est l'aubaine ! Triste aubaine, en vérité.

Página/12 a choisi d'en faire ses deux unes d'hier et d'aujourd'hui, avec le ton sarcastique qui caractérise ce titre, tandis que les autres journaux mettaient aussi l'affaire en une, mais avec une tonalité plus neutre.

Une de ce matin
Gros titre : il se barre !
Cela s'appelle avoir de la suite dans les idées

Pour aller plus loin :
dans la presse d'hier
dans celle d'aujourd'hui

jeudi 26 avril 2018

Ouverture de la Feria del Libro [à l'affiche]

La Feria del Libro fait la une de La Nación avec la photo centrale !

La plus grande manifestation du livre d'Amérique du Sud ouvre ses portes à 14h aujourd'hui, dans le quartier de Palermo, au parc des expositions qui appartient à la Sociedad Rural, l'organisation patronale du très puissant secteur agricole argentin : c'est la Feria del Libro de Buenos Aires, qui a pour invitée d'honneur cette année la ville de Montevideo.

J'aime beaucoup les livres qui parlent chez Rep. Ils ont beaucoup à dire !
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Le Salon du Livre ouvre ses portes aujourd'hui !
Le livre en vedette : Tel que vous me voyez,
moi, on m'a acheté au premier salon du livre (1).
Eh bien, je suis toujours là !
Dans les rayons : Bravo ! Vachement en forme !
Un vieux de la vieille !
Vignette parue sur Página/12 ce matin (2)
Traduction © Denise Anne Clavilier

Aujourd'hui, l'entrée est gratuite en nocturne, à partir de 20h. Il en ira de même après-demain samedi. Le reste du temps, l'entrée est payante, à hauteur de 80 $ ARG, du lundi au jeudi, et à 120 $ ARG du vendredi au dimanche. Un grand nombre d'institutions distribuent des entrées gratuites ou à tarifs réduits, grâce à des accords négociés avec la Fondation El Libro, l'organisateur, ou parce qu'elles disposent d'un stand propre ou partagé.

Le club de Boca Juniors a choisi de déguiser son stand en Caminito
ce haut-lieu (hideux) du tourisme le plus éculé, à deux cents mètres du stade de la Bombonera
(Ne vous y engagez jamais à pied ! C'est très dangereux)
On reconnait les couleurs et le blason légendaires
du célèbre club footeux que présida un jour Mauricio Macri,
aujourd'hui président de la Nation et pas fan de lecture...

Comme tous les ans, pendant trois semaines, le salon propose pléthore d'activités, en particulier des dédicaces d'auteurs, des conférences, des tables-rondes, des projections, des récitals et autres concerts, des ateliers de toutes sortes pour les petits et les grands.

Toute la presse évoque le sujet dans les éditions de ce jour. Aperçu :
lire l'article de Página/12 sur la crise que traverse le marché éditorial argentin en ces temps de politique néolibérale où la culture est regardée de haut par les pouvoirs publics
lire l'article de Página/12 sur la bonne santé du livre jeunesse, qui résiste à la crise ambiante (comme il le fait en France aussi)
lire l'article de Clarín sur la manifestation
lire dans Clarín l'interview de Vargas Llosa, le prix Nobel de littérature péruvien, icône intellectuelle de la droite libérale sur le continent



(1) Il y a donc plus de quarante ans.
(2) Página/12 vient de lancer une opération d'abonnement en ligne pour accéder au journal intégral en pdf, afin de se financer dans une Argentine où la presse d'opposition commence à rencontrer de grosses difficultés économiques.

mercredi 25 avril 2018

Juanjo Domínguez demain au Palacio Carlos Gardel [à l'affiche]


Juanjo Domínguez présentera demain à la Academia Nacional del Tango son disque hommage au guitariste de Carlos Gardel, Guillermo Barbieri. Pour l'occasion, il sera accompagné, entre autres, par le guitariste Moscato Luna et par le président de l'institution, Gabriel Soria, grand collectionneur de documents historiques (disques, films, archives télévisuelles et radiographiques) et donc éminent connaisseur du compositeur et de l'instrumentiste que fut Guillermo Barbieri.


J'avais déjà fait un premier article sur ce disque, qui avait fait l'objet d'un papier dans Página/12 il y a quelques semaines. Cliquez sur le nom de Domínguez dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, pour en savoir plus.

Jeudi 26 avril 2016, au Palacio Carlos Gardel, Academia Nacional del Tango, avenida de Mayo 833.

Entrée libre et gratuite.

Soirée folklore au Mala vida Club [à l'affiche]


Demain jeudi 26 avril 2018, à 21h, le Mala vida Club, de la rue México (dans le sud de Monserrat, même si ça fait plus chic et plus bohème de dire que c'est à San Telmo), présente deux formations de folklore : le Grupo Vocal Argentino (un sextuor de chanteurs ténors, barytons et basses, accompagnés d'un guitariste et d'une charanguiste) et le Ahí Veremos Trío.

Rappelons qu'en Argentine, il n'y a aucune dimension passéiste, ou nostalgique ou revendicatrice de quoi que ce soit qui viennent d'antan dans le folklore, qui est le nom de la musique actuelle des zones rurales du pays, tandis que le tango et le rock sont celles des grandes villes.

Entrée : 150 $ ARG.

Bonne soirée.

mercredi 18 avril 2018

Milonga de la Uni d'automne [à l'affiche]


Le CETBA proposera vendredi 20 avril 2018 sa traditionnelle milonga mensuelle, La Milonga de la Uni, rue Agrelo, avec ses deux cours, pour les débutants à 21 et pour les autres, à 22h, son buffet et sa tombola.

DJ de luxe : Gabriel Soria, le président de la Academia Nacional del Tango et le directeur du Festival de Tango de Buenos Aires, qui fera danser tout le monde avec sa collection de vinyles !

Entrée gratuite.

Demain, Rudi Flores ramène sa guitare au Mala vida Club [à l'affiche]


Le grand guitariste correntino Rudi Flores, qui s'est installé à Paris il y a bien des années, se produira demain, jeudi 19 avril 2018, à 21h, México 311 (à Monserrat, mais ça fait plus artiste de dire San Telmo), avec son trio et deux invités.

Entrée : 150 $ ARG

Rudi Flores est avant tout un musicien de chamamé, la musique typique de sa province natale, actuellement candidate à l'inscription au Patrimoine de l'humanité.

Belle soirée en perspective.

El Tape Rubín sort un nouveau disque [Disques & Livres]


Alfredo Tape Rubín, un des compositeurs de la génération montante, vient de sortir un nouveau disque, intitulé Cambiando cordaje (changer le cordage), qu'il présentera vendredi 21 avril 2018, au CAFF, Sánchez de Bustamante 772.

Entrée libre et gratuite.

Rubín est l'un des grands acteurs de l'actuelle fusion des genres que vit peu à peu la musique populaire argentine, où le tango, le jazz, le rock et le folklore se rencontrent et font naître quelque chose de nouveau.

Pour l'occasion, le musicien a donné une interview à Página/12 et depuis le 13 avril, l'album est écoutable et téléchargeable en ligne, sur l'outil bandcamp, pour un prix très modique (7 USD minimum).

Le triste sort de la librairie universitaire argentine [Disques & Livres]


La Librairie Universitaire Argentine, LUA, vient de fermer sa boutique située au coin des rues Lavalle et Montevideo, à 100 m. au nord de Avenida Corrientes, parce que le présent gouvernement national lui a coupé les vivres, comme à tant et tant d'institutions culturelles. Or le prix des loyers est exorbitant à Buenos Aires, comme dans beaucoup d'autres capitales (en Europe ici) et il devient presque impossible à un libraire de tenir le coup.

La LUA était pourtant au cœur du quartier du livre et des grandes salles de spectacle. Elle pouvait toucher un grand public de lecteurs auprès duquel elle diffusait, depuis 2013, les ouvrages publiés par les universités nationales de tout le pays. On parle de la faire renaître, dans un autre librairie, avec lequel elle partagera un local à partir de juin prochain.

Hier, Página/12 poussait un nouveau coup de gueule contre cet abandon de toute espèce de souveraineté en matière culturelle du fait du gouvernement néolibéral de Cambiemos. Cette situation va de pair avec la baisse catastrophique du budget de la recherche dont je vous parlais dans mon article du 12 avril dernier. Daniel Paz nous explique la situation avec sa causticité habituelle.


La chercheuse (ou la journaliste) : Pourquoi fermez-vous la Librairie Universitaire ?
Le ministre : Parce que c'est une dépense superflue.
Il y a d'autres choses prioritaires pour dépenser de l'argent
Elle : Le Garrahan ? [célèbre et excellent hôpital de pointe spécialisé en pédiatrie]
Lui : Garrahan ? C'est quoi, ça ? Un fonds vautour ? (1)
Traduction © Denise Anne Clavilier

La LUA dispose d'une page Facebook.



(1) C'est là du vocabulaire de gauche. Les ministres de l'actuel gouvernement n'emploient jamais cette expression trop connotée Cristina Kirchner. Ils parlent de hedge funds, comme en Europe et aux Etats-Unis.

samedi 14 avril 2018

L'inflation tient la forme. Rep, Paz et Rudy aussi ! [Humour]

A gauche : Hier. Qu'ils s'en aillent tous*
A droite : Aujourd'hui. Ils sont tous revenus. Et ils ont fait des petits !

* Slogan des anarchistes et de la gauche révolutionnaire
très à la mode dans les années 1990 et 2000 dans toute l'Amérique Latine
Página/12, 14 avril 2018
Traduction © Denise Anne Clavilier

A la fin de cette semaine, les chiffres définitifs de l'inflation pour le mois de mars ont été publiés et ils sont mauvais : ils atteignent les 2,3% en moyenne pour l'ensemble du mois. Ce qui met à coup sûr hors de portée l'objectif-mantra du gouvernement, qui est de 15% sur l'année.

Légende :
"L'oursin* dans la poche du ministre révèle
les nouvelles tendances salariales de la saison :
des salaires plus bas [petits], qui font le grand écart
et qui sont marrants"
Le crocodile : "la nouveauté, ce qui déboule en force,
ce sont les salaires modèle bonzaï"**

* là où, en français, on parle d'"avoir des oursins dans les poches" pour signaler l'avarice, en Argentine on parle d'un crocodile dans la poche. C'est encore pire ! En Amérique du Sud, il n'y a pas de crocodile mais des caïmans. Ceci dit, les premiers Espagnols qui ont découvert la faune du nouveau continent ne faisaient pas la différence entre les deux animaux, d'où la confusion des noms.
** Le terme utilisé fait référence aux tomates cerise qui se disent cherry, comme aux Etats-Unis.
Página/12, 13 avril 2018
Traduction © Denise Anne Clavilier

Tout s'en ressent. Le panier de la ménagère augmente. De plus en plus d'Argentins taillent dans leurs dépenses, ce qui entraîne une crise de la demande et par conséquent une crise chez les producteurs, qui sont obligés de réduire leur personnel, etc.

La journaliste : Pourquoi avez-vous mis le PJ sous tutelle ? *
Mauricio Macri : pour le faire rentrer dans la norme.
La journaliste : Chouette ! Quand est-ce que vous mettez l'inflation sous tutelle ?
Página/12, 13 avril 2018
Traduction © Denise Anne Clavilier

Cela n'empêche pas les humoristes de Página/12 de retrouver tout leur punch d'antan. Dans la première phase du mandat de Mauricio Macri, j'avais l'impression que si le duo Daniel Paz et Rudy d'une part et le dessinateur et peintre Miguel Rep d'autre part n'avaient rien perdu de leur agressivité contre la droite néolibérale, qu'ils détestent, leurs dessins ne reposaient plus sur le même humour, sur la même acuité dans l'analyse et dans la trouvaille scénaristique et graphique.
Mais les voilà qui sortent du creux de la vague. Ils sont en grande forme, tous les trois !

Le grand : Il a fait de l'évasion fiscale, il a blanchi de l'argent
et on l'a nommé ministre
Le petit : Tu vois ? Après on dit que c'est pas possible...
Página/12, 14 avril 2018
Traduction © Denise Anne Clavilier

Légende :
"L'oursin dans la poche du ministre sort de temps en temps
une de ces métaphores qui fichent la frousse"
Le crocodile : "Les profs et les bas salaires
sont comme deux amants qui se retrouvent".*

* Voir mon article du 9 avril 2018 sur les propos du Président Macri
au sujet de la relation bilatérale entre l'Argentine et l'Espagne
Página/12, 10 avril 2018
Traduction © Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12 sur les chiffres de l'inflation
lire l'article de La Nación d'aujourd'hui sur la baisse de consommation dans les foyers argentins
lire l'éditorial de La Nación d'aujourd'hui sur l'objectif des 15% d'inflation à la fin de l'année 2018.

Ajouts du 18 avril 2018 :
lire l'article de La Prensa sur les pronostics optimistes de Christine Lagarde concernant l'inflation en Argentine (19,2% l'an d'ici la fin de l'année)
lire l'article de Clarín sur le même sujet
lire le billet d'opinion dans La Prensa qui reflète ce que pense la classe moyenne de droite anti-péroniste de la politique actuelle et de l'inefficacité de la politique gouvernementale

ARA San Juan : le scandale continue [Actu]

Entendu avant-hier par la juge d'instruction chargée de l'enquête sur la disparition du sous-marin, le 14 novembre dernier, l'ex-chef d'état-major de la Marine argentine, l'amiral Srur a reconnu que le bâtiment n'était pas en état de naviguer et que ses subalternes lui avaient caché un certain nombre de difficultés très graves. Mes fidèles lecteurs se souviennent peut-être qu'au cours du second mandat de Cristina Kirchner, la présidente avait procédé à de grands changements dans l'état-major de cette arme après un autre incident de commandement : la mutinerie des marins de la Préfecture navale à Buenos Aires, qui s'étaient enfermés et enchaînés au siège de leur direction parce qu'un bruit courait selon lequel ils ne recevraient pas leur solde du mois. Une enquête, sans doute trop rapide, avait conclu à une faute manifeste de commandement. Visiblement, les changements apportés pour y remédier n'ont pas résolu grand-chose.


Pendant que les officiers supérieurs passent à la casserole judiciaire, l'une des veuves d'un sous-mariniers dénonce sur Youtube, par vidéo interposée, le fait que le gouvernement (entendez l'Etat) a abandonné à leur triste sort les familles des disparus qui vont devoir, cinq mois après la tragédie, faire les démarches juridiques de déclarations de décès présumés alors que les pouvoirs publics ne leur ont encore donné aucun document attestant du sort du ARA San Juan et de son équipage. Non seulement il n'y a pas eu de drapeau en berne, de deuil national, de grand-messe officielle pour le repos de l'âme des militaires morts en service, de décorations à titre posthume, mais il n'y a pas même eu une lettre de condoléance ni même un document administratif permettant aux familles de faire les démarches légales...

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur l'appel au secours de la jeune veuve de marin
lire l'article de Clarín sur le même sujet
lire l'article de La Prensa sur les déclarations de l'amiral Srur.

Ajouts du 17 avril 2018 :
lire l'article de Página/12 sur l'audition du ministre de la Défense, Oscar Aguad (UCR, parti second dans l'alliance gouvernementale Cambiemos) devant la commission bicamérale d'enquête parlementaire.
Devant cette instance et en présence de plusieurs membres des familles des disparus, atterrés par son attitude, le ministre a reconnu avoir fait appel à des extralucides pour chercher le bâtiment alors qu'une explication de l'inaction du gouvernement commence à se faire jour : les pouvoirs publics joueraient la montre pour atteindre le délai légal à partir duquel il faudra reconnaître le sous-marin perdu et où on pourra clore l'affaire (en s'exemptant de donner des explications cohérentes sur ce qu'il s'est passé). L'information fait ce jour la une de Página/12
lire le simple entrefilet de La Prensa sur les déclarations du ministre
lire l'article de La Nación sur l'audition du ministre (le journal libéral souligne la promesse de Aguad de faire intervenir une entreprise privée dans les recherches... Pour un bâtiment militaire, quel aveu d'échec !). L'article s'achève sur l'annonce d'une naissance, celle de la fille posthume d'un des membres de l'équipage, cinq mois après la disparition de son papa
lire l'article de La Nación sur la bourse d'études qui sera octroyée à tous les orphelins de l'équipage du ARA San Juan de l'âge de 3 ans à celui de 25.

Ajout du 18 avril 2018 :
lire l'article de La Nación sur l'audition de Oscar Aguad avant-hier

jeudi 12 avril 2018

Les scientifiques revendiquent en chantant [Actu]

Les chercheurs en alerte posent au pied de l'Obélisque à Buenos Aires
Ils ont neutralisé le genre en remplaçant le o du masculin et le a du féminin par un x

Très vite après l'arrivée au pouvoir de Mauricio Macri (10 décembre 2015), la politique de rigueur a été mise en place sous le prétexte, en partie légitime, de régler la dette souveraine sur le marché étranger (c'est-à-dire aux Etats-Unis). Elle a entraîné assez rapidement une cure amaigrissante dans les budgets de la recherche et du développement technologique. Les scientifiques n'ont donc pas tardé à ruer dans les brancards car ils tiennent à leurs crédits et aux bons résultats qu'ils étaient en train d'engranger à l'échelle internationale.

En sous-titre, on lit : "ici, ce dont on a besoin, c'est un peuple bien [instruit]"

Le 20 juin 2017, le jour de la fête du drapeau, en hommage au grand héros de la souveraineté nationale que fut le général Manuel Belgrano (1770-1820), créateur du dit drapeau et grand défenseur du savoir et de l'instruction, un groupe de chercheuses qui travaillent pour la majorité à Buenos Aires et dans sa banlieue, surtout à la UBA (la grande université publique de la capitale argentine), a publié sur les réseaux sociaux une version politisée d'un grand succès de la musique populaire, Despacito (en douceur), revu et corrigé sous le titre-jeu de mot de Despaciencia (on pourrait traduire "Dispariscience"). Leur texte mêle des revendications intellectuelles et culturelles (il faut des chercheurs pour qu'un peuple soit instruit et qu'on ne lui fasse pas avaler n'importe quelle couleuvre politique) et d'autres nettement féministes (les diplômées du pays doivent pouvoir avoir d'autres perspectives que d'aller faire la vaisselle et s'occuper des enfants, une fois leur doctorat en poche).

Titre choisi pour mettre le clip sur Youtube :
"On fait de la recherche et on chante aussi"

Il y a deux jours, la même équipe, décidément bien en verve, a lancé un autre morceau, dans le même esprit carnavalesque et féministe. Cette fois-ci, il s'agit d'une reprise (excellente par ailleurs) de la chanson des partisans antifascistes italiens O Bella Ciao, rebaptisée O Ciencia Chau. Hélas, elle n'est pas encore sur Youtube en format sous-titré comme sa grande sœur. Le sens en reste donc réservé aux (bons) hispanisants. Il faut comprendre le texte, malgré le rythme chanté et le fort accent portègne de ces dames (dirigée par un homme, à la baguette).

Les chercheurs mobilisés appellent à occuper la place du Congrès à Buenos Aires

Hier et avant-hier, Página/12, qui soutient à fond la lutte des chercheurs, informait ses lecteurs sur le mécontentement qui grandit dans ce secteur, dont le ministre est pourtant lui-même un prestigieux physicien, avec des articles dans les plus prestigieuses revues internationales, Lino Barañao. Le pauvre s'en prend plein la figure. Le malaise des chercheurs, quant à lui, s'exprime dans tout le pays.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur O Ciencia chau
lire l'interview dans Página/12 d'hier de deux chercheurs, un homme et une femme (dans cet ordre ou dans l'ordre inverse), qui accusent le gouvernement en place de se détourner de la science fondamentale comme appliquée
lire l'article de Página/12 du 10 avril sur les revendications salariales des professeurs d'université qui se sont mis en grève lundi (deux jours sans cours dans plusieurs facultés).

Ajouts du 13 avril 2018 :
lire cet article de Página/12 sur les revendications portées par les chercheurs et les universitaires devant le Congrès
lire cet article de Página/12 sur les difficultés économiques de l'Invap, l'agence d'innovation qui conçoit et fabriquent des satellites et a sorti un appareil médical nucléaire dont les Pays-Bas ont décidé d'équiper certains de leurs hôpitaux (une partie des salaires ne sera pas payée)

La justice met sous tutelle le Partido Justicialista [Actu]

En haut, le siège du PJ gardé par une police lourdement armée
En bas, le symbole de la dépénalisation de l'avortement,
dont le débat vient de s'ouvrir au Congrès

Avant-hier, une juge fédérale a accédé à la demande d'un responsable de la CGT, le syndicat adossé historiquement au PJ (Partido Justicialista), le parti péroniste, en mettant celui-ci en tutelle et en y nommant un administrateur, qui n'est autre qu'un responsable syndical, Luis Barrionuevo, le secrétaire général du syndicat des salariés de l'hôtellerie, du tourisme et de la gastronomie.

Depuis la fin du mandat présidentiel de Cristina Kirchner (9 décembre 2015), le PJ ne parvient pas à trouver une solution pour élire des instances directrices qui fonctionnent conformément aux statuts. Le président est un ancien gouverneur de la Province de San Juan, José Luis Gioja, mais il a été nommé dans des conditions contestables d'un point de vue statutaire, même si sa longue carrière politique fait du personnage un président crédible, sinon efficace.

La photo est pour le patron de Facebook
comparaissant devant le Congrès des Etats-Unis
En haut : le gros titre parle d'une projet du gouvernement
qui voudrait voir
les habitants des bidonvilles devenir propriétaires du terrain
où ils se sont installés
une information que La Nación est seule à rapporter
En bas : "Crise au PJ"
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La mise sous tutelle du premier parti de l'opposition, en niveau électoral, pose dès lors un énorme problème à la démocratie argentine. Il n'est pas tout à fait normal que la justice ne laisse pas se débrouiller seul un organisme politique, représenté au Congrès, alors qu'aucune malversation n'est retenue dans le chef des dirigeants actuels. Cette décision de la juge alimente depuis avant-hier une vaste polémique dans tout le pays. Divers caciques du péronisme s'élèvent contre elle. Des responsables d'autres partis, comme le socialiste Antonio Bonfatti, y voient une menace pour la démocratie. La gauche péroniste interprète cette mise sous tutelle comme une intervention directe de la majorité dans les affaires de son principal opposant.

La photo centrale montre Gioja (en noir) dans la cohue devant le siège du PJ
au moment où il est expulsé, après sa destitution par la justice
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Le gouvernement s'est bien entendu déclaré surpris par l'ordonnance de la juge et jure ses grands dieux n'y être pour rien et n'y avoir aucun intérêt.

Tous les journaux ont mis l'affaire à la une, y compris La Prensa, le seul à se contenter d'une toute petite manchette à peine visible. Página/12 modifie quant à lui les proportions de sa une pour rendre compte de l'événement. La Nación et Clarín choisissent de le glisser dans un coin discret mais de taille normale.

L'avenir nous dira comment le PJ, parti fondé par Juan Domingo Perón en 1943, va se relever de ce coup et s'il pourra préparer la campagne électorale de l'année prochaine, où les Argentins seront appelés à élire à nouveau leur chef d'Etat, en octobre pour le premier tour et en décembre pour le second, si second il y a. Le parti a fait appel de l'ordonnance.


Le type debout : Le PJ a été mis sous tutelle.
Le type assis (sa grosse moustache fait bigrement penser à Ricardo Alfonsín, l'un des caciques de l'UCR, le parti radical, lui-même fils de Raúl Alfonsín, acteur du retour à la démocratie et président de 1983 à 1989) : Il était temps. Nous, on nous a mis en tutelle il y a trois ans (1)
Le type debout : On n'a pas été mis en tutelle !
Le type assis : Quoi ! Tu vas pas me dire que tout ce qu'on a fait depuis 2015, c'est nous qui l'avons décidé !
Traduction © Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :
dans la presse argentine hier
lire l'analyse politique de Página/12 ("c'est un coup du gouvernement")
lire l'analyse de Antonio Bonfatti dans Página/12
lire l'article de La Prensa sur les prises de position du gouverneur de San Luis, Alberto Rodríguez Sáa, un péroniste historique
lire l'article de La Nación sur les déclarations de José Luis Gioja, le président destitué par la justice au profit de l'administrateur nommé
dans la presse argentine aujourd'hui
lire l'article de Página/12 sur les déclarations de Luis Barrionuevo qui se décrit comme un véritable péroniste
lire l'article de Página/12 sur les intentions de la direction démise
lire l'article de La Nación sur la réaction du gouvernement, qui affiche une surprise, réelle ou feinte
lire l'article de Clarín sur le premier communiqué de l'administrateur Barrionuevo

Ajouts du 13 avril 2018 :
lire cet article de Página/12 sur la prise de position des gouverneurs péronistes contre la mise sous tutelle de leur parti
lire cet article de La Prensa sur la convocation d'un congrès par Gioja, alors qu'il était déjà dépouillé, de jure, de ses fonctions



(1) Il y a trois ans, l'UCR a constitué l'alliance Cambiemos avec le parti néolibéral PRO, conduit par Mauricio Macri. Or l'UCR est traditionnellement un parti de centre-gauche, très attaché, depuis ses origines, en 1891, à la souveraineté nationale, au patriotisme économique et à la redistribution sociale des richesses par l'impôt, la lutte contre la corruption, le développement de l'école et des universités, la moralisation du monde judiciaire, etc. Or notamment depuis le mois d'octobre dernier, ce sont là des axes que le gouvernement semble avoir abandonnés sans même y mettre les formes, puisque récemment les ministres libéraux se targuaient même de posséder des comptes offshore, refusant d'y voir la moindre corruption ni la moindre trahison envers le pays qu'ils dirigent pourtant depuis plus de deux ans.