jeudi 30 novembre 2017

Buenos Aires à l'époque du Centenaire par un cartographe français [à l'affiche]


Samedi 2 décembre 2017, à 12h, le Museo Cornelio de Saavedra, le musée d'histoire de Buenos Aires, inaugurera une nouvelle exposition autour d'une œuvre monumentale, une gigantesque carte de Buenos Aires, qui date de 1915 et qui est due au cartographe français Jean Désiré Dulin (1839-1919). Elle est intitulée Buenos Aires vue du ciel (Buenos Aires a vista de pájaro).

L'œuvre mesure 12 m. de long sur 1,46 de large et représente la capitale argentine dans ses moindres détails, telle qu'elle se présentait à l'époque du centenaire du pays (1910). On y reconnaît très nettement le tracé actuel de la ville, avec les deux grandes diagonales qui transformé la physionomie du plan originel, celui de Juan de Garay en 1580, au moment de la fondation.

On y reconnaît très bien le port, avec ces docks qui ont perdu leur caractère industriel pour être réhabilités il y a quelques années et forment désormais le très chic quartier de Puerto Madero. On y reconnaît aussi le très beau bâtiment du Correo Central, devenu il y a quatre ans le CCK, où Mauricio Macri vient de célébrer son arrivée à la présidence tournante du G20 (voir mon autre article de ce jour). On repère parfaitement la Casa Rosada, dont on voit l'arrière, le Cabildo dont on voit la façade et le palais du Congrès au bout de l'avenue de Mai. On repère aussi de nombreuses usines, des centrales électriques qui n'existe plus. Vers le nord, on remarque la Torre de los Ingleses (aujourd'hui rebaptisée Torre Monumental), cette copie de Big Ben offerte par la Grande Bretagne et au pied de laquelle on a installé maintenant le Cénotaphe (le monument en mémoire des soldats morts en 1982 à la guerre des Malouines).

Le musée a gratifié tous ses contacts d'une somptueuse reproduction numérisée de l'œuvre.


Dessinée à l'encre sur du papier, cette carte magnifique a orné le pavillon argentin de l'Exposition universelle de 1915, à San Francisco, aux Etats-Unis. Jusqu'à ce jour, elle était restée aux Etats-Unis qui viennent d'en faire donation à l'Argentine. On pourra admirer autour d'elle d'autres œuvres du même artiste.

Pour en savoir plus :
Le musée dispose d'un site Internet et d'une page Facebook.

Feu d'artifice de fin d'année avec Cucuza [à l'affiche]


Le chanteur Cucuza propose demain vendredi 1er décembre 2017, à 21h30, un super-tour de chant avec son programme Menesunda qui mêle rock et tango autour des grandes figures des deux genres.

Ce sera au Galpón B, Cochabamba 2536, dans le quartier de San Cristóbal.

Cucuza a invité une belle brochette de musiciens, dont le guitariste et compositeur Acho Estol, les chanteurs El Chino Laborde, Hernán Lucero et Anita Co.

Il sera lui-même accompagné de son équipe favorite : Noelia Sinkunas au piano, le fiston à la guitare (Mateo Castiello) et Sebastián Zasali au bandonéon.

Une dernière milonga pour l'été [à l'affiche]


Comme tous les premiers vendredis du mois, pendant l'année scolaire, qui va de mars à décembre, le CETBA propose sa milonga gratuite, animée par les élèves, demain, vendredi 1er décembre 2017.

L'entrée est gratuite mais il est proposé à tous de participer à la hauteur minimum de 30 $ ARG (soit un peu moins de 1,5 €).

Comme toujours, des musiciens animeront la soirée, qui débutera avec deux cours, d'abord pour les débutants à 21h, ensuite pour les autres à 22h (vous remarquerez que le niveau avancé n'existe pas).

Tombola et buffet pour se restaurer à petits prix. Milonga en plein air dans le patio de l'école.

L'Argentine prend la présidence du G20 [Actu]


Ce matin, Mauricio Macri, accompagné de la Première dame, Julia Awada, a reçu au CCK un très élégant aréopage d'élus et de diplomates pour lancer officiellement la présidence argentine du G 20. Une année qu'il veut consacrer à l'avenir du travail, aux infrastructures pour le développement et au futur de l'alimentation. Il veut inscrire cette présidence dans une dimension d'économie durable pour que le progrès atteigne toutes les couches de la population dans le pays. Il entend que cette année soit un tremplin pour tout le sous-continent.

"Nous inspirons confiance [au reste du monde], a-t-il affirmé, parce que nous sommes sur le bon chemin". Il faut espérer que ce soit bien le cas.

Dans le contexte intérieur toutefois, ce triomphalisme dénote quelque peu. Quarante-quatre familles de sous-mariniers attendent, dans une angoisse indescriptible, de savoir enfin ce qui est arrivé à l'équipage du ARA San Juan à Mar del Plata et en Patagonie, l'évêque de San Carlos de Bariloche tente de faire la lumière sur qui est qui et qui veut quoi dans l'occupation des terres concédées à Benetton et réclamées par un collectif qui prétend représenter le peuple mapuche et qui n'est pas reconnu de gand monde sur place, tandis qu'une famille pleure un jeune homme tombé sous les balles des forces de l'ordre...

Difficile fin d'année, peu propice à l'autosatisfaction.

Pour en savoir plus :
regarder l'ensemble de la cérémonie sur le canal Youtube de la Casa Rosada

Ajout du 1er décembre 2017 :
lire l'éditorial de La NaciónLuis Majul tente de comprendre les enjeux sociaux actuels pour le Président Macri tant dans l'affaire de la ZAD Mapuche en province de Río Negro que dans l'affrontement de plus en plus dur entre le gouvernement et le poids lourd syndical Pablo Moyano, qui n'est pas sans rappeler celui qui a mis face à face Margaret Thatcher et Arthur Scargill, le leader syndicaliste des mines de charbon écossaises dans les années 1980.

mardi 28 novembre 2017

Rafael Nahuel a été touché dans le dos : la légitime défense peut être écartée ! [Actu]

Montage en une de Página/12 : Patricia Bullrich y apparaît
dans l'uniforme de la préfecture navale
avec en gros titre et sans jeu de mot : "permis de tuer"

Rafael Nahuel était ce militant mapuche (1) qui est mort à l'hôpital des suites de ses blessures infligés par les tirs au plomb des hommes de la Préfecture Navale dans le cadre de l'occupation illégale, par un groupe de militants se réclamant de la cause indigène, de terres cédées en concession, il y a de nombreuses années, à la multinationale italienne des pulls Benetton, dans la province de Río Negro, en Patagonie andine. Il avait 27 ans.

Les conclusions de l'autopsie portent que le projectile qui l'a tué l'a atteint dans le dos et qu'il s'agissait bien d'une munition de dotation de la Préfecture Navale. Il ne peut donc en aucun cas s'agir d'un tir de légitime défense du côté des représentants de l'ordre.
L'Etat, qui est responsable de la mort du jeune homme de 27 ans puisque la Préfecture navale est placée sous ses ordres, ne s'est pas encore manifesté auprès de la famille, ce qui tend à confirmer que les pouvoirs publics cautionnent la mort violente du manifestant, la mort d'un homme dont rien ne prouve jusqu'à présent qu'il était armé au moment où il a été pris pour cible par les forces de l'ordre (à moins qu'il n'ait reçu une balle perdue, ce qui est à peine moins grave dans un Etat de droit, un pays en paix où la peine de mort est abolie depuis longtemps).

Clarín montre en photo un militant de la RAM qui montre ses lésions,
suite aux tirs de la Préfecture navale
En manchette en haut, les fiancés royaux britanniques
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Malgré la gravité des faits, le gouvernement argentin reste droit dans ses bottes et la ministre de la Sécurité, la très peu aimable Patricia Bullrich, soutient que les fonctionnaires étaient dans leur droit, que ce sont les Mapuches qui ont commencé à tirer sur les forces de l'ordre contraignant celles-ci à répliquer (la version qu'ont donnée les agents de la Préfecture), que le groupe qui occupe la ZAD hait l'Argentine et ne respecte pas la loi et qu'elle a bien l'intention de remettre de l'ordre dans tout cela (2). Cette femme, qui affecte une raideur virile et s'abstient en toute occasion de sourire, n'a pas un mot de compassion pour la mort de cet homme et, ce faisant, elle réveille des souvenirs historiques de triste mémoire en utilisant un langage agressif et méprisant qui ne peut que renvoyer dans l'inconscient collectif argentin au général Julio Argentino Roca et à sa tristement célèbre Campaña del Desierto, une campagne d'un désert très habité (mais par des Amérindiens encore faiblement sédentarisés) qui s'est transformée, de 1878 à 1885, en un massacre intensif, ultra-raciste. Cette opération militaire sans pitié, qui a aboutit à l'appropriation de toute la région par un petit nombre de riches propriétaires terriens, partait d'un besoin politico-juridique d'affirmer la souveraineté argentine sur ces terres de Patagonie avant que le Chili s'en empare, ce qui n'aurait pas manqué de déclencher une nouvelle guerre entre les deux pays voisins. Dans les programmes d'histoire, cette triste épopée a longtemps été très valorisées, comme l'était l'épopée coloniale en France jusque dans les années 1950. Bullrich fait partie d'une génération qui a connu cet enseignement aujourd'hui caduc. Le gouvernement argentin veut déloger les zadistes et rendre l'intégralité de la jouissance des terres à Benetton, C'est un gouvernement qui ne cache pas sa préférence pour le patronat et pour les investisseurs étrangers qu'il peine depuis deux ans à attirer dans le pays. Il y a une certaine cohérence dans ses positions, même si cette cohérence pourrait, ce serait bien le moins, s'abstenir de couvrir des fonctionnaires qui font couler le sang.

La Nación titre sur la colère du gouvernement contre la magistrature
En vignette en haut, les fiancés royaux de Londres
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Contrairement à la ministre qui ne veut même pas parler avec la RAM (Résistance Ancestrale Mapuche), qu'elle estime hors-la-loi, le juge d'instruction qui enquête sur l'affaire reconnaît les manifestants et les entend comme partie à l'instruction, ce qui déclenche des critiques et provoque des grincements de dents au sein de l'exécutif, alors qu'au jour de sa prise de fonction, il y a deux ans, Mauricio Macri avait publiquement juré ses grands dieux, devant tout le Congrès réuni, qu'il laisserait faire la justice dans la plus absolue indépendance et qu'il ne voulait pas voir surgir des juges macristes pas plus qu'il n'acceptait l'existence de juges kirchneristes, comme il y en avait eu sous ses deux prédécesseurs. Les vieilles habitudes de l'exécutif, qui existent depuis le début de la République argentine, semblent bien reprendre le dessus malgré tout.

Aujourd'hui, tous les journaux, même les plus proches du gouvernement, rendent compte, chacun à sa manière, des derniers développements de cette tragique affaire et cette fois-ci, celle-ci ne peut pas être interprétée comme créée de toutes pièces par l'opposition, comme cela avait été le cas de la disparition de Santiago Maldonado, pendant la campagne électorale.

Et c'est sur ce fond pour le moins trouble que l'Argentine s'apprête à prendre en grandes pompes jeudi prochain la présidence du G20. Une grande réception est prévue au Centro Cultural Kirchner, le bijou d'infrastructure hérité du kirchnerisme mais bien pratique quand on veut éblouir le monde. Le CCK avait déjà abrité le dîner officiel en l'honneur de Barack Obama lors de la visite d'Etat de celui-ci l'année dernière (voir l'article de La Nación dans l'édition de ce jour).

Pour aller plus loin :
lire l'article de La Prensa qui évite de titrer sur l'autopsie et ses conclusions scandaleuses dans un Etat de droit
lire l'article principal de Clarín sur l'autopsie et les interprétations contradictoires qui en sont faites
lire l'article de La Nación sur les postures guerrières de Patricia Bullrich, qui n'est pas sans rappeler Margaret Thatcher à l'époque de la guerre des Malouines (1982) lorsqu'elle se la jouait Churchill
lire l'article de La Nación sur les critiques du gouvernement à l'égard du magistrat
lire l'article de La Nación sur les tentatives d'intercession de l'évêque de San Carlos de Bariloche pour ouvrir des voies de dialogue entre les différents partis opposés
lire l'article de La Prensa sur le même sujet

Ajouts du 30 novembre 2017 :
lire l'article de La NaciónMgr Juan José Chaparro, évêque de San Carlos de Bariloche, met les pieds dans le plat et distingue entre les Mapuches et le groupuscule RAM, qui est une manipulation idéologique qui surjoue l'indigénisme, à la façon de zadistes (pour prendre une référence en France)
lire l'article de Página/12 sur la libération de deux témoins de la blessure mortelle reçue par Rafael Nahuel (les deux Mapuches avaient été écroués au lendemain des faits)



(1) Sa mère dit qu'il n'était pas l'un des occupants de la ZAD, qu'il n'avait fait qu'y accompagner un parent qui y vivait. Son patronyme est typiquement mapuche. Il a même un sens. Le nahuel, c'est le puma et il y en avait beaucoup dans les montagnes de Río Negro (l'animal s'est fait rare, il a failli disparaître, il est maintenant strictement protégé).
(2) "Le monde sens dessus dessous, c'est fini !"

Tensions et dissensions entre les familles des sous-mariniers [Actu]

Sur la une de La Prensa : les grilles de la base navale de Mar del Plata
s'est transformée en cloisons à ex-voto avec ces dizaines de chapelets en plastique...

Le silence obstiné des pouvoirs publics qui s'abstiennent de reconnaître la mort de l'équipage du ARA San Juan, ne déclarent pas le deuil national, ne présentent pas de condoléances aux familles, est en train de faire perdre la raison aux familles qui attendent et dont certaines, stimulées par les rapports officiels distillés par les autorités militaires, recommencent à espérer que les leurs vont être retrouvés sains et saufs.

L'épouse d'un des disparus, qui s'est rendue hier comme à son habitude depuis la tragédie au carré des officiers, a ainsi raconté qu'elle s'est fait agresser par certains membres d'autres familles. Que lui reprochent-ils ? De ne plus croire à la survie de l'équipage. Il a fallu l'exfiltrer de la pièce pour éviter la rixe généralisée. Les gens deviennent superstitieux...

La sœur d'un autre marin entame une grève de la faim pour tenter d'obliger l'Etat-Major et le Gouvernement à prendre leurs responsabilités.

Le nombre de parents des disparus grossit chaque jour sur la base navale car ce sont maintenant les gens qui vivent très loin qui viennent soutenir une belle-sœur, des neveux, une cousine, une nièce et des petits-neveux...

Comment ce gouvernement, pourtant censé par ailleurs et composés de gens intelligents, peut-il rester à ce point insensible à la douleur des gens et aussi aveugle sur le danger politique de se déconsidérer complètement aux yeux de nombreux civils et de la quasi-totalité des militaires des trois armes dans lequel il s'enfonce chaque jour ?

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur la situation humaine sur la base navale de Mar del Plata
lire l'article de La Prensa sur l'agression dont a été victime une épouse au carré des officiers
lire l'entrefilet de La Prensa sur la grève de la faim de la sœur d'un sous-marinier.

La CIDH soutient à nouveau Milagro Sala [Actu]

Milagro Sala dans son actuelle cellule (il y a bien pire dans les prisons argentines)

Avec une constance qui lui fait honneur, la CIDH, cour interaméricaine des droits de l'homme, réclame à nouveau que la militante de gauche Milagro Sala soit libérée de prison et retourne chez elle, en résidence surveillée, comme c'était le cas il y a quelques semaines, à la demande de cette même cour, dont l'arrêt a finalement été piétiné par une cour d'appel procédurale de la province de Jujuy.

Rappelons que Milagro Sala a été élue députée au Parlasur et qu'elle aurait dû bénéficier d'une immunité qui ne lui a jamais été reconnue par la justice de la province argentine dans laquelle elle vit.

Trois quotidiens font écho à ce nouvel arrêt, Página/12, journal d'opposition, et La Prensa et La Nación, qui s'inscrivent clairement à droite.

Pour suivre cette affaire, cliquez sur le mot-clé Milagro Sala dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

Pour aller plus loin :

lundi 27 novembre 2017

Une affiche de rebelles mercredi soir au Centro Cultural Torquato Tasso [à l'affiche]


L'auteur-compositeur interprète Juan Vattuone (1), le poète Alejandro Szwarcman (2), le guitariste Manu Navarro et l'harmoniciste Franco Luciani en invité spécial se retrouveront mercredi 29 novembre 2017 à 22h sur la scène du Centro Cultural Torquato Tasso, Defensa 1975, pour un spectacle décoiffant. Il ne peut pas en être autrement avec eux.

On peut acheter les places avec un rabais la veille ou l'avant-veille. On les achète plein tarif le soir même à l'entrée de la salle. Prévoir les consommations ou le repas, c'est obligatoire.


(1) Juan Vattuone a été intégré au corpus que j'ai présenté et traduit dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, aux Editions du Jasmin
(2) Alejandro Szwarcman fait partie des deux corpus que j'ai présentés et traduits, Barrio de Tango, déjà cité, et Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littérairedu tango, Tarabuste Editions.

Dédicace le 10 décembre à Neuilly-Plaisance [ici]


Le dimanche 10 décembre 2017, de 10h à 19h, je serai au salon du livre de jeunesse de Neuilly-Plaisance (93), sur le stand des Editions du Jasmin, pour dédicacer mes ouvrages sur la culture argentine. En vedette, l'éditeur mettre Contes animaliers d'Argentine, mais les autres livres seront là aussi, notamment Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins et la biographie, San Martín à rebours des conquistadors, parus dans la même maison d'édition.

Entrée libre et gratuite.

Il y aura du mate argentin sur le stand, en dégustation gratuite.

La manifestation se tient dans la Salle des Fêtes, 11 avenue du Maréchal Foch, dans un joli centre-ville toujours animé et commerçant.

Le salon dispose de sa propre page Facebook où vous trouverez de nombreuses informations.

La veille, je serai à Tours, au Salon La Plume et l'Epée qui se tient dans le hall de l'Hôtel de Ville.

Hommage à Armando Pontier ce soir à la Academia [à l'affiche]

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A l'occasion du centième anniversaire de la naissance du Maestro Armando Pontier, dans la ville de Zárate, dans le nord de la Province de Buenos Aires, la Academia Nacional del Tango lui rend hommage ce soir, lundi 27 novembre 2017, à 19h30.

Entrée libre et gratuite, au siège de l'institution, Avenida de Mayo 833, 1er étage.

Au menu de la soirée, de la musique, de la musique, encore de la musique et des exhibitions de danse en plus.

Avec un tango rituel comme pour un Plenario. En l'occurrence, ce sera un enregistrement de Armando Pontier et ses musiciens en 1955.

dimanche 26 novembre 2017

La Plume et l'Epée accueille une nouvelle fois le général San Martín [ici]

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Le samedi 9 décembre 2017, à Tours, de 10h à 17h, en cette année du bicentenaire de la Traversée des Andes, je dédicacerai mes ouvrages sur San Martín (1778-1850), la biographie San Martín à rebours des conquistadors et l'anthologie de sources (dans leur langue d'origine et en traduction) San Martín par lui-même et par ses contemporains, que j'ai publiés aux Editions du Jasmin.

Le salon La Plume et l'Epée se tient dans le hall de l'hôtel de Ville de Tours.

Parmi les figures médiatiques invitées, l'histoire Jean-Pierre Bois, l'ex-juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguières et l'expert militaire de France Télévision Pierre Servent.

Entrée libre et gratuite.

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J'apporterai aussi sur mon petit stand des exemplaires de Contes animaliers d'Argentine, chez le même éditeur, d'abord parce qu'il y est beaucoup question de l'histoire de l'Argentine et ensuite parce que c'est bientôt Noël !

Et comme d'habitude, j'aurai du mate (aussi chaud que possible) et un grand poncho sur le dos. Les exposants n'ont pas vraiment chaud dans ce grand hall sans chauffage. Mais pour les visiteurs, c'est plus que fréquentable. Il fait bien meilleur dedans que dehors.

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Le lendemain, je retrouverai le public francilien au salon du livre jeunesse de Neuilly-Plaisance (93).

La gâchette facile des forces de l'ordre : une fin d'année catastrophique en Argentine [Actu]

La photo de une est consacrée à la veille des familles des marins disparus
sur la plage de Mar del Plata, pas encore envahie par les estivants
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Au lendemain de la publication des conclusions de l'autopsie de Santiago Maldonado, dont la disparition a servi pendant cinq mois à accuser la gendarmerie de crime politique, et au moment où l'Argentine est sous le coup de la perte d'un sous-marin et de son équipage, les forces de l'ordre appartenant à la Préfecture Navale (compétente pour les côtes et les voies d'eau) n'ont rien trouvé de mieux que de tirer à balles réelles (avec du plomb) sur des militants de type zadiste, qui occupaient un terrain revendiqué par les Mapuches contre la multinationale d'origine italienne Benetton, qui y élève des moutons pour la laine de ses pulls depuis que l'Argentine lui a concédé un pan entier de son territoire en Patagonie.

Les coups de feu ont fait trois blessés, dont un est décédé peu de temps après son admission à l'hôpital de San Carlos de Bariloche (seconde agglomération de la province de Río Negro). Le militant qui a perdu la vie avait 27 ans. On dit qu'il était lui-même mapuche.

Página/12 titre "La chasse"
fidèle à son manque de nuance et à son style insultant de prime abord

Sur place, dans cette zone occupée illégalement par les militants, la situation est des plus confuses comme elle l'est sur les ZAD en France. Ces occupants altermondialistes, profondément anticapitalistes et pas toujours aussi non-violents qu'ils veulent bien le dire, se réclament du peuple mapuche. D'autres membres de ce peuple originel, qui vivent dans la région, ne les reconnaissent pas tous pour tels. Ils réclament des droits avec une phraséologie indigéniste que les autres ne pratiquent pas. Bref, c'est une vraie cacophonie. Cela n'autorise évidemment pas les forces de l'ordre à leur tirer dessus comme sur des sangliers.

La Nación titre sur une irrégularité administrative
repérée dans l'achat des batteries du ARA San Juan
La mort du jeune homme est rapportée en une
sous le titre du quotidien, en haut, à droite
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D'autant que la gâchette facile, el gatillo fácil, comme disent les Argentins, est une vraie plaie dans la police dans tout le pays. Contrairement à ce qu'il se passe presque partout dans l'Union Européenne, un agent de la force publique qui fait usage de son arme à feu, même en cas de légitime défense, se retrouve immédiatement devant un juge et il se passe souvent plusieurs jours, voire plusieurs semaines, avant que le non-lieu soit prononcé lorsque le cas de légitime défense était constitué (1). Les policiers argentins n'ont pas ce type de garde-fou très efficace alors qu'ils traînent derrière eux une forte tradition de violence depuis la Generación del 80 (gouvernement oligarchique et très corrompu entre 1880 et 1916) puis sous une palanquée de dictatures militaires putschistes qui se sont étalées de 1930 à 1983. Les policiers argentins défouraillent avec une facilité déconcertante (2).

C'est la une la plus discrète sur le sujet
Il est traité dans le petit rectangle tout en bas à droite
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Le décès de cet homme n'est donc pas le premier qui se produit dans une manifestation ouvriériste ou indigène. On aimerait fort que ce soit le dernier mais la ministère de la Sécurité ne semble pas vouloir encore tirer les enseignements des scandales qui viennent de se succéder. Il a plutôt l'air de tenir pour nuls et non avenus les cinq mois de tintamarre médiatico-politique qui s'est développé autour de Santiago Maldonado, sans désarmer un seul instant pendant cinq mois, dans et après la campagne électorale.

Pour en savoir plus :
lire l'article de Clarín sur la surprise manifestée par le gouvernement lorsqu'il a appris le tragique incident

Ajouts du 27 novembre 2017 :
la ministre de la Sécurité et le ministre de la Justice ont tenu une conférence de presse pour soutenir l'action de la Préfecture navale qui aurait eu affaire à un groupe armé et violent, qui ne respecte pas la loi (ce n'est pas impossible car les altermondialistes ne sont pas tous des anges, mais, pour Página/12, il s'agit là de propos discriminatoires, injurieux, racistes, qui prétendent criminaliser des personnes en situation de précarité sociale pour cette seule raison).
lire l'article de Página/12
lire l'article de La Prensa
lire l'article de Clarín
lire l'article de La Nación



(1) Certes, il n'en est pas encore toujours ainsi avec les violences physiques exercées contre des personnes en état d'arrestation, sans usage d'une arme à feu, et cela n'en finit pas de créer des polémiques.
(2) qui, heureusement, n'égale pas celle qui sévit aux Etats-Unis, dans l'impunité quasi-totale.

samedi 25 novembre 2017

Córdoba en fête pour sa bienheureuse [Actu]


L'archidiocèse de Córdoba est aujourd'hui tout à la fête de la béatification de la Mère Catalina de María Rodríguez (27 novembre 1823 – 5 avril 1896), dite Madre Catalina, la fondatrice de la congrégation des Sœurs Esclaves du Cœur de Jésus et une amie du Cura Brochero (1), à l'œuvre pastorale duquel elle participa en envoyant quinze religieuses à cheval répandre la double spiritualité de saint Ignace de Loyola et du Sacré Cœur à travers les montagnes de la province. Sa fondation est toujours très présente en Argentine.


La Madre Catalina a compris très tôt sa vocation religieuse, elle avait alors 17 ans. Pourtant elle s'est mariée douze ans plus tard à un officier veuf et père de deux enfants qu'elle a contribué à élever. Elle-même a eu une fille qui n'a pas survécu. Restée veuve à l'âge de 42 ans, elle a pu suivre alors la voie de la consécration religieuse à laquelle elle rêvait depuis longtemps. Sept ans après la mort de son mari, elle fondait une communauté des Sœurs Esclaves du Cœur de Jésus, la première congrégation apostolique féminine d'Argentine. Celle-ci est aujourd'hui présente en Argentine, au Chili, y compris sur l'Ile de Pâques, au Bénin et en Espagne.

La sainteté de Córdoba en une seule image !

C'est le cardinal Angelo Amato qui représentait le Pape François et présidait la cérémonie comme il convient pour une béatification, qui est la première étape universelle du procès de canonisation. Une très belle messe, entièrement traduite en langue des signes sur grand écran, avec une musique liturgique très entraînante et, à ce qu'il me semble, en grande partie originale, composée pour l'occasion. La langue rapanui et le français ont été utilisés dans la prière universelle.
La vice-présidente de la Nation, Gabriela Michetti, représentait le gouvernement central. Elle a d'ailleurs fait la seconde lecture, sous le ciel bleu d'une Córdoba printanière et en liesse. Le Gouverneur de la province voisine de San Luis avait fait le déplacement ainsi que le Secrétaire d'Etat aux Cultes, qui dépend du ministre des Affaires étrangères. Le Pape François avait fait parvenir ce matin même à la supérieure générale de la congrégation un message de bénédiction que la religieuse a lu comme une surprise, fort appréciée par la foule.



Environ 50 000 personnes, une immense majorité de laïcs, des religieuses, des religieux, des militaires, sont venues à Córdoba assister à la cérémonie, qui a commencé à 9h (heure locale), a été retransmise en direct sur le site Internet de la béatification et sa page Facebook à travers Youtube, où on peut la retrouver en intégralité. Il était aussi prévu que TV Pública retransmette l'événement en direct, à partir de 9h30, ce qui est un peu curieux car cet horaire correspond à la toute fin de la liturgie de la Parole. C'est très mal élevé d'arriver en retard à la messe !

Extrait de L'Osservatore Romano de ce soir
daté du 26 novembre 2017 (page 6)
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La célébration a fait une place importante à la tragédie du sous-marin ARA San Juan (voir mon article d'hier) qui a inspiré la dernière intention de la prière universelle qui appartient à l'ordinaire de la messe, lue par un officier supérieur, d'une autre intention dans le discours final de remerciements de l'archevêque de Córdoba et d'une autre enfin dans celui du Gouverneur de la Province. Visiblement ému, celui-ci a été très applaudi (2).



(1) Gabriel Brochero est le premier saint argentin. Sa canonisation a été célébrée à Rome le 16 octobre 2016 (voir mon article à cette date et l'ensemble des entrées le concernant).
(2) Le gouverneur a tenu un discours très énergique, social et féministe, pour rendre hommage à la nouvelle bienheureuse et à ses compagnes.

Dédicaces à Montreuil, au salon du Livre de Jeunesse [ici]


Cette année, j'aurai deux séances de dédicace au Salon du Livre et de la Presse de Jeunesse de la Seine-St-Denis, sur le stand des Editions du Jasmin, que vous trouverez au premier étage :
  • le mercredi 29 novembre 2017, de 14h à la fermeture
  • le dimanche 3 décembre 2017, de 14h à 16h.

Comme d'habitude, j'apporterai de quoi déguster le mate et l'initiation à ce breuvage national argentin sera gratuite pour les lecteurs curieux de saveurs exotiques (et amères).
En vedette, le stand présentera Contes animaliers d'Argentine mais mes autres livres sur la culture argentine seront aussi sur la table ! De quoi préparer Noël pour les petits et les grands...

Le salon se tient comme tous les ans à l'Espace Paris-Est Montreuil, 55 route de Bondy, Montreuil (93). Le métro est à une centaine de mètres.

Pour des raisons de sécurité et de bonne organisation, il sera exigé de tous les visiteurs un titre d'accès, gratuit ou payant selon la date et votre âge, que vous pouvez obtenir sur le site Internet de la manifestation.

Le salon est gratuit du mercredi au vendredi pour tout le monde.
Du samedi au lundi, il est payant (5 €) pour les majeurs et reste gratuit pour tous les mineurs.

Affaire Maldonado : les conclusions de l'autopsie [Actu]

Clarín consacre son gros titre au sous-marin disparu
et réserve sa photo de une au juge d'instruction de l'affaire Maldonado
En haut à droite, des nouvelles du festival de Mar del Plata, sur fond de ciel gris
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Les cinquante-cinq experts choisis selon le principe contradictoire, d'un côté par le juge d'instruction et de l'autre par les parties civiles ont rendu un rapport qu'ils ont tous votés et signés à l'unanimité, ce qui n'est pas si fréquent. Santiago Maldonado, disparu le 1er août dernier, a souffert d'hypothermie et il est mort noyé dans le Río Chubut. Le rapport parle d'asphyxie par immersion. Son corps est resté là, recouvert par la rivière, entre 55 et 73 jours, sans avoir jamais été à terre entre le décès et sa découverte. Le corps ne porte aucune lésion, aucune marque de coup. Il n'a donc pas été tué et encore moins torturé par la gendarmerie.

Página/12 préfère tout miser sur la famille Maldonado
dont la rédaction surexploite les réactions émotives
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Ces conclusions ne clôturent toutefois pas l'instruction qui doit encore établir les faits exacts qui ont entraîné la mort du jeune homme, qui a voulu traverser le 1er août une rivière dont l'eau devait être à 2 ou 3°. Cela se passait en plein hiver à cette latitude.

La dépouille a été rendue à la famille qui organise cette après-midi une veillée qui sera suivie d'un enterrement privé, dans l'intimité, dans sa ville d'origine, en Patagonie.

La Prensa traite l'affaire en manchette en haut à gauche
Le reste montre une réunion hier entre le Président et l'Etat-Major de la Marine
et en dessous l'attentat en Egypte
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La famille maintient toutes ses accusations contre les gendarmes. Elle ne veut pas croire aux conclusions des experts, dont certains ont pourtant été désignés par elle pour représenter les intérêts de la partie civile. Ces personnes, dont le chagrin a été surexploité politiquement par l'opposition pendant la campagne électorale récente, semblent ne plus pouvoir entendre raison.

Sur la une de La Nación, une photo pour les recherches à Mar del Plata
et un titre secondaire, à droite (premier article sur les trois)
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Página/12 croit bon d'entretenir le doute malgré l'unanimité de 55 experts. Les contrastes sont frappants sur les unes qui privilégient toutes la tragédie du ARA San Juan, sauf Página/12 qui hait trop les militaires pour s'arrêter à cette affaire, secondaire à ses yeux.

Pour en savoir plus :
lire le billet d'opinion sur la récupération politique du fait divers qui s'effondre, dans La Prensa

vendredi 24 novembre 2017

Oceano Nox – La nuit sur l'océan [Actu]


Hier, on a donc appris que le "San Juan" (1) avait sombré, sans doute dans de grandes profondeurs, dans les eaux territoriales argentines, alors qu'il achevait une mission et remontait depuis Ushuaïa, en province de Tierras del Fuego, vers son port d'attache, Mar del Plata, province de Buenos Aires. A bord vivaient quarante trois hommes et une femme, la seule femme sous-marinière de l'Amérique latine.

La population se sent en deuil, sous le choc de cette nouvelle catastrophe qui s'ajoute à toute une série d'accidents de transport et d'incendies, qui ont tous eu pour cause des manquements graves en matière de maintenance, de management ou de règles de sécurité les plus élémentaires. Pourtant le gouvernement, de son côté, n'a pas encore annoncé un deuil national. Les drapeaux n'ont pas encore officiellement été mis en berne. C'est à peine si, en abordant la nature de l'accident, la communication officielle de la Marine et celle du ministère de la Défense ont évoqué le sort des membres de l'équipage. Hier et encore une grande partie de la journée d'aujourd'hui, il n'y était question que du sous-marin disparu et d'une explosion qui s'était produite à bord, à la suite probablement d'une avarie de batterie, élément vital dans ce type de bâtiment (sous-marin conventionnel électrique de type narval). Heureusement, si l'on peut ainsi parler en de telles circonstances, les officiers qui se sont chargés d'annoncer la nouvelle aux familles leur ont présenté leurs condoléances et leur ont annoncé clairement qu'il ne pouvait pas y avoir de rescapé, pour ne pas nourrir d'espoir inutile, et c'est le chef de la base des sous-marins qui a pris son téléphone pour appeler les familles qui ne se trouvent pas physiquement à Mar del Plata, sans pouvoir consacrer plus que quelques minutes à chaque interlocuteur, ce que ces mêmes familles vivent très mal (on le comprend).

Ils nous ont menti depuis le début, titre Página/12, en citant les familles

Tout au long de la crise et jusque dans son tragique dénouement d'hier midi, le porte-parole de la Marine, un simple capitaine de vaisseau, a été laissé seul face à la presse. L'Etat-Major de la Marine ne l'a jamais accompagné. On aurait pu imaginer qu'hier midi, une brochette d'officiers supérieurs entourent le ministre de la Défense ou le chef de l'Etat et que tout ce monde se présente, solennellement et dans la gravité, devant les journalistes et les caméras du monde entier pour annoncer la fin tragique de cet équipage et remercier pour l'aide internationale reçue, ne serait-ce qu'en l'honneur des morts et par respect pour leurs familles qui, devant ce comportement peu glorieux, sont enclines à croire que l'issue fatale était déjà connue depuis longtemps.

La polémique politique est donc déjà lancée. De nombreuses familles accusent et hurlent leur douleur à la face du monde. L'opposition fourbit ses armes. Página/12 a déjà lancé ses premières flèches, contre le Premier ministre et le ministre de la Défense, dont on est surpris qu'il reste en poste tandis qu'on a déjà annoncé que l'Etat-Major de la Marine serait révoqué ou mis à la retraite forcée dès que l'affaire sera close. Ce qui est plus grave, c'est que le ministre de la Défense et le Président lui-même semblent être plus soucieux de détourner les soupçons de leur personne et de leurs services que de se porter au secours des endeuillés, que ce soit les familles, la base navale et la ville de Mar del Plata, où vivaient les familles des marins.

Surprenante une de La Prensa qui ne consacre à la tragédie
qu'une partie de sa page

Cet accident terrible affecte aussi la diplomatie argentine car c'est l'image internationale du pays qui est mise en danger par une gestion de crise qui paraît, pour le moment, invraisemblablement défectueuse et si peu respectueuse de l'engagement des militaires. Les diplomates et le ministre lui-même vont devoir redoubler d'efforts pour maintenir la ligne tenue depuis l'arrivée de Mauricio Macri au pouvoir : redonner à l'Argentine du lustre, de l'attractivité et de la crédibilité internationale. Ces derniers mois, le ministère des Affaires Etrangères avait décroché plusieurs belles réussites internationales, la dernière en date étant l'Exposition Universelle de 2023 à Buenos Aires.

A l'intérieur des frontières aussi, l'accident va faire des ravages dans les Forces Armées. On risque d'avoir une crise des vocations dans la Marine d'abord mais dans les autres armes aussi. On sait qu'en Argentine, la politique d'austérité frappe très fort, notamment au chapitre des soldes, après une douzaine d'années d'une politique très antimilitariste de la part des Kichner, mari et femme, qui n'ont jamais réussi à dépasser le traumatisme de la répression sous la dernière dictature (1976-1983). Que se passerait-il après un accident d'avion de transport de troupe ou un accident de manœuvre, avec peut-être des disparitions supérieures en nombre ? Lorsqu'un accident d'une telle ampleur survient, il est capital que l'Exécutif se solidarise très vite avec l'ensemble des militaires et le face savoir à la nation. Et pour l'instant, ce n'est pas ce qui se passe. On attend toujours le message que le Président adresserait à la Marine et son mot de condoléances aux familles. Depuis Rome, le Pape François a déjà fait part de son union de prière à l'évêque aux Armées en lui demandant de transmettre sa bénédiction aux familles endeuillées et il l'a fait. L'indifférence humaine et la préoccupation juridico-matérielle de Mauricio Macri n'en sont que plus incompréhensibles encore.

Comme on le voit sur beaucoup de unes dont celle de Clarín
les familles n'ont même pas été mises à l'abri des objectifs
au moment crucial de l'annonce.
Les gens se sont effondrés sur le regard des journalistes du monde entier !

Il faut espérer toutefois que cette tragédie sera l'occasion pour le gouvernement argentin de diligenter une véritable enquête, à la qualité incontestable, qui aura la liberté de mettre au jour tout ce qui n'a pas fonctionné correctement, sur le plan technique, sur le plan du commandement militaire et politique et sur le plan de la gestion de crise actuelle, qu'elle pourra émettre des recommandations qui seront mises en œuvre aussitôt. Ce sera alors la possibilité de finir de replacer les forces armées dans leur rôle constitutionnel et démocratique dans un état souverain, elles dont l'image est amplement abîmée par une cinquantaine d'années de coups d'état militaire depuis 1930 jusqu'en 1983. Dans des circonstances aussi tragiques, le cafouillage actuel n'est pas une bonne chose pour la démocratie.

Depuis hier soir, depuis que j'ai appris la tragédie à Caen où je devais donner une conférence sur le général San Martín dans un village normand, Fleury-sur-Orne, qui cultive un intérêt éclairé et plein de cœur pour l'Argentine et précisément pour Mar del Plata, un poème, appris par cœur dans mes années de lycée, me revient en tête... Lorsqu'il l'a écrit, Victor Hugo ne pensait pas à des militaires mais à des marins pêcheurs. Ces vers n'en sont pas moins valides aujourd'hui pour ces quarante-quatre marins qui ne rentreront pas au port de Mar del Plata.

Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune,
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l'aveugle océan à jamais enfouis !

[...]

Où sont-ils, les marins sombrés dans les nuits noires ?
O flots, que vous savez de lugubres histoires !
Flots profonds redoutés des mères à genoux !
Vous vous les racontez en montant les marées,
Et c'est ce qui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir quand vous venez vers nous !

Victor Hugo (1840)



(1) Son nom officiel en Argentine est ARA San Juan (le sigle signifie Armada de la República Argentina - Marine de la République Argentine).