mercredi 16 octobre 2019

Cacho Castaña est mort et le scandale reprend de plus belle [Actu]

« Si je te prends avec un autre, je te tue, je te passe à tabac et je m’enfuis après », ce programme amoureux criminel est celui que Cacho Castaña avait osé décliner dans l’une de ses chansons. Inutile de vous dire que depuis hier après-midi, la mort de ce chanteur de variété machiste, bas de plafond et collectionneur d’épouses de plus en plus jeunes, mais doté d’une voix agréable, qui lui a valu de nombreux et surtout de nombreuses fans, ne fait pas l’unanimité dans les nécrologies et encore moins sur les réseaux sociaux, où, pas encore enterré, il en prend assez souvent pour son grade.

Une de Clarín ce matin
La rédaction a choisi la photo du public attendant
de pouvoir s'incliner sur le cercueil de Castaña,
sous la pluie, dans la rue Perú, devant la Legislatura
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Cet ostrogoth, semblant sorti d’un autre temps, aura tout de même donné deux chefs-d’œuvre au répertoire du tango chanté : Café La Humedad, en hommage à un restaurant de quartier qu’il fréquentait assidûment, et Garganta con arena, en hommage à un chanteur, génial celui-là, El Polaco Roberto Goyeneche (1). Pour le reste, il était supporter du Club San Lorenzo de Almagro/Boedo (on ne choisit pas ses supporters !) et il avait exercé, pendant quelque temps, comme marabout ubamda, l’une des religions issues du syncrétisme historique entre les cultes d’Afrique sub-saharienne et le catholicisme portugais, un rite qu’il avait contrefait pour donner à l’un de ses nombreux et très éphémères mariages une touche exotique qui fasse causer dans les gazettes.

Cacho Castaña s’est éteint hier, à l’âge de 77 ans, l’organisme détruit par le tabagisme. A Buenos Aires, je connais l’une de ses admiratrices que j’aime bien et je pense à son chagrin aujourd’hui. Le chanteur, très en vogue dans les années 70, avait renoué avec le succès et son public depuis une dizaine d’années. Malgré ses dérapages fréquents, dont certains étaient particulièrement odieux, il remplissait toujours des salles immenses. Depuis environ dix ans, il était presque aussi souvent hospitalisé qu’à l’affiche et les derniers temps, il montait sur scène avec les tuyaux d’une aide respiratoire fixés sur le visage, manipulé, au dire d’un de ses amis animateur de radio, par des producteurs sans scrupule désireux de presser le citron jusqu’à la dernière goutte alors que le chanteur avait perdu beaucoup de ses moyens (il semblait sous-entendre qu’il n’était plus tout à fait le maître de ce qu’il disait et faisait).

Cacho Castaña était retourné en clinique il y a peu pour soigner une pneumonie qui l’a emporté. La semaine dernière, les médecins ne cachaient pas leur pessimisme sur son pronostic vital. Son décès hier n’a donc surpris personne.

Sa veillée funéraire, qui a attiré de nombreux visiteurs, artistes, politiciens et personnalités mondaines, s’est tenue dans l’un des salons de la Legislatura Porteña qui en avait fait, il y a plusieurs années, une personnalité marquante de la Ville.

Pour en savoir plus :
lire la nécrologie de Página/12, très critique sur les prises de position machistes et violentes du personnage
lire l’article de Página/12 sur les réactions des Internautes à l’hommage Twitter du secrétariat d’État à la culture, alors que le président Mauricio Macri lui-même vient de balancer une vanne misogyne et bien vulgaire dans sa campagne électorale, comparant la politique de ses adversaires péronistes à une femme qui ferait chauffer sans limite la carte de crédit de son mari (cela aussi, ça relève le niveau)
lire la nécrologie de Clarín qui consacre un véritable album en ligne à l’événement
lire la nécrologie de La Nación, au titre qui dénote un mépris de classe qui ne se cache pas : Cacho Castaña, l’essence du populaire.



(1) Les deux textes figurent dans mon anthologie Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, Éditions du Jasmin, 2010.

vendredi 4 octobre 2019

Un autre lieu emblématique menacé par la spéculation immobilière [Actu]


Depuis une dizaine de jours, le café notable Plaza Dorrego, sur la place du même nom à San Telmo, dans le sud du centre historique de Buenos Aires, est fermé. Le bail est arrivé à échéance, le propriétaire du fonds de commerce ne se montre plus et celui des murs veut faire un autre usage de ce local tandis que le personnel tente de constituer une coopérative pour continuer à exploiter ce café, inscrit sur la liste des Bares Notables et idéalement situé, même si depuis quelques mois, la ville a interdit à la Feria de San Telmo d’investir cette section de la rue Defensa.


Le personnel a disposé deux petites affichettes en espagnol et en anglais
pour expliquer la situation aux passants, dont beaucoup de touristes.

C’est une partie du patrimoine culturel et même touristique de la capitale argentine qui est ainsi mis en danger, sans que le gouvernement de la Ville semble lever le petit doigt. En pleine campagne électorale, c’est à n’y pas croire. En revanche, la Commission national du patrimoine envisagerait actuellement à inscrire l’établissement au catalogue des Biens d’Intérêt historique national, ce qui le protégerait.

Un jour, il y a déjà quelques années, j’ai pris un verre dans ce café si authentique et si simple avec le compositeur et clarinettiste Néstor Tomassini qui a son studio de travail à deux pas de là… Excellent souvenir.

Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12 du 30 septembre
lire l’article de Clarín du 2 octobre
lire l’article de La Nación du 2 octobre
lire l’article de Clarín du 3 octobre

Ajouts du 7 octobre 2019 :
lire cet article de Clarín sur la reprise d'activité au café le jour et les tours de veille que se répartissent les salariés pour empêcher la saisie des locaux de nuit
lire l'article de La Nación sur le même sujet.

Reprise de El Farmer au Teatro La Comedia [à l’affiche]


C’est une pièce qui a été créée au Teatro San Martín en 2015 et adaptée d’un roman historique qui médite sur la vie d’un personnage historique très important surtout à Buenos Aires où il a fait toute sa carrière politique, Juan Manuel de Rosas (1793-1877), chef du courant fédéraliste portègne et tyran de Buenos Aires de 1835 à 1852. Vaincu le 3 février 1852, il s’enfuit sur un navire britannique et termina sa vie comme fermier d’un riche propriétaire anglais de la région de Southsampton.



Pompeyo Audivert joue Rosas vieux dans sa modeste ferme anglaise et Rodrigo de La Serna, le beau gosse du cinéma et du théâtre argentin, interprète le personnage à l’époque de sa gloire.

La pièce reprend ce soir, au Teatro La Comedia, Rodríguez Peña 1062, à 22h30.
Représentations tous les vendredis et samedis.
Prix des places : 1.000 $

Pour aller plus loin :

Circuit court sur Plaza de Mayo [Actu]


Avant-hier, la Plaza de Mayo a retrouvé son statut initial de marché alimentaire de la fondation de la ville aux premières décennies de l’indépendance : des producteurs sont venus vendre fruits, légumes, yerba mate, pain ou farine au public et à moitié prix par rapport à ceux pratiqués dans la distribution traditionnelle…
40 tonnes de produits agricoles ont ainsi été distribuées par des petits propriétaires exploitants, des coopératives et des réseaux alternatifs de l’économie sociale.

Seul Página/12 a fait écho hier à cette manifestation, qui n’a pas trouvé place dans les autres journaux, tous à droite.

mardi 1 octobre 2019

La Ruta del Libro, un festival de la lecture cette semaine [à l’affiche]

La plus ancienne librairie en activité au monde
Elle a été fondée (pas tout à fait à cet endroit) en 1785

Le quartier de San Telmo (qui a annexé une partie de Monserrat) propose pendant toute la semaine un circuit autour du livre avec des rencontres, des conférences, des visites commentées, des salons du livre et des pauses gourmandes dans les bars historiques du quartier.

Infographie de La Nación
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Un quartier considéré comme très touristique mais qui reste, heureusement, un quartier ordinaire du centre-ville de Buenos Aires...

Pour aller plus loin :
consulter la page de la manifestation sur le site Hola San Telmo (salut, San Telmo)

Prochaine libération d’une Vierge de Luján prisonnière de guerre à Londres [Actu]

La Vierge de Luján, avec sa grande chape bleu ciel et blanche
à gauche, la prière à la Sainte Patronne de l'Argentine

Pendant la guerre des Malouines, l’aumônier général de l’armée de l’air argentin avait emporté dans la campagne une réplique de la Vierge de Luján, qui est la sainte patronne de l’Argentine. Le 8 mai, la statue domine la messe et la procession de la fête mariale célébrées sur l’une des deux îles puis elle disparaît dans la défaite apocalyptique de l’armée argentine, composée majoritairement d’appelés qui n’avaient que quelques semaines de classe. En reprenant le contrôle de l’archipel, les Britanniques ont trouvé la statuette. Il n’était pas question de laisser sur place un objet qui portait les couleurs du pays vaincu qui venait de flanquer une frousse inouïe aux habitants, pas vraiment d’accord pour passer sous le joug de la Junte militaire qui terrorisait le continent…

La statue s’est donc retrouvée à Londres dans ce qui est maintenant la cathédrale catholique aux armées (les aumôniers généraux des armées sont maintenant évêques dans l’Église catholique). Les Argentins ont réussi à savoir où elle était retenue ainsi, comme prise de guerre (même si bien entendu, les Britanniques rejettent cette expression… Mais s’il ne s’agissait pas d’un trophée, pourquoi l’ont-ils gardée ? Après les hostilités ou après le retour à la démocratie, un an plus tard, ils auraient pu la remettre à l’Argentine puisque il y a un ambassadeur à Buenos Aires et à Londres).

Un petit groupe de militants, conduits par mon amie Marcela Hernández, qui m’invite à chaque séjour à rencontrer ses élèves dans les collèges et lycées où elle enseigne, vient d’obtenir le retour de l’image pieuse : ils sont passés par Rome en profitant du fait que l’évêque de cette ville européenne est un Argentin depuis le 13 mars 2013… La statue va donc transiter par le Vatican avant de retrouver le sol de la patrie. De l’aéroport d’Ezeiza où elle doit atterrir, elle sera ensuite transportée en procession à la Basilique de Luján, à côté de laquelle deux associations locales de vétérans des Malouines ont érigé deux monuments du souvenir. Le premier miracle du Negro Manuel et du Père Salvaire ? (cf. mon article précédent sur Luján).

Le quotidien d’obédience catholique (de droite) La Prensa rend compte aujourd’hui de cette ultime péripétie de la guerre des Malouines

Comme dit le slogan d’une des deux associations lujenses de vétérans des Malouines qui m’a si chaleureusement accueillie le 18 août dernier : ¡Prohibido olvidar! (Interdit d’oublier).

Un air de fin de règne [Actu]

Les chiffres en rouge se comprennent tous seuls
En haut, à droite, le jeu de mots du jour :
"Il n'est pas resté dans le moule",
dit-on du procureur Moldes (moules [à gâteau] en espagnol)

Les derniers chiffres de l’INDEC, l'institut national des statistiques, sont désespérants et montrent, comme le dit Página/12, que l’actuel gouvernement aura été "une usine à pauvreté" : hausse de la pauvreté et de l’indigence, quantité record de mineurs vivant sous le seuil de pauvreté, pertes de postes de travail, etc. Et en plus, le président vient de réduire les indemnités du salarié pour les accidents de travail !

Ces chiffres ne semblent pas de nature à renverser les tendances électorales que montraient les sondages avant les PASO et que ces derniers ont confirmées : le candidat de l’opposition péroniste a de fortes chances de l’emporter à la fin du mois, au premier tour de l’élection présidentielle, même si Mauricio Macri a repris, il y a quelques jours, une campagne un peu difficile à suivre.

Est-ce pour cette raison que le procureur Germán Moldes vient de présenter sa démission ? Depuis quatre ans, il est le principal accusateur de tous les kirchneristes qu’il peut impliquer dans des scandales de corruption. Il a tout tenté pour faire accuser Cristina Kirchner pour la mort du procureur Alberto Nisman, qui semble toujours s’être suicidé malgré les efforts pour prouver le contraire, à tel point que même la tutrice de ses filles mineures s’est désistée de sa constitution de partie civile… Moldes avance des problèmes de santé. Página/12 a une toute autre interprétation : il fait valoir ses droits à la retraite avant que l’alternance ne risque de lui valoir des ennuis quand on ira regarder d’un peu plus près ses procédures quelque peu forcées…

Pour en savoir plus :
sur les statistiques socio-économiques
lire l'article de Clarín sur la modification par décret du régime des indemnités d'accident du travail
sur la démission de Germán Moldes

dimanche 29 septembre 2019

Macri part en faisant tout ce qu’il critiquait chez Cristina [Actu]

Le ministre au peintre : "Dépêchez-vous, monsieur Coyote.
Nous avons besoin que ce tunnel soit terminé demain.
Ah oui ! Et puis, de la lumière au fond !"
Traduction © Denise Anne Clavilier

Pendant sa campagne en 2015, le président Mauricio Macri avait critiqué le contrôle des changes imposé par Cristina Kirchner pour forcer à abandonner la référence constante au dollar dans beaucoup d’actes de la vie : l’achat d’une voiture ou d’un bien immobilier, la valorisation d’une épargne ou d’un portefeuille d’actions, etc. Depuis un mois, l’Argentine connaît un contrôle des changes assez sévère qui conduit aujourd’hui à sanctionner des acteurs financiers qui auraient acheté trop de dollars pour sécuriser leur trésorerie.

Mauricio Macri avait déclaré que l’inflation, alors à 25 %, était le symptôme d’une incapacité à gouverner correctement. L’inflation frôle les 53 % pour ce qui correspond à 2019.

La une de La Prensa, le 25 septembre
En haut, Macri attendant d'intervenir à la tribune de l'ONU à New York
En bas, l'échafaudage effondré à Ezeiza
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Le gouvernement de Macri n’avait pas eu de mots assez durs contre son prédécesseur pour l’inauguration précoce du Centre Culturel Kirchner, le CCK, une magnifique infrastructure qui tient debout et qui fonctionne très bien à l’heure qu’il est. Mauricio Macri a fait accélérer plusieurs chantiers dans l’espoir de faire des inaugurations qui redore son blason avant le premier tour. Résultat : cette semaine, un échafaudage surchargé s’est effondré dans le futur nouveau terminal de l’aéroport international qui devait être partiellement inauguré demain. L’effondrement a fait un mort et treize blessés. Quelques jours avant, les 300 PME et leurs ouvriers qui avaient accéléré leur rythme de travail pour terminer un grand viaduc ferroviaire, dûment inauguré par le président-candidat à sa réélection, ont manifesté… parce qu’ils ne sont pas payés !

Alors bien entendu, à un mois du premier tour, Página/12 fait un résumé en dessin sur sa une ce matin…

Pour en savoir plus :
lire l’article de Página/12 du 25 septembre sur l’accident de l’échafaudage à Ezeiza, dont toute la presse a parlé ce jour-là
lire l’article de Página/12 du 24 septembre sur le viaduc de la ligne San Martín

samedi 28 septembre 2019

Les jeunes Argentins se joignent aux Vendredis pour le Futur [Actu]

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Les jeunes sont sortis hier, en grand nombre, pour défiler dans les rues d’une trentaine de villes en Argentine pour manifester leur préoccupation pour le climat et tâcher d’alerter leurs politiciens, encore moins sensibles à la question que leurs homologues européens. Il n’y a pas vraiment de parti écologiste dans le paysage politique argentin.

Le départ de la manifestation sur la place du Congrès
En arrière-plan, le siège des deux chambres nationales

Peut-être le climat politique, chaud-bouillant depuis le 11 août, et la saisine du comité des droits de l’enfant de l’ONU par Greta Thunberg et son équipe internationale de jeunes militants a frappé les esprits. La saisine dénonce cinq pays, dont la France, le Brésil et l’Argentine. Et il est vrai que la création d’un ministère de l’écologie par Mauricio Macri a été une mascarade et le rabbin-ministre a démontré depuis quatre ans son incompétence et son inutilité totale… A part son déguisement en végétal il y a deux ans, on n’a jamais entendu parler de la moindre action de sa part depuis sa prise de fonction !

L'arrivée du cortège sur la Place de Mai
à l'arrière-plan, avenida de Mayo

En revanche, j’ai été frappée à Buenos Aires et même à Villa Mercedes, petite ville au milieu de la campagne de la province de San Luis, par l’apparition d’enseignes bio et par la variété des produits proposés à la vente. On est encore loin de la fréquence de ce type de magasins à Paris et de l’offre alimentaire et non alimentaire mais le progrès est très marqué par rapport à il y a deux ans.

Deux journaux ont mis la manifestation de Buenos Aires à leur une, La Nación et Clarín, qui a choisi d’illustrer son article (mais pas sa une) avec une photo d’une marche pour le climat à… Milan !

Pour aller plus loin :
lire l’article de Clarín

Ajout du 29 septembre 2019 :
lire cet article de La Nación sur une opération initiée par un jeune militant pour nettoyer les rives du Río de la Plata (la manière dont les Argentins jettent dans la nature du plastique et des déchets rappellent ce qu'était la France, ses chemins, ses routes, ses plages, ses aires de pique-nique, il y a 50 ans, quand il y avait moins d'emballages. Du coup, l'Argentine est encore plus sale !)

Universo Daniel Melingo au CCK [à l’affiche]


Deux week-ends autour de Daniel Melingo pour découvrir son univers musical et poétique, c’est ce qu’offre le CCK, Sarmiento 151, ce soir, demain et samedi et dimanche prochain, les 5 et 6 octobre.

Entrée libre et gratuite.

Le poète Luis Alposta, auteur de nombre de ses chansons les plus emblématiques, est lui aussi au programme (1).

Pour en savoir plus :
lire l’interview de Melingo dans Clarín (on y parle beaucoup de l'accueil que lui fait le public français)
consulter la page de la série sur le site Internet du CCK


Ajout du 30 septembre 2019 :
lire cet article de Página/12, qui a mis Melingo à la une de son supplément culturel de ce lundi (ci-dessus)



(1) Luis Alposta, qui est devenu un ami personnel très cher, est présent dans mes deux anthologies bilingues de tango, Barrio de Tango aux Editions du Jasmin, qu'il a bien voulu préfacer, et Deux cents ans après, chez Tarabuste Editions.

lundi 23 septembre 2019

Teasing pour un docu saignant [Actu]

Une des pages culturelles de Página/12, avec son jeu de mots :
"MACRIse culturelle"
et sur la photo : Culture en deuil

María Laura Cali, ancienne salariée de l’ex-ministère de la Culture, rétrogradé au rang de Secrétariat d’État il y a un peu plus d’un an, scandalisée par la manière dont le titulaire du maroquin l’a vidé, révoquant des salariés et dissolvant un grand nombre d’entités culturelles, a pris sa caméra et recueilli les témoignages et les analyses des acteurs du secteur. Il en ressort un documentaire qui sortira le 1er octobre à 19h30 au Centro Cultural Padre Mugica, Piedras 720, dans le quartier de Monserrat.

Le film s’intitule Los ñoquis, crónica de una resistencia presente (les ronds-de-cuir, chronique d’une résistance qui n’a jamais cessé). Il emploie le terme dépréciatif de ñoqui, les gnocchis (comme les pâtes italiennes), surnom méprisant donné aux employés de l’État qu’on accuse de buller et de toucher des sous, aux frais des contribuables. Cette insulte a été amplement utilisée par la majorité actuelle lorsqu’elle a pris le pouvoir et sabré dans les effectifs de l’administration nationale, y compris dans ceux des orchestres, des corps de ballet et des différentes instances opérationnelles comme le CePia, le centre de production et de recherche audiovisuels, dissous par le ministre Pablo Avelluto et dévalisé par sa fiancée de tout son matériel audiovisuel dès le 5 janvier 2016, alors que le ministre avait pris ses fonctions le 10 décembre 2015. On n’a jamais retrouvé ces équipements très performants qui avaient été payés par de l’argent public. Le documentaire intègre les images des caméras du défunt CePia. On y voit et on y entend parfaitement le vol ordonné et orchestré par l’actuelle compagne du ministre !

Affiche du film

Les quelques minutes de vidéo-surveillance font un tabac sur les réseaux sociaux depuis qu’ils ont été diffusés en avant-première par la chaîne de télévision du groupe Octubre (C5N) le 19 septembre dernier. A ce jour, ni Avelluto ni son épouse n’ont commenté ces images accusatrices.

Bon appétit ! messieurs ! –
(Tous se retournent. Silence de surprise et d'inquiétude,
Ruy Blas se couvre, croise les bras,

et poursuit en les regardant en face).
O ministres intègres !
Conseillers vertueux ! voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n'avez pas honte et vous choisissez l'heure,
L'heure sombre où l'Espagne agonisante pleure !
Donc vous n'avez ici pas d'autres intérêts
Que d'emplir votre poche et vous enfuir après !
Soyez flétris, devant votre pays qui tombe,
Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe !
Victor Hugo
(Ecoutez cette tirade jouée par Gérard Philippe,
dans une archive de l'INA)

En pleine campagne électorale, la sortie du film ne va pas aider Mauricio Macri à rattraper son retard sur le candidat de l’opposition arrivé en tête des PASO, le 11 août dernier, Alberto Fernández.

Pour en savoir plus :
lire l’entrefilet de Página/12 sur le vol du matériel du CePia avec vidéo embedded dans l’article en ligne (édition de vendredi dernier)
lire l’article de Página/12 sur le documentaire (édition d’aujourd’hui)
lire l’article du site Notinett sur le documentaire

Alfredo Arias se paye Isabel Perón [à l’affiche]


Depuis samedi, Alfredo Arias est à l’affiche du Teatro San Martín, sur Avenida Corrientes, avec une pièce de Gonzalo Demaría intitulé Happyland et consacré à une satyre de la figure détestée de Isabel Perón, qui fut la vice-présidente de son mari, à leur retour en 1973, et qui lui succéda à la présidence après son décès et jusqu’au coup d’État de Videla en mars 1976. Avant cela, elle n’était qu’une danseuse de revue dans un théâtre à Panamá, où Perón la rencontra dans les errances de son exil. Elle vit aujourd’hui recluse dans une grande propriété en Espagne. La justice argentine a émis contre elle un mandat d’arrêt international auquel l’Espagne ne défère pas contre une vieille dame, qui de nos jours ssemble inoffensive, mais qui n'en pas pas moins installé un début de dictature à Buenos Aires, avant qu'un régime militaire la renverse elle-même.

Le grand style Arias, comme d'habitude

Le metteur en scène et l’auteur en font un personnage caricatural au milieu d’une évocation fantaisiste, fantasmatique et caustique de l’Argentine des années 1950 à 1970, avec ses acteurs -chanteurs-danseurs fétiches : Alejandra Radano, qui joue le rôle de Isabel, Marcos Montes, María Merlino, Carlos Casella et Adriana Pegueroles.

Isabelita, la vraie, avec son chignon légendaire,
saluant la foule depuis le balcon de la Casa Rosada,
en grand deuil, en 1974 (document Clarín)

Alfredo Arias a donné ces derniers jours plusieurs interviews, à Clarín, à La Nación entre autres. Il est parfaitement conscient du contenu politique de ce retour vers un épisode tragique de l’histoire argentine et qu’en pleine campagne électorale, son propos est encore moins indifférent que d’habitude.

Le spectacle se donne du mercredi au dimanche, de 20h30 à 22h. Les places sont à 140 $ ARG en semaine et à 280 le week-end.

Pour en savoir plus :
consulter la page du spectacle sur le site Internet du théâtre.

Ajout du 6 octobre 2019 :
lire cette nouvelle critique de La Nación

Ajout du 13 octobre 2019 :
lire cette longue interview d'Alfredo Arias dans La Nación

samedi 21 septembre 2019

Negro Manuel : un livre sur cet esclave serviteur de la Vierge de Luján [Disques & Livres]


Le prêtre et historien Juan Guillermo Durán, un vrai scientifique rigoureux, a sorti au mois de mai un livre très originale : une biographie du Negro Manuel (circa 1604-1686), un esclave né en Guinée et affranchi pour 250 pesos (1), qui a dédié sa vie à veiller sur la petite statue de la Vierge Marie dont la vénération a donné naissance à la ville de Luján, dans la province de Buenos Aires, après un miracle (2) qui s’est produit en mai 1630 (3) et dont l’historicité a été démontrée dans la deuxième partie du dix-neuvième siècle, le prêtre des Missions étrangères de Paris, le père Georges Marie Salvaire (1847-1899).

Mgr Juan Guillermo Durán, éminent membre du prestigieux comité d’histoire de l’Église, est aussi le postulateur de la canonisation du Negro Manuel, procédure lancée par le cardinal Poli, archevêque de Buenos Aires, et Mgr Anunciado Serafini, archevêque de Mercedes-Luján.

Les prières proposées à la piété privée des fidèles
pour l'un et l'autre candidat
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L’ouvrage de 298 pages fait donc partie du travail qu’un postulateur doit faire pour que le vénérable serviteur de Dieu dont il sert la cause soit connu des fidèles et que ceux-ci recourent à lui dans leurs prières privées. Le Negro Manuel a été déclaré Serviteur de Dieu en août dernier, le dimanche même des PASO. Il manque encore un miracle reconnu pour sa béatification et un second pour sa canonisation. D’où l’importance de la prière privée des fidèles.

Le livre est en vente à la maison d’édition, une maison confessionnelle, au prix de 738 pesos argentins.

Souvent considéré comme une invention folklorique hors de l’Église catholique, ce personnage historique est assez important dans le roman national argentin, car le pays a longtemps, contre toute évidence, nié l’existence de l’esclavage et des Africains sur son sol. Sur le plan spirituel, c’est un modèle d’humilité et de spiritualité mariales. Il pourrait devenir le saint patron des sacristains au moins en Argentine sinon dans le monde entier.

Image pieuse de Luján
avec la phrase attribuée au Negro Manuel :
"J'appartiens à la Vierge, c'est tout"
En haut, la statue de la Vierge telle qu'elle est aujourd'hui

La cause en béatification du Père Salvaire a été ouverte le même jour que celle pour le Negro Manuel. Mgr Durán est aussi le postulateur de cette autre cause. Les deux procès sont intimement liés l’un à l’autre sur le plan historique et spirituel.

Pour aller plus loin :
lire la dépêche de AICA (l’agence de presse catholique argentine)
lire le communiqué de l’archidiocèse de Mercedes-Luján
consulter la page du livre sur le site Internet des Editions Agape
voir les données sur le Negro Manuel sur la page Candidats du site Inteernet Causas de los Santos en Argentina.



(1) Le prix normal d’un esclave mâle en bonne santé.
(2) Le terme de miracle est celui de l’époque. L’événement a consisté en l’arrêt sur place du chariot sur lequel la petite statue en terre cuite, produite à Rio de Janeiro et destinée à une petite chapelle privée du nord-est argentin (Santiago del Estero), se trouvait. Le chariot n’a pu repartir que lorsque la statue fut déchargée. Le même type d’incident s’est produit à nouveau il y a quelques années avec une copie de la statuette. La statue originale est exposée dans le chœur de la basilique de Luján, qui s’élève sur le lieu où la tradition situe la tombe du Negro Manuel.
(3) C’est la première fois que je vois citer ce mois de mai. Si c’est historique, c’est vraiment très lourd sur le plan symbolique. L’Argentine est censée être née le 25 mai 1810 et son drapeau a emprunte, par des chemins indirects, les couleurs du manteau de cette Vierge, qui représente Notre-Dame de l’Immaculée Conception !

Un juge droit dans ses bottes - Un baroud d’honneur ? [Actu]

"L'audience qui ne commencera jamais ?"
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A six semaines du premier tour, qui pourrait bien voir le ticket Fernández et Fernández gagner l’élection présidentielle, le juge fédéral Claudio Bonadio vient de clore son instruction et de renvoyer devant le tribunal Cristina Fernández de Kirchner, candidate à la vice-présidente, et ses supposés complices dans une affaire de corruption, dite des carnets photocopiés. Les carnets en question donnent l’intégralité d’un circuit de corruption active au sein du gouvernement Kichner quand Cristina était présidente.

"Cristina est renvoyée au tribunal
pour l'affaire des Cahiers des dessous-de-tables"
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Dans un premier temps, lorsque ces documents sont sortis, ils apparaissaient comme des preuves accablantes. Aujourd’hui, la défense des personnalités impliquées a pu instiller le doute sur l’authenticité de tout cela.

Toujours est-il que le juge n’aura pas le temps d’obtenir la levée de l’immunité parlementaire pour Cristina car le Sénat ne pourra pas la traiter, d’autant que l’opposition fera barrage. Et si Cristina est élue le 27 octobre, ou même en novembre, s’il y avait besoin d’un second tour, elle ne passera pas en jugement sur ce renvoi à l’instance de jugement. En revanche, si elle n’est pas élue, ce qui serait une énorme surprise, elle pourrait se retrouver une nouvelle fois devant les juges à l’automne austral.

Pour aller plus loin :
lire l’article de La Nación qui met à disposition, en ligne, l’intégralité des cahiers incriminés.

vendredi 20 septembre 2019

Un taux de chômage record même en Argentine [Actu]

"Un 10+ en chômage", dit le gros titre
en forme de commentaire de prof sur une copie
En haut, en jaune : "La prochaine fois, je te reçois en tant que président"
dit Evo Morales à Alberto Fernández en tournée dans les pays limitrophes de gauche
En haut à droite : "Fumer est un plaisir", début d'un célèbre tango (Fumando espero),
mais ici, c'est à propos de cannabis

L’institut national de statistiques, l’INDEC, vient de publier les chiffres du chômage pour juillet : 10,6 % de la population active. Il faut remonter à quatorze ans, dans les premières années du mandat de Néstor Kirchner, pour retrouver des chiffres pareils ! Cela correspond à un peu plus de deux millions d’adultes, dans un pays où il y a beaucoup d’enfants et de jeunes. Chez les femmes jeunes (14-29 ans), ce taux de chômage atteint 23,4 %.

En haut, une phrase accusatrice d'un évêque sur la faim en Argentine
(la faim est une réalité et elle fait honte à toute la gouvernance)
En bas : "Le péché de détruire des emplois",
un gros titre qui vise la justice.
Elle empêche une compagnie aérienne low-cost
d'opérer sur l'aéroport secondaire de El Palomar
Tout aussi orienté que Página/12 mais dans l'autre sens !

Ces chiffres ont été établis pour une période antérieure aux PASO, les primaires obligatoires qui devancent de près de trois mois le premier tour (élections présidentielle, législatives et sénatoriales). Or la crise économique s’est aggravée dès le lendemain, lorsque les marchés ont pris peur devant la perspective de la victoire électorale d’un « gauchiste » au lieu de néo-libéral actuellement au pouvoir. Attendons-nous à un autre chiffre catastrophique dans un mois. Cela tombera mal pour la majorité sortante : le premier tour des élections se tiendra le 27 octobre. Et Alberto Fernández (le « gauchiste » qui affole le business) a encore gagné des points sur Mauricio Macri si l’on en croit les instituts de sondage. Il avait 15 points d’avance le 12 août, au lendemain des PASO. Il en aurait maintenant 20. Si c’est exact, c’est irrattrapable pour Macri.

Pour Alberto Fernández, ce sera un terrible héritage.

Pour en savoir plus :

La loi d’urgence alimentaire est votée [Actu]

"Sortie de secours", dit le gros titre
sur fond de manifestation sociale sur Plaza del Congreso
(le Congrès lui-même étant en travaux comme vous pouvez le constater)

Avant-hier, le Sénat a voté à l’unanimité la proposition de loi déposée par l’opposition reconnaissant l’urgence alimentaire. Cette loi permettra de consacrer de l’argent public aux soupes populaires et autres restaurants sociaux, pour les enfants ou les adultes, appelés comedores et meriendores, qui servent des repas (comida) et des goûters (merienda). Le président avait promis que sa majorité soutiendrait la proposition, ses sénateurs ont tenu sa promesse au-delà des attentes !

"Presque 8.000 millions de pesos pour les soupes populaires",
dit le gros titre

Página/12 en a fait sa une hier. La Prensa a consacré une partie de sa une à l’information. Ni Clarín ni La Nación n’ont jugé bon d’y faire allusion à la une, Clarín ne mettant même pas un seul article sur le sujet dans sa version en ligne.

Pour en savoir plus :
lire l’article de La Nación sur les réactions des organisations sociales à l’annonce du vote
lire l’article de La Nación sur la malnutritions chez les enfants qui vont dans les soupes populaires (lesquelles manquent d’argent pour proposer une alimentation équilibrée et adaptée à l’âge de leurs convives).

mercredi 18 septembre 2019

Daniel Ruggiero revisite les classiques au bandonéon [à l’affiche]



Demain, jeudi 19 septembre 2019, à 20h, la Orquesta Filarmónica de Buenos Aires offrira un concert gratuit dans le cadre d’une série intitulée Divertimentos y Pasiones, à la Usina del Arte, dans le quartier de La Boca.

Les places sont à retirer à partir d’aujourd’hui, 18h, au guichet du Teatro Colón, à raison de deux places par personne.

Ce concert proposera de nouvelles orchestrations de grands classiques du répertoire : Divertissement pour cordes, Sz 113, de Béla Bartok, Une nuit sur le Mont-Chauve de Modest Moussorgsky, Suite pour orchestre de Jazz n° 1, opus 38a de Dimitri Chostacovich et le Double concerto pour violon, bandonéon et orchestre de Daniel Ruggiero, un bandonéoniste et compositeur qui a de qui tenir (c’est le fils du musicien qui fut le premier bandonéoniste historique de l’orchestre de Osvaldo Pugliese).

C’est la première fois que Daniel Ruggiero se produit avec cette formation classique. Il a donné à ce propos une interview publiée dans Quinto Elemento Web.

Pour aller plus loin :
lire le communiqué du ministère de la Culture de la Ville Autonome de Buenos Aires.