vendredi 15 mai 2026

Nouvelles condamnations pour des criminels de la dictature militaire [Actu]

A l'audience hier, des parents de disparus brandissent les portraits des leurs


Hier, à La Plata, un tribunal a condamné treize criminels de la dernière dictature militaire, celle de 1976-1983, pour des faits de séquestre, tortures et assassinats dans trois centres de répression clandestins qui dépendaient d’un régiment d’infanterie commandé alors par le père de l’actuel ministre de la Défense, le colonel Roque Presti, père de Carlos Presti.

Onze des accusés ont été condamnés à la prison à perpétuité, un à 25 ans et le dernier à 18 ans, ce qui à leur âge correspond plus ou moins au même. Parmi les condamnés à perpétuité se trouve un ancien ministre de la Province de Buenos Aires.

Les faits incriminés remontent aux premiers mois de la dictature.

Les condamnés étaient alors les uns militaires, les autres policiers. L’un d’entre eux était un civil qui militait dans un groupe d’extrême-droite prétendument étudiant.

L’un des condamnés à perpétuité se trouve être l’un des sept co-auteurs d’un bouquin intitulé La Nación Dividida : Argentina después de la violencia de los 70 (la nation divisée : l’Argentine après la violence des années 1970), sorti en 2019. Parmi les auteurs, on trouve l’actuelle vice-présidente, Victoria Villaruel, elle-même fille d’un officier qui s’est compromis dans la répression politique sous la dictature et à ce titre, elle milite depuis longtemps et encore aujourd’hui pour une amnistie générale et une remise en liberté inconditionnelle pour tous les condamnés pour crimes contre l’humanité commis sous le régime putschiste. La violence des années 1970 que dénonce le livre désigne les activités, parfois violentes mais pas toujours, de l’opposition politique, idéologiquement très variée et dominée numériquement par le péronisme, lui-même éclaté en plusieurs courants parfois incompatibles entre eux, opposition aux gouvernements anticonstitutionnels qui se sont succédé tout au long de la décennie.

La fin de ce procès en mai 2026 montre qu’une partie de la magistrature argentine reste fidèle aux principes démocratiques malgré les pressions hostiles exercées par les libertariens de Javier Milei et les réactionnaires pro-dictature de Villaruel.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, le seul consacré à cette affaire dans les journaux d’envergure nationale ce matin.