lundi 11 mai 2026

Scandale à la Cour suprême : un notaire désespéré laisse une lettre accusatrice [Actu]

"A petite Cour, grand enfer", dit le gros titre
sur cette photo des trois magistrats en fonction
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Ce n’est pas à proprement parler une révélation : que la Cour suprême argentine juge sur des critères destinés à favoriser, sans que cela se voit trop ou même si cela se voit, les intérêts des classes possédantes qui dirigent l’économie du pays est un fait connu depuis la création de l’organisme au 19e siècle, même si, bien entendu, les représentants de ces mêmes classes sociales rejettent obstinément ces accusations avec une panoplie d’arguments et d’arguties enrichie par des décennies de pratique du droit, de la jurisprudence et des arcanes de la constitution.

A chaque fois que la gauche a occupé le pouvoir, c’est-à-dire depuis 1916, elle a cherché à nommer des juges aux profils différents de façon à équilibrer la composition de la Cour et à limiter les effets de cette triste tradition. De surcroît, dans la magistrature des niveaux subalternes, des collectifs se sont formés pour militer en faveur d’une justice authentiquement égale pour tous. Cependant, les habitudes ont la vie dure, confortées qu’elles sont par le système de sélection du personnel judiciaire : puisqu’on fait plus souvent du droit lorsqu’on vote à droite que lorsque l’on vote à gauche, le choix des candidats est plus nourri à droite qu’à gauche à tous les échelons du système, y compris pour les postes d’enseignant à l’université. La même constatation peut être faite aussi en France, où, cela s’illustre tragiquement au seul niveau du crime de sang, avec les disparitions dites « de l’Yonne » qui n’ont pas donné lieu à des enquêtes dignes de ce nom depuis le début des années 1970 jusqu’aux années 2000 et même 2010. Cependant, dans une démocratie plus ancienne comme la France, les principes sont un peu mieux défendus, ne serait-ce que parce qu’une presse durablement plus libre, dans le service public comme dans le secteur privé, est en mesure de dénoncer les distorsions dans l’application du droit, ce qui est manifestement plus difficile en Argentine.

Cette fois, à Buenos Aires, ces mécanismes de distorsion viennent d’être décrits, noir sur blanc, dans une lettre qu’un notaire, proche d’un des trois juges de la Cour, a laissée le 5 mai dernier avant de tenter de se donner la mort. La lettre d’adieu explique les systèmes de pression et d’influence occulte qui président aux arrêts rendus par la plus haute autorité judiciaire du pays, laquelle est durablement affaiblie par le petit nombre de ses membres (fonctionner à trois juges n’est pas normal pour cet organe et la persistance de cette situation, qui dure depuis des années, révèle un blocage politique assez peu compréhensible par ailleurs).

Par chance pour notre pauvre notaire et pour la démocratie, il a échappé à la mort et il se rétablit. Il nous reste à espérer qu’un procureur de première instance aura le courage de se saisir de ces aveux et d’ouvrir une instruction afin de tirer au clair les pratiques illégales dont témoigne cet écrit.

Et comme on pouvait s’y attendre, il n’y a eu qu’un journal de gauche pour se faire l’écho du scandale. A droite, la presse (et ses propriétaires) semblent se satisfaire encore et toujours des bonnes vieilles traditions judiciaires qui donnent toujours raison à La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable ». Je laisse à mon lecteur le soin de réciter tout seul le dernier vers des Animaux malades de la peste.

En Une, hier, prenant ses désirs pour des réalités, Página/12 parlait de « bombe pour la Cour ». Pour le moment, on est au mieux devant un pétard mouillé.

© Denise Anne Clavilier


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