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| Le dossier des Carnets résumé dans ce montage de La Nación |
En 2018, un journaliste de La Nación sort des photocopies de carnets d’un chauffeur de taxi qui prétend avoir transporté régulièrement de hauts responsables du gouvernement de Cristina Kirchner vers des lieux où de l’argent liquide leur aurait été remis, ce dont visiblement ces gens ne se cachaient pas devant lui.
L’authenticité de ces
documents a été, c’est le moins qu’on puisse dire, très
contestée. Des experts les ont validés, d’autres experts ont
déclaré qu’il s’agissait de faux, voire de faux grossiers.
Poursuivie depuis toutes
ces années dans cette affaire, Cristina
Kirchner a toujours nié les agissements que les magistrats lui
attribuent.
Or il y a quelques années, on a vu apparaître un grand nombre d’entrepreneurs qui ont avoué avoir participé à ce grand schéma de corruption, sous le statut, créé pour cette affaire, de « repentis », statut emprunté à l’Italie qui l’a inventé pour lutter contre la Mafia, la Ndrangueta et la Camorra. Sur la foi de ces aveux, les inculpations ont poussé comme des champignons dans le cabinet d’instruction du très contesté juge Claudio Bonadio, aujourd’hui décédé. Il y en a eu jusqu’à 87, dont beaucoup ont aujourd’hui abouti à des casiers judiciaires chargés pour des personnes qui semblent bien avoir été innocentes.
Or depuis quelques jours, voilà
que ces hommes d’affaires reviennent sur leurs aveux et apportent
la preuve que ceux-ci ont été obtenus sous la contrainte, un
chantage qu’exerçaient contre eux le procureur, Claudio Stornelli,
66 ans aujourd’hui, et le juge d’instruction. Les
deux hommes leur avaient mis un marché en mains :
reconnaître leur participation au système de
corruption ou être envoyé
en détention à la suite
immédiate de leur audition.
Beaucoup d’entre eux sont alors allés voir leur notaire pour
déposer chez lui une
déclaration attestant de cette situation irrégulière dans
l’attente de jours meilleurs.
Sous seing privé, ils déclaraient donc s’apprêter à faire des
faux témoignages pour éviter la prison. L’un d’entre eux a
refusé le chantage et il
en a payé le prix, ce qui a fait peur aux autres.
Ce monsieur
s’est effectivement retrouvé derrière les barreaux en
un rien de temps, avec à
la clé de lourdes
condamnations, puisqu’il s’est vu confisquer
sa liberté et ses biens.
Il vient de raconter son histoire au micro de Radio 750 du Groupe Octubre, auquel appartient aussi le quotidien Página/12. Ce qu’il décrit correspond à ce qu’on appelle en Amérique latine du lawfare, ce système anti-démocratique qui permet à la droite de se débarrasser des personnalités les plus en vue de l’opposition de gauche en les envoyant dans un cul de basse-fosse, comme Jair Bolsonaro l’a fait avec Lula jusqu’à ce que le pot-aux-roses soit révélé, ce qui a abouti à la libération puis à l’annulation de la condamnation prononcée contre l’ancien président.
Le procès des carnets (la causa de los cuadernos) tenait surtout sur les aveux des repentis. Les révélations de ces jours-ci devraient donc marquer le début du détricotage de l’affaire. Elles devraient aboutir à la fin des poursuites et à une condamnation au moins professionnelle du procureur Stornelli si toutefois les magistrats fédéraux parviennent à respecter les principes démocratiques de leur métier et de leur fonction.
Pour aller plus loin :
Ajout du 6 mai 2026 :
lire l’article
de La Nación sur la déposition de son journaliste devant
la justice au cours de laquelle il a redit sa certitude que les
carnets sont des originaux. Deux autres journalistes de la rédaction
sont convoqués dans les jours qui viennent.
Ajout du 13 mai 2026 :
Comme cela avait été annoncé,
les deux journalistes de La
Nación ont témoigné
de l’enquête du journal sur les carnets sur lesquels est fondée
toute l’instruction du dossier dit de los Cuadernos, carnets
manuscrits qui rapportent par le menu les transferts d’argent
incriminés. Les deux journalistes ont dit sous serment tenir ces
documents pour authentiques. Cette audition n’aurait pourtant pas
dû se tenir, elle aurait dû céder la place à la reprise de
l’enquête après la rétractation des supposés corrupteurs.
A ce propos, lire l’article
de La
Nación
Ajout du 15 mai 2026 :
Le policier à la retraite qui a
remis les carnets de Centeno, le chauffeur de taxi, au premier
journaliste de La Nación a lui aussi été entendu comme
témoin. Hier, son audition sous serment a duré huit heures et elle
reprendra la semaine prochaine. Cet homme était un ami de Centeno
qui lui aurait confié « noter tout » sur ces carnets à
propos de ces valises d’espèces sonnantes et trébuchantes qu’on
lui faisait transporter. L’octogénaire, qui n’a jamais dépassé
le grade de sergent dans les forces de l’ordre, dit avoir agi
« pour la Patrie ». Chez un policier, dans sa génération
et à ce niveau hiérarchique très modeste, il ne serait pas insensé
d’imaginer qu’il l’ait surtout fait par opposition politique à
la gauche péroniste représentée par Cristina et son gouvernement.
C’est probablement un homme de droite et d’une droite dure,
conservatrice, voire franchement réactionnaire. En général, c’est
ce qui se cache sous le mot « la Patria » dans ces
circonstances. S’il avait été d’une autre couleur politique, il
déclarerait tout simplement avec agi « contre la corruption »,
ce qui est aussi un motif très noble. En l’occurrence, chez ces
deux hommes qui n’ont pas dû dépasser l’école élémentaire et
qui ont trimé toute leur vie pour s’en sortir, beaucoup de
ressentiment et de frustration pourraient avoir trouvé un exutoire
dans un acte destiné à compromettre cette gauche, qui plus est,
représentée alors par une femme, et qui clamait haut et fort,
depuis son arrivée au pouvoir, sa volonté de et sa capacité à
faire condamner par les tribunaux les criminels de la dictature
militaire dont beaucoup de gens de droite, à tous les échelons de
la société et dans cette génération en particulier, croient dur
comme fer qu’elle a « sauvé l’Argentine du communisme »…
A
ce sujet, lire l’article
de La Nación
Ajouts du 20 mai 2026 :
La suite de l’audition du
retraité de la police montre des accointances entre lui,
son prétendu ami
chauffeur de taxi,
lui-même ancien militaire, et les services de renseignements
intérieurs, ceux de la Policia Federal, dite La Federal, avec
lesquels il était en contact téléphonique très fréquents au
moment où il a remis les carnets à la presse.
Dès lors que l’on a
cette information, toute
la
manipulation autour des
carnets pourrait devenir
beaucoup plus claire. En
effet, pour une partie non négligeable de leurs effectifs, l’armée
et la police étaient et
demeurent très hostiles à
la politique des Kirchner, essentiellement
parce que celle-ci épousait le Nunca
Más (plus jamais ça)
des militants des droits de l’homme et
a relancé les procès contre les criminels du régime putschiste.
Ce témoin est par ailleurs
poursuivi pour des
falsifications que certains experts ont repérées sur les carnets
autour desquels tourne
tout le
dossier monté contre
Cristina et certains de
ses alliés
politiques. Ces
altérations des documents
seraient de
sa main et visiblement,
l’homme n’est pas le roi des faussaires.
A ce sujet, lire l’article
de Página/12
De son côté, l’administration
pénitentiaire reconnaît ne pas pouvoir protéger l’un des
« repentis » du dossier. Toujours
en détention, il a reçu
des menaces de mort contre lui-même, son épouse et leur fils A ce sujet, lire l’article
de La
Nación
