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| Le gros titre est très difficile à traduire. On pourrait dire "L'Argentine en grand" Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
C’est une marée humaine qui a
défilé pacifiquement dans toutes les villes d’Argentine hier,
alors que le gouvernement refuse depuis 203 jours de mettre en œuvre
la loi votée par le Congrès sur le budget des universités, sous
des prétextes fallacieux, dont l’un est que dans les deux grandes
universités publiques que sont la UBA (Universidad de Buenos Aires)
et la UNLP (Universidad Nacional de La Plata), la moitié des
étudiants seraient étrangers et n’acquitteraient
pas de droits d’inscription différenciés parce que les conseils
d’administration des ces institutions « le refusent par pure
idéologie ».
En fait, les chiffres sont d’un
peu plus de 4 % toutes disciplines confondues et de 28 % en
médecine, signe que la formation médicale argentine est l’une des
plus réputées d’Amérique du Sud.
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| Une manifestante de Salta, d'origine visiblement amérindienne, raconte que son père est maçon et sa mère simple employée elle est la première universitaire de sa famille |
On estime à 1,5 millions le
nombre de manifestants sur l’ensemble du territoire national. Cela
fait beaucoup pour une population générale qui n’atteint pas
encore les 50 millions d’habitants
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| Banderole à travers Avenida de Mayo : "Milei, respecte la loi" Plus loin, le même slogan mais regardant de l'autre côté |
Les banderoles portaient des
slogans souvent simples et clairs : « Sans université,
pas d’avenir » ou « Mileí, respecte la loi ».
Plus émouvant, de nombreux participants portaient des pancartes
racontant l’histoire de leur famille : ici, une fille
d’ouvriers heureuse d’avoir pu accéder à une formation
supérieure grâce à la gratuité de l’enseignement universitaire,
ailleurs des descendants d’Amérindiens revendiquant l’ascenseur
social qu’est l’université même dans leur lointaine province,
ailleurs encore des moqueries contre Adorni et la corruption qui
prospère dans les rangs gouvernementaux, tuant le savoir, la
recherche et la culture.
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| "L'opposition s'approprie la revendication universitaire" Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Pendant ce temps-là, plusieurs
ministres et autres courtisans se sont réunis au palais pour se
plaindre d’y être « assiégés » par des
« perturbateurs professionnels » qui « ne veulent
pas comprendre » la logique de réduction du déficit public
qui présiderait (sans aucune dimension idéologique, vous pensez
bien !) à ces coupes claires dans le secteur non-marchand alors
qu’en fait, le résultat ciblé par ces mesures est, comme aux
États-Unis, l’enrichissement d’une petite coterie d’oligarques
dont Javier
Milei aimerait bien faire partie un jour et dont les rejetons
peuvent aller se former au
commerce, au management ou à la haute finance à l’étranger,
surtout
aux États-Unis, tandis qu’eux-mêmes peuvent y faire soigner leur
cancer et tant pis si les pauvres en crèvent !
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| "Application de la loi du financement universitaire tout de suite" |
Ce qui est intéressant, c’est
de constater que contrairement à une tradition tenace jusqu’en
2023, qui voulait que, dans la rédaction des articles comme dans le
choix des photos, la presse de droite minimise le succès des
manifestations plutôt classées à gauche (et celle-là en est une)
et grossissent celui des défilés classés à droite, les journaux,
qu’ils appartiennent à l’une ou l’autre partie de l’éventail
politique démocratique, tombent d’accord sur plusieurs points
d’analyse, reconnaissent et même montrent qu’il y avait vraiment
beaucoup de monde dans la rue. Les journaux de droite poussent la
loyauté jusqu’à reproduire certaines
pancartes assez
accusatrices. C’est intéressant parce que cela se répète souvent
depuis deux ans que cette politique libertarienne est mise en œuvre
et que cette harmonisation soudaine des quotidiens pourrait bien
signifier que la droite argentine a conscience que ce gouvernement
n’est pas un gouvernement de droite comme les autres et qu’il met
bel et bien en danger le pays, sa réputation internationale, sa
prospérité, son avenir et sans doute même s’inquiète-t-elle
pour la démocratie elle-même.
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| "Exigence massive en faveur de la loi du financement universitaire", dit le gros titre Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Acharné à maintenir son cap
mortifère, l’exécutif prétend en appeler à la Cour suprême
parce que celle-ci s’est toujours montrée opposée aux politiques
de redistribution et qu’elle n’est aujourd’hui composée que de
trois juges très à droite, tous nommés par Mauricio Macri,
président néolibéral, reagano-tatcherien (mais raisonnablement
démocrate), qui, de 2016 à 2019, a précédé dans la fonction le
centriste de gauche Alberto Fernández (2019-2023).
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| "Encore une exigence massive des universitaires : C'est une manifestations d'opposants, dit le gouvernement" Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Les manifestants en ont donc appelé à la haute cour pour qu’elle respecte, comme c’est son devoir et sa raison d’être, le travail du Congrès et la loi qu’il a votée. L’avenir nous dira s’ils auront été entendus.
Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12 sur les différentes manifestations dans l’Intérieur (comme on appelle tout ce qui n’est pas Buenos Aires)
lire l’article de Página/12 sur la réaction de la Casa Rosada
lire l’article de Página/12 sur la réunion d’une poignée de ministres avec Peter Thiel, le PDG de Palantir, qui réside en ce moment dans une propriété qu’il possède à Buenos Aires, alors même que la foule occupait Plaza de Mayo à 40 mètres de la façade de la Casa Rosada (c’est le deuxième rendez-vous que l’inquiétant milliardaire de la Silicon Valley a avec les décideurs argentins – la première avait été dissimulée au public grâce à un refus d’accès au palais opposé aux journalistes accrédités auprès de la présidence, sous un prétexte cousu de fil blanc et avancé par la maison militaire du président. Il est donc probable qu’ils ne parlent pas seulement recette de la sauce chimichurri !)
lire l’article de La Prensa sur la manifestation
lire l’article de Clarín sur la manifestation
lire l’article de Clarín sur l’impasse que le gouvernement s’entête à emprunter sur la question universitaire
lire l’article de La Nación sur l’immobilisme du gouvernement

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