Depuis plusieurs mois, les élus de l’opposition, les journalistes et une partie de l’opinion publique se demandent où se trouve l’or de la Réserve nationale argentine. Il a disparu des coffres du Banco Central de la República Argentina et la valeur de 1 023 millions de dollars a également disparu des comptes de l’institution. Les lingots auraient été clandestinement transférés en Grande-Bretagne où ils auraient en tout ou en partie été placés dans des investissements risqués portant notamment sur le cours de l’or à terme, placements qui ont abouti à cette perte considérable. Des enquêtes journalistiques et judiciaires ont été lancées pour retracer l’ensemble de ces opérations très opaques à tel point que le BCRA refuse de remettre à l’équivalent argentin de la Cour des Comptes les documents relatifs à ces lingots, à leur transfert, à leur utilisation plus ou moins frauduleuse tandis que l’organisme de contrôle est parvenu à certaines conclusions sur la nature des investissements effectués avec ces fonds et le montant des pertes qu’ils ont provoquées. Une plainte a été déposée en justice contre le gouvernement pour faire la lumière sur cette affaire pour le moins ténébreuse.
Aujourd’hui, Página/12 consacre plusieurs pages aux différents scandales de gestion de l’argent public qui secouent l’Argentine en ce moment.
Le quotidien de gauche s’intéresse d’abord à la perquisition dans les locaux du Banco Central (BCRA) qui a été demandée à la justice par l’avocat de plaignants. L’argent de la Réserve pourrait en effet avoir transité par la Deutsche Bank dont deux dignitaires du gouvernement, le ministre de l’Économie et le gouverneur du BCRA, sont d’anciens cadres dirigeants en Argentine, le gouverneur ayant même fait l’objet, dans le cadre de ses activités de banquier privé, d’une enquête pour des négociations incompatibles avec le service de l’État. Or ce n’est pas la première fois que les activités de ces hommes sont suspectées de corruption, voire d’enrichissement personnel à leur bénéfice propre ou à celui de certains de leurs proches. Le quotidien avance que la Deutsche Bank elle-même aurait pu retirer un bénéfice sonnant et trébuchant de l’aide qu’elle pourrait avoir apportée à ses deux anciens dirigeants soupçonnés d’avoir détourné l’argent public en Argentine. La perquisition permettrait en effet de mettre la main sur des documents, sur papier ou en ligne, relatifs aux décisions que ces hommes ont prises à la tête du ministère et de la Banque centrale.
Página/12 s’intéresse
également au secret défense qui s’applique désormais à
l’ensemble des achats d’équipement des forces armées argentines
alors que le budget des armées doit, comme les autres, être soumis
au pouvoir de contrôle du Congrès.
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| "Ils ont dévié des ressources pour s'en mettre plein les poches", dit le gros titre citant un ministre de la Province de Buenos Aires Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Página/12, cette fois dans son édition locale de La Plata, Buenos Aires/12, se penche encore sur un scandale qui vient d’éclater dans la Province de Buenos Aires dont le gouvernement s’apprête à porter plainte contre le président Javier Milei et son ministre de l’Économie pour la gestion frauduleuse d’un fonds de gestion de l’eau dans la province, un outil très important en particulier cette année où le phénomène climatique du super-Niño menace l’activité agricole et la sécurité des biens et des personnes (des inondations exceptionnelles sont à craindre dans les mois qui viennent).
Enfin, s’ajoute à ce tableau déjà peu reluisant la relaxe définitive prononcée par la justice fédérale (majoritairement très à droite) contre l’ancien président néolibéral, Mauricio Macri, qui avait obtenu du FMI, alors sous la direction de Christine Lagarde, un prêt gigantesque qui passait outre les critères d’attribution du FMI lui-même et qui s’appliqua sans que le Congrès ait été consulté, ce qui est inconstitutionnel, puisque l’État ne peut s’endetter sans que le Congrès donne son accord. Or Mauricio Macri est encore le maître d’une force politique qui pourrait apporter un appoint susceptible d’aider le président Milei, qui gouverne en position minoritaire au Congrès et dans le pays.
Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12 d’aujourd’hui sur le scandale de l’or du BCRA
lire l’article de Página/12 sur la décision du gouvernement d’imposer le secret défense sur les dépenses des armées
lire l’article de Buenos Aires/12 sur le fond hydrique et sa gestion dénoncée par le gouvernement provincial

