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vendredi 19 juin 2026

L’ancien maillot de la sélection pour défendre le travail des Argentins [Actu]

Capture d'écran sur Youtube/CGT Argentina


Inspirée par l’entrée en fanfare de l’équipe argentine de foot à la Coupe du monde il y a quelques jours, la CGT, le principal syndicat d’Argentine, a publié un petit clip pour démontrer que la ferveur autour du maillot national, ferveur qui dure toute l’année tous les ans, pourrait permettre de sauvegarder l’emploi en Argentine dans l’industrie textile, l’emballage, la distribution et le commerce alors qu’aujourd’hui, l’ouverture des frontières dérégulée aboutit au résultat inverse : les Argentins achètent désormais leur maillot sur Amazon et il est made in China.

Pourtant le maillot qu’a porté Diego Maradona était fabriqué en Argentine depuis le tissage du coton jusqu’à la distribution dans les points de vente répartis sur tout le territoire national, des points de vente innombrables et accessibles à tout le monde à une distance très raisonnable de chez soi, même à la campagne.

"Industria Argentina" en Argentine correspond à l'équivaleut
français : Produit/Fabriqué en France
peu importe le secteur : artisanat, manufacture, industrie
Cela est valable dans l'alimentation aussi...

Le syndicat a mis en ligne sa vidéo sur sa chaîne Youtube. Página/12 et La Nación en parlent à leurs lecteurs ce matin. A noter que, une fois n’est pas coutume sur cette thématique, l’article de La Nación est plus intéressant et plus long que celui de Página/12 qui semble se contenter de reprendre à peu près tel quel le communiqué de la CGT tandis que le quotidien libéral, de droite, prend la peine de publier sa propre analyse du phénomène.

Le message de Jorge Pino Sola, l'un des membres du
triumvirat à la tête de la CGT :
Prenons soin de ce qui nous appartient
Il est encore temps
Prenons soin du travail argentin
Confédération Générale du Travail

Pour rappel : dans tous les secteurs, la production industrielle et manufacturière s’est effondrée en Argentine depuis l’arrivée au pouvoir de Javier Milei (10 décembre 2023), à cause de la dérégulation brutale qu’il a instaurée sans aucune concertation avec les acteurs économiques dans tous les domaines. Des PME mettent donc la clé sous la porte tous les jours. Des Argentins se retrouvent au chômage ou basculent dans le travail au noir tous les jours. Dans les enseignes de la petite et de la grande distribution, la consommation baisse tous les jours et on le constate dans les chiffres tous les mois. Le tissu économique du pays se déchire un peu plus tous les jours, principalement au profit de grands empires chinois (pour la production) et états-uniens (pour la distribution) tandis que Milei s’acharne contre toutes les évidence à vanter de façon obscène sa propre politique et à promettre, comme Hoover dans les années 1930, que « la prospérité est au coin de la rue ».

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

vendredi 5 juin 2026

Milei fait mieux que Trump : de l’IA sans régulation en Argentine [Actu]

"Paradis technologique", dit le gros titre
sur l'expression "paradis fiscal".
Remarquez que la carte de l'Argentine
comporte l'archipel des Malouines qui est inclus
dans le système alors qu'il dépend dans les faits du Royaume-Uni.
C'est la constitution qui l'exige. En Argentine,
on intègre toujours les Malouines dans la carte du pays.
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« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », écrivait François Rabelais au 16e siècle, au moment où les premiers Espagnols mettaient le pied sur une terre qui allait devenir l’Argentine.

Dans un billet d’opinion publié hier par The Financial Times, le président Javier Milei vient d’annoncer que son pays va légiférer por que l’intelligence artificielle y trouve un terrain dénué de toute réglementation pour y développer toutes ses possibilités (y compris les plus dangereuses [c’est moi qui commente]). Pourtant, Trump vient d’être contraint d’émettre un décret énonçant un minimum de règles pour encadrer les pratiques d’IA. Même Trump !


A Buenos Aires, on murmure (très fort) que cette initiative du gouvernement vient directement de Peter Thiel, le patron et co-fondateur de Palantir, qui a récemment fait savoir qu’il s’installait définitivement à Buenos Aires où sa famille vient de le rejoindre dans la luxueuse résidence qu’il y possède et où l’on croyait jusqu’à il y a peu qu’il était juste venu passer quelques semaines. Il a été reçu au moins à deux reprises par Milei à la Casa Rosada, loin du regard des journalistes, et on ne sait pas ce que les deux hommes ont manigancé, aussi fascinés qu’ils sont par les théories néo-fascistes et libertariennes l’un comme l’autre. Maintenant, on l’imagine un peu mieux.

Au programme du projet de loi : dérégulation à gogo, avantages fiscaux à gogo aussi, facilités d’implantation et d’installation, création du statut de personne morale non-humaine (société commerciale virtuelle où aucun être humain n’assumera les responsabilités légales du dirigeant), etc.

La Prensa en parle aussi en Une :
en bas, à gauche, en caractères bleus sur fond jaune pâle
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C’est tellement énorme que cela fait causer toutes les gazettes. Il faut dire aussi que pour un président argentin, surtout celui-ci, toujours en quête égotique de reconnaissance sociale (et qui parle anglais comme une vache espagnole, en prime), signer dans FT, c’est le Graal.

Le même jour, le ministre de la Dérégulation, qui co-signe le billet présidentiel, a proposé, dans une interview télévisée, de remettre le permis de conduire sans examen contre le paiement du droit y afférent. Il se réfère à une pratique dans un des États fédérés du Mexique où cette pratique aurait fait baisser la corruption. En Argentine, ce qui est certain, c’est que cette pratique augmentera la dangerosité au volant. Or le taux d’accidents de la route est déjà très élevé dans le pays (lire à ce sujet l’article de Página/12).

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación
lire l’article de La Nación sur les critiques de Elisa Carrio, femme politique à moitié retirée et connue pour son caractère volcanique (elle est très excessive en général mais il lui arrive de dire la vérité, même si son expression est assez peu pacifiée)
lire l’article de El Economista, journal spécialisé argentin


vendredi 22 mai 2026

Opération Plat chaud à la fac de médecine [Actu]


Des étudiants et des diplômés de la faculté de médecine de la UBA (Universidad de Buenos Aires) ont décidé d’organiser une distribution, au pied de la fac, de plats chauds (platos calientes) pour les sans-abris de Buenos Aires, alors que ceux-ci sont confrontés au froid de l’hiver qui arrive et à l’hostilité des pouvoirs publics, qu’il s’agisse de la politique de Javier Mileí ou de celle de la Ville, elle-même gouvernée de plus en plus à droite par un cousin germain de l’ex-président Mauricio Macri.

Les menus sont composés par la section Diététique et nutrition de la faculté et les plats sont cuisinés par des volontaires, lesquels se chargent aussi de les distribuer à la nuit tombée, depuis hier, 18h.

Cremona et pancitos (petits pains)

De son côté, la radio généraliste du Grupo Octubre (auquel appartient Página/12), la AM 750, va accueillir devant son siège, mercredi prochain, une vente à prix raisonnable de produits de boulangerie, pains, brioches, viennoiseries, collectés par La Mesa Economía Social y Popular (la table Économie sociale et populaire). Ils seront vendus au profit des travailleurs jetés à la rue depuis environ huit mois par l’entreprise ILVA dont la fermeture laisse 300 familles sur le carreau. Dans cette terrible crise qui ravage l’économie de tout le pays et voit de nombreuses PME locales réduire leur personnel ou mettre tout simplement la clé sous la porte, ces travailleurs abandonnés par leur employeur bloquent l’accès à leur usine de porcelaine en réclamant leurs impayés de salaire. L’un d’entre eux s’est donné la mort au début de ce mois.


L’opération commencera à 8h et s’achèvera vers 16h, le jour même.

Quelques facturas (viennoiseries) typiquement argentines

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur l’opération de la faculté de médecine
lire l’article de Página/12 sur l’opération de la radio.

jeudi 23 avril 2026

Une autre marque emblématique disparaît [Actu]

Une toute petite sélection des produits de la marque


SanCor avait été fondée en 1938 lorsque seize coopératives des provinces de Santa Fe et de Córdoba (d’où son nom) ont fusionné pour donner ce grand de l’industrie laitière argentine qui produisait de tout : des fromages variés (la notion de terroir n’est pas encore très développée en Argentine, ni pour les vins, ni pour les fromages, la production est donc industrielle), des préparations à tartiner, des yaourts, des laits nature ou parfumés, avec ou sans lactose, pour les bébés et pour les autres, des crèmes-dessert, des crèmes renversées et bien sûr du dulce de leche, dans les deux versions, le tartinable et le pastelero, qu’on emploie pour fourrer les gâteaux, notamment les alfarores (pour lesquels la notion de terroir commence à exister).

En haut, au-dessus du titre : "La fin d'une marque traditionnelle"
Gros titre : "Un autre lapin sorti du chapeau"
allusion à un autre prêt octroyé au Premier ministre
par un particulier aux revenus modestes
pour dissimuler ses opérations patrimoniales
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Depuis une dizaine d’années, l’entreprise traversait des difficultés mais jamais comme c’est le cas depuis deux ans. SanCor a été mis en redressement judiciaire en 2025 mais le cumul des dettes, qui s’élève maintenant à 120 millions de dollars contractés auprès de près de 3000 créanciers à quoi s’ajoutent les 8 mois de salaire non versés, a convaincu les administrateurs de retourner auprès du tribunal de commerce pour déclarer la maison en faillite.

L'entrepôt qui dessert la province de Buenos Aires
dans les années 1970 sans doute

Cette marque disparaît donc des rayons des magasins, elle faisait pourtant partie du paysage et du patrimoine industriel du pays. Elle était fiable et les produits étaient bons.

Le même de nos jours

SanCor s’ajoute donc à la longue liste des marques et des entreprises qui n’auront pas survécu au traitement de cheval imposé par le gouvernement à un pays qui se relevait difficilement du blocage de son économie pendant la pandémie.


Encore un désastre ! Mais à part ça, tout va bien en Argentine et nos journalistes économiques peuvent se réjouir et nous donner en exemple ces méthodes funeste qui détruisent le marché argentin.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación
Cette nuit, j’ai pu lire en lecture ouverte l’article de Página/12 mais j’ai découvert ce matin qu’il était passé en accès payant (réservé aux abonnés).

Ajouts du 28 avril 2026 :

lire cet article de La Prensa sur la disparition de près de 80 000 postes de travail dans l’industrie depuis l’arrivée au pouvoir de Milei, il y a deux ans et demi
lire l’article de Clarín sur la débâcle du mois de février et les signes de reprise que le gouvernement dit percevoir en mars.

samedi 28 mars 2026

YPF : l’Argentine a gagné son procès à New York [Actu]

"Rit bien qui rit le dernier", dit le gros titre
sur cette photo des deux leaders qui ont
nationalisé YPF et voient leur politique légitimée
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Javier Mileí a beau tenter de s’attribuer cette victoire, il est clair qu’elle n’est pas la sienne. Dès le début de son mandat, en décembre 2023, le président a même osé faire des déclarations publiques qui auraient pu fragiliser la défense des intérêts de son pays dans cette affaire, notamment lorsqu’il a affirmé que toute expropriation était par définition illégitime et que ce type d’opération devrait être illégal.

Or le dossier YPF repose tout entier sur une nationalisation qui a entraîné l’expropriation des porteurs d’actions privés, institutionnels, constitutives du capital de la compagnie pétrolière argentine, YPF (pour Gisements pétroliers fédéraux), créée il y a un siècle par le premier gouvernement de gauche, celui du président Hipólito Yrigoyen, le leader des radicaux, alors un parti de nationalistes de classe moyenne, partisans d’une redistribution des richesses. Cette nationalisation a été menée à bien par Cristina Kirchner et son ministre de l’Économie, Axel Kiciloff, aujourd’hui gouverneur de la Province de Buenos Aires (tous deux en Une de Página/12), et elle avait pour objectif de récupérer un groupe privatisé quelques années auparavant dans la grande privatisation de Carlos Menem, le président préféré de Mileí, l’un des plus corrompus aussi (comme par hasard !).


"Le procès YPF, laissé en héritage par le kirchnerisme, est fini
Nous n'aurons pas à payer 18 milliards de dollars", dit le gros titre
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Dans son discours très solennel, hier à la Casa Rosada, entouré de son gouvernement et avec à sa droite Manuel Adorni, son exécré Premier ministre qui se débat dans un inextricable scandale de corruption à tiroirs, Javier Mileí s’est donc attribué le mérite de la victoire (qu’il n’avait pourtant pas souhaitée) tout en crachant un flot de critiques absurdes sur Cristina Kirchner et Axel Kiciloff, dont il a dit qu’ils avaient précipité le pays dans la catastrophe, laquelle a été déclenchée non pas par eux mais par les deux puissants groupes financiers qui ont porté plainte, puisque l’actionnaire privé principal de YPF, la compagnie pétrolière espagnole Repsol, avait rapidement accepté l’accord négocié il y a de nombreuses années avec le gouvernement argentin.

Hier, ce procès en appel a donc abouti à la reconnaissance, par la justice de l’État de New York, saisie par les plaignants, de la légalité de l’expropriation au profit de l’intérêt général argentin, que contestaient les deux actionnaires minoritaires. De ce fait, le verdict reconnaît également la légitimité de cette décision politique. La justice de New York reconnaît par conséquent la souveraineté de l’Argentine et son droit de décider librement et seule de l’exploitation de son sous-sol. Toute chose qui va clairement à l’encontre de la politique de Mileí et s’oppose formellement aux visions impérialistes délirantes de Trump (sur le Venezuela par exemple, mais aussi sur l’Argentine que Mileí lui offre sur un plateau d’argent, et sans doute sur l’Iran) et de son âme damnée du Kremlin, auquel Trump, suivi comme un toutou par Mileí, rêve de livrer le Donbass tout cuit et tant qu’à faire l’Ukraine tout entière, si c’est possible (dans les deux cas, ça résiste, l’Iran et l’Ukraine).

"Verdict historique en faveur de notre pays :
la condamnation à cause de YPF a été annulée
aux Etats-Unis", dit le gros titre
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L’Argentine risque encore que les plaignants contestent cette décision d’appel et la porte devant la Cour suprême fédérale (un brin trumpienne sur les bords) ou, bien pire encore si c’est possible, devant un tribunal arbitral international, c’est-à-dire une justice privée, ce que Mileí est assez peu susceptible de refuser. Ces plaignants sont en effet deux fonds spéculatifs, que les Argentins, du côté péroniste, ont surnommé les fonds vautours. Ils savent faire et ils ont les moyens de continuer le combat.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Prensa, qui rend compte des circonvolutions de Mileí pour s’attribuer ce succès
lire l’article de Clarín sur le verdict, qui libère l’Argentine du paiement d’une indemnisation pharaonique qui aurait achevé d’abattre les finances publiques, déjà plus que mal en point
lire l’article de Clarín sur le discours triomphaliste de Mileí
lire l’article de Une de La Nación sur le verdict
lire l’article de La Nación sur le discours de Mileí

Ajouts du 30 mars 2026 :

lire l’article de Página/12 sur les déclarations de Kiciloff concernant les affirmations de Mileí qui continue à donner raison aux plaignants contre la nationalisation de la compagnie pétrolière
lire l’article de Página/12 sur les positions de l’actuel ministre de l’Économie qui continue lui aussi à vilipender la nationalisation de la compagnie, jouant ainsi contre les intérêts judiciaires du pays
lire l’article de Clarín sur les positions de Kiciloff

mercredi 11 mars 2026

En Argentine, les entreprises tombent comme des mouches [Actu]


Página/12 rend compte aujourd’hui de la fermeture d’un grand centre commercial de Mar del Plata, le principal port argentin sur l’Océan atlantique (port commercial, port militaire, port de pêche et de plaisance) et principale ville balnéaire du pays. C’est dire si les centres commerciaux y ont leur place !

Celui-ci, Los Gallegos (les Galiciens), vient pourtant de fermer définitivement ses belles portes vitrées… 250 salariés risquent de se retrouver au chômage dans les semaines qui viennent.


Dans un autre domaine, l’agro-alimentaire, le groupe laitier Verónica (lait, beurre, crème fraîche, dulce de leche, préparation fromagère à tartiner, fromages et autrefois yaourts), fondé en 1923, a fermé plusieurs centres de production, laissant sans revenu leurs salariés. Verónica, c’est pourtant une référence importante dans les linéaires de la distribution, grande et petite. Si ma mémoire est bonne, c’est sous cette marque que j’avais trouvé, il y a plusieurs années, avant le covid, le premier et seul yaourt nature que je pouvais acheter à Buenos Aires, un yaourt épais, de type grec, indiqué pour la cuisine – para cocinar et qui avait disparu deux ans plus tard (yogur para cocinar parce qu’il ne viendrait à la tête d’aucun Argentin de manger du yaourt nature, sans sucre ni parfum).

Décidément, le « miracle de l’Argentine », vanté hier par certains participants au lancement de la Argentina Week à New York, a tout du mirage…

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur la fermeture des Gallegos
lire l’article de Página/12 sur Verónica.

Ajout du 12 mars 2026 :
lire cet entrefilet de Página/12 sur la situation économique des boulangeries, alors que 2000 d’entre elles ont déjà fermé leurs portes depuis l’arrivée au pouvoir de Mileí

Ajout du 13 mars 2026 :

lire cet article de Página/12, édition de Rosario, sur un nouveau phénomène dans les boulangeries : certains clients commencent à payer comme au supermarché : avec une carte de crédit qui permet d’étaler la dépense sur plusieurs semaines ou plusieurs mois. En Argentine, on ne paye pas souvent les courses du quotidien avec une carte bancaire. On paye en liquide et si vous sortez votre carte à la caisse du supermarché ou de l’hypermarché, on vous demande si vous voulez payer « en cuotas » (avec paiement étalé).

Ajouts du 26 mars 2026 :

Le secteur brassicole artisanal boit la tasse malgré son dynamisme d’avant la pandémie, un dynamisme dont j’ai personnellement pu constater l’existence et la créativité. La consommation de bière artisanale diminue en Argentine depuis l’investiture de Mileí : -20 % en 2024 et -10% en 2025, lesquels s’ajoute à la baisse de l’année précédente.
L’industrie laitière est elle aussi en danger. En province de Buenos Aires, en deux ans, plus de 1000 entreprises de collecte et de transformation du lait ont disparu, or ce secteur (lait, yaourt, fromage) constitue un point important de l’économie de cette province et de quelques autres///
A ce propos, lire cet article de Página/12 sur la situation des petits brasseurs
lire cet article de Página/12 sur la situation des tambos (collecte et transformation du lait)

Mileí fait le show à New York dans les locaux de la JP. Morgan [Actu]

"A New York, Mileí reprend ses invectives contre
Rocca et Madanes", dit le gros titre
en référence aux insultes proférées par le président
contre deux représentants éminents du patronat industriel argentin
En dessous : la guerre contre l'Iran dont on ne voit pas la fin
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Hier, à New York, où il lançait la Semaine Argentine (Argentina Week), Javier Mileí a fait l’article sur les richesses du sous-sol national devant un parterre d’investisseurs potentiels dans les locaux de la puissante banque JP Morgan, d’où est sortie la majorité de ses ministres et autres conseillers.

"Mileí crée la surprise avec son discours
agressif contre les entrepreneurs argentins à New York",
dit le gros titre
Au-dessous : l'inauguration d'un salon de l'agriculture
dans la province de Buenos Aires
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Le président argentin en a profité pour lancer de nouvelles flèches contre l’ensemble du patronat argentin dont il a traité à nouveau les principales personnalités de prébendiers et de corrompus. Drôle de façon de faire valoir son pays pour un chef d’État ! Ce matin, même La Nación s’étonne de ce comportement présidentiel.

"Mileí s'en est pris aux chefs d'entreprise
lors d'une rencontre avec des investisseurs
et a provoqué un fort malaise", dit le gros titre
En dessous, les machines agricoles,
qui font l'objet du salon de l'agriculture qui vient d'ouvrir
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Une fois son numéro terminé, Mileí a repris l’avion pour se rendre à Santiago du Chili où il assiste aujourd’hui à l’investiture de Kast, le nouveau président chilien qui affiche sa nostalgie pinochetiste.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Façade du siège de la UIA à Buenos Aires

Ajouts du 12 mars 2026 :
Le patronat industriel a décidé de répondre au président. Il l’a fait à travers un communiqué officiel et une vidéo de 40 secondes qui s’achève sur une interrogation : si les industriels sont des voleurs, alors où va l’argent qu’ils payent à l’État sous la forme de taxes et d’impôts sur les bénéfices ? Cette question est articulée alors que le Premier ministre se débat dans un scandale d’abus de biens publics (il s’est fait accompagner par son épouse lors du voyage à New York, elle a voyagé dans l’avion présidentiel et logé dans l’hôtel de grand luxe retenu pour les fonctions de son mari et, malgré les dénégations assez ridicules du ministre, il est assez clair que le couple n’a pas payé sur ces propres deniers les frais de cette participation supplémentaire)
lire cet article de Página/12 sur la réponse de la UIA
lire cet article de Página/12 sur la situation des fabricants dans le domaine du textile et de la chaussure (qui présente une émission de radio sur la AM 750)
lire cet article de La Prensa sur la réponse de la UIA à Mileí
lire cet article de La Nación

mercredi 4 mars 2026

Une autre grande entreprise argentine en danger en cette rentrée sociale [Actu]

Le titre est un jeu de mots intraduisible :
"dar el cuero", littéralement "le cuir donne"
signifie "avoir les moyens", avoir assez d'argent pour...
Autrement dit : "Galperín n'a plus les moyens"
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Marcos Galperín est le petit-fils d’un industriel allemand qui a immigré en Argentine où il a développé il y a quatre-vingts ans une grande tannerie, la SADESA, pour envoyer du cuir en Europe. Il compte parmi les principaux représentants du patronat de Argentine, l’un des tenants d’une politique très peu sociale avec le moins de redistribution possible. Tout en restant à la tête de l’entreprise familiale, il a investi une bonne partie de sa fortune dans une entreprise innovante, la vente en ligne, Mercado Libre qui a longtemps dominé le marché argentin jusqu’à ce que Javier Mileí ouvre toutes les frontières et laisse ses gigantesques concurrents internationaux comme Amazon, Ali Express, Temu et autres du même genre opérer en toute liberté dans le pays.

Hier, Marcos Galperín a annoncé publiquement que la tannerie n’avait plus les moyens de régler sa cotisation à son organisation patronale sectorielle, laquelle ne s’élève qu’à 360 000 pesos. C’est une somme considérable pour un budget familial mais c’est vraiment très peu pour une entreprise industrielle de la classe de la SADESA. La vieille tannerie se trouve donc au bord du dépôt de bilan tandis que l’existence de Mercado Libre est menacé par la concurrence internationale et son application pour téléphone menacée par le développement de l’intelligence artificielle.

"La UIA répond à Mileí et les chefs d'entreprise
de la AEA demande du dialogue", dit le gros titre
L'image est elle consacrée à la guerre contre l'Iran
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Dimanche soir dernier, lors de la traditionnelle ouverture de la session parlementaire du 1er mars, Mileí a prononcé un discours très agressif contre l’opposition et contre l’Union des Industries Argentines, la UIA, qui constate depuis quelques temps que les activités de l’ensemble du secteur sont en danger partout dans le pays. Si Página/12, quotidien de gauche, fait sa Une sur la situation de la tannerie, qui a employé jusqu’à 2000 salariés et n’en compte plus que 400, les deux autres journaux nationaux (de droite, eux), Clarín et La Nación, préfèrent parler des déclarations de la UIA qui dénonce les propos hostiles du président, lequel a annoncé dimanche soir son projet de faire passer 80 nouvelles lois pour parachever la dérégulation de toute l’économie en vue de ramener l’Argentine à ce qu’elle était au 19e siècle, un pays dont toute l’économie reposait, comme à l’époque coloniale, sur le secteur primaire, essentiellement l’agriculture et l’exportation de produits bruts, cuir compris. Halluciné, Mileí est persuadé qu’à cette époque-là, l’Argentine était une puissance mondiale, ce qu’elle n’a jamais été. Il confond le PIB par tête avec la constitution de la puissance internationale. Certes, le PIB par tête était très élevé mais la redistribution était à peu près nulle, donc la population était très précaire et le pays, très peu peuplé, était très mal équipé pour se faire respecter dans les domaines qui assoient la puissance d’un pays : l’équité dans les échanges internationaux (or l’Argentine vendait beaucoup de produits bruts donc à bas prix tout en achetant la quasi-totalité des produits élaborés, donc très chers, dont elle avait besoin), l’influence diplomatique et la capacité d’intervention militaire, deux domaines dans lesquels l’Argentine était fort peu reconnue par les autres États, que ce soit en Europe ou en Amérique du Nord (à l’époque seuls les États-Unis et le Mexique, puisque le Canada est encore un dominion britannique, comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande, et que Cuba vient tout juste de se détacher de l’Espagne), tandis que le reste du monde, mis à part le Japon, ne comptait pas puisque l’Afrique, l’Asie et le Moyen-Orient étaient encore sous régime colonial.

"Après les critiques de Mileí, les grandes entreprises
exigent que le gouvernement les respecte", dit le gros titre
La photo est consacrée à un effondrement
dans un groupe d'immeubles à Buenos Aires
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Fondée en 1941, la SADESA a été la plus grande tannerie du monde. Elle fournit en cuir des marques comme Nike et Adidas. Il est probable que le gouvernement argentin ne lèvera pas le petit doigt pour la sauver, comme il a refusé de sauver l’entreprise pneumatique Fate, qui a cessé toute activité à la mi-février dernier. Pourtant, une grande partie de ce haut patronat argentin a voté pour Mileí ou au moins contre son adversaire de gauche, Sergio Massa, il y a deux ans et demi.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


"Nous ne vivons pas de prébendes", dit le gros titre
citant le patron des petits patrons à La Plata
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Ajouts du 5 mars 2026 :
lire cet article de La Prensa sur la chute spectaculaire de l’activité industrielle en ce début d’année
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación
Página/12 (ci-dessus) a consacré la Une de son édition de La Plata (capitale de la province de Buenos Aires) aux déclarations du président du syndicat patronal des PME qui contredit le discours insultant du président Mileí devant le Congrès dimanche 1er mars (l’article n’est pas disponible en ligne)

jeudi 19 février 2026

925 personnes sur le carreau : fermeture d’un fabriquant de pneus [Actu]

"Mileí l'a fait", dit le gros titre
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Le pneumatique argentin Fate, 80 ans d’existence, faisait travailler beaucoup de monde à San Fernando, dans la province de Buenos Aires. Il avait compté jusqu’à 2000 salariés et depuis que Javier Mileí avait ouvert les frontières aux produits d’importation, l’usine était en difficulté.

Hier matin, les ouvriers ont trouvé porte close au moment de prendre leur poste et un communiqué accroché aux grilles d’entrée pour expliquer succinctement la situation.

En Argentine, le marché du pneu est aujourd’hui tenu à 75 % par des produits d’importation venus de pays, surtout la Chine, qui ont encore moins d’obligations sociales que l’Argentine, laquelle, avant Mileí, avait un système beaucoup moins généreux qu’en Europe mais encore trop par rapport à d’autres acteurs sous d’autres cieux.

Aujourd’hui, c’est 925 personnes qui vont se retrouver à la rue, sans travail, sans perspective d’avenir et avec des aides très très faibles dans un bassin d’emploi sinistré comme partout dans le pays. Selon la UIA, l’union patronale industrielle, l’Argentine a perdu 65 000 postes de travail depuis l’arrivée au pouvoir de Mileí.

"Annonce surprise de Fate :
son usine de pneumatiques ferme
et 920 salariés sont licenciés", dit le gros titre
sur cette photo des ouvriers montés sur le toit de l'usine
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Le gouvernement a ordonné une période de 15 jours de conciliation qui n’aboutira pas à grand-chose. Peut-être les salariés arracheront-ils des primes de travail convenables mais si l’entreprise a perdu ses parts de marché, ce n’est pas une conciliation patron-salariés qui va les lui redonner. Malgré les portes closes, les ouvriers ont forcé l’entrée et actuellement, ils occupent l’usine et le terrain qui l’entoure.

Pendant ce temps, Mileí est aux États-Unis pour le lancement du prétentieux Conseil de la Paix dont Trump est le tout puissant grand patron régnant sur sa cour de vassaux dictateurs et autres chefs d’État ou de gouvernement autoritaires.

Aujourd’hui, une grève générale paralyse toute l’Argentine contre la réforme du code du Travail actuellement en débat au Congrès, une réforme qui, si elle est adoptée en l’état, détruirait tous les droits sociaux acquis par les salariés et même les indépendants depuis l’arrivée en 1916 du premier gouvernement de gauche. La grève semble très suivie alors que le pays est dans l’équivalent de notre mois d’août. C’est le plein été dans l’hémisphère sud.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 qui fait sa Une et qui ne paraît pas en kiosque aujourd’hui par respect pour la protestation générale contre la politique du gouvernement