Samedi dernier, le 27 juin, Manuel Adorni a fini par démissionner, poussé vers la sortie -à leur corps défendant- par le président Javier Milei et sa sœur, qui ne pouvaient plus résister aux exigences qui venaient de toutes parts.
Il a été remplacé depuis par
Diego Santilli, un ancien macriste, qui finit par là même de trahir
son propre camp, ce que Mauricio Macri, qui rêverait d’être une
alternative de droite à Milei, a dû avaler comme une couleuvre de
plus. Santilli était jusqu’à présent ministre de l’Intérieur,
c’est-à-dire qu’il s’occupait des infrastructures et des parcs
nationaux, la sécurité du territoire et le maintien de l’ordre
étant de la compétence du ministre de la Sécurité. Santilli
cumulera les deux maroquins : l’Intérieur et la direction du
gouvernement. C’est dire combien la sortie de Manuel Adorni est
improvisée.
L’ancien Premier ministre avait à peine quitté ses bureaux de la Casa Rosada que la justice ouvrait une nouvelle branche de l’instruction pour corruption contre lui. Dans la presse, circulait déjà une anecdote supplémentaire : Adorni aurait utilisé les cartes d’une ou de plusieurs de ses collaborateurs au sein du gouvernement pour faire des achats. Et devinez quoi ! C’est vrai.
Dans cette série de révélations,
on a ainsi appris que
lorsqu’il était au
gouvernement, Adorni dépensait de 4 à 6 millions de pesos par mois,
avec sa propre carte de crédit, alors que son indemnité de fonction
mensuelle s’élevait à 3,5 millions. En deux ans et demi de
présence dans les instances gouvernementales, il a dépensé un
total de 139 millions de dollars. D’où sort tout cet argent sinon
de rentrées clandestines et donc illégales ?
On a aussi compris qu’il avait fait pression sur l’artisan qui lui avait arrangé sa villa avec une jolie piscine à cascade dans un quartier privé non loin de Buenos Aires. D’après le message qu’il a laissé à cet homme sur sa boîte vocale, ce ne serait pas le premier témoin auquel l’ancien ministre aurait offert son appui contre un silence complice de son interlocuteur.
On a enfin appris, dans le cadre
de l’instruction, que l’une des secrétaires qu’il avait à son
cabinet comme porte-parole du gouvernement avait reconnu au cours de
son audition qu’elle avait fait des achats avec sa carte
personnelle pour le compte de son supérieur qui la remboursait en
espèces. Elle avait ainsi acheté pour lui de la literie, du linge
de maison et de l’électroménager pour 8 millions de pesos.
![]() |
| La Une d'aujourd'hui Là encore, la traduction est inutile Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Et ça continue comme ça tous les jours, au point que l’ancien Premier ministre a aussi dû démissionner de son fauteuil au sein du conseil d’administration de la compagnie pétrolière nationale YPF, laquelle n’a pas encore été privatisée mais est menacée de l’être à nouveau, comme sous le mandat de Carlos Menem, qui a conduit l’Argentine à la catastrophe de 2001 (une faillite complète du système financier dans tout le pays).
Les Unes de Página/12 de ces derniers jours racontent, avec leur humour habituel, cette succession de faits tous plus indécents les uns que les autres.
Pour aller plus loin :
lire l’article de Página/12 du 28 juin sur la sortie du Premier ministre
lire l’article de Clarín d’hier sur ses achats exorbitants avec sa carte de crédit
lire l’article de La Nación d’hier sur les déclarations de sa secrétaire pendant son audition
lire l’article de Página/12 aujourd’hui sur le fastueux train de vie de l’ex-Premier ministre
lire l’article de La Prensa aujourd’hui sur les propos de la secrétaire



