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samedi 8 août 2026

San Cayetano croule sous le boulot [Actu]

"En plus de la terre, du pain et du travail", dit le gros titre
sur cette photo de la manifestation sans doute
à l'angle des avenues de Mayo et 9 de Julio
au cœur de Buenos Aires
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Pan, Paz, Tierra, Trabajo (pain, paix, terre, travail) réclamaient hier les manifestants de la San Cayetano dans toute l’Argentine.

San Cayetano (saint Gaëtan en français) est le saint patron du pain et du travail auquel ont recours les croyants (parfois pas si croyants que cela) qui souhaitent améliorer leurs conditions de vie en trouvant du travail et donc du pain. Tous les 7 août, sa fête catholique agit comme un baromètre pour évaluer la situation économique et sociale.

Le gros titre porte sur le ministre de la dérégulation
qui semble en difficulté à l'intérieur du gouvernement
Dans la colonne de droite : annonce de l'inflation mensuelle
à Buenos Aires en juillet (2,9%), une hausse importante
En bas : Clarín a vu hier une Plaza de Mayo à moitié vide
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Comme tous les ans surtout depuis le covid et encore plus depuis l’arrivée de Javier Milei au pouvoir (comme par hasard), hier, ils ont été très nombreux, ce qui était particulièrement visible à Buenos Aires où il est de tradition de faire se succéder le pèlerinage jusqu’au sanctuaire de Liniers, un quartier très pauvre situé dans l’extrême ouest de la capitale, puis la manifestation sociale et politique, organisée par les syndicats, qui va de Liniers jusqu’à Plaza de Mayo (de l’autre côté de la ville) pour présenter les revendications du peuple aux dirigeants, censés être en train de travailler à la Casa Rosada, à l’extrémité orientale de cette place fondatrice du processus révolutionnaire de mai 1810. En l’occurrence, Milei n’y était pas : il était en Colombie pour l’investiture du nouveau chef d’État qu’il veut intégrer dans un bloc d’extrême-droite en Amérique du Sud, comme il a fait la semaine dernière avec l’investiture présidentielle à Lima, au Pérou.

Au cours de la messe à Liniers, l’archevêque de Buenos Aires a rappelé une nouvelle fois que la situation était inacceptable : la hausse des prix est telle que même les gens qui travaillent n’ont trop souvent pas de quoi satisfaire leurs besoins élémentaires.

Le gros titre est pour l'homélie de l'archevêque :
"L'Eglise a critiqué le modèle économique
et elle en appelle au gouvernement
pour les pauvres et les endettés"
En dessous : des violences lors de la manifestation
de jeudi dernier, contre la loi de "propriété intégrale"
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Cette année, les participants ont ajouté à la revendication traditionnelle une demande concernant les terres, que Milei vient d’échouer à vendre à des investisseurs nationaux ou étrangers, et la paix, puisque Milei estime que l’Argentine (pays neutre pourtant) est entrée en guerre contre l’Iran parce qu’il suit aveuglément Donald Trump et qu’il vient de se fâcher avec les autorités brésiliennes en insultant Lula à São Paulo, ce à quoi Brasilia a répondu en retirant son ambassadeur de Buenos Aires et en demandant au représentant argentin de quitter le Brésil et de rentrer chez lui.

L’une des banderoles de la manifestation promettait de « reconstruire l’Argentine ». Et il y a du boulot !

*
* *


Hier, sur LCI, j’ai encore entendu une ancienne ambassadrice de France, devenue panelliste, déclarer de manière péremptoire qu’on s’était certes bien moqué de Milei et de sa tronçonneuse lors de sa campagne électorale mais qu’en fait, économiquement, le pays s’en sortait très bien. Comme tout bon toutologue de plateau qui se respecte, elle ne sait même pas de quoi elle parle.

Vignette de Une de Página/12 aujourd'hui
Le premier : L'an dernier, je suis allé voir San Cayetano
pour demander du travail et il m'en a trouvé...
Cette année, j'y suis retourné
Le second : Pour rendre grâce ?
Le premier : Non, pour en demander un autre en plus...
Avec un seul, je ne m'en sors pas.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Depuis le 10 décembre 2024, date de la prestation de serment de Milei, l’Argentine a perdu plus de 341 000 postes de travail déclaré (trabajo formal ou en blanco, par opposition avec le travail au noir, en negro). Un tiers des chômeurs mettent un an ou plus à retrouver du travail… C’est pour cela que San Cayetano ne risque pas d’en manquer, lui !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín qui se concentre sur l’homélie de l’archevêque de Buenos Aires (les autres évêques ont tenu des propos similaires chacun dans son diocèse)
lire l’analyse de cette homélie signée dans La Nación par son éditorialiste spécialisé en religion

jeudi 6 août 2026

Loi dite de la « propriété intégrale » : le Sénat refuse et le gouvernement recule [Actu]

"La livraison n'a pas pu se faire", dit le gros titre
sur cette photo de Milei en livreur de plateforme
sur le coffre, la carte de l'Argentine
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Une nouvelle fois, le gouvernement a tenté de faire voter sa loi de déréglementation tous azimuts, dite de « propriété intégrale », avec son chapitre qui prétendait légaliser et faciliter l’aliénation de la terre agricole, du sous-sol ainsi que des lacs et des cours d’eau que le gouvernement entendait vendre au plus offrant à de grands capitaux étrangers, sans aucune restriction ni condition contraignante.

Le conseiller : "L'opposition l'appelle "Loi d'aliénation de la terre".
Alors personne ne va la voter
Milei : Appelons-la "Loi Fromage et confiture". Tout le monde aime ça
Vignette de Daniel Paz et Rudy, aujourd'hui, en Une de Página/12
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Pour convaincre les sénateurs qui manquaient à la majorité hétéroclite avec laquelle Javier Milei gouverne, Patricia Bullrich, ex-ministre de la Sécurité devenue en décembre dernier la cheffe du camp présidentiel à la Chambre haute, avait réduit l’amplitude moyenne de l’aliénation à « seulement » 25 % de l’ensemble du territoire.

Le gros titre principal porte sur le prochain voyage du pape
L'info est traitée en haut de la colonne de droite
"Sans soutien, le gouvernement renonce au chapitre
le pus polémique de la loi des terres
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La papesse de l’ultra-droite avait présenté à la presse une carte de l’Argentine avec des pourcentages établis province par province mais la manœuvre a raté et ce nouvel échec sur le même sujet force pour la première fois ce gouvernement aux pratiques antidémocratiques à retirer au moins ce chapitre ultra-contesté de la nouvelle loi.

"Sans soutien, le gouvernement a dû
retirer le chapitre sur l'aliénation des terres", dit le gros titre
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Les sénateurs ont donc enfin réussi à protéger le territoire national et à le réserver aux Argentins selon le régime légal protecteur établi par un gouvernement antérieur. La loi qui reste donc en vigueur garantit la souveraineté du pays dans les domaines de l’alimentation, de la production d’agro-carburant, de l’exploitation minière et de la gestion de l’eau (y compris la production hydro-électrique).

L’ensemble de la presse en parle ce matin et les Unes y font toutes allusion.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


vendredi 24 juillet 2026

Vendepatria ! Patricia remet le couvert [Actu]

Cette Une n'a même pas besoin de traduction !
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Déjà quatre tentatives de faire voter la loi de la « propriété intégrale » et quinze modifications du projet sans succès. La chef de la majorité au Sénat, Patricia Bullrich, qui fut en sa jeunesse une révolutionnaire d’extrême-gauche, et le ministre de la dérégulation se sont réunis pour examiner la meilleure stratégie pour faire enfin adopter la mesure.

Une nouvelle loi qui abroge la « loi des terres rurales » qui a pour objectif de protéger le domaine agraire national d’une main-mise de capitaux étrangers, le tout afin de garantir l’approvisionnement alimentaire du marché national avec des Argentins ou des résidents légaux capables d’exploiter leurs propres ressources pour en tirer un revenu correct.

Actuellement, de nombreuses parcelles agricoles sont la propriété d’étrangers, quelques personnes physiques mais surtout des personnes morales à l’envergure gigantesque. La plus connue de ces grands groupes est l’italien Benetton qui élève des moutons en Patagonie pour assurer et contrôler ses approvisionnements en laine de qualité mais Benetton est loin d’être le seul et c’est à cause de cette aliénation croissante des terres agricoles qu’un gouvernement précédent (de gauche bien sûr) avait pris des dispositions protectrices.

Vignette de Miguel Rep aujourd'hui pour Página/12
Le dessin se passe de traduction, là encore !
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Javier Milei veut balayer tout cela et vendre à des étrangers le sol et même le sous-sol (d’où la dimension « intégrale » de la propriété). Exit par conséquent la loi qui protège les glaciers, notamment dans la province de Santa Cruz, qui est aussi une province pétrolifère et qui est aussi le fief des Kirchner. Si cette nouvelle loi passe, on va pouvoir exploiter des gisements de toutes natures prisonniers des glaces qui fondent pourtant à vue d’œil à cause du réchauffement climatique, dont Milei nie farouchement l’existence.

Ce qui se prépare avec ces nouvelles règles dérégulées, c’est une catastrophe économique, sociale et écologique.

Cette politique libertarienne menée par un président déchaîné et qui n’accepte aucun contre-pouvoir commence à inquiéter jusqu’aux think tanks ultra-libéraux qui voient les conséquences de ces décisions sur l’économie réelle : c’est un désastre pour la production (un nombre considérable d’entreprises ont déposé le bilan) et pour la consommation, en chute libre depuis l’arrivée au pouvoir de Milei. Les mêmes actions provoquant les mêmes effets, on observe la même dégringolade de la consommation aux États-Unis depuis l’arrivée de Trump à la Maison Blanche.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article secondaire de Página/12 sur le même sujet
lire l’article de Página/12 sur les explications données par Patricia Bullrich qui prétend que ces nouvelles dispositions ne mettent pas en danger la souveraineté nationale (ben voyons !)
lire l’article de Página/12 sur le rapport économique qui dément le discours triomphaliste de Milei et consorts
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín sur la baisse continue de la consommation
lire l’article de La Nación sur ce projet de loi de « propriété intégrale »

Ajouts du 30 juillet 2026 :

lire cet article de Página/12 sur l’appel de l’épiscopat contre l’aliénation de la terre agricole, qui ne saurait « être une marchandise »
lire cet article de La Prensa

mercredi 22 juillet 2026

Les librairies en danger en Argentine [Actu]

Vignette de Miguel Rep aujourd'hui dans Página/12 :
l'enfant bleu est un personnage récurrent dans l'oeuvre du dessinateur
"Un bon ami arrive dans les moment difficiles, l'enfant bleu
Un bon ami t'emmène en promenade
Un bon ami te fait la conversation
Un bon ami t'emmène chez lui te reposer au milieu des siens"
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Traduction © Denise Anne Clavilier


L’Argentine a adopté il y a plusieurs années une variation de la loi Lang française : elle fixe le prix du livre et réglemente tout le secteur du livre, en protégeant en particulier les librairies, ce qui permet aux petites maisons d’édition indépendantes d’exister et de garantir la diversité dans le monde de l’édition. Comme en France.

Alors que la Une s'attarde sur le sort des travailleurs
de plateforme, le sort des librairies a droit à
un article secondaire : en bas à droite
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Actuellement, le gouvernement argentin envisage une nouvelle loi de déréglementation sauvage qui mettra fin à ce régime des librairies et au prix unique du livre, le tout devant profiter aux géants du secteur de l’édition, qui seront les seuls à pouvoir tirer leur épingle du jeu, à savoir les filiales argentines du groupe espagnol Planeta et du groupe états-unien Penguin, et les grandes enseignes de la grande distribution et du commerce en ligne.

Les pharmacies sont elles aussi menacées puisqu’il est question de permettre la vente de médicament directement dans la grande distribution. Ce qui revient à mettre une bonne partie de la population en danger puisque les médicaments, y compris ceux vendus sans ordonnance, ne sont pas des produits anodins. Il faut savoir quoi acheter et quoi vendre à qui. En d’autres termes, ce ne sont pas des bonbons !

La Nación en parle en Une (en haut à droite)
pour s'en inquiéter
mais je n'ai pas pu trouver l'article en ligne
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Troisième marché visé par ce projet : le courtage en immobilier dont il est question de baisser voire d’éliminer le niveau de qualification obligatoire pour l’exercice du métier. A l’avenir, avoir de l’argent à investir dans l’activité et une carte d’identité pourrait suffire pour se lancer.

Página/12 sonne le tocsin !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 d’hier sur les trois secteurs concernés
lire l’article de Página/12 d’aujourd’hui sur le marché du livre

Ajout du 24 juillet 2026 :

lire cet article de Página/12 sur les conséquences prévisibles de la libéralisation des médicaments : plus d’automédication et des produits pharmaceutiques plus chers

jeudi 16 juillet 2026

La Mano de Dios à la sauce 2026 [Actu]

Une fois n'est pas coutume : c'est donc la Une
de La Prensa qui ouvre cet article...
pour cette pointe d'humour dont le journal n'est pas coutumier
Il a osé paraphraser l'hymne national pour faire un jeu de mot
Si, si !
Le dernier vers de la strophe principale :
A sus plantas rendido un león
([avec] un lion à ses pieds)
Et en plus, on peut le chanter (la métrique est parfaite)
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Quarante ans après, les équipes d’Argentine et d’Angleterre se retrouvaient hier dans une coupe du monde.

"Pour les Malouines,
Pour Diego,
Pour le dernier [Mundial] de Leo"
clame le gros titre
avec une structure de Une bousculée
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En 1986, au Mexique, quelques années après la fin de la guerre des Malouines (mai-juin 1982) et la victoire militaire de la Grande-Bretagne qui avait repris le contrôle territorial de l’archipel, Diego Maradona avait utilisé sa main pour marquer un but et l avait expliqué ensuite aux journalistes qu’il s’agissait de la « main de Dieu », une allusion politique très claire à sa prise de position en faveur du droit inaliénable de l’Argentine sur ces îles, prises par la force, par surprise et sans déclaration de guerre par une escadre de la Royal Navy en janvier 1833.

"La manivelle de Dieu", dit le gros titre
de ce quotidien du ballon rond du groupe Clarín

Aujourd’hui, Maradona n’est plus et Messi va prendre sa retraite de joueur international à l’issue de la compétition. Le score d’hier, 1 pour l’Angleterre et 2 pour l’Argentine, sonne donc comme une nouvelle victoire qui compense, sur le terrain de foot, la cruelle double défaite sur le champ de bataille en 1833 et en 1982.

Une photo de Mike Steward pour l'agence AP

Malgré les interdictions prononcées par la FIFA, qui refuse les déclarations politiques au cours de ses compétitions mais offre à Donald Trump un prix de la Paix créé pour lui, les joueurs argentins ont étendu sur la pelouse d’Atlanta une toile sur laquelle on lisait clairement la formule argentine rituelle : Las Malvinas son argentinas. Or il se trouve que Milei est hostile à cette revendication, qu’il ne cache pas son admiration et sa tendresse pour feue Margaret Thatcher, celle-là même qui a lancé sa marine contre l’Argentine en 1982, et tente actuellement de capituler en douce devant Londres : il est visiblement prêt à abandonner la souveraineté nationale de jure sur ces îles et à reconnaître comme légitime la situation de facto.

Vignette de Miguel Rep pour Página/12 ce matin
"Pardon, ma chère Margaret. Pardon. Des vrais sauvages",
déplore Milei
Traduction © Denise Anne Clavilier

D’où un malaise palpable du côté présidentiel, chez lui et chez sa sœur, ainsi que pour le reste du gouvernement tandis que la vice-présidente, en froid avec eux, a profité de l’événement pour faire entendre sa voix divergente et essayer de récolter du même coup un peu d’approbation populaire. Quel spectacle lamentable !

Miracle au football, maintenant, pour la 4e fois,
dit le gros titre
sur une Une elle aussi déstructurée
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Milei a annoncé qu’il ne ferait pas le déplacement aux États-Unis pour assister à la finale contre l’Espagne. Pour quelqu’un qui prétend avoir été gardien de but, c’est particulièrement minable. Dimanche, le roi Felipe, qu’on a vu récemment dans la télé, chez lui, fêter la victoire sur la France, en compagnie de la reine, de la princesse des Asturies et de l’Infante, tous les quatre revêtus du maillot de la sélection, sera donc probablement le seul chef de l’État dans les tribunes.

Nul besoin de traduire
Encore une Une déstructurée pour l'occasion
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Inutile de vous dire qu’en Argentine, tous les titres de presse consacrent plusieurs pages à l’événement. Si l’heure n’est évidemment pas à l’humilité, les jeux de mots se bousculent sur les Unes triomphantes.

"Las Malvinas son argentinas", projection sur le balcon de
l'ancienne présidente de gauche, Cristina Kirchner,
qui est sortie pour saluer la foule
régulièrement présente au pied de son immeuble pour la soutenir,
depuis qu'elle est détenue à domicile, pour un dossier vide contre elle
La carte de l'archipel accompagne la formule rituelle
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

jeudi 2 juillet 2026

Adorni s’en va, le scandale reste et c’est de pire en pire chaque jour [Actu]

Le gros titre a à peine besoin d'une traduction.
C'est comme en français : Ado, c'est la fin.
A ceci près, que finado, en espagnol portègne,
signifie : "mort"
Une du 28 juin 2026.
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Samedi dernier, le 27 juin, Manuel Adorni a fini par démissionner, poussé vers la sortie -à leur corps défendant- par le président Javier Milei et sa sœur, qui ne pouvaient plus résister aux exigences qui venaient de toutes parts.

Il a été remplacé depuis par Diego Santilli, un ancien macriste, qui finit par là même de trahir son propre camp, ce que Mauricio Macri, qui rêverait d’être une alternative de droite à Milei, a dû avaler comme une couleuvre de plus. Santilli était jusqu’à présent ministre de l’Intérieur, c’est-à-dire qu’il s’occupait des infrastructures et des parcs nationaux, la sécurité du territoire et le maintien de l’ordre étant de la compétence du ministre de la Sécurité. Santilli cumulera les deux maroquins : l’Intérieur et la direction du gouvernement. C’est dire combien la sortie de Manuel Adorni est improvisée.

La Une de lundi dernier, le 29 juin 2026
Le gros titre, qui se passe de traduction,
parodie la formule chrétienne pour désigner la Trinité :
El Padre, el Hijo y el Espiritu Santo
(le Père, le Fils et le Saint-Esprit)
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L’ancien Premier ministre avait à peine quitté ses bureaux de la Casa Rosada que la justice ouvrait une nouvelle branche de l’instruction pour corruption contre lui. Dans la presse, circulait déjà une anecdote supplémentaire : Adorni aurait utilisé les cartes d’une ou de plusieurs de ses collaborateurs au sein du gouvernement pour faire des achats. Et devinez quoi ! C’est vrai.

Dans cette série de révélations, on a ainsi appris que lorsqu’il était au gouvernement, Adorni dépensait de 4 à 6 millions de pesos par mois, avec sa propre carte de crédit, alors que son indemnité de fonction mensuelle s’élevait à 3,5 millions. En deux ans et demi de présence dans les instances gouvernementales, il a dépensé un total de 139 millions de dollars. D’où sort tout cet argent sinon de rentrées clandestines et donc illégales ?

"Adorni est partout", dit le gros titre du 30 juin 2026
La photo est celle de Plaza de la República
et du célèbre Obélisque, installé il y a près de 100 ans
Les photos de Adorni reprennent les panneaux publicitaires
géants et lumineux qui défigurent la place
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On a aussi compris qu’il avait fait pression sur l’artisan qui lui avait arrangé sa villa avec une jolie piscine à cascade dans un quartier privé non loin de Buenos Aires. D’après le message qu’il a laissé à cet homme sur sa boîte vocale, ce ne serait pas le premier témoin auquel l’ancien ministre aurait offert son appui contre un silence complice de son interlocuteur.

On a enfin appris, dans le cadre de l’instruction, que l’une des secrétaires qu’il avait à son cabinet comme porte-parole du gouvernement avait reconnu au cours de son audition qu’elle avait fait des achats avec sa carte personnelle pour le compte de son supérieur qui la remboursait en espèces. Elle avait ainsi acheté pour lui de la literie, du linge de maison et de l’électroménager pour 8 millions de pesos.

La Une d'aujourd'hui
Là encore, la traduction est inutile
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Et ça continue comme ça tous les jours, au point que l’ancien Premier ministre a aussi dû démissionner de son fauteuil au sein du conseil d’administration de la compagnie pétrolière nationale YPF, laquelle n’a pas encore été privatisée mais est menacée de l’être à nouveau, comme sous le mandat de Carlos Menem, qui a conduit l’Argentine à la catastrophe de 2001 (une faillite complète du système financier dans tout le pays).

Les Unes de Página/12 de ces derniers jours racontent, avec leur humour habituel, cette succession de faits tous plus indécents les uns que les autres.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

dans l’ordre chronologique
lire l’article de Página/12 du 28 juin sur la sortie du Premier ministre
lire l’article de Clarín d’hier sur ses achats exorbitants avec sa carte de crédit
lire l’article de La Nación d’hier sur les déclarations de sa secrétaire pendant son audition
lire l’article de Página/12 aujourd’hui sur le fastueux train de vie de l’ex-Premier ministre
lire l’article de La Prensa aujourd’hui sur les propos de la secrétaire

mardi 26 mai 2026

Au Te Deum du 25 Mai, Milei s’est fait sonner les cloches [Actu]

Milei sort de la chapelle où repose San Martín,
avec l'archevêque à ses côtés (et sa sœur pas très loin)
Le titre reprend une expression idiomatique :
A Dios rogando y con el mazo dando
(littéralement : en priant Dieu et en donnant du maillet,
c'est à dire : Aide-toi et le Ciel t'aidera")
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Hier, l’Argentine, où le lundi de Pentecôte, lui, n’est pas férié, célébrait la première de ses deux fêtes nationales, celle qui commémore l’anniversaire de la Révolution de Mai 1810, qui mit fin à l’Ancien Régime en déposant le vice-roi et en imposant l’auto-gouvernement de la Primera Junta, un gouvernement collectif voulu et pensé au premier chef par Manuel Belgrano (1770-1820), lui-même haut fonctionnaire de l’empire colonial puisqu’il était le représentant de Madrid au sein du Consulado avec le titre de Secrétaire (à l’époque, cela signifie presque « ministre »), une sorte de chambre de commerce qui avait pour charge officielle de développer l’économie de la colonie, ce que Madrid l’a empêché de faire à chaque initiative fructueuse.

Traditionnellement, le président de la République argentine se rend à la cathédrale de Buenos Aires, à quelque cent mètres de la Casa Rosada, pour y participer au Te Deum Nacional selon une tradition qui remonte à 1811 (on ne fait pas plus ancien dans l’ordre politique). Cette célébration est présidée par l’archevêque de Buenos Aires qui était aussi, jusqu’à il y a quelques années, le primat d’Argentine (ce qu’il n’est plus depuis que le pape François a déplacé le siège primatial dans une province lointaine mais plus anciennement christianisée que l’actuelle capitale fédérale).

"L'Eglise a condamné l'intolérance et appelé
à respecter la diversité", dit le gros titre en rouge
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Cette année, on a entendu dire que Javier Milei pourrait ne pas assister à la cérémonie. En effet, il est notoirement en froid avec l’Église catholique, à laquelle il préfère les évangéliques d’ultra-droite façon Trump, qui ont, eux, le bon goût de ne s’embarrasser d’aucune doctrine sociale accrochée à l’Évangile. Le jour J, Milei s’est bien rendu à la célébration. C’est qu’il aimerait bien faire venir le pape en Argentine, un pape qui, lorsqu’il était argentin et que le gouvernement n’était pas libertarien, n’est finalement jamais venu malgré de nombreuses invitations très officielles et beaucoup d’espoirs douchés… Milei avait donc toutes les raisons de ne pas manquer à la coutume, quoi qu’il pense par ailleurs des évêques argentins. Il s’est bien rendu à pied, selon la coutume établie, de la Casa Rosada à la cathédrale, entouré des figures politiques qu’il privilégie dans le paysage national actuel. Tout le monde a pu remarquer que la vice-présidente avait été exclue des invités au Te Deum, ce qui est sans doute une première et prouve, s’il en était encore besoin, la profondeur des dissensions au sein du clan présidentiel.

"L'Eglise a donné à Milei un avertissement
au sujet du démembrement de la société", dit le gros titre
La photo principale montre Milei saluant
avec sa sœur à son côté sur le balcon de la Casa Rosada
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A la cathédrale, Milei a rendu hommage au général José de San Martín (1778-1850), qui y est enterré dans une chapelle latérale, et, assis seul devant l’assemblée, sans sa sempiternelle sœur à ses côtés, ce qui fait irrésistiblement penser à un couple incestueux, dans tant d’occasions, y compris hier à d’autres moments de la journée, au Cabildo puis au balcon de la Casa Rosada – donc pas de ça dans la cathédrale !-, Milei a participé à la prière et dû écouter l’homélie traditionnelle.

Pour l’occasion, Monseigneur Jorge García Cueva n’a pas ménagé l’homme assis tout seul devant lui, en bas de l’estrade d’où il s’exprimait. « Nul ne peut se sauver tout seul », a-t-il déclaré, comme les années précédentes d’ailleurs, depuis que Milei est aux affaires. Il a entre autres appeler à arrêter l’usage « terroriste » des réseaux sociaux (Milei s’en sert comme Trump pour répandre des mensonges et insulter, voire menacer tous ceux qui osent le critiquer, la presse au premier chef), à abandonner l’individualisme et la politique du chacun pour soi et à renouer avec la solidarité en actes, de tous avec tous, qui a forgé la nation et sans laquelle la pays risque de s’effondrer. L’archevêque a aussi pourfendu la stratégie délibérée du gouvernement de stigmatiser systématiquement tous ceux qui s’opposent à ses projets et à ses propos, ce qui aboutit à la division du corps social et politique du pays, une attitude visible à l’œil nu puisque la vice-présidente n’était même pas là. Bref, Milei en a pris pour son grade et c’est bien ainsi que tout le monde, à droite comme à gauche, a interprété les propos du prélat.

"Face à Milei, l'Eglise a demandé le dialogue
et appelé à cesser de "polariser par le discours"",
dit le gros titre
La photo principale est réservée à Milei au balcon
En haut, à droite, un article consacré à la fin
du "Late show" de Stephen Colbert sur un canal de télévision
aux Etats-Unis, censuré par Trump dont il ose rire...
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Milei a néanmoins tenté de faire bonne figure. Dans la suite de la journée, où il a tenté de jouer les vedettes, comme s’il était la reine (ou le roi) d’Angleterre à son propre jubilé, Milei a fait des commentaires lénifiants sur les propos de Monseigneur García Cueva, prétendant y voir une offre de dialogue et d’intermédiation de l’Église entre lui et la partie (croissante) de la société qui ne comprend rien à sa politique. En réalité, elle la comprend très bien et elle la rejette catégoriquement.

Il est assez rare qu’un haut dignitaire de l’Église catholique use d’une telle force pour mettre les points sur les I et sur les J ainsi que les barres sur les T pour que personne ne puisse se méprendre sur le sens de ce qu’il dit. En général, l’homélie est un peu plus enrobée, un peu plus diplomatique...

Plusieurs quotidiens publient aujourd’hui l’intégralité de l’homélie, Clarín et La Nación parmi eux.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur le Te Deum
lire l’article de Página/12 sur la nouvelle décision du gouvernement : désormais les handicapés qui voyagent en car longue distance ne pourront plus se faire rembourser leur titre de transport par l’État (c’était l’une des expressions de la solidarité nationale avec cette population désavantagée et c’est fini)
lire l’entrefilet de La Prensa sur le Te Deum
lire l’entrefilet de La Prensa sur les déclarations postérieures de Milei
lire l’article de Clarín sur le Te Deum
lire l’article de La Nación sur le Te Deum
lire l’article de La Nación sur les commentaires de Milei
lire l’analyse de ce Te Deum 2026 que fait, dans La Nación, son excellent chroniqueur religieux Mariano De Vedia
lire l’intégralité de l’homélie publiée par AICA, l’agence de presse catholique argentine.

Ajout du 27 mai 2026 :

lire cette analyse de ce qu’il s’est passé au Te Deum par l’éditorialiste politique de La Nación, Joaquin Morales Solá, illustrée par Alfredo Sábat

Dessin de Alfredo Sábat pour La Nación aujourd'hui, 27 mai 2026

Ajout du 28 mai 2026 :

lire ce billet d’opinion de La Nación qui analyse le tremblement de terre que l’homélie de lundi semble avoir été au sein du clan libertarien qui entoure et soutient le président.

jeudi 21 mai 2026

Al gran pueblo argentino salud [Actu]

Une de l'édition bonaerense de Página/12 hier
"Le plan rendre malade", dit le gros titre
sur cette photo de Milei grimaçant
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Ni pour l’affluence ni pour l’écho médiatique, la manifestation en faveur du système de santé gratuit et public, qui avait lieu hier, n’a eu le même succès que celle en faveur de la recherche et de l’université publique la semaine dernière. Il est vrai que cette fois-ci, on n’avait affaire qu’à une seule discipline (et beaucoup de spécialités), que les Argentins ont grand besoin d’aller travailler et même de travailler beaucoup pour parvenir à boucler leurs fins de mois alors que les produits et services de première nécessité (dont les soins de santé) leur sont de moins en moins accessibles et que l’actualité politique, avec ses scandales en tout genre, a bousculé la Une de tous les journaux, de droite comme de gauche.

Avenida de Mayo, à Buenos Aires, a toutefois été bien remplie et l’approche de la fête nationale, lundi prochain, a inspiré quelques pancartes savoureuses comme celle qui reprend l’un de vers de l’hymne national et fait jeu de mot : Al gran pueblo argentino salud (salut / santé au grand peuple argentin).

Les manifestants hier dans Avenida de Mayo, à la hauteur
du très récent Museo del Mate
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Ce vers reprend le cri de fraternité qu’en 1812, lorsque qu’un concours a été lancé pour créer cette chanson patriotique, le poète a imaginé que « les peuples libres du monde » entier adressaient aux révolutionnaires qui venaient d’abolir l’Ancien Régime deux ans plus tôt… Cette solidarité internationale fait maintenant singulièrement défaut et l’Argentine s’enfonce dans l’abandon et la perte de tout ce qu’elle avait acquis pendant toutes ces années de démocratie : système de santé, système de formation, vie culturelle florissante, patrimoine culturel matériel et immatériel, liberté de la presse, liberté d’expression et même lutte contre la corruption…

© Denise Anne Clavilier


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