vendredi 8 septembre 2023

Raquel Liberman aura sa station de métro [Actu]

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La Legislatura porteña, le parlement municipal, l’a voté hier : la station de métro Callao, sur la ligne D (il y a deux stations du même nom), ajoutera le nom de Raquel Liberman à sa dénomination. La station est idéalement située au cœur de Buenos Aires, dans un nœud de communication et un carrefour par où tout le monde passe en semaine comme le week-end.

Raquel Liberman était une jeune femme juive, originaire de l’actuelle Ukraine mais pourvue d’un passeport polonais (c’était normal avant le pacte Ribbentrop-Molotov en septembre 1939) lorsqu’elle est arrivée en Argentine. Avec ses deux enfants, elle rejoignait son mari, qui avait émigré avant elle et avait trouvé du travail. Assez vite, elle s’est retrouvée veuve et donc économiquement très vulnérable. Elle a été ainsi repérée par une organisation criminelle, la Zwi Migdal, qui s’abritait dans une fausse synagogue et faisait, sous prétexte de mariage, venir des jeunes femmes juives d’Europe de l’Est, principalement de la Pologne d’entre-deux-guerres, pour les prostituer dans les innombrables maisons spécialisées, clandestines ou ayant pignon sur rue, dont la capitale argentine était alors couverte. Raquel Liberman s’est ainsi retrouvée piégée dans la prostitution. Elle a réussi par deux fois à échapper à ses bourreaux et elle a pu porter plainte contre eux.

Cette plainte a déclenché un scandale inouï en 1930 en mettant en lumière la tragédie et l’ampleur de ce qu’on appelait alors la « traite des Blanches » dans la ville et la province et le caractère particulièrement odieux du système de la Zwi Migdal. De plus, ce scandale a changé pour toujours le fonctionnement institutionnel de la communauté juive en Argentine : c’est la seule communauté qui n’admet aucune conversion au judaïsme, y compris et peut-être surtout en cas de mariage et ceci même lorsque la conversion a été conduite en bonne et due à l’étranger, y compris en Israël.


Portrait de Raquel Liberman

Par le courage dont elle a fait preuve, Raquel Liberman est devenue une figure de l’émancipation des femmes et de la lutte contre les violences qui leur sont faites.

Página/12 et La Nación se font l’écho de cette décision importante.

© Denise Anne Clavilier


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