De retour de Jérusalem où il a tenu des propos incendiaires contre l’Iran, à propos duquel il a déclaré que l’Argentine (pays traditionnellement neutre) était en guerre (sic), le Liban (le Hezbollah) et Gaza (le Hamas) et promis une nouvelle fois d’installer l’ambassade à Jérusalem (re-sic), qui se trouve, ne l’oublions jamais, en territoire occupé (encore faudrait-il y trouver des locaux), avant d’allumer les torches de l’Indépendance de l’État hébreu, honneur insigne exceptionnellement accordé à un chef d’État étranger, Javier Milei est rentré à Buenos Aires où, pris d’un nouvel accès de trumpisme aigu, il n’a rien trouvé de plus urgent à faire que de rencontrer le patron de Palantir et parrain politique de J.D. Vance, l’oligarque facho-libertarien Peter Thiel venu passer deux mois dans son luxueux hôtel particulier portègne, et de fermer la Casa Rosada aux journalistes accrédités, sous prétexte de lutter contre de prétendues pratiques d’espionnage (exactement comme l’a fait Pete Hegseth au Pentagone).
En fait, surtout depuis que l’empereur Donald Ier est revenu à la Maison Blanche, le baron Milei n’en finit pas d’insulter la presse et de traiter les journalistes en ennemis, les jetant en pâture aux forces de l’ordre, de plus en plus brutales, quand ils couvrent des manifestations, ce qui se traduit souvent par du bris de matériel et des contusions, quand ce ne sont pas des blessures graves avec de lourds séjours hospitaliers à la clé.
Hasard ou coïncidence, il se trouve que certains détenteurs de la carte de presse découvrent, à la vitesse de l’éclair, des pratiques passibles des tribunaux chez le président et dans son entourage, du plus proche au plus éloigné. Ils mettent ainsi au jour de répugnants systèmes de corruption et d’atteinte à la probité de la part de Milei, de sa sœur, secrétaire-générale et Première dame réunies, de ses ministres, de ses conseillers et même de plusieurs libertariens élus au Congrès, avec ou sans la complicité de leurs assistants parlementaires. Or le président argentin continue de vouloir proclamer que les corrompus sont à chercher et encore plus à pourchasser dans les rangs de l’opposition et surtout pas de son côté. Comme Trump. Pourtant, le moins qu’on puisse dire est que ses prédécesseurs et leurs ministres, lorsqu’ils étaient corrompus, ce qui a certes pu arriver, avaient sinon assez de décence du moins suffisamment le sens de la loi pour dissimuler leurs forfaits sous plusieurs couches, plutôt hermétiques, de camouflage bien opaque. Milei et consorts, pas du tout ! Comme Trump, sa famille et toute leur clique.
Avant la prestation de serment de ce personnage dépravé, l’Argentine occupait le 40e rang sur 180 pays analysables dans le classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. L’année dernière, elle n’était plus qu’au 66e rang. Aujourd’hui, elle se traîne à la 87e position. 47 places perdues en deux ans et demi à peine d’exercice du pouvoir ! Voilà ce qui s’appelle un exploit mais à l’opposé des promesses électorales du candidat à la tronçonneuse qui s’était engagé à en finir avec la corruption de la « caste » (on dirait peut-être « l’establishment » en bon franglais) pour faire régner la liberté (et la prospérité) dans tout le pays. A titre de comparaison, le Brésil voisin, après un mandat de Bolsonaro, était au 82e rang en 2024 et il a escaladé jusqu’à la 63e place en 2025.
Ainsi donc, pour la liberté, on a vu : Milei mentait massivement. Comme Trump. Quant à la prospérité, au lendemain de la faillite de SanCor, tout le monde devrait désormais savoir à quoi s’en tenir ! Comme avec Trump.
C’est pas beau de copier sur le voisin...
Pour aller plus loin :
lire l’article de Une de Página/12
lire l’entrefilet lilliputien de La Prensa (qui fait pourtant sa Une sur cette information)
lire l’article (un peu plus développé) de La Prensa sur la réaction officielle d’une organisation professionnelle, le Foro de Periodismo Argentino ou FOPEA (Forum du journalisme argentin).
lire l’article de Une de Clarín
lire l’article de Une de La Nación
consulter le classement international de la liberté de la presse sur le site de RSF






