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Le gouvernement argentin vient de signer avec les États-Unis un mémorandum d’intention permettant à la marine des USA, sous les ordres du général nord-américain à la tête du Comando Sur, de patrouiller librement pendant cinq ans dans la Mer argentine (Mar Argentino), cette partie de l’océan Atlantique qui constitue les eaux territoriales du pays le long de son littoral occidental. A cette occasion, l’Argentine déclare officiellement et toute honte bue que la Mer Argentine est désormais un « bien commun global ».
Or c’est au fond de cette mer
que repose le ARA San Juan, un sous-marin argentin qui a
accidentellement coulé sous le mandat de Mauricio Macri, qui n’a
alors rien fait pour porter secours à l’équipage en péril ni par
la suite pour venir en aide aux familles endeuillées. C’est le
fond de cette mer qui a été exploré en direct sur streaming il y a
quelques mois par une équipe scientifique du CONICET (l’équivalent
argentin du CNRS français), un streaming qui a produit des images de
la vie sous-marine dans ce recoin de notre planète, images toutes
plus éblouissantes les unes que les autres, ce qui a valu un prix de
télévision à l’organisme scientifique...
Rappelons juste le droit international : les eaux territoriales font partie intégrante du territoire d’un État souverain et par conséquent elles sont placées sous la responsabilité exclusive de l’État en question. L’Argentine vient donc de céder aux États-Unis sa souveraineté sur cette partie de son territoire. Rappelons aussi à titre d’exemple que les États-Unis n’ont pas pu survoler l’Espagne pour aller frapper l’Iran, faute d’en avoir obtenu l’autorisation de la part des autorités espagnoles (l’espace aérien fait aussi partie du territoire souverain d’un État) et pourtant les deux pays appartiennent à une même alliance militaire, l’OTAN, et aucun des deux n’est neutre. Rappelons enfin que l’Allemagne conserve le droit de récupérer intégralement et à tout moment le territoire de Ramstein où l’armée américaine a pourtant établi depuis des années un camp entièrement urbanisé où les militaires américains se comportent au jour le jour comme dans une enclave extraterritoriale, avec ses commerces pleins de produits venus directement des USA sans que personne n’acquitte de droits de douane, et les clients y payent leurs achats en dollars et non pas en euros. A se demander même s’ils savent que cette devise existent dans le pays où ils vivent.
Cette nouvelle concession de
l’Argentine aux États-Unis
de Trump est donc d’autant plus scandaleuse que le pays est
traditionnellement neutre et que l’annonce en a été faite non pas
par le gouvernement argentin mais par l’ambassade américaine à
Buenos Aires.
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| La Nación a fait l'inverse : gros titre sur Cuba titre secondaire à la même place sur le prix du gaz et dans les deux cas, la presque même photo footeuse Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Si Página/12, champion médiatique de la souveraineté nationale, s’insurge ce matin en Une, la presse de droite a choisi de se montrer très discrète. Elle préfère braquer les projecteurs sur la dernière entourloupe de Donald Trump et de son ministère de l’Injustice : l’inculpation de Raúl Castro, le dernier survivant de la fratrie dirigeante cubaine, pour des faits datant des années 1990 et qui n’avaient alors entraîné aucune poursuite pénale extraterritoriale dans la mesure où elle aurait été dirigée contre une autorité légitime d’un pays étranger. En effet, Cuba a abattu au-dessus de ses eaux territoriales, par conséquent dans son espace aérien, des petits avions états-uniens dont il avait déjà repéré le manège suspect et pour lesquels le gouvernement de l’île avait averti Washington qu’il ne le tolérerait pas très longtemps. Ce qui est normal, légitime et légal de la part d’un État souverain, qui avait subi entre autres au début des années 1960 des tentatives d’invasion non dissimulées de la part de son puissant voisin… L’ex-président Raúl Castro a maintenant 94 ans. Il s’est volontairement retiré de la vie politique. Qu’est-ce que Trump va encore lui pourrir la vie en le menaçant de prison à perpétuité, voire de la peine capitale sur le territoire des États-Unis ? D’accord, Cuba est dirigée par une dictature mais ce n’est pas à Washington d’y faire la loi. C’est aux Cubains de s’en occuper. Et si les Cubains ont quelque chose à reprocher à leur ancien chef d’État, ce qu’ils ont à coup sûr, ce n’est certainement pas d’avoir fait abattre ces avions qui avaient violé leur espace aérien.
Pour aller plus loin :


