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L'Empire, dit le gros titre Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Globalement, depuis le 2 janvier,
la presse argentine s’est partagée en deux de part et d’autre
d’une ligne de fracture idéologique qui est de plus en plus
difficile de réduire : la presse de droite a dans l’ensemble
approuvé le coup de force états-unien et la capture de Maduro
tandis que la presse de gauche a condamné
fermement
l’interventionnisme impérialiste des États-Unis,
une nouvelle fois dirigé contre l’Amérique du Sud, trente ans
après la fin de la Guerre Froide.
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Comme d’habitude, les Unes de
Página/12
ont été les plus imaginatives et les plus créatives. Les plus
accusatrices aussi. Samedi dernier, la rédaction du quotidien a
pourtant été la plus longue à rendre compte des premières
informations qui étaient pourtant rendues publiques par le
gouvernement américain, tout rengorgé de la gloriole d’une massue
qui aurait réussi à écraser un moustique. Son site ne s’en ait
fait l’écho que plusieurs heures après Clarín
et La Nación
qui se frottaient déjà les mains à l’idée de voir Maduro en
prison à Guantanamo ou à New-York, alors qu’on ignorait encore sa
destination finale.
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"Trump a chassé Maduro et dit qu'il prend le Venezuela en charge, mais le chavisme reste en place", dit le gros titre Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Comme ce fut le cas de beaucoup
en Europe, l’information qui m’est arrivée assez tard dans la
matinée d’un lendemain de fête un peu tranquille, dans le calme
d’un village de la vallée de La Bièvre où j’ai grandi, m’a
d’abord sidérée. Tout en sachant que l’information était
exacte, j’ai du du mal à y croire et du mal à l’analyser. En
quelques heures, Trump venait de réussir au Venezuela, armé par la
Fédération de Russie, ce que Poutine, et heureusement !, ne
parvient pas à faire en Ukraine depuis presque quatre ans. Les
États-Unis
font donc désormais la même politique internationale, cynique et
mensongère, que leur rival, un ennemi de plus de 80 ans, un
pays-continent qu’ils ont combattu de toutes leurs forces, de toute
leur intelligence, parfois retorse, parfois droite, depuis 1945 et
l’imitation est à présent si parfaite que Trump veut transformer
l’OTAN en un nouveau Pacte de Varsovie, la seule alliance militaire
connue au monde pour avoir été mise en place pour donner à son
leader le pouvoir d’attaquer ses alliés, la Pologne, l’Allemagne
de l’Est, la Hongrie, la Tchécoslovaquie (précédemment démembrée
par Hitler avec l’accord de la France et la Grande-Bretagne en
1938) et encore la Pologne, cette fois, celle de Solidarność,
des grévistes de Gdańsk, la Dantzig de l’âge des empires
européens, et de Lech
Wałęsa. A présent,
c’est donc un pays européen qui est menacé, le Danemark et ses 6
millions d’habitants, à travers son territoire ultra-marin du
Groenland dont les 56 000 Inuïts, qui en constituent la
population originelle, ont dit et répété clairement qu’ils ne
voulaient pas faire partie des États-Unis.
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"Les Etas-Unis ont capturé Maduro" dit le gros titre Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Force est de constater que, au
pied du mur, pris en étau entre Poutine et Trump et stupéfaits
d’être attaqués par le seul allié qu’ils aient jamais eu en
commun pendant presque un siècle, nos dirigeants et au-delà nos
pays, nous-mêmes, leurs citoyens, ne semblons pas parvenir à
mobiliser nos ressources stratégiques, nos intelligences, nos
immenses champs de connaissance et nos imaginations jadis si fertiles
pour nous défendre en commun. En Europe, il n’y a qu’un pays qui
sache pleinement faire cela et croire en son avenir sans défaillance.
C’est l’Ukraine. C’est elle aujourd’hui qui nous montre le
chemin dans tous les domaines, y compris celui de la complexe lutte
contre la corruption, y compris celui des nécessaires compromis
économiques et politiques. L’Ukraine détient les clés de notre
avenir.
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Le gros titre parodie un classique des Beattles D'un pays pétrolier à un autre... Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
En mai 2022, ayant constaté
comme tout le monde sa redoutable résistance et son efficacité,
presque toute seule contre le mastodonte corrompu qui tâchait de
l’envahir, je me suis mise à apprendre la langue, sans aucune
connaissance préalable d’aucune autre langue slave, mais tant
pis ! Il fallait y aller pour comprendre en profondeur, sans
passer par les traductions en anglais, les seules à peu près
disponibles à l’époque. Maintenant, les Ukrainiens, les
particuliers comme les institutions, se sont constitué un grand
nombre de ressources linguistiques et on trouve assez facilement des
traductions d’à peu près toute l’actualité en espagnol, en
allemand et même parfois en français, le tout sans intelligence
artificielle laquelle, non contente de détruite la planète, nous
envoie dans le mur à grand renfort de contresens carabinés et
d’erreurs sémantiques.
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Après les Beattles, Charlie Chaplin En anglais, le titre est The Great Dictator (et non pas comme en français Le Dictateur) Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Lorsque j’ai découvert
l’originalité de la culture argentine il y a environ vingt ans, je
partais de bien moins loin puisque je maîtrisais déjà l’espagnol
d’Espagne. Il ne m’a fallu que m’habituer aux innombrables
idiosyncrasies du Río de La Plata. Dès le premier jour, j’ai été
fascinée par les promesses d’avenir qui étaient alors celles de
ce pays. Avec une dignité qui faisait l’admiration du monde
démocratique, l’Argentine s’était enfin dégagée de sept ans
d’une dictature féroce. Elle sortait, avec beaucoup d’efforts
mais bien réellement, d’une crise économique gigantesque et,
surtout, elle pouvait compter sur une activité culturelle
luxuriante, incroyablement endurante, vivante, diversifiée et
créative. L’Argentine n’avait qu’une seule faiblesse et c’est
peut-être celle qui l’a perdue en l’envoyant voter
majoritairement pour Javier Mileí : collectivement, je
n’ai qu’exceptionnellement vu les
Argentins avoir vraiment confiance en eux-mêmes et
en leur avenir en tant que nation et en tant que pays. Comme
individus, doués de talent et de courage, et parfois aussi ceux qui
en étaient dépourvus, ils peuvent
certes avoir confiance en
eux-mêmes mais ils restaient très peu conscients des avantages
compétitifs à l’échelle planétaire dont leur pays disposait,
assez peu conscients
d’avoir à les
développer et à les
exploiter. Ils ont laissé
passer sans jamais s’y appuyer pour agir onze ans d’un pontificat
dont le monde entier parlait tous les jours. Ils ont fait partir
plusieurs fois le Dakar de Buenos Aires sans que personne en dehors
de leur continent se rappelle que la capitale argentine possède un
gigantesque obélisque au pied duquel était donné le départ. Hors
de l’Amérique du Sud, qui est capable de citer une spécialité ou
une marque argentine (le puchero, l’asado, les facturas, Havanna,
Taraguï ou YPF…) ? Qui est capable de reconnaître sur une
vidéo d’actualité un monument de la capitale, sans
parler des autres grandes villes ?
La Casa Rosada ? Le Cabildo ? La statue de San Martín
ou celle de Carlos Gardel ? Même cette horreur touristique
qu’est devenu Caminito n’est que très peu identifié sur une
carte postale. Les Argentins
sont
comme un orchestre philharmonique dont les musiciens n’arriveraient
pas à accorder leurs instruments. Ils ne parviennent
pas à faire du soft-power efficace et quand les pouvoirs publics s’y
sont essayé depuis le
retour à la démocratie,
ils ont systématiquement
raté la
cible.
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Vignette de Une de Página/12 hier par Daniel Paz et Rudy Le conseiller : Le monde entier s'inquiète de ce qu'on a fait au Venezuela Trump : OK... Je vais envoyer un tweet pour dire que tout va bien Traduction © Denise Anne Clavilier Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
La situation est à l’opposé
de cela en Ukraine. Comme
les Argentins, les
Ukrainiens doivent se battre contre notre scepticisme mais
eux, ils le font, sans se
décourager et en ramant
tous dans le même sens.
Ils connaissent et
reconnaissent leurs
forces, ils ont conscience de qui ils sont, de ce qu’ils sont, de
ce qu’ils défendent contre le pays agresseur et de ce qu’ils
peuvent apporter au monde, en particulier aux autres Européens. Avec
une tradition politique tout aussi anarchisante que celle des
Argentins, une division qui leur a coûté leur indépendance en
1653, après de la Révolution cosaque de 1648, les Ukrainiens font
bloc. Tous
derrière leur président, même s’ils votent pour l’opposition.
C’est ce mélange
d’individualisme et de
conscience collective partagée à l’échelle d’un pays qui donne
cette puissance à leur dynamisme militaire, à
la construction d’un État
de plus en plus efficace malgré le manque de moyens
et à leur soft-power, qui
attaque au bélier nos
réserves imbéciles et pleutres.
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Vignette de Une de Página/12 ce matin La journaliste : Comment savez-vous que le Venezuela fait du trafic de drogue et qu'il faut le bombarder ? Le ministre américain : Parce qu'il y a beaucoup de pétrole là-bas La journaliste : Je ne vois pas le rapport. Vous m'expliquez ? Le ministre : Nous, on n'est pas là pour expliquer mais pour envahir Traduction © Denise Anne Clavilier Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
A nous,
Européens, d’en
prendre de la graine. Il est
urgent maintenant de regarder
vers eux pour reprendre notre élan. Les Argentins seraient bien
inspirés, eux aussi, de se tourner vers Maïdan ! J’en
sais quelque chose : j’ai beaucoup d’amis là-bas (à
gauche) qui détestent l’Ukraine et prennent Volodymyr Zelensky pour un
dictateur au petit pied.
© Denise Anne Clavilier
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Le gros titre dit : "Les soleils s'évaporent" allusion au gang dit des Soleils, inventés par l'administration Trump pour justifier l'intervention au Venezuela et dont les autorités des Etats-Unis viennent de reconnaître qu'il n'a jamais existé. Cliquez sur l'image pour une haute résolution |