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samedi 8 août 2026

San Cayetano croule sous le boulot [Actu]

"En plus de la terre, du pain et du travail", dit le gros titre
sur cette photo de la manifestation sans doute
à l'angle des avenues de Mayo et 9 de Julio
au cœur de Buenos Aires
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Pan, Paz, Tierra, Trabajo (pain, paix, terre, travail) réclamaient hier les manifestants de la San Cayetano dans toute l’Argentine.

San Cayetano (saint Gaëtan en français) est le saint patron du pain et du travail auquel ont recours les croyants (parfois pas si croyants que cela) qui souhaitent améliorer leurs conditions de vie en trouvant du travail et donc du pain. Tous les 7 août, sa fête catholique agit comme un baromètre pour évaluer la situation économique et sociale.

Le gros titre porte sur le ministre de la dérégulation
qui semble en difficulté à l'intérieur du gouvernement
Dans la colonne de droite : annonce de l'inflation mensuelle
à Buenos Aires en juillet (2,9%), une hausse importante
En bas : Clarín a vu hier une Plaza de Mayo à moitié vide
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Comme tous les ans surtout depuis le covid et encore plus depuis l’arrivée de Javier Milei au pouvoir (comme par hasard), hier, ils ont été très nombreux, ce qui était particulièrement visible à Buenos Aires où il est de tradition de faire se succéder le pèlerinage jusqu’au sanctuaire de Liniers, un quartier très pauvre situé dans l’extrême ouest de la capitale, puis la manifestation sociale et politique, organisée par les syndicats, qui va de Liniers jusqu’à Plaza de Mayo (de l’autre côté de la ville) pour présenter les revendications du peuple aux dirigeants, censés être en train de travailler à la Casa Rosada, à l’extrémité orientale de cette place fondatrice du processus révolutionnaire de mai 1810. En l’occurrence, Milei n’y était pas : il était en Colombie pour l’investiture du nouveau chef d’État qu’il veut intégrer dans un bloc d’extrême-droite en Amérique du Sud, comme il a fait la semaine dernière avec l’investiture présidentielle à Lima, au Pérou.

Au cours de la messe à Liniers, l’archevêque de Buenos Aires a rappelé une nouvelle fois que la situation était inacceptable : la hausse des prix est telle que même les gens qui travaillent n’ont trop souvent pas de quoi satisfaire leurs besoins élémentaires.

Le gros titre est pour l'homélie de l'archevêque :
"L'Eglise a critiqué le modèle économique
et elle en appelle au gouvernement
pour les pauvres et les endettés"
En dessous : des violences lors de la manifestation
de jeudi dernier, contre la loi de "propriété intégrale"
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Cette année, les participants ont ajouté à la revendication traditionnelle une demande concernant les terres, que Milei vient d’échouer à vendre à des investisseurs nationaux ou étrangers, et la paix, puisque Milei estime que l’Argentine (pays neutre pourtant) est entrée en guerre contre l’Iran parce qu’il suit aveuglément Donald Trump et qu’il vient de se fâcher avec les autorités brésiliennes en insultant Lula à São Paulo, ce à quoi Brasilia a répondu en retirant son ambassadeur de Buenos Aires et en demandant au représentant argentin de quitter le Brésil et de rentrer chez lui.

L’une des banderoles de la manifestation promettait de « reconstruire l’Argentine ». Et il y a du boulot !

*
* *


Hier, sur LCI, j’ai encore entendu une ancienne ambassadrice de France, devenue panelliste, déclarer de manière péremptoire qu’on s’était certes bien moqué de Milei et de sa tronçonneuse lors de sa campagne électorale mais qu’en fait, économiquement, le pays s’en sortait très bien. Comme tout bon toutologue de plateau qui se respecte, elle ne sait même pas de quoi elle parle.

Vignette de Une de Página/12 aujourd'hui
Le premier : L'an dernier, je suis allé voir San Cayetano
pour demander du travail et il m'en a trouvé...
Cette année, j'y suis retourné
Le second : Pour rendre grâce ?
Le premier : Non, pour en demander un autre en plus...
Avec un seul, je ne m'en sors pas.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Depuis le 10 décembre 2024, date de la prestation de serment de Milei, l’Argentine a perdu plus de 341 000 postes de travail déclaré (trabajo formal ou en blanco, par opposition avec le travail au noir, en negro). Un tiers des chômeurs mettent un an ou plus à retrouver du travail… C’est pour cela que San Cayetano ne risque pas d’en manquer, lui !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín qui se concentre sur l’homélie de l’archevêque de Buenos Aires (les autres évêques ont tenu des propos similaires chacun dans son diocèse)
lire l’analyse de cette homélie signée dans La Nación par son éditorialiste spécialisé en religion

jeudi 6 août 2026

Loi dite de la « propriété intégrale » : le Sénat refuse et le gouvernement recule [Actu]

"La livraison n'a pas pu se faire", dit le gros titre
sur cette photo de Milei en livreur de plateforme
sur le coffre, la carte de l'Argentine
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Une nouvelle fois, le gouvernement a tenté de faire voter sa loi de déréglementation tous azimuts, dite de « propriété intégrale », avec son chapitre qui prétendait légaliser et faciliter l’aliénation de la terre agricole, du sous-sol ainsi que des lacs et des cours d’eau que le gouvernement entendait vendre au plus offrant à de grands capitaux étrangers, sans aucune restriction ni condition contraignante.

Le conseiller : "L'opposition l'appelle "Loi d'aliénation de la terre".
Alors personne ne va la voter
Milei : Appelons-la "Loi Fromage et confiture". Tout le monde aime ça
Vignette de Daniel Paz et Rudy, aujourd'hui, en Une de Página/12
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Pour convaincre les sénateurs qui manquaient à la majorité hétéroclite avec laquelle Javier Milei gouverne, Patricia Bullrich, ex-ministre de la Sécurité devenue en décembre dernier la cheffe du camp présidentiel à la Chambre haute, avait réduit l’amplitude moyenne de l’aliénation à « seulement » 25 % de l’ensemble du territoire.

Le gros titre principal porte sur le prochain voyage du pape
L'info est traitée en haut de la colonne de droite
"Sans soutien, le gouvernement renonce au chapitre
le pus polémique de la loi des terres
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La papesse de l’ultra-droite avait présenté à la presse une carte de l’Argentine avec des pourcentages établis province par province mais la manœuvre a raté et ce nouvel échec sur le même sujet force pour la première fois ce gouvernement aux pratiques antidémocratiques à retirer au moins ce chapitre ultra-contesté de la nouvelle loi.

"Sans soutien, le gouvernement a dû
retirer le chapitre sur l'aliénation des terres", dit le gros titre
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Les sénateurs ont donc enfin réussi à protéger le territoire national et à le réserver aux Argentins selon le régime légal protecteur établi par un gouvernement antérieur. La loi qui reste donc en vigueur garantit la souveraineté du pays dans les domaines de l’alimentation, de la production d’agro-carburant, de l’exploitation minière et de la gestion de l’eau (y compris la production hydro-électrique).

L’ensemble de la presse en parle ce matin et les Unes y font toutes allusion.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


vendredi 24 avril 2026

C’est pas beau de copier sur le voisin [Actu]

"Interdit d'entrer sans perruque", dit le gros titre
sur un montage photographique
(il n'y a aucune grille aussi loin de la façade de la Casa Rosada)
La peluca du titre est un mot-clé pour désigner Mileí et les libertariens
sans doute à cause de la tignasse du président
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De retour de Jérusalem où il a tenu des propos incendiaires contre l’Iran, à propos duquel il a déclaré que l’Argentine (pays traditionnellement neutre) était en guerre (sic), le Liban (le Hezbollah) et Gaza (le Hamas) et promis une nouvelle fois d’installer l’ambassade à Jérusalem (re-sic), qui se trouve, ne l’oublions jamais, en territoire occupé (encore faudrait-il y trouver des locaux), avant d’allumer les torches de l’Indépendance de l’État hébreu, honneur insigne exceptionnellement accordé à un chef d’État étranger, Javier Milei est rentré à Buenos Aires où, pris d’un nouvel accès de trumpisme aigu, il n’a rien trouvé de plus urgent à faire que de rencontrer le patron de Palantir et parrain politique de J.D. Vance, l’oligarque facho-libertarien Peter Thiel venu passer deux mois dans son luxueux hôtel particulier portègne, et de fermer la Casa Rosada aux journalistes accrédités, sous prétexte de lutter contre de prétendues pratiques d’espionnage (exactement comme l’a fait Pete Hegseth au Pentagone).

"Ils ne passeront pas (les journalistes",
se moque la rédaction en utilisant le mot d'ordre
des communistes espagnols pendant la guerre civile
Remarquez la proximité de la façade derrière la grille
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En fait, surtout depuis que l’empereur Donald Ier est revenu à la Maison Blanche, le baron Milei n’en finit pas d’insulter la presse et de traiter les journalistes en ennemis, les jetant en pâture aux forces de l’ordre, de plus en plus brutales, quand ils couvrent des manifestations, ce qui se traduit souvent par du bris de matériel et des contusions, quand ce ne sont pas des blessures graves avec de lourds séjours hospitaliers à la clé.

Copie d'écran d'un message partagé par Milei :
"Excellente mesure : toutes les accréditations
ont été retirées aux journalistes de la Casa Rosada
pour espionnage illégal"
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Hasard ou coïncidence, il se trouve que certains détenteurs de la carte de presse découvrent, à la vitesse de l’éclair, des pratiques passibles des tribunaux chez le président et dans son entourage, du plus proche au plus éloigné. Ils mettent ainsi au jour de répugnants systèmes de corruption et d’atteinte à la probité de la part de Milei, de sa sœur, secrétaire-générale et Première dame réunies, de ses ministres, de ses conseillers et même de plusieurs libertariens élus au Congrès, avec ou sans la complicité de leurs assistants parlementaires. Or le président argentin continue de vouloir proclamer que les corrompus sont à chercher et encore plus à pourchasser dans les rangs de l’opposition et surtout pas de son côté. Comme Trump. Pourtant, le moins qu’on puisse dire est que ses prédécesseurs et leurs ministres, lorsqu’ils étaient corrompus, ce qui a certes pu arriver, avaient sinon assez de décence du moins suffisamment le sens de la loi pour dissimuler leurs forfaits sous plusieurs couches, plutôt hermétiques, de camouflage bien opaque. Milei et consorts, pas du tout ! Comme Trump, sa famille et toute leur clique.

Clarín préfère titre sur une décision judiciaire transitoire
qui suspend la suspension de la réforme du Code du travail
en appel... Le refus d'accès au palais présidentiel
pour la presse n'a droit qu'à un titre secondaire,
en haut, à droite : "Milei a fermé les portes de la Casa Rosada
à tous les journalistes"
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Avant la prestation de serment de ce personnage dépravé, l’Argentine occupait le 40e rang sur 180 pays analysables dans le classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. L’année dernière, elle n’était plus qu’au 66e rang. Aujourd’hui, elle se traîne à la 87e position. 47 places perdues en deux ans et demi à peine d’exercice du pouvoir ! Voilà ce qui s’appelle un exploit mais à l’opposé des promesses électorales du candidat à la tronçonneuse qui s’était engagé à en finir avec la corruption de la « caste » (on dirait peut-être « l’establishment » en bon franglais) pour faire régner la liberté (et la prospérité) dans tout le pays. A titre de comparaison, le Brésil voisin, après un mandat de Bolsonaro, était au 82e rang en 2024 et il a escaladé jusqu’à la 63e place en 2025.

Même politique à la rédaction de La Nación
à ceci près qu'il y a une photo et une photo très significative
sur cette Une
"La Casa Rosada interdit l'accès aux journalistes",
dit le titre secondaire sous la photo
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Ainsi donc, pour la liberté, on a vu : Milei mentait massivement. Comme Trump. Quant à la prospérité, au lendemain de la faillite de SanCor, tout le monde devrait désormais savoir à quoi s’en tenir ! Comme avec Trump.

Le FOPEA dénonce la décision d'interdire l'accès
des journalistes accrédités à la Casa Rosada,
dit le communiqué diffusé sur les réseaux sociaux
La photo représente le palais présidentiel
avec la statue de Belgrano (qu'on voit à peine)
et le drapeau qui l'accompagne
(puisque Belgrano est l'inventeur du drapeau national)
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C’est pas beau de copier sur le voisin...

L'homme debout : Qu'est-ce que Peter Thiel est venu faire en Argentine ?
L'autre : Je ne sais pas mais on lui a dit qu'ici, il y a de vastes gisements
d'un produit très utile pour ses affaires.
L'homme debout : Du lithium ? De l'eau ?
L'autre : De la crétinerie
Traduction © Denise Anne Clavilier
Dessin de Une de Página/12 ce matin
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article de Une de Página/12
lire l’entrefilet lilliputien de La Prensa (qui fait pourtant sa Une sur cette information)
lire l’article (un peu plus développé) de La Prensa sur la réaction officielle d’une organisation professionnelle, le Foro de Periodismo Argentino ou FOPEA (Forum du journalisme argentin).
lire l’article de Une de Clarín
lire l’article de Une de La Nación
consulter le classement international de la liberté de la presse sur le site de RSF


Ajouts du 28 avril 2026 :
lire cet article de Página/12 sur le soutien des évêques argentins aux journalistes toujours interdits d’accès à la Casa Rosada
lire l’article de Clarín

jeudi 26 mars 2026

Condamnation du commerce triangulaire : l’Europe s’abstient, l’Argentine vote contre [Actu]

Trump : Vous avez vu qu'au 18e siècle, on a amené ici
beaucoup d'esclaves pour faire le travail lourd ?
Le journaliste : Oui.
Trump : Bon, ben, maintenant, c'est fait. Ils peuvent s'en aller.
Dessin de Une de Página/12 le 13 février 2026
Traduction © Denise Anne Clavilier
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Hier, à New York, l’assemblée générale de l’ONU a voté une résolution symbolique, sans dimension contraignante, proposée par plusieurs États africains à l’occasion de la journée mondiale contre l’esclavage. Il s’agissait de déclarer que l’esclavage qui a sévi pendant trois siècles à travers l’Atlantique (en oubliant au passage le trafic de même nature entre l’Afrique subsaharienne et le monde arabo-musulman à peu près à la même époque) fut l’un des pires crimes contre l’humanité.

La plupart des États africains, de nombreux États de l’Asie et de la Péninsule arabique (à l’exception notable d’Oman !) et la quasi-totalité des États d’Amérique latine ont voté pour. Sauf l’Argentine, qui a voté contre en alignant son vote (sans aucune autre justification que les préférences personnelles de Mileí) sur ceux des États-Unis et d’Israël, un pays né de le violence antisémite, des pogroms et de la Shoah, et dont le non d’hier est donc particulièrement scandaleux… Quant aux États-Unis, on ne découvre pas à cette occasion que l’actuelle administration utilise des prétextes cousus de fil blanc pour remettre en place des politiques de nature raciste visant les personnes dites de couleur et les descendants d’immigrants venus d’ailleurs que l’Europe du nord.


Tableau du vote d'hier à l'ONU
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Les États européens et les anciens Dominions de l’empire britannique (Canada, Australie, etc.) ont préféré s’abstenir. En général, dans ces pays, on préfère ne pas favoriser cette mise en procès de l’histoire, car elle correspond à des accusations anachroniques (ce n’est pas pour rien que la notion de crime contre l’humanité n’a vu le jour qu’en 1945-1946) contre des hommes et des femmes qui ont vécu il y a plusieurs siècles et ne peuvent donc pas se défendre. Et puis, où s’arrêter dans ce cas ? Faut-il remonter à l’Age de Fer ?

L’Argentine, les États-Unis et Israël auraient donc eux aussi pu s’abstenir plutôt que de [sembler] donner raison aux anciens esclavagistes.

Ce vote s’est tenu au lendemain du cinquantenaire de la dernière dictature en Argentine. Ce choix du pays est donc chargé d’un sens symbolique nauséabond. Et comme par hasard, seul Página/12 s’en fait l’écho dans la presse du jour.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

dimanche 15 mars 2026

Pinocchio s’était bien fait acheter par le créateur de $Libra [Actu]

"Cinq millions de motifs", dit le gros titre
En haut à droite : l'article sur les réactions des familles
de disparus qui ont retrouvé trace des leurs à La Perla
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Beaucoup de gens en avaient la conviction mais il manquait encore la preuve matérielle. On vient de la trouver : un accord entre Javier Mileí et l’escroc qui a créé la crypto-monnaie $ Libra que le président avait accepté de promouvoir, un accord pour un dessous-de-table de 5 millions de dollars. Rien que ça ! Le texte de l’accord se trouvait dans le dossier des notes prises sur le téléphone d’un trader qui s’est entremis entre l’escroc et le président.

Mileí : Vous savez, Monsieur le Président... Le scandale Adorni m'inquiète
Trump : Mais dis-moi, ce Adorni, il est impliqué avec Epstein ?
Mileí : Non
Trump : Il a fait des trucs débiles pour dissimule l'affaire Epstein ?
Mileí : Non
Trump : Est-ce qu'il a mené le monde au bord d'une guerre mondiale ?
Mileí : Non
Trump : Vous vous noyez dans un verre d'eau, vous !
Dessin de Daniel Paz et Rudy, à la Une de Página/12 ce matin
Traduction © Denise Anne Clavilier
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Pendant qu’en Argentine, le pot-aux -oses est mis à jour, le chef de l’État suspect de corruption se trouve en Espagne, où il assure la conclusion d’une grande rencontre d’extrême-droite autour d’une thématique économique. Comme à son habitude lorsqu’il est dans la Péninsule, il a abondamment insulté Pedro Sánchez, chef de l’exécutif espagnol. Il a aussi insulté les industriels argentins qu’il couvre d’injures depuis plusieurs jours. En revanche, comme à son habitude aussi, il a couvert d’éloges le locataire de la Maison Blanche en le remerciant d’être « en train de débarrasser le monde du socialisme » (or il se pourrait bien que tout ce chaos provoqué par Trump redonne des couleurs à la gauche et au centre aux États-Unis comme en Europe).

"Révélation : un accord pour 5 millions de dollars
pour lancer $ Libra", dit le gros titre
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Ce trader en crypto-monnaie, un certain Novelli, était aussi le conseiller de Javier Mileí dans ce domaine. C’est le même homme avec lequel il a multiplié les échanges écrits dans la nuit du 14 au 15 février 2025 au moment où $ Libra a été lancée publiquement et s’est effondrée en quelques heures, au bénéfice de ses promoteurs qui ont empoché les investissements des épargnants hispanophones qui avaient fait confiance à la recommandation de Mileí.

En gros titre : le scandale des nouvelles
compétences des services de renseignement
(ils peuvent espionner les journalistes,
les économistes et les opposants)
En  haut de la colonne de droite :
le scandale $ Libra : "On a trouvé
des références à un accord supposé avec Mileí
pour 5 millions de dollars", dit le titre
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L’accord prévoyait des versements en trois étapes, d’abord 1,5 millions à l’accord de Mileí, 1,5 millions lorsque Mileí aurait lancé son message de recommandation sur les réseaux sociaux et 2 millions par la suite lorsqu’un contrat aurait été signé en personne par Mileí lui-même. Le document implique le gouvernement argentin et la sœur du président, censé apporter leur appui à l’opération.

Vignette de Pati dans Página/12 aujourd'hui
La journaliste télé : Trump a affirmé qu'il n'aimait pas le
nouveau guide iranien et qu'il pense à quelqu'un d'autre..."
Traduction © Denise Anne Clavilier
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D’un autre côté, comme le montre la Une de La Nación qui en fait son gros titre, le gouvernement a modifié les domaines de compétences des services du renseignement national : désormais, la SIDE aura le droit de surveiller les opposants, les journalistes et les économistes, c’est-à-dire tous ceux qui ont l’autorité de mettre à mal les stratégies du président qui, comme son homologue à Washington, use et abuse du mensonge et de l’invraisemblance. Le 24 février prochain, l’Argentine va commémorer le 50e anniversaire du coup d’État militaire de Videla et consorts !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Ajouts du 19 mars 2026 :
lire cet article de Página/12 sur les merveilleux châteaux en Espagne que bâtissait Novelli le 30 janvier 2025 lorsqu’il sortait de la Casa Rosada après avoir conclu son accord de corruption avec le président.
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación
Où l’on découvre que Novelli lui aussi avait sa sœur pour principale collaboratrice. Les deux hommes ont dû se trouver des points communs autres que simplement financiers. On se croirait dans un épisode de Columbo repassant derrière son suspect et ses projets d’investissement.

Ajout du 20 mars 2026 :
On découvre que le trader argentin Novelli avait vendu au créateur états-unien de $Libra la mise en contact avec Mileí… Il n’y a pas de petit profit.
A ce sujet, lire l’article de Clarín

Ajout du 26 mars 2026 :
lire cet article de Página/12 sur le comportement toxique, digne d’un troll, de Mileí sur les réseaux sociaux dans la nuit de l’effondrement de sa crypto-monnaie en février 2025

mercredi 11 février 2026

Pour faire baisser la fièvre, pas la peine de casser le thermomètre : l’inflation repart bel et bien [Actu]

"Un morceau dur à avaler" dit le titre
avec une tournure idiomatique
On pourrait traduire aussi : "Il y a comme un os"
En dessous, la photo d'une famille dont
trois membres viennent d'écoper d'une
lourde peine pour le féminicide de la belle-fille
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Même si nos Pythies de plateau télévisés disent le contraire ici, la politique économique de Javier Mileí continue à faire des dégâts. C'est un échec et un échec prévisible. Alors qu’il avait jusqu’à il y a neuf mois réussi à réduire les taux mensuels de l’inflation, c’est-à-dire non pas à la supprimer mais seulement à la ralentir, voilà que depuis huit mois, elle reprend de la vitesse. Les taux montent de mois en mois.

"L'inflation de janvier a été de 2,9%
et c'est le cinquième mois de hausse", dit le gros titre
En dessous, des images d'une manifestation de policiers
à Santa Fe, pour une revalorisation des salaires
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C’est ainsi qu’en janvier, l’inflation mensuelle aura été de 2,9 % en moyenne dans le pays et de 3,1 % dans la capitale fédérale, avec un poste alimentation (hors alcool) qui a bondi à 4,7 % et le poste hôtels et restaurants est à 4,1. Tout cela pour un seul mois. Calculez ce que ces données cumulées sur l’année pourraient donner pour 2026 !

Un rayon yaourts et crèmes dessert dans un supermarché
Rendez-vous compte du peu de choix disponible
dans un pays de forte production laitière
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Sachant cela, Mileí tente de manipuler à son avantage (et une nouvelle fois) les paramètres de mesure du phénomène. Ce qui ne trompe bien entendu pas grand-monde dans le pays. L’inflation retrouve son dynamisme antérieur et détruit le pouvoir d’achat des Argentins ordinaires.

"Au milieu de la polémique au sujet
des mesures de l'INDEC, l'inflation de janvier
est montée à 2,9%" dit le gros titre
En dessous, la manifestation des policiers de Santa Fe
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Plutôt donc que d’obéir au ministre qui voulait lui interdire de publier les chiffres obtenus avec des paramètres révisés et plus conformes à la réalité économique du pays, le directeur de l’institut national des statistiques, pourtant nommé par Mileí, a démissionné il y a quelques jours et hier, l’institut, l’INDEC, a publié ses résultats obtenus avec le même indice que le mois dernier. Et patatras, ils sont mauvais. Même avec une méthode de calcul inadaptée !

"Caputo [le ministre de l'Economie], l'indice ne lui
a pas réussi !", dit le gros titre
avec un jeu de mot entre "indice" et "index"
en haut, une manifestation contre la réforme
ultra-libérale du code du Travail actuellement en débat
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Ajoutez à cela que, pour comble de cynisme, le ministre de l’Économie s’est vanté il y a quelques semaines de ne jamais acheter ni porter le moindre vêtement produit en Argentine. Ce monsieur ne s’habille qu’à l’étranger, c’est plus chic ! A croire qu’il pense que c’est la meilleure façon de relancer la production locale et de maintenir l’emploi ?


Mileí (devant) : On a des trucs en commun, Trump et moi...
Tous les deux, on veut que ça se passe bien pour quelques uns
et que le reste du monde aille se faire f..."
Son conseiller : "D'accord, mais pour Trump,
toi, tu es une partie du "reste du monde"
Traduction © Denise Anne Clavilier
Dessin de Une de Página/12 ce matin
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Ne parlons même pas de créer des postes de travail et de la richesse nationale. Ce sont là des choses dont le ministre et le président se moquent comme de l’An 40...

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mardi 20 janvier 2026

La presse argentine s’alarme des délires de Trump [Actu]

Le gros titre se comprend sans traduction !
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Depuis le début de l’année et ce qu’il considère comme sa victorieuse conquête de Caracas (et de tout le Venezuela), on constate que Trump a perdu le sens des réalités. Hier, il a publié une lettre insensée adressée au Premier ministre norvégien à qui il reproche de lui avoir refusé le Prix Nobel de la Paix en octobre, ce qui l’autoriserait à délaisser ce qu’il présente comme ses efforts de paix au profit de la conquête du Groenland (qui dépend du Danemark).

Dessin de Paz et Rudy, à la Une de Página/12, le 18 janvier
Mileí : En plus du Groenland, tu ne voudrais pas acheter l'Argentine
Trump (off) : Peut-être mais si je l'achète, je la veux sans les gens
Mileí : On est bien d'accord
Traduction © Denise Anne Clavilier
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Psychologue de profession, sa nièce, Mary Trump, fille de son frère aîné dont il a pourri la vie jusqu’à sa mort précoce, parle d’un effondrement des capacités cognitives de son oncle et le fait est que cela y ressemble beaucoup.

Au centre, une reproduction de l'original de la lettre
avec une photo de président américain
avec le Premier ministre norvégien
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Aujourd’hui, le président des États-Unis a publié de fausses photos, plus hallucinées les unes que les autres, exposant ses rêves de conquêtes territoriales ainsi que plusieurs messages diplomatiques que lui ont envoyés le président français et le Premier ministre britannique, qui proposent d’organiser des réunions de travail puisqu’il vient en Europe, au sommet de Davos. A cela, il a ajouté des menaces qui sont aussi relayées par les journaux argentins : puisque Macron ne veut pas siéger dans son Conseil de la Paix, qui déborde de très loin les champs de compétences approuvés par l’ONU pour reconstruire Gaza (et qui ne servira probablement pas à cela mais à contourner les instances internationales), le locataire de la Maison Blanche vient de menacer les vins français de 200 % de droits de douane. Rien que cela ! Il faut que l’on tienne bon, comme l’a fait la Chine il y a un an, la Chine devant laquelle Trump a finalement fait machine arrière….

L'info est traitée en place secondaire
en haut de la colonne de droite
"Groenland : Trump reconnaît que sans prix Nobel
il n'y a pas de paix"
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La presse argentine rend compte de cette aggravation de la situation diplomatique avec stupeur comme le reste de la presse libre dans le monde.

Paz et Rudy, ce matin
Trump : Je vais acheter le Groenland et j'y ferai
une paradis tropical
Le conseiller : Une piste de glace, ce serait mieux
Trump : Non... Pour ça, il y a le Venezuela
Le conseiller : Mais il y fait très chaud
Trump : Tu ne me comprends pas... Désormais,
si je dis qu'au Venezuela il fait froid,
eh bien, il fait froid
Traduction © Denise Anne Clavilier
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Une de Página/12 sur la frustration Nobel de l’empereur des Amériques
lire l’article de Página/12 sur la publication des photos trafiquées par Trump
lire l’article de La Prensa sur les photos trafiquées
lire l’article de Clarín sur les photos
lire l’article de La Nación sur la lettre au Premier ministre norvégien

Ajout du 23 janvier 2026 :
Clarín a fait sa Une du 21 janvier sur l'une des images truquées publiées par Trump, qui a fait machine arrière le lendemain à Davos, à la surprise de tout le monde, une volte-face qui démontre l'habileté de Mark Rutte, secrétaire-général de l'OTAN, face à ce décideur qui souffre visiblement d'une forme de démence sénile.


"La menace de Donald Trump sur le Groenland
occupe tout l'espace du sommet de Davos", dit le titre
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vendredi 9 janvier 2026

Une analyse percutante de l’économie en Argentine [Actu]

Le premier (à gauche) : Comment tu t'en sors avec ton imprimerie ?
Le second : Très bien... Je vends des panneaux "Fermé" à tire-larigot
Le premier : C'est toi qui les imprimes ?
Le second : Non, je les importe de Chine
Traduction © Denise Anne Clavilier
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Hier, Página/12 publiait deux vignettes pour décrire la situation économique et politique du pays. Elles valent le détour !

De gauche à droite :
Tu vas où ? - J'ai une réunion de non-travail.
Qu'est-ce qu'on fête le 1er mai ? - La fête du non-travailleur
Celui-ci, qui c'est ? - Le premier non-travailleur
[allusion à Perón, le "Premier travailleur"]
Nous sommes ici, devant la porte du ministère du Non-Travail
Eh, Monsieur le Ministre du Non-Travail !
Argentine, terre de Non-Travail et de Sans-Engagement
Traduction © Denise Anne Clavilier
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mercredi 7 janvier 2026

La presse argentine et l’attaque contre le Venezuela [Actu]

L'Empire, dit le gros titre
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Globalement, depuis le 2 janvier, la presse argentine s’est partagée en deux de part et d’autre d’une ligne de fracture idéologique qui est de plus en plus difficile de réduire : la presse de droite a dans l’ensemble approuvé le coup de force états-unien et la capture de Maduro tandis que la presse de gauche a condamné fermement l’interventionnisme impérialiste des États-Unis, une nouvelle fois dirigé contre l’Amérique du Sud, trente ans après la fin de la Guerre Froide.

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Comme d’habitude, les Unes de Página/12 ont été les plus imaginatives et les plus créatives. Les plus accusatrices aussi. Samedi dernier, la rédaction du quotidien a pourtant été la plus longue à rendre compte des premières informations qui étaient pourtant rendues publiques par le gouvernement américain, tout rengorgé de la gloriole d’une massue qui aurait réussi à écraser un moustique. Son site ne s’en ait fait l’écho que plusieurs heures après Clarín et La Nación qui se frottaient déjà les mains à l’idée de voir Maduro en prison à Guantanamo ou à New-York, alors qu’on ignorait encore sa destination finale.

"Trump a chassé Maduro et dit qu'il prend le Venezuela
en charge, mais le chavisme reste en place", dit le gros titre
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Comme ce fut le cas de beaucoup en Europe, l’information qui m’est arrivée assez tard dans la matinée d’un lendemain de fête un peu tranquille, dans le calme d’un village de la vallée de La Bièvre où j’ai grandi, m’a d’abord sidérée. Tout en sachant que l’information était exacte, j’ai du du mal à y croire et du mal à l’analyser. En quelques heures, Trump venait de réussir au Venezuela, armé par la Fédération de Russie, ce que Poutine, et heureusement !, ne parvient pas à faire en Ukraine depuis presque quatre ans. Les États-Unis font donc désormais la même politique internationale, cynique et mensongère, que leur rival, un ennemi de plus de 80 ans, un pays-continent qu’ils ont combattu de toutes leurs forces, de toute leur intelligence, parfois retorse, parfois droite, depuis 1945 et l’imitation est à présent si parfaite que Trump veut transformer l’OTAN en un nouveau Pacte de Varsovie, la seule alliance militaire connue au monde pour avoir été mise en place pour donner à son leader le pouvoir d’attaquer ses alliés, la Pologne, l’Allemagne de l’Est, la Hongrie, la Tchécoslovaquie (précédemment démembrée par Hitler avec l’accord de la France et la Grande-Bretagne en 1938) et encore la Pologne, cette fois, celle de Solidarność, des grévistes de Gdańsk, la Dantzig de l’âge des empires européens, et de Lech Wałęsa. A présent, c’est donc un pays européen qui est menacé, le Danemark et ses 6 millions d’habitants, à travers son territoire ultra-marin du Groenland dont les 56 000 Inuïts, qui en constituent la population originelle, ont dit et répété clairement qu’ils ne voulaient pas faire partie des États-Unis.

"Les Etas-Unis ont capturé Maduro" dit le gros titre
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Force est de constater que, au pied du mur, pris en étau entre Poutine et Trump et stupéfaits d’être attaqués par le seul allié qu’ils aient jamais eu en commun pendant presque un siècle, nos dirigeants et au-delà nos pays, nous-mêmes, leurs citoyens, ne semblons pas parvenir à mobiliser nos ressources stratégiques, nos intelligences, nos immenses champs de connaissance et nos imaginations jadis si fertiles pour nous défendre en commun. En Europe, il n’y a qu’un pays qui sache pleinement faire cela et croire en son avenir sans défaillance. C’est l’Ukraine. C’est elle aujourd’hui qui nous montre le chemin dans tous les domaines, y compris celui de la complexe lutte contre la corruption, y compris celui des nécessaires compromis économiques et politiques. L’Ukraine détient les clés de notre avenir.

Le gros titre parodie un classique des Beattles
D'un pays pétrolier à un autre...
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En mai 2022, ayant constaté comme tout le monde sa redoutable résistance et son efficacité, presque toute seule contre le mastodonte corrompu qui tâchait de l’envahir, je me suis mise à apprendre la langue, sans aucune connaissance préalable d’aucune autre langue slave, mais tant pis ! Il fallait y aller pour comprendre en profondeur, sans passer par les traductions en anglais, les seules à peu près disponibles à l’époque. Maintenant, les Ukrainiens, les particuliers comme les institutions, se sont constitué un grand nombre de ressources linguistiques et on trouve assez facilement des traductions d’à peu près toute l’actualité en espagnol, en allemand et même parfois en français, le tout sans intelligence artificielle laquelle, non contente de détruite la planète, nous envoie dans le mur à grand renfort de contresens carabinés et d’erreurs sémantiques.

Après les Beattles, Charlie Chaplin
En anglais, le titre est The Great Dictator
(et non pas comme en français Le Dictateur)
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Lorsque j’ai découvert l’originalité de la culture argentine il y a environ vingt ans, je partais de bien moins loin puisque je maîtrisais déjà l’espagnol d’Espagne. Il ne m’a fallu que m’habituer aux innombrables idiosyncrasies du Río de La Plata. Dès le premier jour, j’ai été fascinée par les promesses d’avenir qui étaient alors celles de ce pays. Avec une dignité qui faisait l’admiration du monde démocratique, l’Argentine s’était enfin dégagée de sept ans d’une dictature féroce. Elle sortait, avec beaucoup d’efforts mais bien réellement, d’une crise économique gigantesque et, surtout, elle pouvait compter sur une activité culturelle luxuriante, incroyablement endurante, vivante, diversifiée et créative. L’Argentine n’avait qu’une seule faiblesse et c’est peut-être celle qui l’a perdue en l’envoyant voter majoritairement pour Javier Mileí : collectivement, je n’ai qu’exceptionnellement vu les Argentins avoir vraiment confiance en eux-mêmes et en leur avenir en tant que nation et en tant que pays. Comme individus, doués de talent et de courage, et parfois aussi ceux qui en étaient dépourvus, ils peuvent certes avoir confiance en eux-mêmes mais ils restaient très peu conscients des avantages compétitifs à l’échelle planétaire dont leur pays disposait, assez peu conscients d’avoir à les développer et à les exploiter. Ils ont laissé passer sans jamais s’y appuyer pour agir onze ans d’un pontificat dont le monde entier parlait tous les jours. Ils ont fait partir plusieurs fois le Dakar de Buenos Aires sans que personne en dehors de leur continent se rappelle que la capitale argentine possède un gigantesque obélisque au pied duquel était donné le départ. Hors de l’Amérique du Sud, qui est capable de citer une spécialité ou une marque argentine (le puchero, l’asado, les facturas, Havanna, Taraguï ou YPF…) ? Qui est capable de reconnaître sur une vidéo d’actualité un monument de la capitale, sans parler des autres grandes villes ? La Casa Rosada ? Le Cabildo ? La statue de San Martín ou celle de Carlos Gardel ? Même cette horreur touristique qu’est devenu Caminito n’est que très peu identifié sur une carte postale. Les Argentins sont comme un orchestre philharmonique dont les musiciens n’arriveraient pas à accorder leurs instruments. Ils ne parviennent pas à faire du soft-power efficace et quand les pouvoirs publics s’y sont essayé depuis le retour à la démocratie, ils ont systématiquement raté la cible.

Vignette de Une de Página/12 hier par Daniel Paz et Rudy
Le conseiller : Le monde entier s'inquiète de ce qu'on a fait au Venezuela
Trump : OK... Je vais envoyer un tweet pour dire que tout va bien
Traduction © Denise Anne Clavilier
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La situation est à l’opposé de cela en Ukraine. Comme les Argentins, les Ukrainiens doivent se battre contre notre scepticisme mais eux, ils le font, sans se décourager et en ramant tous dans le même sens. Ils connaissent et reconnaissent leurs forces, ils ont conscience de qui ils sont, de ce qu’ils sont, de ce qu’ils défendent contre le pays agresseur et de ce qu’ils peuvent apporter au monde, en particulier aux autres Européens. Avec une tradition politique tout aussi anarchisante que celle des Argentins, une division qui leur a coûté leur indépendance en 1653, après de la Révolution cosaque de 1648, les Ukrainiens font bloc. Tous derrière leur président, même s’ils votent pour l’opposition. C’est ce mélange d’individualisme et de conscience collective partagée à l’échelle d’un pays qui donne cette puissance à leur dynamisme militaire, à la construction d’un État de plus en plus efficace malgré le manque de moyens et à leur soft-power, qui attaque au bélier nos réserves imbéciles et pleutres.


Vignette de Une de Página/12 ce matin
La journaliste : Comment savez-vous que le Venezuela
fait du trafic de drogue et qu'il faut le bombarder ?
Le ministre américain : Parce qu'il y a beaucoup de pétrole là-bas
La journaliste : Je ne vois pas le rapport. Vous m'expliquez ?
Le ministre : Nous, on n'est pas là pour expliquer mais pour envahir
Traduction © Denise Anne Clavilier
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A nous, Européens, d’en prendre de la graine. Il est urgent maintenant de regarder vers eux pour reprendre notre élan. Les Argentins seraient bien inspirés, eux aussi, de se tourner vers Maïdan ! J’en sais quelque chose : j’ai beaucoup d’amis là-bas (à gauche) qui détestent l’Ukraine et prennent Volodymyr Zelensky pour un dictateur au petit pied.

© Denise Anne Clavilier

Le gros titre dit : "Les soleils s'évaporent"
allusion au gang dit des Soleils, inventés par l'administration Trump
pour justifier l'intervention au Venezuela
et dont les autorités des Etats-Unis viennent de reconnaître
qu'il n'a jamais existé.
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