vendredi 30 octobre 2026

Dire que le Brésil est le premier partenaire économique de l’Argentine ! [Actu]

Dessin de Alfredo Sábat pour La Nación, 30 octobre 2026
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L’aide que Javier Milei et son gouvernement viennent d’accorder à Flávio Bolsonaro au détriment de la justice brésilienne avec laquelle tout partenaire du Mercosur (et tout État voisin) est tenu de coopérer de manière bilatérale déploie ses conséquences dans le milieu politique argentin et cette fois-ci, la faute politique du gouvernement semble ne pas passer.

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Le Brésil est le premier partenaire économique de l’Argentine, les deux pays étant à peu près de force égale en matière agricole, industrielle, spatiale et scientifique. Argentine et Brésil sont les deux les moteurs du Mercosur, qui regroupe avec eux l’Uruguay, le Paraguay et la Bolivie comme membres fondateurs et donc de plein droit, tandis que la Colombie, le Chili, l’Équateur et le Pérou sont des membres associés et que le Venezuela, membre fondateur, est suspendu depuis la fin 2016. Argentine et Brésil sont les deux pays d’Amérique latine qui siègent au G20 dont ils ont conjointement obtenu la création par l’élargissement du G7. Avant que Milei ne vienne détruire l’économie argentine il y a trois ans, le Brésil était le premier pourvoyeur de touristes étrangers en Argentine et l’un des tout premiers partenaires de celle-ci dans les échanges culturels internationaux.

Le gouvernement brésilien n’a pas encore annoncé quelle mesure il comptait prendre mais l’action illégale de l’Argentine aura des conséquences sur la suite des relations entre les deux pays au niveau officiel comme dans les deux opinions publiques. Le Brésil a d’ores et déjà le droit de porter plainte contre son voisin auprès du tribunal du Mercosur et plus si affinités.

"Le gouvernement défend le départ de Flávio :
il n'y avait pas d'ordre d'Interpol", dit le gros titre
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La presse argentine continue donc d’enquêter ainsi que d’analyser et de commenter cet événement qui n’a aucun équivalent dans l’histoire des relations entre ces deux États indépendants et constitutionnels, ce qui est d’autant plus choquant qu’il s’est produit après l’instauration d’une véritable démocratie de part et d’autre de la frontière. Qui plus est, il n’est pas difficile de deviner le rôle qu’ont joué les États-Unis dans cette entourloupe puisqu’on a déjà pu y repérer l’action de Marco Rubio (qui s’en cache à peine) et celle de l’ambassade argentine à Brasilia, laquelle, alors qu’elle est dirigée par un chargé d’affaires en l’absence d’un ambassadeur de plein droit, a reçu l’ordre de rester ouverte toute la nuit pendant l’équipée transfrontalière clandestine du candidat, au cas où il aurait besoin de venir s’y réfugier… Comment aurait-il fait, d’ailleurs ? Par rapport aux chutes d’Iguazú, côté brésilien, où Bolsonaro a attendu la nuit noire pour se présenter à la frontière argentine, Brasilia, située au centre du pays, n’est vraiment pas la porte à côté. Quant à Trump, qui rêve d’un prix Nobel de la Paix parce qu’il est jaloux de Barack Obama, comme un petit garçon de cinq ans qui trépigne devant les jouets offerts à son voisin, il est en train de mettre le feu partout où il pose le regard : dans l’Union européenne, dans le Golfe, dans le détroit d’Ormuz, dans celui de Taïwan, en Ukraine, où il a aidé Poutine à déchaîner sa violence contre les civils au lieu d’y mettre un terme, et sur le continent américain, de part et d’autre de l’équateur.

Dans la colonne de droite, au milieu :
"Lula remercie Macri qui a salué son triomphe
en lançant une querelle contre Milei", dit le titre
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En Argentine, le Congrès ne reste pas les bras croisés ni le reste du personnel politique non plus. Des parlementaires de l’opposition ont exigé que le directeur de la SIDE (les services secrets) expliquent devant une commission bicamérale le rôle qu’il a joué dans cette affaire. Mauricio Macri, l’ancien président néolibéral qui a achevé son unique mandat en 2019, a envoyé ses félicitations à Lula qui l’en a chaudement remercié en évoquant, non sans nostalgie, ces temps anciens où les deux gouvernements (notamment tous les deux, en tant que chefs d’État) pouvaient posément tenter d’apporter des solutions à leurs désaccords à travers des négociations de bonne foi, dans les règles diplomatiques et juridiques du droit international. Pour que Macri et Patricia Bullrich prennent ainsi le parti du Brésil dans cette querelle, il faut que la faute politique de Milei ait bigrement secoué le personnel politique et diplomatique qui vit et travaille à Buenos Aires.

Quant à la justice, elle a elle aussi réagi rapidement. Une juge fédérale siégeant à Buenos Aires vient d’ordonner la saisie et d’interdire la destruction des images de vidéo surveillance montrant les Bolsonaro au poste frontière proche des chutes d’Iguazú, que partagent l’Argentine, le Brésil et le Paraguay, et à l’aéroport de Puerto Iguazú. L’instruction n’est pas encore déclenchée stricto-sensu, la procédure, en droit pénal, n’en est qu’aux démarches préliminaires normales. La juge a d’ores et déjà adressé des réquisitions au ministère des Affaires étrangères, à la police des frontières et à la gendarmerie (en Argentine, la gendarmerie est en charge de la sécurité dans les zones frontalières alors que dans les autres zones du pays, c’est la police qui fait le même travail pour le maintien de l’ordre comme pour la lutte contre la délinquance et la criminalité) pour disposer de tous les documents sur ce qu’il s’est passé : les demandes reçues, les ordres donnés, la nature et les modalités de l’aide apportée aux fugitifs par les services de l’État.

"La justice enquête sur l'aide du gouvernement
argentine à Bolsonaro pour s'enfuir aux Etats-Unis",
dit le gros titre
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De son côté, le gouvernement se défend en disant qu’il n’y avait pas de notice rouge Interpol contre Bolsonaro et qu’il l’a donc laissé passer en toute légalité. Tout le monde appréciera le cynisme de cette posture. En cas de victoire des démocrates aux élections de mi-mandat aux Etats-Unis, il est possible que Milei ait un prix à payer pour ce qu’il vient de faire contre le Brésil. En tout cas, les membres du Congrès dans l’opposition ne restent pas eux non plus les bras ballants. Ils réclament des explications à Marco Rubio pour savoir quel rôle il a fait jouer aux diplomates placés sous son autorité pour servir les intérêts personnels du Sieur Bolsonaro junior.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur le climat d’hostilité entre les deux gouvernements qui pourrait surgir à très court terme
lire l’article de Página/12 sur les premières réquisitions de la juge Capuchetti
lire l’article de La Nación sur l’action déclenchée par les démocrates au Congrès des États-Unis
lire l’éditorial de La Nación sur les dangers de la culture de la haine que cultive l’extrême-droite pan-américaine