mardi 23 décembre 2025

Pause de fin d’année sur Barrio de Tango [ABT]


Comme mes fidèles lecteurs l’auront remarqué, depuis deux ans, la culture populaire argentine, qui est le sujet principal de ce blog, ne se porte pas à merveille.

Il y a deux ans, dans un scrutin national, une majorité d’Argentins a fait un choix aberrant et indigne, sans doute très mal éclairé aussi, celui d’abdiquer leur liberté politique et de mettre en péril leur État de droit et la souveraineté de leur pays après quarante ans de démocratie continue qu’ils avaient difficilement installée à l’issue de la plus terrible dictature que le pays ait jamais connue. Le résultat est désormais une catastrophe dans toutes les dimensions qui constituent la culture populaire : la vie artistique, l’école, la santé, la recherche scientifique, les droits sociaux, les droits de l’Homme, la constitution, le patrimoine, vendu au plus offrant, l’histoire et même la mémoire, menacée par un révisionnisme gouvernemental de plus en plus agressif. Il est à craindre que ce pays, qui a été un phare pour son continent, s’achemine vers une nouvelle forme de dictature, celle de l’argent le plus cynique, de la rentabilité dérégulée au profit d’un tout petit nombre de privilégiés et au détriment de la majorité des habitants du pays.


Il y a près de 20 ans, j’ai fondé Barrio de Tango pour rendre compte des efforts du pays pour construire sa démocratie, pour s’approprier et revendiquer une culture nationale en cours d’élaboration depuis deux siècles, un phénomène qui s’étale toujours et partout sur une vingtaine de générations. L’Argentine avait alors beaucoup de choses à nous dire, nous, Français et Européens, qui dormions alors sur nos lauriers. Nous étions sans crainte pour notre liberté politique et nos cultures nationales respectives. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, ni pour ce que l’Argentine, pillée de l’intérieur, a à nous dire (parce qu’elle est devenue aphone) ni pour ce dont nous avons besoin alors que se fissurent de partout notre avenir démocratique et la paix dans laquelle, sur notre sol, nous vivons depuis 80 ans, soit un peu plus de trois générations.


Au cours de cette vingtaine d’années de recherche originale et de vulgarisation de la culture argentine, à travers la musique, l’humour, le théâtre, le cinéma et l’histoire, j’ai trouvé un vrai bonheur à découvrir et vous faire découvrir des répertoires d’une richesse que, vue d’ici, nous n’imaginons pas et des géants de l’histoire comme les généraux Manuel Belgrano (1770-1820) et José de San Martín (1778-1850). Il est hors de question pour moi d’abandonner à leur triste sort les acteurs de la vie culturelle argentine qui sont devenus mes amis. Je vais donc continuer à rendre compte de leur lutte pour ramener dans leur magnifique pays des mœurs politiques civilisées. Sous le coude, issues de mes recherches dans les archives, j’ai encore quelques éléments inédits sur San Martín. Je songe à les publier sans doute en français et en espagnol, à coup presque sûr dans Barrio de Tango au cours de l’année qui vient.


Toutefois il est peu probable que, dans un avenir prévisible en tout cas, ce blog renoue avec le rythme de parution d’avant le Covid, au moins tant que Javier Mileí restera au pouvoir, puisqu’il a entrepris de tout détruire avec un acharnement pervers. « Une tragédie », m’a dit l’un de mes amis de Buenos Aires en octobre, après ce scrutin de mi-mandat, où Trump a pu, in extremis, relancer le succès électoral du bonhomme dont la cote de popularité était pourtant au plus bas. Ce qu’il se passe également aux États-Unis est pour le moins très préoccupant pour le monde démocratique. Et le reste de la planète aussi puisque l’odieuse ingérence de Trump dans les pays tiers est peut-être en train de redonner de la légitimité même à un leader comme Maduro.


A la rentrée, courant janvier, bien entendu sans abandonner Barrio de Tango, je lancerai un autre blog qui portera sur des problématiques historiques similaires mais ailleurs sur la planète. Mes préoccupations ne changent guère : qu’est-ce que la démocratie ? Qu’est-ce que la souveraineté d’un peuple ? Comment un pays s’extirpe-t-il de l’emprise coloniale ? Sans oublier la culture populaire et toutes ses dimensions : la musique, la poésie, la littérature, le théâtre, la langue elle-même, l’humour, la cuisine et la gastronomie, le patrimoine à constituer ou à reconstituer, le soft-power à bâtir et à déployer… Quels rapports dialectiques entretiennent la mémoire et l’histoire ? Quelles articulations entre la démocratie et l’organisation de l’économie permettent à toute une société de vivre mieux et de progresser ?

En lisant ce blog depuis tant d’années ou tant de mois, vous avez dû le constater : je nourris une égale passion pour l’histoire et pour les langues. J’en exploite quelques unes dans mon travail quotidien. Je savoure les autres dans mes loisirs. Cette fois-ci, tout se passera en Europe. Là encore, il s’agit d’une culture que nous, les Européens, nous connaissons très mal et sur laquelle nous faisons contresens sur contresens, aidés en cela par des médias assez paresseux, de moins en moins rigoureux et rarement polyglottes. Une culture riche et passionnante dont les mille ans d’histoire ont beaucoup à nous enseigner.


Cette fois-ci, la pause de fin d’année sur Barrio de Tango sera totale, quoi qu’il se passe. Pour mieux me consacrer à ce nouveau projet, tout en profitant des fêtes en famille, je ne publierai rien pendant la pause des confiseurs.

© Denise Anne Clavilier

Joyeux Noël à tous
Feliz Navidad a todos
Merry Christmas everybody
Buon Natale
Vrolijk Kerstfeest voor iedereen
Всім щасливого Різдва

vendredi 19 décembre 2025

Beau succès pour la CGT qui manifestait hier [Actu]

"Il n'y a pas de liberté sans justice sociale", dit
le gros titre (comme les banderoles des manifestants)
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Hier, la CGT appelait les Argentins à descendre dans la rue pour dire non à la réforme du code du Travail présenté par le gouvernement et qui entend priver les travailleurs, tous les salariés et les indépendants précaires, d’une série d’acquis dont les plus anciens remontent à plus d’un siècle. Le moins qu’on puisse dire est que le syndicat majoritaire a bel et bien été entendu : un peu partout dans le pays, les manifestations ont été très suivies.

"Revers inattendu de Mileí au Congrès en partie double",
dit le gros titre supérieur
Tout en bas au centre :
l'annonce de la béatification de Enrique Shaw
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A Buenos Aires (tout en haut), la foule a débordé Plaza de Mayo et ses abords, même si la presse de droite choisit des photos qui laissent apparaître des trous dans la foule. Peut-être les journalistes ont-ils choisi le moment où les manifestants étaient en train d’arriver sur la place car les éclaircies dans la foule sont situées devant la scène d’où les dirigeants sociaux devaient haranguer les participants en fin de manifestation. En fin de manifestation, cet espace devait être comble.

"Frein surprenant à deux projets clés du gouvernement :
la réforme du travail et le budget", dit le gros titre
En-dessous : Plaza de Mayo hier
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Ce succès encourage donc la CGT qui envisage maintenant un appel à la grève générale, sans doute à la rentrée, après les vacances d’été qui commencent à Noël.

"Le gouvernement a dû remettre à plus tard
la réforme du travail et le conflit sur le budget", dit le gros titre
En dessous : autre plan sur Plaza de Mayo hier
Tout en bas : l'annonce de la béatification de Enrique Shaw
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Par ailleurs, malgré la présence plus importante d’élus favorables à la politique de Mileí dans les deux hémicycles, le gouvernement a du mal à faire passer ses réformes. Le nouveau Code du Travail devait être adopté ces jours-ci mais le projet a échoué. Un nouvel examen du prochain Code du Travail est fixé au 10 février, à la reprise de la session du Sénat, aux dernières semaines des vacances d’été.

"Une Place combattive", dit le gros titre
de l'édition locale de Página/12 à Rosario,
la seconde ville d'Argentine
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En ce qui concerne le budget fédéral, la situation est encore pire : le vote est si mal engagé que la majorité présidentielle, qui reste toute relative, envisage de se prononcer contre ses propres projets de loi ! Ce qui ajoute au grand cirque dont l’hémicycle a été le décor ces derniers jours. Avant-hier, un élu mileíste a attribué à son groupe des propositions faites par l’opposition kirchneriste, ce qui a déclenché les rires du Congrès et beaucoup de moqueries sur les réseaux sociaux et ailleurs. L’amateurisme et l’incompétence de ces nouveaux élus sont abyssaux.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

sur la manifestation d’hier
lire l’article de Página/12 tant qu’il est encore accessible en ligne
lire l’article de La Prensa
lire l’article de La Nación
sur la réforme du Code du travail
lire l’article de Página/12, tant qu’il est encore accessible en ligne
sur l’échec du vote du budget
lire l’article de Página/12, tant qu’il est encore accessible en ligne

Un nouveau bienheureux en Argentine [Actu]

Le visuel de l'annonce pontifical est signé entre autres par
 l'organsation du patronat chrétien argentine (ACDE)


Le pape vient de reconnaître officiellement la première guérison inexplicable, le premier miracle, attribuée à Enrique Shaw (1921-1962), riche patron d’une verrerie qui fut en Argentine l’un des tout premiers chefs d’entreprise adeptes de la doctrine sociale de l’Église. Le pape François l’avait souvent recommandé aux fidèles comme modèle d’un laïc très riche qui savait faire bon usage de l’argent, à l’inverse de tant de grands capitalistes cyniques qui dominent la scène économique internationale depuis que l’idéologie communiste a démontré sa toxicité.

Couverture de la biographie de Enrique Shaw
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Enrique Shaw était né dans la soie, à l’hôtel Ritz, à Paris, d’une famille argentine. Il s’est marié en 1943 alors qu’il était officier dans la marine argentine. Ils ont donné naissance à une nombreuse famille. Il est décédé d’un cancer à Buenos Aires. Il n’avait que 41 ans. Après sa carrière militaire, Enrique Shaw avait pris la tête d’une importante verrerie où il a mis en place des règles sociales justes dans ses rapports avec ses salariés. Il a ensuite beaucoup milité dans le patronat pour que soit appliquée la doctrine sociale de l’Église, mise au point au milieu du 19e siècle, tout ce qui se voit actuellement attaqué par le gouvernement Mileí. En Argentine, à l’inverse de plusieurs pays catholiques en Europe, cette doctrine était restée délibérément ignorée par les décideurs économiques, dans l’industrie comme dans l’agriculture. Cela n’a pas empêché Perón de le persécuter, malgré sa pratique politique très favorable aux ouvriers et aux syndicats.

Mariage religieux de Enrique Shaw et Cecilia Bunge
Une photo de mariage est encore très rare
dans un dossier de canonisation !

En août 2025, deux historiennes, qui avaient déjà consacré un livre à Mama Antula, la première sainte argentine canonisée il y a quelques années par le pape François, avaient publié une biographie de celui qui n’était encore que Serviteur de Dieu.

La presse salue comme il convient la décision pontificale et s’apprête à suivre les cérémonies qui ne tarderont pas à Buenos Aires pour la proclamation de la béatification. Si un second miracle est reconnu, le bienheureux devrait être canonisé et dans ce cas, la messe de célébration se tiendra à Rome et sera présidée par le pape en personne.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur la biographie de Enrique Shaw dès le mois de mai dernier
lire l’article de La Prensa sur l’approbation du pape Léon XIV sur la béatification
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación sur l’annonce du Vatican
lire l’article de La Nación sur le nouveau bienheureux (le quotidien a publié quatre articles sur le sujet ces dernières 48 heures)
visiter le site Internet consacré à la cause de canonisation
La biographie de Enrique Shaw est disponible en version originale et numérique sur différents sites de téléchargement de livres, dont celui de la FNAC

mercredi 17 décembre 2025

Ce soir, concert en mémoire François à la basilique de La Merced [à l’affiche]

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Ce soir, mercredi 17 décembre 2025, Pedro Chemes, le Coro Nacional de Másica Argentina et el Ensamble Interaméricano Contemporáneo offrent un concert gratuit à la mémoire du pape François en prenant pour prétexte l’anniversaire de sa naissance. Ce concert de musique religieuse se tiendra à 20h dans la basilique La Merced, dans le cœur historique de Buenos Aires.

La Merced est une église de la fin du 17e siècle, conçue par un architecte italien de l’ordre des jésuites à qui l’on doit plusieurs bâtiments laïcs et religieux, dont quelques uns, comme cette église, sont encore debout. La Merced a été le centre pastoral que fréquentait la meilleure société portègne dans le dernier siècle de la colonisation. C’est là qu’a été baptisé le général Manuel Belgrano (1770-1820) et que s’est marié le général José de San Martín (1778-1850). Ses registres sont une manne précieuse pour l’historien, on y retrouve tous les grands personnages historiques de l’époque révolutionnaire et indépendantiste.

Le programme de ce soir se compose de trois œuvres, deux du début du 18e siècle, dans la veine de la musique liturgique baroque italienne (comme l’église elle-même) très appréciée dans l’Empire espagnol de cette époque, un chant de Noël de Roque Ceruti, qui finit ses jours à Córdoba, dans un domaine de la Compagnie de Jésus, les psaumes des vêpres, de Doménico Zipoli, ainsi qu’une œuvre contemporaine, de Pedro Chemes, qui est né à Buenos Aires en 1964.

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Pedro Chemes s’est en effet emparé d’un texte mystique écrit au Mexique en 1556 dans la langue náhuati par un érudit autochtone, qui raconte l’apparition de la Vierge de Guadalupe à saint Juan Diego, un Amérindien qui est le premier saint du Nouveau Monde. Pedro Chemes en a fait une cantate d’aujourd’hui dont ce sera ce soir la création et qui sera chantée dans cette langue originelle. La Vierge de Guadalupe est la sainte patronne de l’Amérique hispanique et le pape François lui a tous les ans offert une grand-messe en espagnol dans la basilique Saint-Pierre.

Entre musique baroque et musique contemporaine, la soirée musicale et spirituelle de ce soir n’aura rien d’artificiel : depuis son enfance, Pedro Chemes a formé son oreille avec l’œuvre de Roque Ceruti...

De nombreuses institutions se sont jointes à cet hommage à un pape qui, pour les Portègnes, fut d’abord et avant tout l’un de leurs archevêques et qui fut aussi un grand amateur de musique, même s’il n’assista jamais aux concerts officiels donnés au Vatican à certaines dates traditionnelles, tout comme il cessa, après son élection, de regarder les matchs de foot à la télé, lui qui avait pourtant le ballon rond dans le cœur. C’est donc un bel hommage que ce concert.

D’ailleurs, Pedro Chemes avait informé le pape de son travail et il en avait reçu, sur la fin du pontificat, une lettre de Noël en réponse.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 (tant qu’il reste en ligne)
lire l’article de Barriada, un magazine en ligne sur l’actualité des quartiers de Buenos Aires
lire l’article de Global Buenos Aires, autre magazine en ligne sur l’actualité locale
lire l’article (en espagnol) de Info Vaticana

lundi 15 décembre 2025

Un hommage à Rubén Juárez pour clôturer la saison à la Academia [à l’affiche]

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Ce soir, lundi 15 décembre 2025, à 18h, au siège de la Academia Nacional del Tango, avenida de Mayo 833, premier étage, le dernier Plenario de la saison prendra la forme de la projection d’un documentaire de Jean-Luc Thomas et Alejandro Venturini sur le chanteur, bandonéoniste et compositeur que fut Rubén Juárez.

La soirée sera présenté par le compositeur Pepo Ogivieki et Alejandro Venturini lui-même.

Ouvert à tous.

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles.

© Denise Anne Clavilier

samedi 13 décembre 2025

Travail, éducation et culture : la gauche sonne le tocsin [Actu]

Une du 11 décembre 2025
Les articles ne sont plus disponibles en ligne
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Fort de son renforcement d’octobre dernier au Congrès, où LLA (La Libertad Avanza, le parti de Javier Mileí et de sa sœur damnée) est devenue le premier groupe minoritaire au sein de deux hémicycles où aucune formation n’est parvenue à disposer de la majorité arithmétique, le gouvernement argentin envoie au parlement deux projets de loi, l’un sur l’école publique et gratuite, menacée de perdre ses budgets au profit des écoles privées et payantes, l’autre portant une réforme du code du travail qui abolit la plupart des droits que les salariés avaient difficilement acquis tout au long de 110 ans de luttes dans une société où, en 1916, quand les premiers droits sociaux leur ont été accordés, l’esclavage n’était pas si lointain (il a été aboli par extinction en Argentine en 1813 mais il n’a disparu réellement que dans les années 1840 au décès des dernières victimes du système qui n’avaient pas encore eu la chance d’être affranchies).

Dessin de Páti dans Página/12 le 7 décembre 2025
Mileí au centre : "Ecris : Cher Père Noël..."
La femme à la porte : Trop mignon ! Il est en train d'écrire sa petite lettre ?
Son collègue : Non, c'est la lettre de licenciement
(Les licenciements sont signifiés par télégramme en Argentine)
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Or le nouveau code du travail, qui pourrait être rétroactif selon l’un des ministres, c’est-à-dire s’appliquer sur des faits antérieurs à son future entrée en vigueur, ce que l’état de droit interdit, menace aussi le secteur culturel que Javier Mileí voudrait anéantir depuis qu’il est entré en politique il y a quatre ans. Ce code du travail révisé pourrait même concerner les indépendants à faibles revenus, l’équivalent des auto-entrepreneurs français, or ils sont très nombreux en Argentine, y compris parmi les plus diplômés (je connais personnellement un architecte d’âge mûr qui a dû se résoudre à accepter ce statut).

Une de Página/12 hier
"Chau, les heures sup, le droit de grève,
les conventions collectives
les indemnisations [de licenciement,
les congés payés", dit le gros titre
Au-dessus, en rouge : le rêve de Mileí et de la CIA
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Selon des propos de l’ultra-droitière ex-ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, qui prend en ce moment ses nouvelles fonctions de chef du groupe LLA au Sénat, le PAMI, la branche santé de la sécurité sociale qui s’occupe des retraités défavorisés, est lui aussi menacé de dissolution. Le PAMI compte environ 5 millions de bénéficiaires. Il est donc bon de garder à l’esprit que dans sa jeunesse, sous la dictature militaire, Patricia Bullrich était une militante des Jeunesses Péronistes, ce qui l’inscrivait alors très à gauche dans le paysage politique argentin. Il est clair qu’elle ira jusqu’au bout de son évolution et finira dans les habits d’une fasciste consommée.

"Un film d'horreur", dit le gros titre d'aujourd'hui
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Alors que les syndicats préparent une journée de grève et de manifestations le 18 décembre prochain, Página/12 recense depuis quelques jours les dangers qui guettent les travailleurs du privé comme du public ainsi que les secteurs non marchands dans leur ensemble. A chaque thème, sa Une quotidienne dans la quasi-indifférence éditoriale des médias à la main des groupes économiquement puissants.

Dessin de une de Paz et Rudy, hier
Au téléphone : Macri à l'appareil...
Je t'appelle pour te féliciter pour tes deux ans [de présidence]
Mileí : C'est mon meilleure moment
Macri : Pour moi aussi, les deux ans, c'était le meilleur moment.
Mileí : J'ai gagné les élections de mi-mandat
Macri : Moi aussi
Mileí : Et Trump aussi ?
Macri : Oui, Trump aussi
Mileí : Et qu'est-ce qui s'est passé ?
Macri : Tu verras bien
Traduction © Denise Anne Clavilier
Macri s'est représenté à l'issue de son mandat.
Il a été battu sèchement par le candidat péroniste

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur la réponse syndicale à la réforme du Code du Travail (l’article majeur est réservée en ligne aux abonnés du quotidien)
lire l’article de Página/12 sur les propos de Patricia Bullrich
lire l’article de Página/12 sur les dangers qui menacent maintenant le secteur de la culture
Les autres articles ne sont plus disponibles en ligne. C’est la nouvelle politique commerciale adoptée par le journal.

jeudi 11 décembre 2025

Gisela Passi et Rodrigo Rufino proposent un stage exceptionnel à Paris [ici]

Gisela Passi et Rodrigo Rufino


En ce jour international du Tango, j’ai choisi de publier cette proposition d’un couple de professeurs exceptionnels qui enseigne un tango très authentique et simple à Paris.

Le dimanche 4 janvier 2026 après-midi, Gisela Passi et Rodrigo Rufino, tous deux argentins et parfaits francophones, animeront un atelier intitulé Écouter, comprendre, sentir, danser la musique de tango argentin.

Quinteto La Bordona

Pour l’occasion, ils seront en excellente compagnie puisque le contrebassiste et compositeur Ignacio Varchausky, grand spécialiste du tango classique, participera à l’atelier. L’occasion pour vous de rencontrer un artiste qui est considéré comme l’un des acteurs-clés du genre en Argentine depuis de nombreuses années. Ignacio Varchausky est en effet le fondateur de plusieurs formations musicales ainsi que de la Orquesta-Escuela de Tango Emiliano Balcarce.

De 14h à 16h environ, cours de danse sur les différents styles musicaux des grands orchestres classiques des années 1940 et 1950,l’âge d’or du tango.

Après une petite pause-café, de 16h à 18h, les participants écouteront jouer le Quinteto La Bordona, dans lequel Ignacio Varchausky tient la partie de la contrebasse (le rythme), La Bordona étant un tango très connu du compositeur Emiliano Balcarce. Les morceaux exécutés seront choisis dans le répertoire classique, ils seront expliqués, décortiqués et commentés par les professeurs de danse et les musiciens. Une expérience très précieuse pour progresser dans l’art d’improviser sur la piste comme on le fait à Buenos Aires.

Document fourni par Gisela et Rodrigo, que l'on voit ici
avec Ignacio Varchausky (en polo rouge)
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Prix par personne : 70 €.

Inscription obligatoire en couple à l’adresse électronique des professeurs : rufinopassi#gmail.com

Les personnes seules sont invitées à se signaler à Gisela et Rodrigo qui s’efforceront de constituer des couples de danseurs dans la mesure du possible.

Lieu : Loft Lechapelais, 6 rue Lechapelais, Paris 17e.

© Denise Annc Clavilier

mercredi 10 décembre 2025

Le Cuarteto de Córdoba est inscrit au Patrimoine de l’Humanité [Actu]

Dessin de Chumbi pour La Voz du 10 décembre 2025
Tunga tunga est l'onomatopée qui désigne le cuarteto
comme tchan tchan (en espagnol chan chan) symbolise le tango
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Hier, à New-Delhi, l’UNESCO a voté pour inscrire au Patrimoine immatériel de l’UNESCO une expression artistique populaire née en 1943 à Сórdoba, dans le centre historique et géographique de l’Argentine, et qui y est resté très présent depuis sans se diffuser outre mesure dans le reste du pays : le cuarteto, qui est une danse, une musique et tout un répertoire de chansons.

La Mona Jíménez (photo de Fernando de La Orden, pour Clarín)

Ce vote vient enrichir le catalogue des contributions argentines à ce vaste patrimoine qui avait déjà intégré la voix de Carlos Gardel, dont on célébrera l’anniversaire de naissance demain, le tango et le chamamé (genre musical du nord-est de l’Argentine et que la région partage avec le nord de l’Uruguay, le Paraguay et la pointe sud du Brésil).

Leonor Marzano est considérée comme l'une des créatrices du genre

Les artistes et un certain nombre de médias ont manifesté leur fierté ce matin. Un peu partout, on retrouve la présence du plus médiatique représentant actuel du genre, La Mona Jímenez, un chanteur exubérant qui a décidé de jouer de sa laideur en se produisant sous un nom qui se traduit « la guenon Jímenez ».Malgré cette présence écrasante, l’histoire du genre n’est pas oubliée et d’autres figures historiques du genre sont aussi mise à l’honneur.


La Une du quotidien régionale
Maintenant, le Cuarteto appartient au monde entier
Sur la photo, une personnalité locale prend un selfie
devant la statue de Potro Rodrigo Bueno (1973-2000),
l'un des grands noms du genre
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Le gouvernement lui-même, qui se fiche pourtant comme de l’An 40 de tout ce qui relève de la culture populaire dans le pays, s’est fendu d’un communiqué sur le site officiel de la Culture, reléguée par Mileí au rang de simple secrétariat d’État au sein de ce fourre-tout qu’est le ministère du Capital Humain, ce que la Academia Nacional del Folkore n’a pas encore fait à l’heure où je publie.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

dans la presse de diffusion nationale
lire l’article de Página/12, qui, curieusement, n’a mis l’info sur aucune de ses Unes du jour (je m’attendais à voir quelque chose d’important sur la première page du supplément culturel quotidien Cultura & Espectáculos, mais rien)
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación
à Córdoba :
lire les articles de La Voz, le principal quotidien local
lire l’article de Canal C, la chaîne de télévision provinciale
au niveau institutionnel :
lire le communiqué du gouvernement
lire le communiqué (en espagnol) de l’UNESCO
Aucun communiqué de la Province n'était disponible au moment où je rédigeais cette information.

Les importations détruisent le tissu industriel du textile argentin [Actu]

"Plus personne ne coupe le tissu", dit le gros titre
Comprenez "Il n'y a plus de pain sur la planche"
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Le gouvernement de Javier Mileí, sous prétexte de liberté d’entreprendre et au nom du principe « que le meilleur gagne », a ouvert tout grand les frontières de l’Argentine pour laisser entrer toutes sortes de produits industriels, dont beaucoup viennent, directement ou indirectement de Chine.

Le résultat ne se fait pas attendre : l’industrie argentine s’effondre puisqu’elle produit à des coûts plus élevés, dus à la protection, désormais toute relative, des travailleurs. Bref, le schéma que l’Europe a connu et pratiqué, ce dont tous nos pays se mordent les doigts vingt à trente ans plus tard, s’applique maintenant à l’Argentine et tout disparaît au fur et à mesure.

Après le secteur laitier, c’est aujourd’hui le sort de l’industrie textile qui attire le regard de la presse.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, dans son supplément de Rosario
lire l’article de Clarín

lundi 8 décembre 2025

Requiem pour la science en Argentine [Actu]

"Sans la science, il n'est pas de futur", dit
la pancarte de la manifestante.
Le masque à gaz est une référence à un classique
de la science-fiction argentine, la bande dessinée El Eternauta,
portée récemment à l'écran avec un grand succès
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Le gouvernement argentin vient d’annuler tous les appels à concours annuels pour les projets scientifiques qui doivent être financés par l’État, comme c’est le cas dans tous les pays civilisés.

Cela veut dire qu’en 2026, il n’y aura pas de nouveaux projets de recherche en Argentine, pays qui se classe au premier rang en Amérique du Sud pour ce qui est de la science et de l’économie de la connaissance.

Il est inutile de dire que cette décision est catastrophique puisqu’elle obère l’avenir du pays. Elle va sans doute accentuer la fuite des cerveaux et faire entrer encore davantage les chercheurs argentins en concurrence avec leurs homologues des États-Unis, lesquels se cherchent eux aussi une porte de sortie au Canada, en Europe, en Océanie, au Japon ou en Corée du sud… Peut-être le Brésil pourra-t-il accueillir quelques voisins.

A cela s’ajoute le fait que le gouvernement n’applique pas la loi de financement universitaire sur laquelle le président Javier Mileí avait posé son veto mais qui a été remise en selle par le Congrès, qui l’a approuvée une nouvelle fois, ce qui rend le veto présidentiel nul et non avenu… à condition que l’Exécutif respecte la constitution. Ce qu’il n’a pas l’intention de faire.

Cela conduit à des premières décisions d’universités qui annoncent d’ores et déjà que les cours ne reprendront pas à la rentrée de mars prochain, après les vacances d’été, faute de budget.

Dans la presse quotidienne nationale, seul Página/12 semble se soucier de cette crise pourtant majeure, à court, moyen et long terme.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 sur la suppression des concours scientifiques
lire l’article de Página/12 sur la non-rentrée programmé à la UTN, l’université technologique nationale. Autant de techniciens et d’ingénieurs qui manqueront sur le marché du travail et pmour le développement souverain du pays lorsque le cauchemar actuel aura enfin pris fi


En Argentine, ça tourne au casino selon un Nobel d’Économie [Actu]

"L'Argentine s'est mise dans un grand pari de casino",
dit le gros titre
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La semaine dernière, Cash, le supplément hebdomadaire de Página/12, publiait l’analyse de la situation de l’Argentine par le Prix Nobel d’économie états-uniens Joseph Stiglitz.

Une analyse passablement pessimiste comme on peut l’imaginer venant de ce chercheur qui valorise la régulation de l’économie par le politique, donc la volonté des peuples, afin que le monde ne tourne pas au vert, celui de jungle ou celui de la table de casino au choix, destin qui semble bien attendre l’Argentine sous la présidence toxique de Javier Mileí.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Cash du 30 novembre 2025

vendredi 5 décembre 2025

La Cour Suprême s’est prononcée en faveur des restaurants sociaux [Actu]


Il y a presque deux ans, juste après l’investiture du président Javier Mileí, le gouvernement argentin a cessé de distribuer aux restaurants sociaux du pays (comedores) des vivres comme il en avait l’habitude pour soutenir en nature ces initiatives locales qui viennent au secours des plus démunis d’une manière décentralisée et proche du terrain.

Malgré de vives protestations dans tout le pays, la ministre du Capital Humain, lequel recouvre tous les champs d’action de l’État dont Mileí se contrefiche (l’éducation, la santé, la culture, entre autres), est restée inflexible, allant jusqu’à laisser perdre les denrées stockées dans deux immenses hangars dans deux sites distincts plutôt que de les distribuer à ceux qui en auraient eu besoin.

Cette femme sans cœur, cynique et qui n’a que du mépris pour les gens est allée jusqu’à prétendre que ces réserves avaient été constituées (par le gouvernement précédent, il ne pouvait pas en être autrement) pour pallier aux problèmes logistiques en cas de grande catastrophe. Or précisément, une grande catastrophe s’est produite pendant l’été austral 2023-2024 : des inondations phénoménales qui ont ravagé de grandes zones agricoles dans le nord du pays, ont fait plusieurs morts, des blessés et de très nombreux sans-logis. S’il y avait donc une occasion de répartir ces vivres, c’était précisément celle-là mais la ministre comme le président n’ont pas bougé le petit doigt en faveur des sinistrés.

Sans parler des ravages volontairement provoqués par la politique anti-sociale de Mileí qui, du jour au lendemain, a jeté à la rue beaucoup de gens, employés de l’État en premier lieu puis travailleurs du secteur privé payant les conséquences de la disparition des services d’État, tous rendus soudain incapables d’assurer un certain nombre de dépenses de leur vie courante (eau, gaz, électricité, téléphonie, carburant, loyer, transports, traites diverses et variées, voire tout simplement alimentation du mois).

Les associations se sont donc adressées assez rapidement à la justice et le ministère a fait traîner les affaires autant qu’il a été possible, allant jusqu’à solliciter la Cour suprême sur un arrêt de cour d’appel lui enjoignant de procéder à la distribution en respectant des conditions d’équité pour toutes les provinces et toutes les organisations, y compris celles relevant de courants politiques d’opposition. Or la ministre avait d’abord fait semblant d’exécuter une première décision de justice en distribuant une petite quantité de denrées aux institutions animées par des gens ouvertement de droite et uniquement à elles.

La Cour suprême (qui ne compte plus que trois membres depuis plusieurs années et penche pourtant nettement à droite) vient enfin de se prononcer : elle a validé l’arrêt de la cour d’appel. La ministre doit donc procéder maintenant à la distribution de toute cette nourriture qui attend dans les deux hangars et il faut espérer que la majeure partie en est encore consommable car des dates de péremption ont été dépassées à coup sûr pour plusieurs catégories d’aliments. Il va falloir suivre avec attention les opérations à venir car ce gouvernement a montré qu’il avait à cœur de ne pas respecter les décisions de justice. Il a en effet une très fâcheuse tendance à imiter le comportement ouvertement illégal et inconstitutionnel de l’administration Trump, lequel se comporte en parrain (au sens mafieux du terme) de son homologue argentin, lequel ne cache pas la fierté qu’il en tire, jetant pour se faire la souveraineté de son pays aux orties.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Ajout du 10.12.25 :
lire cet article de Página/12 sur les comedores de la Province de Buenos Aires, qui témoignent de la dégradation socio-économique locale selon un rapport récent de la Universidad Nacional de La Plata, l’une des premières universités du pays.

"La liberté de ne pas manger", dit le gros titre
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