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jeudi 16 juillet 2026

La Mano de Dios à la sauce 2026 [Actu]

Une fois n'est pas coutume : c'est donc la Une
de La Prensa qui ouvre cet article...
pour cette pointe d'humour dont le journal n'est pas coutumier
Il a osé paraphraser l'hymne national pour faire un jeu de mot
Si, si !
Le dernier vers de la strophe principale :
A sus plantas rendido un león
([avec] un lion à ses pieds)
Et en plus, on peut le chanter (la métrique est parfaite)
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Quarante ans après, les équipes d’Argentine et d’Angleterre se retrouvaient hier dans une coupe du monde.

"Pour les Malouines,
Pour Diego,
Pour le dernier [Mundial] de Leo"
clame le gros titre
avec une structure de Une bousculée
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En 1986, au Mexique, quelques années après la fin de la guerre des Malouines (mai-juin 1982) et la victoire militaire de la Grande-Bretagne qui avait repris le contrôle territorial de l’archipel, Diego Maradona avait utilisé sa main pour marquer un but et l avait expliqué ensuite aux journalistes qu’il s’agissait de la « main de Dieu », une allusion politique très claire à sa prise de position en faveur du droit inaliénable de l’Argentine sur ces îles, prises par la force, par surprise et sans déclaration de guerre par une escadre de la Royal Navy en janvier 1833.

"La manivelle de Dieu", dit le gros titre
de ce quotidien du ballon rond du groupe Clarín

Aujourd’hui, Maradona n’est plus et Messi va prendre sa retraite de joueur international à l’issue de la compétition. Le score d’hier, 1 pour l’Angleterre et 2 pour l’Argentine, sonne donc comme une nouvelle victoire qui compense, sur le terrain de foot, la cruelle double défaite sur le champ de bataille en 1833 et en 1982.

Une photo de Mike Steward pour l'agence AP

Malgré les interdictions prononcées par la FIFA, qui refuse les déclarations politiques au cours de ses compétitions mais offre à Donald Trump un prix de la Paix créé pour lui, les joueurs argentins ont étendu sur la pelouse d’Atlanta une toile sur laquelle on lisait clairement la formule argentine rituelle : Las Malvinas son argentinas. Or il se trouve que Milei est hostile à cette revendication, qu’il ne cache pas son admiration et sa tendresse pour feue Margaret Thatcher, celle-là même qui a lancé sa marine contre l’Argentine en 1982, et tente actuellement de capituler en douce devant Londres : il est visiblement prêt à abandonner la souveraineté nationale de jure sur ces îles et à reconnaître comme légitime la situation de facto.

Vignette de Miguel Rep pour Página/12 ce matin
"Pardon, ma chère Margaret. Pardon. Des vrais sauvages",
déplore Milei
Traduction © Denise Anne Clavilier

D’où un malaise palpable du côté présidentiel, chez lui et chez sa sœur, ainsi que pour le reste du gouvernement tandis que la vice-présidente, en froid avec eux, a profité de l’événement pour faire entendre sa voix divergente et essayer de récolter du même coup un peu d’approbation populaire. Quel spectacle lamentable !

Miracle au football, maintenant, pour la 4e fois,
dit le gros titre
sur une Une elle aussi déstructurée
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Milei a annoncé qu’il ne ferait pas le déplacement aux États-Unis pour assister à la finale contre l’Espagne. Pour quelqu’un qui prétend avoir été gardien de but, c’est particulièrement minable. Dimanche, le roi Felipe, qu’on a vu récemment dans la télé, chez lui, fêter la victoire sur la France, en compagnie de la reine, de la princesse des Asturies et de l’Infante, tous les quatre revêtus du maillot de la sélection, sera donc probablement le seul chef de l’État dans les tribunes.

Nul besoin de traduire
Encore une Une déstructurée pour l'occasion
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Inutile de vous dire qu’en Argentine, tous les titres de presse consacrent plusieurs pages à l’événement. Si l’heure n’est évidemment pas à l’humilité, les jeux de mots se bousculent sur les Unes triomphantes.

"Las Malvinas son argentinas", projection sur le balcon de
l'ancienne présidente de gauche, Cristina Kirchner,
qui est sortie pour saluer la foule
régulièrement présente au pied de son immeuble pour la soutenir,
depuis qu'elle est détenue à domicile, pour un dossier vide contre elle
La carte de l'archipel accompagne la formule rituelle
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

jeudi 10 juillet 2025

Prisonnière chez elle, Cristina aura été plus présente que Mileí à la fête nationale [Actu]

Cristina hier à son balcon (photo Emanuel Fernández, Clarín)
Cliquez sur l'image pour voir l'inscription sur le sweet


Tandis que Javier Mileí, seul, célébrait piteusement, sans Te Deum, à Buenos Aires et dans un lieu inhabituel, le quartier de Palermo, qui n’existait même pas en 1816, la fête de l’Indépendance, la gauche de gouvernement s’était rassemblée malgré le froid intense, à Parque Lezama, un grand espace vert dans le vieux quartier de San Telmo, contemporain, lui, de la Révolution de Mai 1810, sous le slogan Argentina con Cristina (l’Argentine avec Cristina).

La foule hier, au Parque Lezama (photo Leandro Teysseire, Página/12)
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Une foule dense était là pour chanter, crier et proclamer des slogans politiques autour de l’indépendance du pays, sérieusement mise à mal par la politique incohérente et court-termiste de Javier Mileí. Des figures importantes à gauche ont fait leur apparition, parmi lesquelles deux enfants volés sous la dictature et retrouvés grâce au travail de mémoire et de recherche de Abuelas de Plaza de Mayo qui jouent aujourd’hui un rôle éminent au sein de l’opposition.

Clou du rassemblement, tous ont pu écouter un message audio de leur leader qui s’adresse désormais régulièrement à eux grâce à la technologie depuis l’appartement où elle est retenue en résidence surveillée. Elle a critiqué vertement le président entre autres pour avoir récemment à nouveau endetté le pays auprès du FMI à une hauteur encore jamais vue (et sans aval du Congrès), ce qui réduit considérablement cette marge de manœuvre de l’Argentine que les révolutionnaires avaient voulu garantir en déclarant l’indépendance il y a 219 ans.

Une autre vue de la foule au Parque Lezama (photo Emanuel Fernández)
A gauche, on aperçoit les bulbes de l'église orthodoxe de San Telmo
derrière les fumées de barbecues
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Après la fête à San Telmo, une partie de la foule a pris la direction d’un autre vieux quartier tout proche, celui de Constitución (appelé Concepción à l’époque coloniale), où réside Cristina, qui est apparue au balcon pour saluer ses partisans, vêtue d’un sweet-shirt barré d’un grand ARGENTINA en lettres capitales dorées. En voilà de la com. politique. C’est autre chose que Javier !

Página/12 a décidé de titrer sur le scandale de la crypto-monnaie :
de sombres transferts de fonds sont apparus au cours
de l'enquête, impliquant les principaux interlocuteurs du président
En haut, le Parque Lezama et une citation de Cristina :
"Jamais nous n'avons eu un tel degré de dépendance"
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Et pendant ce temps-là, sans son frère, Karina Mileí négociait un accord électoral avec le PRO, le parti libéral de l’ex-président Mauricio Macri, pour les élections en Province de Buenos Aires, que les péronistes de leur côté aborderont unis, selon un accord auquel les ténors des différents courants du mouvement sont parvenus hier, à La Plata. Raison pour laquelle on ne les a pas vus au Parque Lezama...

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’éditorial de Página/12 intitulé La voz (le voix), sur cette manière qu’a trouvée Cristina de rester la maîtresse des horloges de la politique argentine dans l’opposition (elle est très forte, tout de même !)
lire l’article de Clarín

mercredi 18 juin 2025

Incarcération de Cristina : la justice double en côte [Actu]

"Proscrite chez elle", dit le gros titre
en faisant allusion à la perte d'éligibilité (proscripción)
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Pour court-circuiter la foule des militants qui s’apprêtaient aujourd’hui à accompagner Cristina Kirchner en masse devant le palais de justice où devait se tenir l’audience d’application des peines ainsi que la presse nationale et internationale et les réseaux sociaux qui n’auraient pas manqué de publier les photos de la manifestation, ce dont en haut-lieu à Buenos Aires on ne voulait à aucun prix, l’audience s’est tenue hier, par visioconférence, et Cristina est donc déjà sous écrou, chez elle, dans son appartement du quartier de Constitution, dans le centre de la capitale fédérale argentine.

Quoi qu’ils en disent au palais de justice, ces précautions sont la preuve qu’il s’agissait bien d’un procès avant tout politique puisque c’est une manifestation politique que l’on a voulu empêcher !

Le juge a donc accordé un aménagement de peine qui, en Argentine (comme en France, soit dit en passant), est d’ordre public pour une personne de plus de 70 ans (Cristina en a 72) : elle subira ses six ans de privation de liberté chez elle, sans la surveillance permanente et humiliante du personnel pénitentiaire, sans la promiscuité avec les autres détenues, dans le confort qu’elle a elle-même choisi pour ce domicile, situé dans un quartier de classe moyenne.

"Elle purge déjà sa peine chez elle, à Constitución",
dit le gros titre sur cette image qui entend
humilier l'ancienne présidente
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En revanche, le juge a ordonné le port d’un bracelet électronique, sous prétexte d’entraver toute tentative de fuite, décision qui correspond à une indéniable volonté d’humilier la condamnée qui est tout le temps restée en Argentine, à part quelques courts séjours autorisés à l’étranger, généralement dans des pays limitrophes, en Uruguay, au Brésil, pendant l’instruction, pendant les audiences de jugement, tout au long de la procédure, jusqu’au jour où la Cour suprême s’est prononcée, plus rapidement qu’à l’accoutumée d’ailleurs. Et puis, d’un point de vue logique, la décision du juge tient d’autant moins debout que Cristina est bel et bien entourée d’un service de sécurité qui appartient à la police fédérale. Il faudrait donc que ces fonctionnaires soient eux-mêmes corrompus pour qu’elle puisse s’enfuir. Encore faudrait-il le prouver plutôt que de mettre en doute a priori l’honneur de ces policiers !

Cristina peut sortir sur son balcon, d’où elle a salué la foule de ses partisans tous les jours depuis l’arrêt de la Cour, mais le juge a posé des restrictions à ce droit pourtant modeste quand on voit le balcon en question, d’une vingtaine de centimètres en avant de la fenêtre. Ce faisant, le magistrat prouve une nouvelle fois le caractère politique de la condamnation.

"Cristina est déjà en prison chez elle
et elle doit porter un bracelet électronique.
Manifestation de soutien", dit le gros titre
sans photo de Clarín
Une façon de l'invisibiser déjà comme le souhaite
l'ensemble du spectre de la droite argentine
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De surcroît, il a aussi restreint son droit à des visites. La défense de Cristina doit présenter dans les deux jours une liste nominative des personnes pouvant venir chez elle, famille, médecins, avocats et officiers de sécurité auquel lui donnent droit ses deux mandats présidentiels (en effet, elle reste à ce titre dépositaire d’informations d’État et ne doit pas pouvoir faire l’objet d’enlèvement, de chantage, de menaces, elle qui a déjà subi une tentative d’assassinat il y a trois ans à la sortie d’une audience judiciaire au Palais de justice et qui ne doit la vie sauve qu’au fait que l’arme de poing du meurtrier potentiel s’est enraillée). Espérons que l’ancienne présidente gardera bel et bien la possibilité de communiquer par téléphone et que ses lignes ne seront pas sur écoute. Et puis bien sûr, il faudra qu’elle puisse se ravitailler et, comme elle n’a droit à aucune sortie, il faudra que quelqu’un lui fasse régulièrement des courses dans le quartier.

Pour l’heure, il est probable qu’elle va rester très discrète car tout ce qui pourrait ressembler, de près ou de loin, surtout de loin, à une violation de ses conditions de résidence surveillée entraînerait sans aucun doute leur révocation immédiate et son incarcération dans une prison de droit commun. Il ressort aussi de cette audience tenue en catimini que le juge lui a accordé un régime pénitentiaire plus léger que celui qui avait été imposé à Lula de l’autre côté de la frontière. Le magistrat n’a tout de même pas osé suivre les réquisitions du parquet.


Que cela plaise ou non aux puissants de l’heure en Argentine et même si la presse de droite maintient le contraire, Cristina bénéficie d’un soutien populaire fort (sans quoi, on n’aurait pas procédé en catimini). La confirmation de sa condamnation a sans doute déjà resserré les rangs à gauche, ce qui, en octobre prochain, lors des élections de mi-mandat, donnera peut-être la victoire à plus de candidats qu’il était raisonnablement prévisible avant cet arrêt de la Cour. Et puisque les autorités judiciaires jouent à cache-cache avec l’opinion publique, c’est la preuve qu’il faut parler, en Argentine et hors du pays, et dénoncer ce qu’il se passe parce que ce n’est pas ainsi que des magistrats se comportent dans un État de droit où la justice est publique.

Même technique qu'à Clarín : gros titre sans photo
"Cristina est détenue en résidence surveillée
et on lui mettra un bracelet électronique"
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Aujourd’hui, 18 juin, aura lieu en fin de journée un rassemblement en soutien à Cristina Kirchner sur Plaza de Mayo sous le mot d’ordre : « Nous avions déjà un 17 et voilà qu’il nous arrive un 18 ». Un slogan lourd de sous-entendus politiques, c'en est presque menaçant. Le 17 en question, c’est en effet le 17 octobre 1945 : ce jour-là, Perón, alors très populaire ministre du Travail et second personnage d’un gouvernement de fait surgi en 1943 pour empêcher l’Argentine d’entrer dans le conflit mondial sous la pression des États-Unis, a été arrêté en catimini et envoyé dans le bagne de l’île fluviale de Martín García, au large de Buenos Aires. Une foule considérable de ses partisans s’était alors rassemblée sur Plaza de Mayo, débordant dans les rues alentours, à tel point que la junte avait pris peur et l’avait fait libérer. Il était apparu au balcon de la Casa Rosada à minuit passé. C’est sans doute ce jour-là que Perón a gagné l’élection présidentielle de 1946 où son score, dés le premier tour, a écrasé pour plusieurs années toutes ses oppositions, à droite comme à gauche ! Le 17 octobre est aujourd’hui fêté tous les ans par les militants péronistes à grand renfort de rassemblements et d’événements culturels festifs : c’est le jour de la Loyauté (el Día de la Lealtad).

De toutes les provinces, des élus locaux prennent l’avion pour converger sur la place qui a vu la Révolution de Mai 1810. Dans la plupart des capitales de province, il y aura probablement des manifestations et à l’étranger, partout où il y a des Argentins en nombre, des rassemblements sont en cours d’organisation.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :
lire l’article principal de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article principal de Clarín
lire l’article principal de La Nación

samedi 25 septembre 2021

Juan Vattuone remonte sur scène ce soir [à l’affiche]


Ce soir, samedi 25 septembre 2021, à 21h, l’auteur-compositeur interprète Juan Vattuone remonte sur scène, au Teatro Reducci, Saenz Peña 1442, pour présenter son nouveau disque, Papel Picado. Juan sera ce soir entouré de ses deux filles et de quelques musiciens qui sont aussi des amis proches et ce sera un exploit.

Juan Vattuone a échappé à une agression physique à la suite de laquelle il a failli perdre la vie et qui lui a valu une amputation partielle de la jambe droite. Au moment des faits, il était en plein enregistrement de son disque, lui qui n’en sort qu’au compte-goutte. C’est seulement le 4e album dans une carrière de plus de quarante ans.

Ce soir, il sera toutefois sur scène en fauteuil roulant. C’est ce que nous apprend l’article que Página/12 lui consacre avec une interview dans laquelle le journaliste ne lui tire que quelques confidences sur le drame qu’il vient de traverser, sur quoi la pandémie est venue se greffer.

Juan Vattuone, c’est de la chanson engagée dans les causes à peu près perdues (ou rarement gagnées), à fond à gauche, péroniste et rebelle à 100 %. Sur scène, c’est une présence forte dont j’espère qu’il l’a conservée. C’est aussi un militant de la cause des Mères de la Place de Mai. J’ai moi-même appris toutes ces nouvelles par la presse et j’attends de plus amples informations que j’ai demandées à Buenos Aires.

Que cet article soit ici le témoignage de mon amitié et de mon admiration pour le talent de cet artiste inimitable et attachant. La photo de Página/12 nous le montre comme je l’ai toujours connu, avec son sourire invaincu et chaleureux et son éternel bonnet enfoncé jusqu’aux oreilles ! Il n’a pas pris une ride et pourtant, cela fait plusieurs années que je n’ai pas eu l’occasion de le voir en chair et en os...

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

vendredi 27 novembre 2015

Guitare et voix à la Casa Jungla demain [à l'affiche]


Ce samedi 28 novembre 2015, à 21h30, le guitariste et compositeur de tango, Julián Graciano, se produira avec la chanteuse Grisel Bercovích à la Casa Jungla, Estados Unidos 1560.

L'entrée est fixée à 70 $ ARG. Mais si vous venez à deux, vous ne payerez que 100 $ pour les deux. Une bonne manière de remplir la salle !

vendredi 20 novembre 2015

La Academia Porteña del Lunfardo propose son premier festival langagier [Jactance & Pinta]


Il aura fallu que disparaisse son très médiatique (et très contesté) président (1) José Gobello pour que la Academia Porteña del Lunfardo lance son premier festival autour de cette langue populaire qui est sa raison d'être.

La manifestation, intitulée Lunfardazo (2), se tiendra au siège de l'institution, à Constitución (Estados Unidos, 1379), du 27 au 29 novembre 2015, en fin de journée, de 18h à 22h. Au programme, des concerts en appui des conférences, qui porteront sur :
  • l'immigration et le lunfardo le vendredi,
  • les poètes du lunfardo, le samedi
  • et le lunfardo au cinéma, au théâtre, à la radio et à la télévision au temps de la censure (3).
Parmi les intervenants, Oscar Conde, Gabriel Soria (qui est à la fois académicien du Lunfardo et président de la Academia Nacional del Tango), la chanteuse Viviana Scarlassa.

Affiche du concert de la chanteuse Viviana Scarlassa

Entrée libre et gratuite à toutes les manifestations.

La Academia Porteña del Lunfardo dispose d'une page Facebook.

Ajout du 27 novembre 2015 :
lire l'article de Página/12 sur la manifestation.



(1) José Gobello, admirable linguiste, était classé à l'extrême-droite et donc très contesté pour ses bienveillances envers les régimes antidémocratiques qui ont tant de fois sinistré l'Argentine.
(2) En Argentine, le suffixe nominal -zo est appréciatif, une nuance grammatico-lexicale inexistante en français.
(3) En sa qualité de langue populaire, issue des faubourgs (et non pas exclusivement des bas-fonds), le lunfardo a été en butte à bien des brimades depuis son apparition dans la ville de Buenos Aires à l'orée des années 1880. Il a même fait l'objet d'une censure totale entre 1943 et 1949, une censure qui a été levée par Perón, lorsqu'il a été assez assuré de son pouvoir en Argentine et qu'il pouvait se permettre de prendre ses distances avec le magistère catholique.

lundi 5 décembre 2011

Feria del libro lunfardo y tanguero à la Academia Porteña del Lunfardo [à l'affiche]

Hier, dimanche 5 décembre 2011, s'est ouverte comme tous les ans à la même époque la Feria del Libro lunfardo y tanguero qu'organise la Academia Porteña del Lunfardo. Ce n'est pas moins de 40 activités qui sont proposées au public, avec entrée libre et gratuite, au siège de l'institution, Estados Unidos 1379, de 15h à 21h, jusqu'au 30 décembre prochain, avec relâche autour de Noël.

Salon du livre proprement (avec CD et DVD aussi), conférences, expositions de peinture et concerts, avec certains académiciens et d'autres artistes et auteurs invités.

L'entrée est libre et gratuite. Néanmoins tous ceux qui voudront participer aux frais à hauteur de 20$ et plus se verront offrir un livre sur le lunfardo, cadeau des Editions Corregidor, une des maisons ayant pignon sur rue à Buenos Aires en matière de recherche sur la culture populaire argentine.

mardi 25 octobre 2011

Un beau concert de Juan Falú au SHA vendredi soir [à l'affiche]


Le Maestro Juan Falú, l'un des grands créateurs du folclore actuel de l'Argentine, compositeur et guitariste très apprécié, ainsi que président du Fonds national des Arts (Fondo Nacional de las Artes) et directeur du Festival argentin Guitares du Monde, donnera un concert exceptionnel vendredi 28 octobre 2011 à 21h30, intitulé Lo mejor de Juan Falú.

Ce sera au Théâtre SHA, l'une des institutions culturelles de la communauté juive de Buenos Aires, la plus importante de toute l'Amérique Latine, Sarmiento 2255.

Entrée : 60 $.

Le Maestro sera entouré d'un grand nombre d'artistes, dont vous connaissez déjà certains comme Liliana Herrero (folclore) et Ramiro Gallo (tango).
Le quotidien Página/12 fait partie des organisateurs-mécènes et le parking de la rue Uriburu aussi...

Pour en savoir plus :

mardi 4 octobre 2011

Présentation de Tango oculto de Silvana Boggiano à la Academia Porteña del Lunfardo [Disques & Livres]

Hier, à 19h30, à la Academia Porteña del Lunfardo, Estado Unidos 1379, dans le quartier de Constitución, était présenté le travail de recherche sur l'histoire du tango de Silvana Boggiano, Tango oculto, ese abrazo por venir, publié aux Editions Corregidor, il y a quelques mois.

Silvana Boggiano est la femme de l'auteur-compositeur-interprète Juan Vattuone, que les lecteurs de ce blog connaissent désormais fort bien. Elle est une spécialiste de littérature argentine, elle est aussi romancière et dramaturge. Son mari, ses deux belles-filles, la danseuse Julieta Vattuone et la chanteuse de rapp, Anita Vatt, participaient hier à la soirée de présentation.

Le livre était déjà là, au Festival de Tango de Buenos Aires, sur le stand de Corregidor.

Il s'agit d'un long travail de recherche (plusieurs années) sur le caractère contestataire du tango, sur la censure à laquelle il a été très souvent soumis et par laquelle il a trop souvent été contraint et sur les falsifications de l'histoire dont il a été l'objet, d'où ce titre de Tango oculto (tango caché, tango passé sous silence). La même chose est vraie de l'histoire générale de l'Argentine qui reste très manipulée par les puissances de l'argent (l'oligarchie), lesquelles cherchent à légitimer leur pouvoir en faisant dire à l'histoire ce qu'elles veulent qu'elle dise. Tango oculto participe donc au tournant actuel de la recherche en Argentine, une étape que les Argentins appellent revisionismo histórico (1) et qui est en train de dégager la connaissance du passé de l'instrumentalisation idéologique dont son étude était prisonnière jusqu'à il y a encore peu de temps et dont elle reste encore prisonnière dans les programmes scolaires mais peut-être plus pour très longtemps. Cette histoire, libérée de son instrumentalisation excessive (2), indique que l'Argentine est en train d'aborder une nouvelle étape de la constitution de son identité nationale puisqu'elle commence à pouvoir mettre en question les idées toutes faites, les images d'Epinal et les mythes fondateurs qui fédèrent les Argentins autour d'une appartenance commune. Et ce n'est pas un hasard si cela correspond aussi à une période florissante du tango, comme art vivant et comme objet d'études critiques de plus en plus poussées (3).

(1) Attention sur l'interprétation du terme revisionismo. Il s'agit du contraire de ce que nous appellons révisionisme en français d'Europe. En français, le révisionisme, c'est la négation du caractère criminel du régime hitlérien et de ses agissements, en particulier la destruction des juifs d'Europe. Lors que les Argentins mentionnent un revisionismo, ils désignent une opération d'aggiornamiento de la recherche historique, un changement de paramètres dans les grilles de lecture de l'histoire du pays. Il s'agit de se défaire d'une interprétation de la Revolución de Mayo (1810) et de ses suites tout au long du 19ème siècle, imposée par la classe dominante à partir des annéees 1860 et qui règne toujours dans l'enseignement primaire et secondaire. Cette interprétation, particulièrement tendancieuse, a été mise en forme par Bartolomé Mitre (1821-1906) qui, avec Sarmiento, avec Roca, voulait construire une Argentine victorienne, ultra-libérale et conduite entièrement par l'industrie et le commerce international libre-échangiste. Aussi avait-il lu l'histoire de son pays et de son indépendance dans le sens qui l'arrangeait. A deux reprises, dans l'histoire argentine, il y a eu des périodes où cette vision, presque sacrée, difficile à mettre en cause dans l'esprit même des habitants du pays, a commencé à être battue en brèche. Il s'agit des deux présidences radicales de Yrigoyen et de Alvear, entre 1916 et 1930, puis de la présidence de Perón (1946-1955), mais ces deux périodes ont été trop courtes pour que s'engage un véritable renouveau de la recherche historique. Ce qui éclosait a été tué dans l'oeuf par les deux coups d'Etat qui ont mis fin à ces deux expériences politiques qui ont cherché à désengluer l'Argentine de sa dépendance structurelle à l'Angleterre puis aux Etats-Unis. Depuis une bonne dizaine d'années, grâce à plus d'un quart de siècle de démocratie, on voit apparaître un profond mouvement intellectuel et universitaire qui se met à construire une autre histoire, une recherche rigoureuse, qui s'appuie sur les documents historiques, qui n'hésite pas à briser les tabous du mitrisme et qui arrive désormais peu à peu jusqu'au grand public à travers la radio, la télévision, Internet et les livres. Trois grands historiens se détachent du lot, Osvaldo Bayer et Norberto Galasso, octogénaires tous deux, et dans la génération suivante, Felipe Pigna, historien et grand homme de médias, qui tord le cou à toutes les légendes lénifiantes ressassées jusqu'à l'écoeurement par l'école primaire et secondaire.
(2) L'histoire est toujours peu ou prou instrumentalisée et voilée par le regard, politiquement déterminé, de l'historien lui-même. Mais l'historien qui fait vraiment de l'histoire tâche précisément d'être critique sur ses propres a priori et de ne pas les nier. L'histoire mitriste les nie et présente sa version du passé comme une vérité absolue, intangible au lieu comme une construction progressive et appelée à évoluer, ce qui est le propre de l'histoire critique, telle que l'Ecole des Annales en a institutionalisé le modèle dans les années 1930.
(3) Il n'est pas inutile de rappeler que ce vaste mouvement a ses précurseurs intellectuels, en particulier plusieurs penseurs du début et du milieu du 20ème siècle, comme Arturo Jauretche ou Raúl Scalabrini Ortiz. Quant à l'histoire critique du tango, le premier travail publié en la matière l'a été en 1960, par Horacio Ferrer, dont c'était le premier livre édité (El tango, su historia y evolución). On oublie un peu trop souvent ce que la recherche historique sur le tango lui doit. Dont acte !

lundi 13 décembre 2010

Le Salon du Livre Lunfardo est ouvert à la Academia Porteña del Lunfardo [Disques & Livres]

Depuis le 5 décembre et jusqu'au 30 de ce mois, tous les jours de 14 à 21h, se tient la traditionnelle Feria del Libro Lunfardo y Tanguero au siège de la Academia Porteña del Lunfardo, Estados Unidos 1379 (dans le quartier de Constitución).

Toutes les activités sont libres et gratuites. Des hommages sont prévus à plusieurs artistes, dont l'acteur, chanteur et danseur Tito Lusiardo (une grande vedette des années 30 et 40) et le poète Evaristo Carriego (qui n'a pourtant que fort peu employé le lunfardo en tant que tel, qu'il a d'ailleurs peu connu, puisqu'il est décédé en 1912, une trentaine d'années seulement après l'apparition de ce phénomène linguistique propre au Río de la Plata et surtout aux faubourgs de Buenos Aires).

Ventes de livres, CD et DVD. Projections de films. Présentations d'ouvrages divers et variés. Et quelques spectacles dans le salon Nicolás Olivari.

Bonus commercial : pour toute dépense supérieure à 100$ (le même jour), il sera remis un cadeau (un livre ou un CD).

Dimanche prochain à 18h, le 19 décembre, il y aura en particulier un concert où vous pourrez retrouver (si vous vous trouvez à Buenos Aires en ce moment) plusieurs des artistes dont ce blog vous parle souvent : le duo Púa abajo (composé par les guitaristes Leandro Coratella et Angel Colacilli) et l'auteur-compositeur-interprète Lucio Arce...

vendredi 10 septembre 2010

Barrio de Tango (el libro) en Buenos Aires [Disques & Livres]

Ne pas utiliser les traductions automatiques Google pour cet article rédigé en espagnol.
Vous risquez d'affoler le système...
Premier des articles promis cette année à mes contacts à Buenos Aires...

Durante las presentaciones de mi libro en Buenos Aires y la Plata, muchos porteños y platenses me preguntaron donde se podía conseguir Barrio de Tango. Cada vez, contesté lo mismo: en la Argentina, por el presente, no se puede conseguir, por razones económicas (el libro se fabrica a precio francés, es decir muy alto, y hay que añadir transporte y aduanas).

Por supuesto se puede comprar en linea desde Francia a precio europeo con costo de transporte (ver el artículo "Vente en ligne", en la Columna de derecha de este blog).

El libro expuesto en la librería del CCC el 1 de setiembre del 2010

El libro también se encuentra desde ya en varias bibliotecas de Buenos Aires:

Academia Nacional del Tango de la República Argentina, Avda de Mayo 833, 3ro piso, lunes a viernes de las 14:30 a las 19.

Academia Porteña del Lunfardo, Estados Unidos 1379, lunes a viernes, de las 14 a las 19

Museo Casa Carlos Gardel, Jean Jaures 735. El Museo está abierto los lunes, miércoles, jueves y viernes de las 11 a las 18, los sábados, domingos y feriados de las 10 a las 19.

Centro Cultural de la Cooperación Floreal Gorini, avda Corrientes 1543, Biblioteca Utopía, de lunes a viernes, de las 12 a las 18

Alianza Francesa, Córdoba 936-946, planta baja, lunes a viernes, de las 10 a las 20, sábados de las 10 a las 14, 2° piso, lunes a viernes, de las 11 a las 17

Se podrá añadir más informaciones al correr los meses...

samedi 12 décembre 2009

Présentation du nouveau recueil de poème de Héctor Negro [Disques & Livres]

Ce sera mardi 15 à 18h30 à la Academia Porteña del Lunfardo, Estados Unidos 1379, dans le cadre de la Foire aux Livres de tango et de lunfardo, que sera présenté le tout nouveau livre du poète Héctor Negro : Cantaré hasta el fin (je chanterai jusqu'à la fin).
L'introduction sera confiée à Marcelo Oliveri, l'éditeur, dont j'ai déjà eu l'occasion de vous parler à l'occasion de la réédition de Lunfardía, pour les 90 ans de son auteur, le président de la Academia, José Gobello, fin connaisseur du tango et letrista à ses heures perdues.

La présentation elle-même sera faite par le poète Alejandro Szwarcman, que vous connaissez aussi pour plusieurs articles qui lui ont été consacrés dans Barrio de Tango.
Héctor Negro sera présent lors de cette conférence et il lira lui-même quelques uns des poèmes du recueil. Le chanteur Carlos Varela en interprétera de son côté plusieurs tangos.

A ne pas louper.

Présentation ce soir du livre de Hernán Sotullo par Luis Alposta [Disques & Livres]

Couverture du livre, envoyée par Luis Alposta

Luis Alposta, qui joue les correspondants permanents à Buenos Aires pour Barrio de Tango, tandis que Solange Bazely endosse de temps à autre la tenue d'envoyée spéciale, malgré un agenda particulièrement chargé, le poète Luis Alposta, disais-je, présentera aujourd'hui l'étude que Hernán Sotullo a consacré au thème des voyous (pungas, en lunfardo) et de la prison (gayola, en lunfardo) dans le tango et dans le lunfardo.
Cette présentation a lieu aujourd'hui, 12 décembre 2009, à la Academia Porteña del Lunfardo où se tient la Foire du livre de tango et de lunfardo jusqu'au 30 décembre prochain (lire mon article à ce sujet).

En même temps qu'il m'a envoyé la photo de la couverture, Luis m'a aussi fait parvenir le texte de son allocution. Mais avec le décalage horaire entre nos deux pays et mon travail salarié pendant la semaine (ce blog n'ayant pas plus que mes futurs bouquins vocation à être mes gagne-pain), je n'ai guère le temps de vous traduire dès aujourd'hui cette conférence in extenso. En revanche, à partir du 25 décembre, les Portègnes vont partir en vacances d'été, ils vont se ruer sur les plages de Mar del Plata ou de Bahía Blanca ou aller prendre un bol d'air pur du côté de Córdoba, Mendoza, San Luis ou Bariloche. De toute manière, les artistes de tango vont déserter Buenos Aires et la livrer aux touristes. Donc là, j'aurai, peut-être, le temps de mener cette tâche à bonne fin. Même si une précédente conférence de Luis Alposta m'a offert la matière de mon article n° 900, celle-ci pourrait faire à nouveau un joli sujet pour l'article 1100 qui devrait se présenter en janvier (celui-ci est le n° 1048). Comme dirait l'autre, quand on aime, on ne compte pas.

D'ici là, je vous explique seulement que la couverture fait allusion à un poème lunfardo de Carlos de la Púa (1898-1950), Linea 9, dont le chanteur et compositeur Edmundo Rivero avait fait une milonga en le mettant en musique. Et voyez comme tout se tient : Luis Alposta, grand ami d'Edmundo Rivero, qui a mis en musique plusieurs de ses poèmes, a très bien connu également ce poète majeur que fut Enrique Cadícamo, dont Carlos de la Púa, dit aussi El Malevo Muñoz (dont le vrai nom était Carlos Muñoz del Solar) (1) était un ami personnel très proche. Lui-même, Luis, a beaucoup travaillé sur le rôle de la prison et du milieu dans la genèse du lunfardo. Avec Daniel Melingo, il a reconstitué de nombreux poèmes de Andrés Cepeda (1878-1912), qu'on a appelé le poète de la prison, parce qu'il passait le temps lors de ses incarcérations à écrire des poèmes, très beaux soit dit en passant. Le type, qui passe pour le Villon argentin, quand il ne faisait pas de mauvais coups était un payador (improvisateur de vers et de musique ambulant, à travers villes et campagnes). Avec Daniel Melingo aussi, Luis a travaillé sur une série de tangos qui vont chercher dans le rébétiko grec des sources communes aux deux genres : la délinquance comme réponse sociale à la répression des possédants, l'univers carcéral, les solidarités louches, l'homosexualité d'occasion, la contestation par la violence... (2)

Voici de Linea 9 et traduits par mes soins le quatrain du début et le quatrain de fin :

Era un boncha** boleao, un chacarero,
que se tomó aquel nueve en el Retiro;
nunca vieron esparos y lanceros
un gil al acuarela más a tiro.
Carlos de la Púa
(les mots suivis d'une double astérisque sont en verlan)

C’était un cheman**, une bûche, un vrai jacques ;
Qui se prit ce bon vieux tram 9 au Retiro
; (3)
Jamais pickpockets ni guetteurs ne virent
Crétin des Alpes plus à portée de main
.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Era un bondi de línea requemada,
con guardia batidor, cara de rrope;
si no saltó cabrón por la mancada
fue de chele** nomas, de puro dope**.
Carlos de la Púa

C’était un tram d’une ligne mal fréquentée,
Le contrôleur était une balance à gueule de faux-derche ;
S’il n’a pas sauté, l’air fin, pris la main dans le sac.
Ce fut un coup de bol, c’est tout, la vraie karaba**
.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

La milonga Linea 9, vous pouvez l'entendre chantée par Edmundo Rivero dans le double CD En Lunfardo, Edmundo Rivero, qui est la réédition de deux disques enregistrés respectivement en 1963 et 1967 et sortis tous deux chez Philips (dont le catalogue a été racheté par Universal). Les pochettes originales arboraient des dessins de Juan Carlos Castagnino, un grand peintre dont on peut maintenant visiter l'atelier-domicile dans le quartier de San Telmo (la maison est devenue un musée), et une présentation signée du grand écrivain argentin Ernesto Sábato. La réédition est présentée par Oscar del Priore (et ce n'est pas mal non plus).

Voilà ! Maintenant, vous avez au moins deux idées originales pour vos cadeaux de Noël ! Un disque et un livre.

Et puis pour faire le lien avec le Retour sur images que je publiai hier (grâce à Solange Bazely) sur le concert qui a marqué, le 2 décembre dernier, à Buenos Aires, les 40 ans de la création de Balada para un loco, voici ce que m'en a dit Luis Alposta le lendemain :

Esta noche [...] estuvimos en los festejos por el 40° Aniversario de "Balada para un loco", que se realizó en el anfiteatro del Parque Centenario.
Actuaron la Orquesta del Tango de Buenos Aires; invitados: Pablo Agri, Amelita Baltar y, por supuesto, Horacio Ferrer.
Bailarines: Paola Parrondo y Víctor Nieva.
El espectáculo duró dos horas y fue realmente algo ¡fantástico! ¡Gran éxito de público! A Horacio se lo veía feliz.
Luis Alposta

Cette nuit [...] (4) nous sommes allés à la fête pour le 40ème anniversaire de Balada par un loco, qui s'est tenu à l'Amphithéâtre du Parc Centenaire.
Se sont produits la Orquesta de Tango de Buenos Aires, avec pour invités, Pablo Agri, Amelita Baltar et, bien sûr, Horacio Ferrer.
Les danseurs étaient Paola Parrondo et Víctor Nieva.
Le spectacle a duré deux heures et ça a été réellement un truc fantastique ! Un public énorme. Horacio, on voyait qu'il était heureux
.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Luis Alposta a déjà envoyé ses voeux pour 2010 : ce sont les mêmes qu'en 2009. Changez juste le millésime. Son portrait ahurissant de Carlos Gardel, en trois ou quatre traits en tout et pour tout... (voir mon article du 31 décembre 2008).

(1) Carlos de la Púa, cela veut dire Carlos de la pointe, de l'aiguille, du dard. C'est-à-dire qu'il pique, qu'il égratigne ou qu'il trucide à l'arme blanche. Le contraire du gentil. Et El Malevo Muñoz comme l'ont surnommé ses amis, cela veut dire Muñoz le Voyou (au deux sens du terme : un homme du peuple mal élevé et un hors la loi). Et de fait, le type n'était vraiment pas sortable, une sorte de Serge Gainsbourg (la dégaine aussi, en plus armoire à glace) qui n'aimait rien tant que provoquer par son comportement et ses propos les bien-pensants et se faire poil à gratter d'une société portègne corsetée dans des a priori de respectabilité et des rêves d'embourgeoisement que lui haïssait de toutes ses forces.
(2) voir l'article que j'ai consacré à une autre conférence de Luis Alposta, sur le lunfardo, prononcée à Rosario en septembre dernier et que je vous ai traduite en octobre.
(3) Retiro : un quartier de Buenos Aires, dont je parle assez souvent dans mes articles. C'est à Retiro que se trouve la Biblioteca Café où aura lieu demain le récital de Lucio Arce. C'est aussi le quartier de la gare sans doute la plus importante de Buenos Aires, donc un noeud de communication avec métro, bus et anciennement lignes de tram.
(4) Luis me citait là les personnes qui l'accompagnaient, sa femme, l'un de leurs enfants et un couple d'amis.

vendredi 4 décembre 2009

6ème Salon du Livre Lunfardo à la Academia Porteña del Lunfardo [Disques & Livres]

Du dimanche 6 (après-demain) et jusqu’au 30 décembre inclus, la Academia Porteña del Lunfardo, Estados Unidos 1379, sera le siège du 6ème Salon du livre lunfardo et tanguero (Feria del libro lunfardo y tanguero), tous les jours de 14h à 22h avec spectacles, présentations de livres, conférences, hommages et ventes. Vous pouvez donc aller y faire un tour et vous renseigner sur place sur le programme exact.
La Academia Porteña del Lunfardo n’est pas au top du top pour ce qui est de l’organisation de sa communication, ce qui est bien dommage parce que cela rend très peu visibles à l’extérieur les travaux des honorables membres de cette institution présidée par José Gobello, essayiste réputé et auteur de nombreux dictionnaires parmi les meilleurs en la matière.
Vous pouvez visiter le site Internet de l’Académie dont j’ai installé le lien dans la rubrique Les institutions, en partie inférieure de la Colonne de droite, mais ne soyez pas trop surpris : le site n’est pas tenu à jour. Tout ça pour vous dire qu’au bout du bout du compte, vous n’avez pas guère le choix : c’est pedibus jambus (1). Ou coup de bigophone (2) pour vous rancarder (3) avant.

(1) pedibus jambus : seudo latin. Significa "caminando", "de a pie".
(2) bigophone : francés popular para "telefono" (en francés téléphone)
(3) se rancarder : argot parisino para "informarse" (en francés s’informer).

mercredi 4 février 2009

La Murga Garufa de Constitución ce soir au CCC [à l'affiche]

Dans le cadre du cycle Tango del Miercoles (tango du mercredi) dont la saison redémarre aujourd'hui au Centro Cultural de la Cooperación Floreal Gorini (voir la section Cambalache dans la colonne de droite pour accéder au site du CCC), la Ciudad del Tango, coordonnée par Walter Alegre (1), invite ce soir dans ses murs la Murga Garufa de Constitución en ouverture du Carnaval Porteño qui approche à grand pas...


Le spectacle, qui promet de ne pas être triste, aura lieu dans la salle Osvaldo Pugliese (tout au fond, à côté du bar) et l'entrée est fixée, comme l'année dernière, à 15 $. Le Centro Cultural de la Cooperación est située en pleine avenida Corrientes, juste en face du Complejo San Martín, au métro Callao...

Explications :
Une murga, c'est un groupe, durable, qui est constitué pour vivre le Carnaval tous les ans. Une murga défile, chante, anime la rue pendant la durée des festivités (3 semaines à Buenos Aires, à la fin du mois de février). La murga est une sorte de fraternité, de cercle, d'équipe et elle constitue un lien social fort entre ces membres. On fait partie d'une murga comme on fait partie d'une chorale ou d'une équipe de sport. Il y a des murgas qui se constituent en fonction du quartier, de la faculté universitaire, du métier...

La murga, c'est aussi un type de musique bien particulier. Il s'agit d'une musique populaire (comme le tango). C'est une musique de danse collective à la saveur très typiquement sud-américaines, où les influences européennes sont très lointaines (c'est une musique très métissée, où les traditions africaines sont très reconnaissables). Et comme pour le tango, c'est une musique vivante que des compositeurs contemporains ne cessent de créer encore et toujours. C'est une musique d'aujourd'hui, comme le tango argentin, comme le folklore de l'intérieur du pays, c'est une musique moderne et traditionnelle à la fois.

Garufa, le nom de ce groupe, est un terme de lunfardo (voir Trousse lexicale d'urgence, dans la partie inférieure de la colonne de droite). Il signifie noce, bamboula, java. La fête débridée !

Constitución, c'est un quartier du centre historique de Buenos Aires. La plupart des murgas appartiennent en effet à un quartier. Chacune a son style, ses musiques, sa mélodie, sa manière de défiler, ses couleurs...

Sur ce qu'est le Carnaval à Buenos Aires, voir l'article que j'ai consacré à ce sujet le 6 janvier 2009 dans les colonnes de Barrio de Tango.

Tous les articles sur les coutumes argentines en cliquant sur ce lien.
Tous les articles sur le CCC, sur ce lien.

(1) Faites connaissance avec Walter Alegre, en consultant son blog dans la nouvelle section Cambalache, en partie basse de la colonne de droite...

lundi 2 février 2009

Joyeux anniversaire, Baires ! [actu]

473 ans aujourd'hui, en ce 2 février 2009. Un bel âge ! Et le jour où l'Eglise catholique fête, depuis des temps immémoriaux, la Présentation du Seigneur au Temple et par conséquent les relevailles de la Vierge Marie.

L’événement a sans doute eu lieu au confluent du Riachuelo et du Río de la Plata. Ce jour-là, le 2 février 1536 (on pense parfois qu’en fait ce fut le 3), un officier andalou, né à Cadix probablement en 1487, vient d’arriver là à la tête d’une flottille de 11 navires, mandaté par Charles Quint, petit-fils des rois catholiques Ferdinand et Isabelle, vainqueurs de Grenade et commanditaires des voyages de Christophe Colomb (Cristobal Colón, célèbre... Italien), Charles Quint que Victor Hugo saluait du titre d'"Empereur d'Allemagne" et que les Hispaniques connaissent sous son titre ibérique, Carlos I (Carlos Ier). Cet officier royal, Pedro de Mendoza y Luján fonde, au nom du roi d'Espagne, un poste avancé qu’il fait baptiser fort chrétiennement Puerto de Nuestra Señora Santa María del Buen Aire, du nom de la sainte patronne de sa confrérie, la Madona di Bonaria, une Vierge de Cagliari en Sardaigne (1).

Tous les marins, surtout les officiers, tous issus de la noblesse, appartenaient alors à une confrérie religieuse. Pedro de Mendoza appartenait à celle qu'avait fondée un chevalier espagnol en 1218 en action de grâce à Notre Dame (Nuestra Señora en espagnol) pour la libération de chrétiens prisonniers des Sarrazins qui tiennent la Terre Sainte, à une époque où la Sardaigne et la Sicile servaient d'escale aux croisés et recevaient les prisonniers à leur sortie des geôles orientales.

C'est au nom de cette toute première et minuscule bourgade portuaire exclusivement masculine que les Portègnes doivent leur étrange gentilé : ils sont porteños parce qu'ils habitent le Port...
En 1536, le Río de la Plata était une mer connue des Espagnols depuis 20 ans. C'est Juan Díaz de Solis qui découvrit en 1516 cette immense quantité d'eau douce en contact direct avec l'Océan. Intrigué par ce phénomène, il entreprit de l’explorer et engagea son bateau dans ces eaux à la couleur jaunâtre. Mal lui en prit. Les Européens furent attaqués par des autochtones et les survivants (dont ne fut pas Díaz de Solis) rapportèrent ensuite avoir découvert, le long des côtes des Indes Occidentales, un Mar Dulce (une mer d'eau douce). Il y a, aujourd'hui encore, une calle Mar Dulce dans le quartier de Nueva Pompeya, pas très loin de Puente Alsina, ce pont qui enjambe le Riachuelo et dont la photo du bâtiment nord (sur la rive portègne) sert de bannière-titre à Barrio de Tango.

En fait, le Río est un estuaire deltaïque dans lequel confluent plusieurs cours d'eau dont les deux plus importants sont le sur-puissant Uruguay qui descend du nord et sert de frontière entre l'Argentine et l'Uruguay (República Oriental del Uruguay) et le Paraná qui vient du nord-ouest, plus grêle (encore que !) et qui, avant de se jeter dans le Río de la Plata, s'est déjà divisé en plusieurs bras ouverts en delta. Géographiquement et en terminologie française, le Río, c'est l'estuaire du fleuve Uruguay dans lequel se jette la rivière Paraná (mais l'espagnol ne fait pas de différence entre rivière et fleuve). Uruguay et Paraná confondent leurs eaux limoneuses à quelques dizaines de kilomètres au nord de Buenos Aires et le Río de la Plata s'écoule ensuite vers le sud sur 300 km d’un cours très accidenté (des grands fleuves terrestres, c'est donc le plus court). A son embouchure dans l'Atlantique, il est large de 220 km (c'est donc le fleuve le plus large de la planète, ce dont les Argentins sont très, très fiers... Ils n'y sont pour rien, mais ce n'est pas une raison pour ne pas être fiers !)

En 1536, Pedro de Mendoza débarqua donc avec une armada de 11 navires (on avait appris la leçon de la mésaventure de Solis) et des équipages estimés à 1 500 hommes, qui n'étaient pas des enfants de choeur mais des aventuriers madrés et roués.

Les indiens querandi installés dans la région n'apprécièrent guère l'arrivée des Européens et pendant quatre ans ménèrent contre le comptoir une guerre de razzia incessante et éreintante. Ce furent les premiers malones de l'histoire portègne (2). Tant et si bien qu’ils finirent par chasser les intrus : en 1641, les Espagnols plièrent bagage et abandonnèrent le bourg fondé quatre ans plus tôt et que les Indiens rasèrent aussitôt.

Il fallut attendre le 11 juin 1580, à la fête de la Trinité, et l’arrivée sur ces rivages de Juan de Garay pour refonder Buenos Aires, sous le nom, encore plus compliqué, de Ciudad de la Santa Trinidad y Puerto Santa María del Buen Ayre, qui devint Buenos Aires lorsqu'on ne comprit plus grand-chose au lien entre Buen Ayre et la Madonne sarde protectrice de Mendoza. On commença d'y voir certains "bons vents" qui auraient conduit les navires espagnols jusqu'au fin fond de l'estuaire. Le nom de la nouvelle fondation, qui mettait au second plan son caractère de port, le plan de la ville qui s'éloigne du fleuve au lieu d'y conduire, beaucoup d'éléments symboliques plaident en faveur d’une fondation un peu plus au nord que la première, dans ce qui est aujourd'hui el Centro. Cette histoire compliquée, relativement mal documentée, donna à Jorge Luis Borges matière à écrire sa Fondación mítica de Buenos Aires, façon épique et poétique de revisiter l'histoire et de la reconstituer (en l'imposant à l'imagination des lecteurs) comme Victor Hugo réinventa à sa manière, grandiose et géniale mais historiquement fausse, l'Ile de la Cité médiévale dans son roman, Notre Dame de Paris.

On ne sait pas exactement où Mendoza avait fait bâtir son comptoir colonial.
Une hypothèse, qui a la préférence d’une majorité d’historiens, veut qu'il l'ait fait dans l'actuel quartier de La Boca. Cette hypothèse a l'avantage d'être logique. La Boca est un port naturel sur le Riachuelo, rivière qui présente (en tout cas aujourd'hui) des méandres naturels, à cet endroit et aussi un peu plus en amont, à Nueva Pompeya. La rivière est très capricieuse mais il faut passer là plusieurs mois pour le savoir et parfois quelques années même. Le Riachuelo peut faire plusieurs crues dans la même année... Ces méandres, s'ils existaient déjà tels quels en 1536, ont pu offrir des abris et la possibilité de creuser rapidement un port pour la petite flotte espagnole. De plus la toponymie actuelle de cette zone urbaine renforce cette hypothèse : la rue Pedro de Luján (quartier de Barracas) longe le Riachuelo, la rue Mar Dulce et la rue Santa María del Buen Ayre se situent toutes les deux à Nueva Pompeya (donc du côté Riachuelo et non du côté du Río, qui est ce Mar dulce qui a donné son nom à la rue).
L'autre hypothèse est la fondation plus à l'intérieur des terres, dans ce qui est aujourd'hui ce qu’on appelle el Centro, à savoir les quartiers de Monserrat et de San Nicolás, qui représentent en effet le coeur du bâti urbain historique mais qui pour antant peut n'être pas celui de Mendoza (car la ville fondée par Mendoza a été bel et bien été détruite). C'est à Monserrat, sur la Plaza de Mayo, que se trouve le Cabildo (siège du pouvoir colonial). C’est dans ce quartier qu'a été construite l'église très ancienne qui lui donne son nom (celui d’une Vierge catalane). C’est là que se dresse aujourd’hui la cathédrale métropolitaine bâtie au 18ème siècle quand Buenos Aires fut élevée au rang de capitale du Vice Royaume du Río de la Plata en 1776. Et là encore la toponymie appuie cette hypothèse : la rue Solis par exemple, l’explorateur que la première Buenos Aires n'a pas dû avoir le temps d'honorer au cours de ses 4 pauvres petites années d'existence plutôt mouvementée, relie le quartier de Monserrat à celui de Constitución, lequel ne touche même pas le Riachuelo...
Jusqu'à ce jour, on n'a pas de trace archéologique de la première fondation de Buenos Aires (songez qu'il y a seulement quelques semaines qu'on a découvert pour la première fois des restes d'un gallion coulé en 1750 dans le port de Buenos Aires, en faisant des fouilles de sauvegarde dans le quartier de Puerto Madero, cf. cet article de ce blog). L'histoire de la première fondation reposent sur quelques rares écrits : rapports militaires à la Couronne d'Espagne, récits de témoins, cartes, comme celle qui donne, en tête de cet article, cette si séduisante image de la civilisation chrétienne avec ses petits pendus très décoratifs. De quoi même se demander pourquoi les Indiens ont tant détesté ces envahisseurs, lesquels ont bien dû au passage leur violer quelques femmes (il faut bien vivre !)

On sent bien là comment le mythe de Carlos Gardel, ce flou autour de sa naissance (voir l’article en date du 31 janvier), cette polémique qui ne s’éteint pas (alors que les Argentins pourraient laisser parler les voisins uruguayens sans rajouter de l’huile sur le feu en répliquant à chaque nouvelle thèse) : le mythe de Gardel est à l'image de la ville, comme le Nil des anciens Egyptiens qui n'en connaissaient pas la source. Les origines se perdent dans l'obscurité des temps et des terrae incognitae.

En 1936, pour les 400 ans de la première fondation de la capitale argentine, un gouvernement de fait, durant ce qu'on a appelé la Década Infame (1930-1943), un gouvernement vassalisé par les grandes puissances commerciales qu'étaient alors la Grande-Bretagne et déjà les Etats-Unis (alors en pleine politique du Gros Bâton, s'efforçant de faire de toute l'Amérique du Sud leur arrière-cour politique et économique), ce gouvernement anticonstitutionnel a donc fait élargir la Avenida 9 de Julio (3) et ériger au carrefour entre 9 de Julio et Corrientes un obélisque de 30 mètres de haut qui porte sur ses quatre faces les 4 dates fondatrices : les deux fondations de Buenos Aires et les deux déclarations d'indépendance, correspondant aux deux fêtes nationales. Cette obélisque est une réplique, non pas de celui de la place de la Concorde comme se l’imaginent les Français, non sans un brin de fatuité, mais de celui du Mail de Washington, celui de la perspective du Capitole, celui qu'on vient de voir et de revoir au fond des images de foule lors de la prestation de serment de Barack Obama... Et comme souvent dans la culture populaire à Buenos Aires, le peuple a bien vite oublié cet acte d’allégeance à l’Oncle Sam, a adopté le monument, en a détourné le sens politique officiel pour le charger d'une valeur affective nationale et en faire un symbole de la capitale argentine...
Pour les autres articles sur l'histoire de Buenos Aires et de l'Argentine, vous trouverez aussi raccourci dans la colonne de droite (partie supérieure).



(1) La Madona di Bonaria devait son nom à un phénomène local d'accumulation des fumées (en ce temps-là ceux des foyers environnants) qui stagnaient au-dessus de Cagliari, faute de vent pour les disperser, et gênaient la respiration et la vue. Le nom de la Vierge lui a été donné pour servir de protection contre ce désagrément que les modernes que nous sommes ont baptisé nuage de pollution. Et vu ce qu'il y a de nos jours comme nuage de pollution au-dessus de Buenos Aires, il faut croire que c’était prophétique ! Bonaria est d'ailleurs le nom de Buenos Aires en cocoliche, ce langage à moitié espagnol et à moitié italien que baragouinaient les immigrants italiens à leur arrivée...
Pedro de Mendoza ne vit pas la destruction de son comptoir, il mourut lors d'un naufrage quelque part dans l'océan Atlantique, en 1637, sur le chemin du retour vers Cadix.
(2) Le malon, à Buenos Aires, c'est une attaque soudaine, sauvage, conduite par surprise et en groupe. Au début du 20ème siècle, le terme désigne les embuscades avec lesquelles les bandes de hors-la-loi règlaient leur compte entre elles, en faisant parfois des victimes latérales. Aujourd'hui, on l'emploie pour désigner les comportements violents des groupes de hooligans qui gâchent là-bas aussi la fête pourtant très populaire et quasi-rituelle qu'est un match de foot.
(3) 9 juillet 1816 : deuxième déclaration d'indépendance, faite à Tucumán et où se dessine l'Argentine dans ses frontières plus ou moins actuelles, en tout cas pour ce qui est du nord du pays (le sud reste encore à conquérir et cette conquête durera jusqu'aux années 1870 et ce n'est pas terminé en ce qui concerne les îles Malouines que l'Argentine entend toujours récupérer). Le 25 mai 1810, la déclaration d'indépendance, qui va être fêtée par le Bicentenaire de l'année prochaine, concerne un territoire plus vaste et plus flou et s’est essentiellement traduite par le refus d’obéir au Vice-Roi et le renvoi en Espagne du Grand-Inquisiteur.
A Buenos Aires, il est presque possible de repérer à l’oeil nu comment ces répétitions fondatrices récurrentes ont laissé leur marque dans l’identité locale : c’est une ville remplie de doublons. Le métro compte quelques couples de stations, sur des lignes différentes, qui portent le même nom. Carlos Gardel a au moins deux lieux de naissance (sans parler des dates qui sont encore plus nombreuses, les partisans de la naissance de Gardel à Tacuarembo débordant d'hypothèses diverses et variées pour faire coller les différents morceaux du puzzle) et le Día Nacional del Tango fête l’anniversaire de naissance (le 11 décembre mais en deux années différentes) de deux artistes, Carlos Gardel et Julio de Caro...