jeudi 11 juin 2026

Provocation de Milei et Cie : des militaires en armes dans un musée de l’ex-ESMA [Actu]


Hier, pour marquer le jour de l’Affirmation du Droit de l’Argentine sur les îles Malouines, sous autorité britannique depuis le coup de force de la Royal Navy en janvier 1833, le gouvernement argentin s’est autorisé une provocation contre les associations des droits de l’Homme qui, depuis des années, ont installé leurs centres culturels respectifs, tous consacrés à la mémoire des victimes de la dernière dictature militaire, sur l’ancien campus de l’École supérieure de mécanique de la Marine (ESMA en espagnol).

Sur ce terrain de l’ex-ESMA, où se trouve aussi un musée consacré aux Malouines, une poignée de soldats en tenue de combat et lourdement armé a garé deux véhicules militaires sur le parking avant de pénétrer dans le musée alors qu’aucun militaire armé n’est autorisé à fouler le sol de ce complexe culturel, placé d’ailleurs sous le parrainage de l’UNESCO, à l’exception de la garde d’honneur des Grenadiers à cheval, le seul régiment qui s’est tenu à l’écart des pratiques criminelles de la Junte puisque ce corps historique, fondé par le général San Martín pour garantir l’indépendance du pays et dissous en 1826, a été reconstitué en 1903 comme escorte présidentielle et symbole d’unité de la nation afin d’assurer la sécurité des personnalités et des établissements nationaux, dont ce musée fait partie.

Cette intrusion, peu discrète qui plus est, constitue une violation délibérée des règles établies par la démocratie et une provocation destinée à imposer par le fait accompli le négationnisme de ce gouvernement nostalgique de la Junte au détriment du travail de mémoire opéré par les associations et les historiens depuis le retour à la démocratie, le 10 décembre 1983. Le symbole est très lourd. Ni les soldats ni les véhicules militaires n’ont pas le droit d’entrer dans cette enceinte consacrée à la mémoire de toutes les victimes de la répression de la dictature puisque la Marine avait installé là un centre de détention, de torture et d’exécution extrajudiciaire qui a été actif de 1976 à 1983. La règle est d’autant plus ferme que la ex-ESMA se situe à proximité des deux régiments historiques du pays, la caserne du premier régiment d’infanterie dit des Patricios (1807), lequel a combattu les Britanniques aux Malouines, et le quartier des Grenadiers à cheval dit du Général José de San Martín (1812). Pour autant que j’arrive à voir l’écusson sur les portières des véhicules, ces soldats n’appartiennent à aucun de ces deux corps.

Tout cela est d’autant plus choquant que Javier Milei se contrefiche royalement de la souveraineté de son pays sur l’archipel qu’il s’est montré prêt à marchander avec la Grande-Bretagne jusqu’à la victoire de l’actuelle majorité travailliste qu’il hait et méprise de toutes ses forces et à laquelle il tourne le dos. En revanche, si jamais le Royaume-Uni devait passer sous la coupe de Reform UK et de Nigel Farage, la revendication constitutionnelle de l’Argentine sur les Malouines aurait du souci à se faire !

Contre cette mise en scène odieuse, Abuelas de Plaza de Mayo a publié un communiqué dans lequel l’association tient à honorer la mémoire de tous les disparus sous la dictature, celle des opposants mais aussi celle des pioupious du contingent tués pendant la guerre des Malouines en avril 1982.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, le seul quotidien à rapporter l’incident
lire le communiqué de Abuelas