vendredi 5 juin 2026

La Cour suprême renvoie Milei à ses chères études [Actu]

L'une des nombreuses manifestations en faveur de l'université publique


A l’unanimité des trois magistrats qui la composent (temporairement mais depuis des années maintenant), la Cour suprême argentine vient de débouter le président Milei qui souhaitait que les juges qui ont décidé que le gouvernement était tenu d’exécuter la loi de financement des universités publiques soient reconnus illégitimes pour se prononcer sur le sujet. En effet, l’Exécutif prétendait que, parce qu’ils exercent une charge de professeur de droit dans diverses universités nationales, ces juges avaient des conflits d’intérêts dans ce dossier, ce qui est d’ailleurs aussi le cas de l’un des membres de la Cour suprême, lequel ne s’est pas déporté pour autant.

La Cour a confirmé la légitimité des juges sur ces dossiers et elle a déclaré qu’il n’y avait là aucun conflit d’intérêts. Il est vrai que si l’on écarte les juges qui sont aussi professeurs, on écartera beaucoup de monde. La plupart des professeurs de droit sont en effet soit magistrats soit avocats. La plupart des enseignants d’université occupent plusieurs postes de travail, autant pour des questions économiques que pour le nombre de personnes qualifiées disponibles pour ces postes. L’élite formée en Argentine n’est pas assez fournie pour couvrir, sans double emploi, tous les besoins du secteur non-marchand dans une dynamique d’État qui, jusqu’à Milei, cherchait, à droite comme à gauche, à assurer une offre très large en matière d’enseignement, de formation et de culture pour que le pays puisse se développer et aller de l’avant. C’est ainsi que dès l’enseignement secondaire, les professeurs se partagent entre plusieurs établissements et courent toute la journée et toute la semaine de l’un à l’autre. On est très loin de la conception du temps de travail à la française, avec des heures payées et officiellement consacrées à la préparation des cours, à la correction des copies et aux rencontres avec les parents d’élèves. En Argentine, on ne rémunère que les heures passées devant les élèves.

La Cour ne s’est donc pas prononcée sur le fonds des dossiers mais elle n’en a pas moins validé la légitimité des décisions de justice auxquelles le gouvernement s’efforce de ne pas se plier.

Le parcours procédural du président devrait s’achever ici. Il ne peut plus avancer de motifs pour continuer à ne pas respecter le vote du Congrès ni appliquer les décisions de la justice désormais validées. Il faut encore attendre pour voir si, dans les jours qui viennent, Milei va verser les subventions que les universités attendent pour continuer les cours (on est à peine à la moitié de l’année scolaire qui va de mars à novembre en deux quadrimestres et les cours pourraient bien s’interrompre ce mois-ci) et les chercheurs pour poursuivre leur travail.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, le seul quotidien qui ait traité le sujet aujourd’hui.
On aura peut-être d’autres commentaires demain...