lundi 8 juin 2026

Un adieu organisé par l’opposition en banlieue [Actu]

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Vendredi dernier, le gouvernement de Javier Milei et ses tristes alliés ont refusé le concours de la puissance publique à la famille de El Indio Solari pour organiser ses funérailles à la hauteur de la demande et pour assurer la sécurité des personnes et des biens, malgré les besoins plus qu’évidents. Le président de la Chambre, le gluant arriviste Martín Menem, qui n’est autre que l’un des petits-enfants de feu l’ancien président Carlos Menem, celui que Milei respecte le plus et auquel il aimerait tant ressembler, a refusé tout net de mettre à disposition de la veillée funèbre les locaux du Congrès en prétextant que ce bâtiment ne se prêtait pas à ce genre de manifestation. Ce qui est totalement faux : le Congrès a accueilli les hommages populaires et nationaux au président Néstor Kirchner en 2010, à la chanteuse et compositrice Mercedes Sosa et à Diego Maradona, quelques années plus tard. Les trois veillées ont attiré une foule immense, démonstrative et brisée de chagrin sans qu’aucun incident n’ait été à déplorer. Le bâtiment est parfait pour accueillir ce genre d’événement grâce à l’immense place qui le jouxte et où les forces de l’ordre peuvent canaliser la foule et les moyens de secours être déployés.

"Voilà à quoi nous ressemblons", dit la légende de ce dessin
de Miguel Rep, hier, sur le site de Página/12
Pour une fois, les Malouines manquent sur cette carte
où l'Argentine est couchée, le nord à droite, le sud à gauche

Devant une telle mauvaise volonté, aussi cruelle que méprisante, c’est Máximo Kirchner, le fils de Néstor et Cristina Kirchner, aujourd’hui leader d’un des mouvements péronistes (un peu extrémiste sur les bords pour être franche) et grand ami personnel du chanteur et de sa famille, qui s’est chargé de trouver une solution. Surmontant ses différends politiques et sa rivalité avec d’autres dirigeants péronistes tout aussi ambitieux que lui, il a pris son téléphone pour appeler le gouverneur de la Province de Buenos Aires puis le maire de Avellaneda, une ville de la banlieue populaire et ouvrière sur la limite sud de la capitale fédérale. Les trois hommes ont désigné à la hâte un lieu capable d’accueillir la foule et ils ont mis sur pied le dispositif de sécurité nécessaire en faisant appel aux forces de l’ordre provinciales. Le cercueil fermé, autopsie oblige, a alors été transféré au Centre Multisport Gatica de Villa Domínico, à Avellaneda.

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Samedi soir, dès que le lieu de la cérémonie a été connu, on a vu se former une file d’attente sur la route qui relie Buenos Aires au Gatica, une file longue de sept kilomètres et d’environ un million de gens de tous âges, attendant debout, à pied, de rendre un dernier hommage à l’artiste disparu, malgré la pluie et le froid qui auraient pu arrêter plus d’un pèlerin. Les fans portaient des vêtements à l’effigie de leur idole disparue, des pancartes et des banderoles pour le remercier de ce qu’il a été pour eux, certains ont dessiné son visage à même la chaussée ou sur les murs environnants, et ils ont ainsi cheminé jusqu’à la chapelle ardente où ils se sont recueillis dans le calme et une dignité à l’argentine devant un cercueil en bois aux reflets dorés au-dessus duquel flottait la mention « Indio 1949- » en lettres de lumière.

A droite, les photos de la foule dans la rue
avec en bas ce visage du chanteur dessiné sur la chaussée
A gauche, les maillots d'équipes de foot que les fans
ont jeté vers le cercueil en signe d'hommage
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La chapelle devait ouvrir ses portes hier, dimanche, à 11 h du matin. Il a fallu avancer l’ouverture à 9 h et c’est seulement ce matin, lundi, à 8 h que la famille a estimé devoir conclure la veillée publique pour procéder aux obsèques proprement dites dont elle n’a révélé ni les modalités ni le lieu, afin de se réserver un peu d’intimité.

En photo principale, la foule des fans à
l'approche du Gatica
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Ce matin, l’épouse (depuis 45 ans) et le fils de El Indio ont publié sur les réseaux sociaux un texte serein et très beau pour remercier tous ces inconnus qui se sont déplacés pour rendre ce dernier adieu. Ils les invitent à faire perdurer la vie du disparu à travers sa musique à jamais vivante.

Le message de remerciement de la famille,
ce matin
"C'est fait. Toutes celles et tous ceux qui ont eu la possibilité
de venir pour lui dire adieu l'ont fait. Maintenant,
la pluie nous renvoie chez nous, pour rester dans la peine
intérieure et nous souvenir de lui comme il était : humain, infini..."
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Ce matin aussi, tous les journaux d’envergure nationale ont tenu à évoquer et à mettre à leur Une cet événement exceptionnel auquel ce gouvernement de sinistres brutes a choisi délibérément de tourner le dos.

© Denise Anne Clavilier


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