lundi 27 juillet 2026

Après Pedro Sánchez, c’est Lula qui en prend plein la figure : la diplomatie boute-feu de Milei [Actu]

"La honte", dit le gros titre en portugais
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Samedi, Javier Milei s’est rendu à São Paulo au Brésil pour soutenir Flavio Bolsonaro, aujourd’hui sénateur et héritier désigné par son père, l'ex-président d'extême-droite Jair Bolsonaro, qui lançait sa campagne pour l’élection présidentielle de l’année prochaine. Milei a participé au meeting et il en a profité pour insulter dans des termes orduriers le président sortant, Lula, qui entend se représenter (lui qui a déjà fait deux mandats, avant sa condamnation illégale pour corruption puis sa réhabilitation au terme d’une procédure de cassation qui a mis en évidence le complot monté de toutes pièces contre lui par quelques magistrats de droite, agissant sur ordre des pouvoirs en place).

Jair Bolsonaro purge actuellement une peine de prison non pas pour des faits de corruption ou d’atteinte à la probité mais, et c’est encore plus grave, pour tentative de coup d’État lorsqu’il avait, comme Trump avant lui, tenté d’utiliser ses partisans pour renverser le gouvernement légitime de Lula tout juste investi chef de l’État.

Même pas besoin de traduire le gros titre
en bas, la photo de Milei à l'inauguration du Salon  de l'agriculture
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Milei n’a pas eu le droit de lui rendre visite en prison, précisément à cause du motif de haute trahison qui lui a valu son incarcération : personne ne doute au Brésil que Milei entend appuyer, y compris par la violence, toute opération susceptible de renverser Lula et de le remplacer par l’un ou l’autre des Bolsonaro.

A São Paulo, Milei ne s’est pas contenté d’insulter son homologue. Il a aussi couvert d’injures le plus haut magistrat du Brésil, celui qui a cassé le jugement pénal contre Lula avant que celui-ci soit à nouveau élu président.

Depuis des décennies, c’est la première fois qu’un chef d’État de l’un des deux pays insulte son homologue et nie sa légitimité. Jusqu’à présent, la coopération entre les deux pays avait toujours été cultivée avec soin quelle que soit l’appartenance politique des deux gouvernements en place, les intérêts des deux pays passant largement au-dessus des éventuels différends idéologiques entre eux.

Il y a quelques mois, en visite privée en Argentine, Lula est allé rendre visite à Cristina Kirchner, incarcérée à domicile sous bracelet électronique pour des faits de corruption et avec des attendus contestés et très largement contestables (elle a été condamnée pour ne pas avoir su que certains de ses subordonnés étaient coupables de faits de corruption, un motif inacceptable dans un État de droit où personne ne peut être tenu responsable pénalement des actions d’autrui, hors les parents de mineurs et encore dans des cas très circonscrits). Cristina n’a donc pas été reconnue coupable d’un crime contre la démocratie mais contre la probité (comme l’avait été Lula, envoyé en prison lui aussi). Et en entrant comme en sortant de cette entrevue, le président brésilien n’avait fait aucune déclaration politique : aucune parole de nature à porter atteinte à l’honneur du président argentin ou à l’un quelconque de ses ministres n’était sortie de ses lèvres.

"Escalade de la tension avec le Brésil :
après les insultes, Lula rappelle
son ambassadeur pour consultation"
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Devant l’ingérence de Milei dans le débat politique interne au Brésil, celui-ci rappelle pour consultation son ambassadeur à Buenos Aires et convoque celui de l’Argentine au ministère des Affaires étrangères pour lui exprimer sa réprobation. Il est possible que l’ambassadeur brésilien ne retourne pas en Argentine, comme cela était arrivé à l’ambassadrice d’Espagne qui n’a plus jamais remis les pieds à Buenos Aires après son rappel pour consultation à Madrid, pour les mêmes motifs : Milei avait insulté l’Espagne et son gouvernement légitime, celui de Pedro Sánchez, traité lui aussi de voleur, de vermine socialiste, de lâche, je vous en passe et des meilleures.

Ce matin, chaque titre de presse argentin consacre plusieurs articles à ce très grave incident diplomatique provoqué en toute connaissance de cause par le président argentin, Página/12 étant le quotidien (d’envergure nationale) le plus remonté contre l’insupportable comportement de cet homme, qui se montre une nouvelle fois tout à fait indigne de sa fonction.

Ce week-end, Milei ne s’est pas contenté de s’aliéner le puissant voisin brésilien. Il est aussi allé provoquer et mécontenter le grand patronat agricole (qui a pourtant voté pour lui) en allant inaugurer un de ses principaux salons pour y tenir un discours plein d’autosatisfaction et de vagues promesses, celles qu’il répète depuis trois ans sans jamais les tenir, pour répondre aux préoccupations économiques concrètes du secteur. Pourtant, Milei devrait chouchouter ce patronat, puisqu’il veut désindustrialiser le pays afin de transformer son économie en imposant un système de sous-développement : une économie reposant sur l’exportation des matières premières (agricoles et minérales) et l’importation des produits transformés, comme à l’époque coloniale… Deux cents ans d’effort national pour sortir de ce piège d’Ancien Régime pour y revenir, à l’heure de la mondialisation !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article principal de La Nación
lire l’article de Página/12 sur le discours devant le patronat rural