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samedi 17 décembre 2016

Gotan Tropic, l'émission de la télévision communautaire de Villa 31 [à l'affiche]


Gotan Tropic est l'émission qu'un groupe d'artistes très talentueux, mené par Facundo Radice, Patricia Malanca et Gabriel Bartolomei, produit et anime à UrbanaTeVé, la télévision communautaire du Barrio Carlos Mujica dans la Villa 31, le bidonville qui longe le nord de Retiro, de l'autre côté de la gare routière.

L'équipe au grand complet dans son studio de fortune

Aujourd'hui, l'émission compte une dizaine de numéros d'une bonne heure chacun et clôt cette toute première année par une grande fête à la porte du studio, une fête ouverte à tous les habitants avec milonga, concert, récital, de 13h à 15h. Le tout sera retransmis en direct sur les ondes de AM 750, la radio du groupe Octubre, propriétaire de Página/12 et de Caras y Caretas (le nouveau magazine, pas l'original de Fray Mocho d'avant la seconde guerre mondiale).

La cabine technique : un ordinateur, trois écrans plats, une table de mixage
et beaucoup d'huile de coude et de jus de cerveau

L'émission est excellente, vivante, joyeuse et bien sûr militante (et de gauche – c'est difficile qu'il en soit autrement dans le paysage politico-médiatique actuel en Argentine). Son ton est le vrai ton populaire qu'on expérimente dans le monde tanguero de Buenos Aires (en dehors des milongas du centre-ville, qui sont de plus en plus formatées pour attirer les touristes et s'adressent beaucoup moins aux danseurs portègnes). Le débit est celui d'une mitraillette comme d'habitude. Le petit studio est aménagé dans un appartement en étage dans un immeuble de bric et de broc typique de ce type d'agglomération. Parfois la caméra n'a pas assez de recul, le cadrage déraille ou le son disparaît mais il faut voir dans quelles conditions ces techniciens travaillent. Le résultat est émouvant et d'autant plus brillant que ces gens ne se laissent pas vaincre par le manque de moyens : ils y vont, à la guerre comme à la guerre... Et avec du tango d'aujourd'hui, des danseurs qui viennent avec leurs vêtements de tous les jours et pas avec des fringues clinquantes que tant de monde croit indispensable pour danser le tango. Et regardez la belle danse que c'est, simple, inspirée, musicale... Idem pour les instrumentistes et les chanteurs. Un journaliste de Página/12 collabore avec l'équipe, c'est souvent le cas car les rédacteurs du journal sont tous des militants de la culture populaire et ils n'hésitent pas à rejoindre ces projets audacieux qui correspondent en profondeur à leurs convictions politiques et sociales.

Tournage dans le studio, avec vue sur la terrasse en briques brut de décoffrage
et un grand drapeau national dans un coin, comme tout le monde en Argentine !

L'émission devrait reprendre l'année prochaine, en mars, après la rupture de l'été. sur une autre longueur d'ondes hertziennes nouvellement attribuée à la chaîne de télévision, qui optimise les avancées technologiques pour diffuser ses émissions : chaîne Youtube, pages Facebook et utilisation de Whastapp pour sa gratuité.

Le même jour, La Nación propose dans ses Conversaciones une interview vidéo du ministre du développement social de la Ville de Buenos Aires, qui nous dit que la Villa 31 est rentrée dans la normalité et qu'on peut s'y promener comme dans n'importe quel autre coin de la capitale argentine, dans des rues qui se respectent, sur le plan de la sécurité comme sur les autres (1).

Pour aller plus loin :
consulter la page Facebook de l'émission
consulter les pages Idea consacrées à l'émission.
Vous pouvez également écouter l'interview du ministre portègne à La Nación.



(1) Il faut dire aussi que ce n'est pas vraiment difficile vu l'état normal des rues normales dans Buenos Aires : trottoirs défoncés, dalles arrachées ou disjointes, fondrières en tout genre, sauf dans les quartiers huppés, Palermo, Recoleta, Belgrano et le top du top en matière de voirie impeccable, Puerto Madero...

vendredi 23 avril 2010

La Vidu dans le supplément culturel de Página/12 [à l'affiche]

Hier, au Buenos Aires Club de la rue Perú (à la hauteur du 571), dans le quartier de Monserrat, la Orquesta Típica La Vidú, un groupe de 13 musiciens presque tous originaires de la grande banlieue sud de la capitale argentine, présentait leur premier CD où ils ont mélangé des classiques dans des arrangements originaux (1), comme Tu pálida voz, Trenzas et María, des pièces originales de tango proprement dit et des pièces originales de fusion entre tango et rock, comme Blues de la Artillería.

L'orchestre est dirigé par le compositeur de la bande, Gabriel Bartolomel. Et il était interviewé, avec quelques uns des musiciens du groupe, hier par Cristian Vitale, dans le supplément culturel de Página/12 (toujours le même quotidien qui part défricher les terrains encore inconnus...).

Verbatim :

“Era muy difícil pensar esto desde Florencio Varela.” Gabriel Bartolomel tiene 36 años, melena al hombro y una boina negra. Nació, creció y vive en los pagos de Defensa y Justicia –el Defe–, allí donde el sur suburbano se hace más sur. Más lejano. E intenta explicar por qué. “¿Cómo hacías para que un pianista, un contrabajista o un violinista, de los pocos que hay allá, apostara a un proyecto de cero en vez de venirse a trabajar a Capital? Un rollo grandísimo”, pregunta y se responde: “Pero creímos, y acá estamos”
Página/12

"C'était très difficile d'imaginer ça depuis Florencio Verela". Gabriel Bartolomel a 36 ans, les cheveux jusqu'aux épaules et une casquette noire. Il est né, il a grandi et il vit dans les parages de Defensa y Justicia, el Defe, là-bas, là où le sud banlieusard se fait plus sud encore. Plus lointain (2). Et il essaye d'en expliquer le pourquoi. "Comment tu te débrouilles pour qu'un pianiste, un contrabassiste ou un violoniste, vu le petit nombre qu'ils sont ici, misent sur un projet démarrant de zéro au lieu d'aller travailler dans la Capitale ? Faut pas être bien !". Il pose la question et il fait la réponse : "Mais on y a cru et on est là".
(Traduction Denise Anne Clavilier)

- Viene de familia tanguera...
- El otro día escuchaba a Lidia Borda hablar de “Barrio de tango”, que es el tango que a mí me identificaba de chico. ¡Los perros ladrándole al farol!... A mí me pasaba lo mismo. De chico tocaba con Ernesto Porto, un gran maestro que pocos conocen en Capital, en el Club Varela Juniors donde, durante la época de oro, tocaban Pugliese o D’Arienzo, porque Varela era muy tanguero, el Club Zeballos competía con los carnavales de Racing, con la desventaja de que en los ’40 quedaba más lejos que ahora.
Página/12

- Vous venez d'une famille tanguera...
- L'autre jour, j'écoutais Lidia Borda qui parlait de Barrio de Tango, qui est le tango auquel je m'identifiais petit. "Les chiens aboyant contre le bec de gaz !" Moi, je vivais la même chose. Petit, je jouais avec Ernesto Porto, un grand maître que peu connaissent dans la Capitale, au Club Varela Juniors, où, pendant l'âge d'or, jouaient Pugliese ou D'Arienzo, parce que Varela était très tanguero, le Club Zeballos était le concurrent des carnavals de Racing, avec le désavantage que, dans les années 40, Varela était encore plus reculé qu'aujourd'hui.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Dice Marcia Manduca, violinista: “La verdad es que nos vinimos a ensayar a Boedo porque se nos hacía imposible conseguir bandoneonistas que fueran a ensayar de Capital a Varela. Yo misma, cuando empecé con la Orquesta, me tomaba el tren desde José Mármol y pensaba ‘¿qué estoy haciendo acá, a las diez de la noche, volviendo a casa?’. Sí, Varela sigue quedando lejos”. Sigue Gabriel: “La decisión la tomó Eliana (Sosa, la cantante) cuando dijo ‘vamos para el centro pero tomémoslo como un crecimiento, no como abandonar este lugar’. Ella nos convenció”.
Página/12

Marcia Manduca, la violoniste, prend la parole : "A dire vrai, on est venu répéter à Boedo parce que ça nous devenait impossible de trouver des bandonéonistes qui seraient partir de la Capitale pour répéter à Varela. Moi-même, quand j'ai commencé avec l'Orchestre, je prenais mon train à José Mármol et je pensais : Mais qu'est-ce que je fiche ici, à dix heures du soir, à rentrer à la maison ! Pour ça, oui, Varela reste loin". Gabriel continue : "La décision, c'est Eliana (Sosa, la chanteuse) qui l'a prise quand elle a dit Allons dans le centre mais prenons ça comme une preuve qu'on a grandi, pas comme un abandon de ce lieu. Elle nous a convaincus".
(Traduction Denise Anne Clavilier)

L'interview complète est à lire sur le site de Página/12, dans l'édition d'hier.

Et pour découvrir la musique de La Vidu, il faut visiter leur page Myspace.


(1) La Vidú fait partir de la UOT, Unión de Orquestas Típicas, installée à Boedo, et co-organisatrice au début mars du 1er Festival de Tango Indépendant auquel ils ont participé, dont je vous ai parlé dans ce blog. Or l'une des conditions qu'il faut remplir pour adhérer à la UOT est d'avoir ses propres arrangements de tout ce qu'on joue. Les autres conditions sont d'être un orchestre composé d'instruments traditionnels (pas de guitare électrique par exemple) et d'avoir au moins une partie de son répertoire constituée de compositions originales.
(2) Cristian Vital reprend ici des images inventées par Homero Manzi essentiellement dans Barrio de Tango et Sur, qui sont deux tangos composés par Aníbal Troilo, deux letras, qui ont permis de construire l'identité urbanistique et culturel du sud de Buenos Aires et de sa région, à partir de souvenirs que Manzi s'était constitué dans les années 20 dans les quartiers de Nueva Pompeya et Boedo, où il a passé son adolescence. Ces images seront reprises aussi par Gabriel Bartolomel lorsqu'il parlera un peu plus bas de Barrio de Tango et de son rapport à ce tango fondateur du répertoire, jusqu'à paraphraser un des vers de Manzi. Florencio Varela se situe à une bonne quarantaine de kilomètres de Buenos Aires et est desservi par la ligne de chemin de fer Rocca qui part de la gare de Constitución, avec un service qui laisse toujours beaucoup à désirer.