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mercredi 21 mai 2014

San Martín par lui-même et par ses contemporains : le livre est paru ! [Disques & Livres]


Mon cinquième ouvrage, San Martín par lui-même et par ses contemporains, anthologie multilingue de documents historiques retraçant le parcours politique et personnel du libérateur de l'Argentine, du Chili et du Pérou, vient de paraître aux Editions du Jasmin, à Clichy (92), au prix de 24,90 €. Le livre compte 384 pages et regroupe environ 150 documents historiques (1) d'une trentaine d'auteurs de différentes nationalités et langues (espagnol, largement majoritaire, français et anglais).

En même temps, sort la deuxième impression de San Martín à rebours des conquistadors, parue chez le même éditeur en décembre 2012 (avec une quatrième de couverture à la couleur légèrement éclaircie). Cette biographie de José de San Martín, la seule en français à ce jour, compte 216 pages et elle est vendue au prix de 16 €.


Les deux ouvrages sont disponibles chez tous les libraires francophones de la zone euro pour autant que ces professionnels connaissent leur métier (c'est la majorité des cas) et que le client leur pose la question. En effet, l'abondance des sorties éditoriales en français fait qu'il faut souvent passer commande des ouvrages souhaités car il est impossible pour un libraire d'avoir en permanence en stock tout ce qui se publie dans notre langue !

Les deux ouvrages seront aussi présentés ce week-end au Salon du Livre de Béthune, sur le stand de l'éditeur, sur lequel je me tiendrai de vendredi à samedi inclus.

Comme j'ai eu l'occasion de le dire dans mes articles antérieurs, San Martín par lui-même et par ses contemporains est le premier recueil édité en France pour présenter au public francophone ce personnage injustement méconnu en Europe (y compris en Espagne) et c'est aussi la première fois qu'un livre présente en un seul volume ces documents dans leur langue originale en même temps qu'avec leur traduction en français en vis-à-vis (pour les textes en espagnol et en anglais – les textes originaux français se présentent seuls).

C'est aussi un ouvrage qui comporte deux éléments qui n'avaient jamais été mis en évidence jusque là, deux éléments qui constituent une contribution originale (et modeste) à la connaissance d'une vie pourtant amplement commentée, surtout en Amérique du Sud :

- des témoignages indirects mais circonstanciés sur un épisode bien mal documenté de l'enfance de San Martín. Ces témoignages que j'ai retrouvé en fouillant la Gazette de Lausanne de Gabriel Antoine Miéville sont d'autant plus précieux qu'ils furent publiés dès 1817 en Suisse, c'est-à-dire à une date et dans un pays où il était inconcevable que fût créée autour de la figure de ce lointain général encore inconnu la moindre légende, dorée ou non. Or une telle intention mythographique est au contraire manifeste chez Bartolomé Mitre, lorsqu'il écrit son histoire de San Martín, à Buenos Aires, dans les années 1860-1880. Et c'est donc sur cette claire intention idéologique que certains historiens actuels, notamment Norberto Galasso, s'appuient pour contester l'authenticité de l'épisode, surexploité par l'histoire officielle en Argentine : ces trois années passées par le jeune garçon, entre sa huitième et sa onzième année, au Seminario real de los Nobles de Madrid, collège supérieur fondé par les jésuites en 1724 pour l'éducation des jeunes aristocrates désargentés et qui, dans le dernier tiers du 18ème siècle (celui qui nous intéresse), formait l'élite des cadres de l'armée du roi d'Espagne ;

- un portrait de Bolívar, rédigé en français par San Martín, une quinzaine d'années après la mort de son ombrageux homologue du Venezuela, de la Colombie et de l'Amérique centrale, soit plus de vingt ans après leur rencontre orageuse à Guayaquil (actuel Equateur), une rencontre mythique dont le contenu des négociations a toujours été entouré d'un grand mystère (parce qu'aucun des deux n'a voulu en faire formellement état par la suite). Or dans ce portrait, on voit transparaître les motifs tout humains de la mésentente politique et personnelle qui s'installa d'emblée entre les deux hommes et qui incita San Martín à céder le pas à Bolívar et à son ambition démesurée, précipita sa démission de chef de l'Etat intérimaire de la toute jeune république du Pérou, qu'il venait d'arracher à l'empire espagnol (20 septembre 1822) et son retrait définitif de la vie publique.

Extrait de l'ouvrage de Gabriel Lafond,
où j'ai trouvé ce portrait de Bolívar de la main de San Martín

Vous découvrirez à travers ces documents la personnalité attachante d'un révolutionnaire pour lequel les droits de l'homme étaient une cause sacrée, un ami et père affectueux, un adversaire résolu de l'esclavage, des inégalités sociales et du racisme.
Dans les annexes, vous verrez comment nos ancêtres ont suivi les événements d'Amérique du Sud grâce à un journal suisse favorable à la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes et hostile à l'Ancien Régime : les articles parus entre 1817 et 1824 posent encore les problématiques auxquels les journalistes d'aujourd'hui continuent d'être confrontés sur la fiabilité des sources, la manipulation de l'information par les belligérants, la difficulté de mettre sous le boisseau ses propres convictions, etc.
Enfin, j'ai voulu conclure avec un essai de Domingo Faustino Sarmiento qui est la première pierre de l'étrange légende qui a été construite après coup sur la personne de San Martín, cette légende qui tout à la fois le magnifie et le vide de son œuvre politique révolutionnaire, pour ne laisser en place qu'un bronze martial et éblouissant, mais qui sonne creux !

Signature de Sarmiento en tête de son essai, dans l'edition française originale (1844)


Rendez-vous en 2015 pour un autre livre et un autre domaine, mais toujours en lien avec l'Argentine, bien sûr.
Pour lire tous les articles relatifs à ce nouvel ouvrage, cliquez sur le mot-clé SnM ant Jasmin, dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, ou sur l'image de la couverture dans la Colonne de droite.




(1) Dans ce calcul, je compte pour un seul document les nombreux extraits de la Gazette de Lausanne, rassemblés dans l'annexe de l'ouvrage, à côté de passages choisis d'un essai de Domingo Faustino Sarmiento, sur la guerre d'indépendance et les rôles comparés de San Martín et Bolívar, lui aussi œuvre d'un Argentin écrivant directement dans notre langue.

dimanche 4 mai 2014

San Martín par lui-même et par ses contemporains : les apports originaux en français [ici]

San Martín vuelve (San Martín revient)
l'affiche du spectacle proposé par la Province de Santa Fe à la Fête de Jujuy
Voir à ce propos mon article du 29 avril 2014

Dans mon prochain ouvrage, San Martín par lui-même et par ses contemporains, qui doit paraître à la mi-mai aux Editions du Jasmin (France), en complément de la biographie San Martín à rebours des conquistadors, parue chez le même éditeur, en décembre 2012, j'ai la chance et la fierté d'apporter quelques nouvelles données sur cette figure historique assez mal connue mais plus que glorifiée en Amérique du Sud qu'est le général José Francisco de San Martín y Matorras, grand héros de l'indépendance et inlassable combattant des droits de l'homme.

Mes fidèles lecteurs le savent bien maintenant :
José de San Martín, consacré en Argentine comme Père de la Patrie et libérateur en outre du Chili et du Pérou, respectivement en 1817 et 1821, était né le 25 février 1778, à Yapeyú, sur la rive occidentale de l'Uruguay, dans ce qui allait devenir l'Argentine. Il est mort en France, le 17 août 1850, dans la ville de Boulogne-sur-Mer où il était allé mettre sa famille à l'abri des troubles révolutionnaires qui agitaient Paris et ses environs depuis février 1848. Avant cela, il avait vécu quelques mois à Londres en 1824, puis quelques années à Bruxelles entre 1825 et 1831, et enfin, en mars 1831, il s'était installé dans la France orléaniste. Dans l'exil, il manifestait au grand jour son refus irrévocable de prendre la moindre part dans les guerres civiles qui ravageaient le continent qu'il avait puissamment contribué à libérer du joug colonial, avec quelques victoires retentissantes (comme Chacabuco, en 1817, et Maipú, en 1818) et surtout par une politique d'envergure que je vous ai déjà présentée dans ce blog, en vous parlant de son gouvernement de la Province de Cuyo (1814-1816) et de son action à la tête du Pérou libéré (1821-1822).

Dans San Martín par lui-même et par ses contemporains, j'ai rassemblé un bon nombre de documents historiques, en français, en espagnol et en anglais (présentés dans ces deux derniers cas en colonnes bilingues, pour faire place à la traduction en français). Ils ont été tirés du corpus que j'avais constitué puis consulté et analysé pour écrire la biographie parue à la fin 2012. Avec ce nouveau livre, je souhaite permettre au public francophone de le découvrir dans toute l'épaisseur de son humanité, tel qu'il était en chair et en os, un homme attachant et d'une rare clairvoyance politique, bien au-delà de la statue de bronze qui sonne toujours creux et à laquelle l'homme d'Etat qu'il fut est trop souvent réduit.

Or il se trouve que San Martín, dont la France s'honore d'avoir elle aussi deux statues, l'une à Paris, au Parc Montsouris, l'autre à Boulogne-sur-Mer, sur le boulevard Sainte-Beuve (1), aimait profondément ce pays qu'il considérait comme sa seconde patrie et sa langue. Il l'avait apprise à l'école, sans doute dès l'âge de six ans, il la parlait et l'écrivait à merveille. J'ai donc cherché, hors des sources argentines qui semblent ne pas les connaître, des textes qu'il eût rédigés lui-même dans la langue de Molière et j'en ai trouvé deux... et demi.

Dès lors, il n'était donc pas concevable pour moi de concevoir un livre sur un tel homme sans y intégrer des textes en français, à côté de document en espagnol et en anglais passablement connus pour leur part (2) et dont je vous ai déjà parlé dans mes articles précédents.

Sur le marché francophone, il existe, il est vrai, depuis 2004, une petite anthologie d'écrits de San Martín. Elle a été publiée par l'Université de Liège sous la direction d'un des plus grands spécialistes de la question, le professeur Philippe Raxhon (3). Les traductions, impressionnantes pour ce que j'ai pu en voir, emploient la langue de la première moitié du XIXème siècle. C'est une merveille sur tous les plans, historique et linguistique mais je suis -vous l'avez deviné si vous lisez ce blog- une partisane plus que convaincue de la VO et du multilinguisme et ces traductions si belles se présentent seules, dans un recueil unilingue que je me suis donc contentée d'acheter et de feuilleter sans plus : je veux pouvoir lire les vrais mots des rédacteurs. Ils en disent beaucoup plus que la meilleure des traductions sur les personnalités et les états d'esprit. Tant et si bien que je n'ai jamais pu lire cet ouvrage (avouez que c'est paradoxal !).

De surcroît, un ouvrage savant qui ne reprend que la voix du seul San Martín peine à le resituer dans le contexte polémique qui fut le sien car s'il a été admiré, San Martín a aussi été combattu et même calomnié et lui-même se montre très pudique sur ce sujet douloureux. Il manquait donc un livre qui explore la rugosité de ce contexte fortement international, avec ses panégyristes, ses observateurs plus objectifs, ses méchants de service et ses trois langues récurrentes : l'espagnol, l'anglais (Londres et, à un moindre titre, les Etats-Unis ont joué un rôle majeur dans cette aventure) et le français, la langue qui était sur les lèvres au moment où il est mort. Je suis donc très reconnaissante aux Editions du Jasmin de m'avoir accompagnée dans ce projet insolite et risqué et d'avoir accepté de publier un ouvrage de 384 pages sur une figure historique capitale mais dont l'immense majorité du public ignore jusqu'à l'existence.

Dans un article précédent, en février, je vous ai présenté l'ensemble des auteurs réunis dans ce recueil de 150 documents, et dans un autre, plus ancien encore, je vous avais présenté la prévente de l'ouvrage en souscription, ouverte le 3 février et qui se prolonge encore jusqu'au 15 mai 2014, date prévisible de la publication effective, qui dépend à présent des délais de fabrication et de livraison de l'imprimerie.

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Pour un dernier article de présentation de ce recueil, je vous parlerai aujourd'hui de ses cinq auteurs francophones et des informations inédites ou encore inexploitées qu'il contient.


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Gabriel Lafond, gravure éditée en 1844

Au Français Gabriel Lafond (1801-1877), nous devons un puissant travail d'analyse des événements d'Amérique du Sud, le premier de ce genre dans notre langue, paru à Paris en 1844, une vingtaine d'années après les faits, en un temps où il pouvait tirer parti de ce dont il avait été partiellement le témoin, notamment au Pérou. C'est à lui que revint l'honneur de faire connaître au monde la teneur de la lettre que San Martín avait envoyée en août 1822 à Bolívar après leur infructueuse entrevue de Guayaquil de juillet 1822, une lettre qui leva le voile sur la teneur de leurs entretiens, inconnue jusqu'alors. Il en fit une traduction d'une étonnante fidélité, ce qui était rare en un temps où le traducteur arrangeait toujours un peu son texte au goût de ses lecteurs. L'année même de la parution de son livre, Lafond montra la lettre au juriste argentin Juan Bautista Alberdi, réfugié alors à Paris, et dont le portrait qu'il fit de San Martín (en 1843) figure naturellement aussi dans mon livre.
C'est à Alberdi qu'on doit de connaître le texte originale de cette missive, tenue ultra-secrète par San Martín, parce qu'elle manifeste leur profond désaccord sur les suites des opérations pour la guerre d'indépendance et jette une ombre sur la gloire de Bolívar.

Lafond dédia son ouvrage à Alphonse de Lamartine et lui en envoya le manuscrit.
Le poète lui répondit et cette lettre figure en bonne place
dans les premières pages du volume de Lafond.

A cet autre Français qu'était Aldolphe Gérard (1804-1878), un avocat de Boulogne-sur-Mer, nous devons un texte déjà familier aux sanmartiniens argentins : la nécrologie du général, qu'il fit paraître au lendemain des obsèques, dans le journal de cette sous-préfecture du Pas-de-Calais, l'ancêtre de La Voix du Nord, qui s'appelait L'Impartial (et qui ne l'était sûrement pas, impartial). Il ne m'a pas été simple de retrouver les dates exactes de cet homme mais avec un peu de persévérance et en choisissant avec soin les critères de recherche sur Internet, on finit par trouver des sources auxquelles on aurait jamais pensé et qui vous fournissent une réponse solide....

Le troisième auteur est un Suisse.
Un notaire révolutionnaire et passablement franc-maçon, qui était aussi écrivain, qui se fit journaliste, comme on ne disait pas encore à cette époque reculée.
Issu d'une famille de juristes fort présente dans la bourgade vaudoise de Grandson, où s'était jouée en 1476 l'autonomie helvétique contre les ducs de Bourgogne, l'homme avait une analyse très tempérée des événements et se trouvait de ce fait et malgré la distance et les océans qui les séparaient très proche des positions politiques qui furent celles de San Martín, tout là-bas dans les antipodes, au Chili et au Pérou.
Il s'agit de Gabriel-Antoine Miéville, né à Grandson en 1766 et décédé à Lausanne en 1852. Comme pour Adolphe Gérard, il ne me fut pas aisé de découvrir ses dates et de reconstituer quelque chose de sa biographie mais, au contraire du Boulonnais, Miéville a laissé dernière lui une importante œuvre imprimée et une longue liste d'interventions politiques diverses et variées, car après avoir été député à l'Assemblée provisoire en 1798, il le fut aussi au Grand Conseil Vaudois à l'époque romantique.
On doit à Miéville des œuvres historico-littéraires publiées avant la Révolution française, puis une gazette qu'une fois élu député, il fonda à Lausanne le 1er février 1798, l'année où, en mai, San Martín découvrait et adoptait, sans doute à Toulon, les idées nouvelles, celles des droits de l'homme et du citoyen. Enfin, entre tout ce qu'il a écrit, il nous reste une impressionnante histoire de la révolution en Suisse, qu'il fit paraître de 1839 à 1842, alors qu'il était déjà devenu aveugle.
Grâce à lui, nous suivrons, dans un français rocailleux, l'épopée de San Martín, de 1817 à 1824, avec un différé de quatre à six mois, beaucoup d'approximations géographiques, beaucoup d'interrogations sur la fiabilité de ses sources... C'est lui qui nous fournira une information capitale sur l'enfance de San Martín, dont on sait si peu de choses. Certains historiens récusent le séjour scolaire qu'on lui prête au Seminario real de los Nobles de Madrid, qui, devenu Ecole Militaire, ne conserve dans ses archives aucune trace de son passage. Et pour cause ! Sous Fernando VII, mieux valait ne pas avoir contribué à former ce général qui taillait des croupières aux troupes royalistes... Mais San Martín a bel et bien fréquenté cette école. Contrairement à ce que pense Norberto Galasso, économiste et historien revisionista (péroniste), ce n'est pas là une invention de Bartolomé Mitre dans le but de doter San Martín d'une légende dorée. Et Miéville nous en apporte une indication difficilement contestable.

Sarmiento en 1845
archive de la Bibliothèque Nationale du Chili
Il a déjà l'expression patibulaire qu'il affiche sur tous les portraits ultérieurs qu'on a de lui...

Le quatrième auteur est encore plus surprenant car il s'agit d'un Argentin. Et quel Argentin !
L'un des plus grands intellectuels du pays : Domingo Faustino Sarmiento (San Juan, 15 février 1811 – Asunción, 11 septembre 1888), futur Président de la Nation (1868-1874), ci-dessus. En tournée en Europe pour le compte du gouvernement chilien, qui lui avait confié une étude des systèmes scolaires des "nations développées", il avait trente-six ans quand il sollicita d'entrer à l'Institut Historique de France, prestigieux cercle savant du Paris louis-philippard, que l'on intégrait après avoir présenté et soutenu un mémoire de facture universitaire.
Autodidacte génial, né dans une famille très pauvre de la Province de Cuyo qu'avait développée San Martín, fils d'un vétéran de l'Armée des Andes qu'avait fondée et commandée San Martín, Sarmiento choisit de présenter un essai sur les deux figures de l'indépendance sud-américaine, San Martín et Bolívar. Et il le rédigea dans un français impeccable (et émouvant). Peu de temps après, il retournait en Amérique du Sud rendre compte de sa mission d'étude à Santiago.
De ce mémoire, les Argentins connaissent une traduction réalisée par Sarmiento lui-même et parue dans ses œuvres complètes. Il y a gommé une partie de l'hostilité qui s'y exprimait contre les deux libérateurs latino-américains.
Envers San Martín en particulier, la version française est d'une rare perfidie, ce qui est d'autant plus choquant que le général avait reçu à plusieurs reprises le jeune homme sous son toit et qu'il aurait pu s'appuyer sur les analyses de son hôte, ou au moins en faire état à côté des auteurs britanniques qu'il cite abondamment. Avec son intelligence hors du commun, si Sarmiento avait voulu être simplement équitable, comme le furent Basil Hall ou Lafond, il n'aurait eu aucun mal à y parvenir, tout en montrant à ces messieurs de l'Institut qu'il avait des lettres comme il convenait aux impétrants dans cette auguste société. Mais, malgré sa jeunesse, Sarmiento est déjà un idéologue réactionnaire, qui ne recule devant aucun mensonge, aucune torsion de la vérité pour imposer ses idées. Dans ce texte, il se révèle un redoutable manipulateur de la pensée et du raisonnement qu'il plie à ses desseins politiques inavoués. Et San Martín ne s'en est pas laissé compter : le vieux général, presque aveugle, ne fut pas dupe des astuces du jeune et ambitieux intellectuel. La lettre que le vieux héros adressa à la revue de l'Institut Historique de France après la parution de cette longue contribution de son jeune compatriote est sans ambiguïté à ce propos. J'en retranscris l'essentiel dans le bas d'une page de l'annexe qui reproduit les passages que j'ai choisi de publier dans l'exposé de Sarmiento (j'ai écarté de mon livre ce que Sarmiento dit de Bolívar).
C'est cette lettre qui me fait évaluer à "deux et demi" les textes français de San Martín que j'estime avoir identifiés.

Un portrait fantaisiste de San Martín pour lequel il n'a pas posé
Il figure dans une édition en italien de l'ouvrage de Gabriel Lafond
Il présente l'intérêt de nous confirmer que San Martín a porté la moustache à différentes époques de sa vie, et en particulier pendant son exil en Europe, même s'il ne la porte plus lorsque Alberdi le rencontre en septembre 1843


Ainsi donc, le dernier auteur en français est José de San Martín lui-même.
Dans un exposé concis, où il n'y a pas un seul mot de trop et où l'on reconnaît sans peine son style prudent et soupesé, l'exilé francophile et francophone revient sur la rencontre de Guayaquil, vingt ans plus tard mais avec des souvenirs très vifs qui nous en disent long sur la déception qui fut la sienne en ce mois de juillet 1822 sur lequel il avait fondé de si grands espoirs.
Je dois encore ce texte aux officiers du Régiment des grenadiers à cheval (RGC) devant lesquels j'ai fait l'année dernière une légère allusion à cette découverte et qui m'attendent de pied ferme en août prochain pour en savoir plus à ce sujet...

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Bien que le bon de souscription ne soit pas mis à jour, vous pouvez toujours le télécharger sur mon site Internet et participer à l'opération jusqu'au 15 mai 2014 en l'envoyant aux Editions du Jasmin avec votre chèque (vous pouvez ainsi acquérir l'ouvrage au prix promotionnel de 20 €, frais de port inclus, contre 24,90, son prix définitif après parution, à la mi-mai, disponible sur commande en librairie ou sur le stand de l'éditeur sur les salons auquel il participe).

Pour aller plus loin :
- Quelques documents historiques déjà présentés dans ce blog :
La fondation du RGC et son code de l'honneur toujours en vigueur (mars 1816)
Le combat de San Lorenzo (3 février 1813)
L'analyse du gouvernement de San Martín à Mendoza par le Cabildo (conseil municipal) de cette ville (1816)
La victoire de Chacabuco vue par les révolutionnaires de Buenos Aires (12 février 1817)
La stratégie libératrice du Pérou expliquée par San Martín lui-même à Basil Hall (15 juin 1821)
La campagne de libération du Pérou vue par un journal libéral espagnol de Barcelone (1821)
San Martín et ses collaborateurs pendant la campagne du Pérou (Basil Hall – juin et juillet 1821)
Cette même campagne du Pérou vue par Gabriel Lafond (dans son livre de 1844)

- L'épopée de San Martín vue depuis Paris par le Journal des Débats : Chacabuco puis Maipú (5 avril 1818) – le lecteur pourra comparer les deux analyses contemporaines, réactionnaire et légitimiste dans le journal parisien, progressiste et mesurée sous la plume de Miéville du côté du Lac Léman

- La vie familiale avec trois époques différentes : le mariage (12-19 septembre 1812) avec Remedios de Escalada, quelques esquisses de portrait de la jeune femme (grâce au vieux Gervasio Posadas tout attendri par la jeune dame qu'il a vu naître dix-sept ans plus tôt) et une poignée d'anecdotes sur la famille au cours des années 1830, dans la propriété campagnarde d'Evry sur Seine, grâce à San Martín lui-même et à un jeune témoin, le poète argentin Florencio Balcarce.

Sur l'ensemble des auteurs présents dans San Martín par lui-même et par ses contemporains, les trois langues confondues : lire mon article du 21 février 2014.

Et pour écouter mes quatre interviews sur le sujet, trois en espagnol et une en français :
interview de mai 2013 sur RFI, par Jordi Batalle (esp.)
interview d'août 2013 sur RAE – station internationale de Radio Nacional, par Darío Bursztyn (esp.)
interview de mars 2014 sur RAE, par Leonardo Liberman (esp.)
En août 2012, j'avais aussi répondu aux questions de Magdalena Arnoux, en français (l'entretien sur le sujet dure une dizaine de minutes).

L'ensemble de la présentation du livre est disponible dans Barrio de Tango en cliquant sur le mot-clé SnM ant Jasmin dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, ou en cliquant sur la couverture du livre dans la Colonne de droite de ce blog.
Faites de même pour découvrir la biographie parue en décembre 2012 : San Martín à rebours des conquistadors.

Lima à l'époque de sa libération par l'armée conduite par San Martín



(1) qui rendent aussi mal, l'une que l'autre, la vérité historique du personnage car hélas en général, la statuaire historico-patriotique argentine est passablement convenue et conventionnelle et les deux œuvres répondent à ces conventions.
(2) connus en tout cas des spécialistes de l'histoire de l'indépendance sud-américaine, plus nombreux dans le Nouveau Monde que dans notre vieille Europe. Mais pas autant toutefois qu'on pourrait l'attendre des Sud-Américains pour qui ce héros est plus une image glorieuse qui sonne creux qu'un homme de chair et de sang dont ils cernent la trajectoire de vie et la personnalité réelle. A ce titre et en dépit de toutes les caricatures que nous devons à la propagande royaliste du XVIIème siècle et celle révolutionnaire du XIXème, nous en savons plus, en France, sur le véritable Louis XIV.
(3) Philippe Raxhon est belge. Ses écrits sur San Martín sont difficilement accessibles pour le grand public car il ne publie guère que dans des revues universitaires, distribuées par abonnement. Il est aussi l'un des rares spécialistes de la Révolution de 1789 en Belgique et singulièrement dans la Cité Ardente, où des influences croisées avec la France ont toujours prospéré depuis l'époque médiévale du Prince-Evêque. Philippe Raxhon est correspond à titre étranger de l'Instituto Nacional Sanmartiniano de Buenos Aires.

samedi 5 avril 2014

Quand le destin de l'Amérique du Sud basculait, la France légitimiste regardait, incrédule et perplexe [Disques & Livres]

La bataille de Maipú
lithographie de Géricault,
datée de l'année de l'exposition du Radeau de la Méduse au Salon du Louvre
le peintre français n'a jamais mis les pieds sur place
ni rencontré les protagonistes
Le paysage sort comme l'ensemble de la scène de son imagination enflammée
par la lecture des journaux où il cherchait souvent ses sujets

Le 5 avril 1818, après la douloureuse surprise de Cancha Rayada, le 19 mars précédent où ses troupes avaient été surprises de nuit pendant une manœuvre et dispersées aux quatre coins de la province de Santiago (voir le préambule de mon article précédent sur la question), le général José de San Martín reprenait définitivement l'avantage contre les troupes coloniales pro-espagnoles, dans la plaine de Maipú, qu'on appelle aussi Maypo ou Maipo, à travers l'une des plus formidables batailles de toute la guerre d'indépendance, l'homérique bataille de Maipú, celle qui a donné son nom à une célèbre rue du centre de Buenos Aires, à des villes et des départements argentins, sans parler du champ de bataille lui-même qui se trouve au Chili et qui est à présent marqué par différents monuments commémoratifs auxquels on accède grâce à de larges avenues dans une vraie ville qui a pris la place de l'ancien domaine viticole ravagé par le combat en pleine époque de vendanges.

Le Journal des Débats du 7 juillet 1818
Le quotidien parisien raconte la surprise de Cancha Rayada qui date du 19 mars 1818

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San Martín par lui-même et par ses contemporains,
Denise Anne Clavilier,
sortie prévue en mai 2014, à 24,90 € en librairie,
en souscription jusqu'au 30 avril au prix de lancement de 20 €.
384 pages, 150 documents historiques d'origine hispanophone, anglophone et francophone, avec traduction en français en vis-à-vis pour les textes en espagnol et en anglais, soit une trentaine d'auteurs divers, reflétant l'éventail des amis, partenaires, supérieurs et subordonnés, adversaires et ennemis que San Martín croisa au cours des soixante-douze ans d'une vie qu'il acheva en France, à Boulogne-sur-Mer, le 17 août 1850.

Episode n° 8

Pour lire la totalité des articles de présentation de ce nouvel ouvrage, cliquez sur le mot-clé SnM ant Jasmin dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

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La nouvelle de la bataille de Maipú parvint en Europe en juillet 1818, par Londres.

Première mention de Maipú dans le Journal des Débats
Nous sommes le 15 juillet 1818 et le rédacteur est dubitatif.
Pour sa défense, il y avait de quoi eu égard
aux cris de victoires poussés par Osorio trois semaines plus tôt.
La Cité dont il est question ci-dessus est ce qu'on appelle aujourd'hui La City à Londres.

Pour un autre regard sur ce moment-clé de l'histoire américaine, je vous renvoie à un précédent article que j'avais publié dans ce blog sur le sujet lorsque je vous présentais San Martín à rebours des conquistadors, la biographie française du héros argentin.
Londres devait cette primeur des événements du Nouveau Monde à la maîtrise des mers que la Royal Navy avait conquise à Trafalgar, contre l'Espagne et la France, en 1805 et aux déjà nombreux officiers et commerçants britanniques qui travaillaient aux côtés des indépendantistes, comme j'en compte plusieurs parmi les auteurs rassemblés dans ce nouveau livre (Samuel Haigh, William Miller, Basil Hall... - voir l'article que je leur ai consacré le 21 février dernier)

En France, régnait alors Louis XVIII qui venait de faire rétablir à Paris, en grande pompe et devant le ban et l'arrière-ban du royaume, la statue de son ancêtre Henri IV, à l'emplacement que nous lui connaissons aujourd'hui, sur le Pont-Neuf.

La France comptait déjà quelques quotidiens, beaucoup moins nombreux qu'en Grande-Bretagne. Le plus célèbre et le plus lu était sans doute le Journal des Débats, qui affichait alors des convictions légitimistes.
Comme vous pouvez l'imaginer, la nouvelle de la défaite du général espagnol Osorio défrisait cette France contre-révolutionnaire dont les messieurs qui se respectaient portaient à nouveau la perruque poudrée (1).
A Londres, le ton des journaux était tout autre : les victoires indépendantistes réjouissaient les députés des Communes comme les membres de la Chambre des Lords ainsi que les corporations, qui y voyaient la promesse de nouveaux marchés pour l'exportation de marchandises bon marché dont la révolution industrielle avait permis sur l'île la production à grande échelle.

En France, les gazetiers se plongeaient donc dans la lecture des quotidiens britanniques et en tiraient des articles qu'ils assaisonnaient de commentaires tendancieux. Le résultat ne manque pas de nous renvoyer à l'information souvent contestable ou approximative et parfois péremptoire dont nous bombardent nos médias modernes, malgré Internet et le temps réel à l'échelle de l'univers, sur les événements d'Ukraine, de Crimée, de Syrie ou du Venezuela.

Dans San Martín par lui-même et par ses contemporains, j'ai choisi de vous faire suivre ces événements à travers un journal francophone démocrate suisse, au ton très différent du réactionnaire Journal des Débats. Toute l'épopée est retracée en fin de volume, dans les annexes, à travers une trentaines d'articles qui s'étendent de juin 1817 à avril 1824.
Dans Barrio de Tango, je refuse que les campagnes de présentation que je développe autour de mes livres répètent les documents que j'ai traités dans les livres, car la masse du matériel disponible et inconnu chez nous ferait de cette stratégie un véritable gâchis (ou un chef-d'œuvre de paresse : moins j'en fais, mieux je me porte, délayons...).

Aujourd'hui, je préfère donc vous inviter à un voyage dans le temps : transportons-nous dans le Paris d'il y a deux siècles en lisant ce qui constitua l'information de nos lointains ancêtres dans un royaume de France encore occupé par les troupes coalisées, qui avaient définitivement battu Napoléon à Waterloo.

Le 18 juillet, le Journal des Débats se fait une raison et rend compte
de "la défaite de Maypo à 20 milles au sud de San-Jago"
Admirez la différence de taille entre cet article et celui du 7 juillet !

Dans le recueil à paraître en mai, vous pourrez constater à quel point les gazetiers européens de l'époque s'écartaient de la réalité des événements de ces lointaines contrées, les uns à cause de leur volonté de peindre en noir les faits (c'est le cas de notre Journal des Débats), les autres (c'est le cas du journal roman) à cause des maigres sources auxquelles le rédacteur avait accès et partant sa faible capacité de dresser une analyse critique valide des faits rapportés. Et pourtant, cette presse fut une des armes très efficaces que San Martín, de loin, sut utiliser pour mettre l'opinion publique européenne du côté des indépendantistes contre l'Espagne suffisante de la Restauration.

Le Journal des Débats reprend un article du Times le 19 juillet

Toutes les informations sur la souscription sont sur ce blog (mot-clé SnM ant Jasmin), sur mon site Internet et sur celui de mon éditeur, les Editions du Jasmin.
Nous serons d'ailleurs, l'éditeur et moi, présents demain à la Fête des Enfants organisée par le Lions Club d'Antony en faveur des enfants de cette ville des Hauts-de-Seine.

Le 15 août 1818, le Journal des Débats rend compte d'une lettre datée de Rio de Janeiro
plutôt acide à l'égard de San Martín, que l'on taxe de démagogie.
Je vous laisse découvrir les faits exacts
dans San Martín par lui-même et par ses contemporains.
Ici, on a peut-être affaire à une entreprise d'enfumage
de la part de Carlos de Alvear ou de l'un de ses sbires.

Avant ces faits inouïs, personne n'imaginait que
San Martín tenterait d'éviter les vivats de la foule.
D'où vient à ce curieux informateur une pareille analyse ?
San Martín est arrivé à Buenos Aires dans la nuit du 10 au 11 mai.
Inutile de vous dire que le 2 juin à Rio,
l'affaire était sans doute déjà connue dans ses moindres détails.
L'anecdote n'a d'ailleurs pas tardé à faire le tour du continent américain
comme un trait de caractère du général.

Pour lire d'autres documents historiques concernant ce grand personnage de l'histoire argentine, sud-américaine et occidentale dans ce blog :

Sur sa famille (les documents sont rares à nous être parvenus) :
San Martín en grand-père avec ses petites-filles, dans son exil à Evry – vous savez, la ville dont le nouveau Premier ministre français a été le flamboyant maire (bonus du blog en complément du livre)
Portrait par petites touches de son épouse, Remedios de Escalada (1797-1823), un autre bonus pour les lecteurs de mon blog
Mon article consacré au bicentenaire de leur mariage à Buenos Aires les 12 et 19 septembre 1812

Sur son action militaire :
Le code d'honneur qu'il imposa aux officiers de son régiment d'élite, les Grenadiers à cheval, aujourd'hui Escorte présidentielle (bonus en complément du livre)
Le combat de San Lorenzo (3 février 1813) raconté par San Martín dans son rapport au Gouvernement provisoire des Provinces Unies du Río de la Plata (figurera parmi les documents de San Martín par lui-même et par ses contemporains)
La bataille de Chacabuco (12 février 1817) en espagnol triomphant dans la Gazette de Buenos Aires (dont les textes figureront dans San Martín par lui-même et par ses contemporains) et en français grimaçant dans le Journal des Débats (bonus en complément du livre)

Sur la campagne libératrice du Pérou (1820-1821) :
Le général en chef au quotidien, tel que l'a observé l'officier écossais Basil Hall au large de Lima (1820-1821), un nouveau bonus en complément du livre
La stratégie de la campagne expliquée par San Martín lui-même à notre observateur britannique (le dernier bonus du blog en complément du livre sur ce point)

Sur son action politique :
Le jugement enthousiaste du cabildo de Mendoza (le conseil municipal d'Ancien Régime encore en vigueur) sur l'action du Gouverneur San Martín (bonus)
La campagne du Pérou vue de l'Espagne pendant la révolution libérale qui mit à l'écart le roi Fernando VII (Diario Constitucional de Barcelona), un autre bonus
Le gouvernement du Pérou analysé vingt ans après par un témoin français, Gabriel Lafond (un troisième bonus sur la question)

sur le mythe de San Martín :
Mon article sur le bicentenaire de son arrivée à Buenos Aires, le 9 mars 1812 (un entrefilet de la Gazette de Buenos Aires qui figurera dans San Martín par lui-même et par ses contemporains)
L'hymne au Général Libérateur José de San Martín (Himno al General Libertador José de San Martín)
La Marche de San Lorenzo (Marcha de San Lorenzo, avec en prime un dessin animé jubilatoire destinés aux écoliers argentins, pour les aider à mémoriser ce monument du répertoire patriotique)
L'inauguration d'une salle San Martín au Museo Histórico Nacional de Buenos Aires dans les séries Chroniques de Buenos Aires et Retours sur Images
Le programme de la journée consacrée à San Martín dans le voyage culturel que je vous propose à Buenos Aires avec l'agence de tourisme solidaire Human Trip (bientôt de nouvelles dates, pour un départ en novembre 2014)

San Martín par lui-même et par ses contemporains
la 4ème de couverture


(1) Ces mêmes perruques d'un autre temps que des galapiats de poètes romantiques, mené par cet agité de Théophile Gautier, allaient pêcher à la canne et à l'hameçon au parterre de la Comédie Française pendant les représentations d'Hernani, le drame de leur ami Victor Hugo, douze ans plus tard. Mais en 1818, ils étaient encore tous légitimistes et fiers de l'être. Un groupe de légitimistes dont Géricault faisait alors encore partie malgré certaines prises de distance dont Le Radeau de la Méduse est un des symptômes.

mercredi 26 mars 2014

Mon interview sur RAE à écouter en ligne [Agenda de Barrio de Tango]


La semaine dernière, j'ai eu l'honneur à nouveau de me voir interviewée, par liaison téléphonique cette fois-ci, par Leonardo Liberman, homme de radio très versé en musique et en culture en général, pour RAE, la station internationale du groupe Radio Nacional, service public radiophonique argentin.

L'interview, de 17 minutes, en espagnol, porte essentiellement sur mes travaux de recherche et d'écriture autour de la figure historique de José de San Martín (1778-1850), avec mes deux livres, San Martín à rebours des conquistadors, sorti en décembre 2012 aux Editions du Jasmin, et San Martín par lui-même et par ses contemporains, actuellement en souscription (- 20% sur le prix de vente définitif), chez le même éditeur.

Sur la fin, Leonardo Liberman me fait parler aussi un peu de tango et de musique. Comment pourrait-ils en être autrement ?

Deux modes d'accès à cette interview mise en ligne hier, après son passage sur les ondes courtes de RAE :
soit les pages hispanophones de Radiodifusión Argentina al Exterior (en écoute seule mais à volonté)
soit El Mirador nocturno, le blog de Leonardo Liberman, où l'entretien peut être télécharger gratuitement.

Vous pouvez retrouver sur mon site Internet l'ensemble de mes interviews, en français et en espagnol.

mercredi 19 mars 2014

San Martín par lui-même et... les autres – "l'art d'être grand-père" [ici]

San Martín par lui-même et par ses contemporains, en souscription aux Editions du Jasmin, avant sa parution en mai 2014
384 pages (comme Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, paru en mai 2010 chez le même éditeur)
Prix de lancement : 20 € (au lieu de 24,90).
Bon de souscription à télécharger

Présentation de l'ouvrage – épisode n° 6

De toutes les éphémérides de José de San Martín, le 19 mars 1818 n'est certes pas la date la plus connue. C'est le seul revers militaire qu'il a subi en Amérique en exerçant le commandement effectif de l'armée. L'épisode est d'autant plus remarquable que tout ensemble, la surprise de Cancha Rayada mit en danger le processus d'indépendance du Chili et renforça la motivation des troupes patriotiques, ce qui se traduisit trois semaines plus tard, le 5 avril, par l'écrasante et terrible victoire de Maipú qui fut le tournant des guerres d'indépendance en Amérique du Sud.
Ce moment difficile et galvanisant est décrit dans San Martín à rebours des conquistadors, à la page 113 (Ed. du Jasmin) et, avec des points de vue divers (1), il est amplement documenté dans mon prochain livre, où il occupe les pages 120 à 137.

C'est pour cette raison que j'ai choisi aujourd'hui de ne pas revenir sur un nouvel épisode guerrier mais de consacrer cet article à une autre facette du héros : le grand-père qu'il fut dans son exil en France, grand-père aimant et attendri de deux petites-filles très remuantes, lui qui aurait tant voulu d'abord avoir un fils et ensuite au moins un petit-fils que sa fille unique, Mercedes, née à Mendoza, le 24 août 1816, ne put pas lui donner.

* * *

Dans la correspondance de San Martín qui nous est parvenue, nous pouvons grappiller quelques confidences pleines d'une tendresse pudique, très masculine et très moderne. Ce sont elles qui ont inspiré, à la fin des années 1940, un monument très particulier de Buenos Aires, Plaza Grand-Bourg, à Palermo : le Monumento al Abuelo Eterno (2), première tentative en Argentine d'humaniser l'iconographie, un rien trop solennelle, du Père de la Patrie (ci-dessous).

San Martín représenté avec ses deux petites-filles
face à l'Instituto Nacional Sanmartiniano
Plaza Grand-Bourg, à Buenos Aires

C'est une grande tendance des mouvements nationalistes de gauche comme le radicalisme et le péronisme (3) que de sacar del bronce a San Martín (littéralement "l'extirper du bronze"). Or, en 1950, au moment de l'inauguration de ce groupe sculptural (qui n'est pas un chef d'œuvre esthétique), pour le centenaire de la mort de San Martín, Perón lui-même occupait la présidence de la Nation. Aujourd'hui, cette volonté de sacar del bronce a San Martín a une application intellectuelle et idéologique dans ce grand mouvement d'historiens qu'on appelle là-bas el revisionismo et qui combat les schémas dominants, transmis par l'école, qui campent San Martín en héros martial, en uniforme, à cheval et hurlant continuellement ses ordres, comme on le voit sur la plupart des images d'Epinal, même sur les couvertures actuelles de la revue enfantine Billiken -voir là-dessus les autres épisodes de cette série- et les statues, dont celles qui se trouvent au Parc Montsouris à Paris et sur le boulevard Sainte-Beuve à Boulogne-sur-Mer.

Je vous livre donc aujourd'hui deux documents en complément de ce qui sera publié en mai dans mon livre, sans utiliser le principe des bonnes feuilles, pour la simple raison que les archives sur San Martín constituant un fonds presque infini, je préfère poursuivre le travail plutôt que me répéter...

* * *

Commençons par la naissance de la deuxième petite-fille, venue au monde à Grand-Bourg, la maison que San Martín avait achetée en 1835 dans le village d'Evry-sur-Seine, sans doute sur le conseil de son ami, Alexandre-Marie Aguado, qui était alors le maire de la commune (4).
Grand-Bourg, qui a désormais donné son nom à un quartier d'Evry, préfecture de l'Essonne, existe toujours. Depuis 1852, la maison abrite une communauté religieuse.

* * *

En octobre 1833, Mercedes a mis au monde son premier enfant, une petite fille prénommée elle aussi Mercedes et que son grand-père, qui ne la connaîtra que deux ans plus tard, appellera Merceditas. Elle mourut à Paris d'une erreur pharmacologique en 1860. Elle n'était pas encore mariée et ne laissa donc aucune descendance.

En 1837, San Martín possède depuis quelques mois un appartement à Paris, rue Saint-Georges (alors rue Neuve Saint-Georges), dans l'actuel neuvième arrondissement, une belle rue moderne et propre où résidaient aussi Adolphe Thiers et d'autres grands noms orléanistes. L'appartement semble surtout servir à la famille Balcarce, dont le père, Mariano, le gendre de San Martín, est chargé d'affaires à la Légation argentine, située alors rue de Berlin (actuellement rue de Liège), dans le quartier de l'actuelle gare Saint-Lazare. Le général préfère vivre dans sa propriété rurale, où il supporte encore pour quelques années l'hiver parisien. Sur le tard, cet enfant de l'Andalousie se mettra à craindre les frimas de nos latitudes et descendra tous les ans passer l'hiver en Provence ou en Campanie, pour retrouver le soleil qui lui manque tant sur les bords de Seine (sur ce point, mes lecteurs se reporteront au récit que fit en septembre 1843 Juan Bautista Alberdi à la page 16 de San Martín par lui-même et par ses contemporains).

Cet hiver-là, notre héros écrivit à l'un de ses amis resté à Mendoza, la ville dont il a été gouverneur de 1814 à 1816 et d'où il partit libérer le Chili (voir mes articles sur Chacabuco en 2012 et en 2014).

Grand-Bourg, 7 leguas de París, 1° de febrero de 1837.
Excelentísimo señor don Pedro Molina.

Mi antiguo y querido amigo :

Con fecha del 14 de noviembre pasado, escribí a usted y a otros amigos de Buenos Aires por la fragata francesa El Sol, que salió del puerto del Havre de Gracia, en principios de diciembre, con destino a Montevideo; desgraciadamente hemos tenido noticia que este buque se ha perdido enteramente en las costas de la Bretaña, habiendo salvado sólo tres individuos, entre ellos un pasajero por cuyo conducto hemos tenido esta infausta noticia.

Grand-Bourg, à sept lieues de Paris, 1er février 1837.
Monsieur Don Pedro Molina

Mon cher et vieil ami,

Le 14 novembre dernier, je vous ai écrit à vous et d'autres amis de Buenos Aires [des lettres que j'ai confiées] à la frégate française Le Soleil, qui a quitté le port du Havre de Grâce (5) au début de décembre en partance pour Montevideo. Malheureusement, nous avons appris que ce navire s'est perdu corps et biens sur les côtes bretonnes, trois hommes parvenant à se sauver, parmi lesquels un passager par qui nous avons appris cette funeste nouvelle (6).
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Mis hijos llegaron con buena salud en fines de junio pasado, y a los pocos días la mendocina dio a luz una niña muy robusta : aquí me tiene usted con dos nietecitas cuyas gracias no dejan de contribuir a hacerme más llevaderos mis viejos días. Hace más de tres años que vivo retirado en este desierto; pero como en él he encontrado el restablecimiento de mi salud y por otra parte, la tranquilidad que en él gozo es más conforme con mi carácter y edad, lo prefiero a vivir en París cuya residencia después de ser contraria a mi salud yo no lo encuentro buena más que para los que desean una sociedad activa o se hallan precisados a residir por sus negocios: si, como espero, la tranquilidad de nuestra patria se consolida en términos que me aseguren poder pasar mi vejez en reposo, regresaré a ella con el mayor placer, pues no deseo otra cosa que morir en su seno.

Mes enfants sont arrivés en bonne santé à la fin de juin dernier et peu de jours après (7), la Mendocine (8) a mis au monde une enfant bien robuste et vous me voyez donc avec deux petites-filles dont les friponneries contribuent sans cesse à alléger mes vieux jours. Voilà plus de trois ans que je vis retiré dans ce désert (9) mais comme j'y ai recouvré la santé et que d'autre part la tranquillité dont il me permet de jouir convient mieux que Paris à mon caractère et à mon âge, je le préfère pour y vivre. Outre qu'il est contre-indiqué pour ma santé, Paris ne vaut d'être habité que pour les gens qui désirent une vie sociale animée ou se trouvent obligés d'y résider pour leurs affaires. Si, comme je l'espère, la tranquillité de notre patrie se consolide dans des termes qui m'assurent pouvoir passer ma vieillesse en repos, j'y retournerai avec le plus grand plaisir car je ne désire rien d'autre que mourir en son sein (10).
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Balcarce no cesa de recordar con agradecimiento las distinciones y cariño con que usted lo trató a su paso por ésa: yo no lo esperaba menos de la franca amistad con que usted me honró desde el día en que por primera vez llegué a Mendoza, cuya distinción recibí igualmente de toda su honrada y patriota familia, cuyos individuos sin excepción, me dieron tantas y tan repetidas pruebas de consecuente amistad.

Balcarce (11) rappelle sans cesse avec gratitude les égards et l'affection que vous lui avez témoignés lors de son passage dans votre ville (12). Je n'en espérais pas moins de la franche amitié dont vous m'avez honoré depuis le jour où je suis arrivé pour la première fois à Mendoza, et j'ai reçu pareils égards de la part de toute votre honorable et patriotique famille, dont tous les membres, sans exception, m'ont donné si souvent tant de preuves d'une constante amitié.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Como en Mendoza será difícil encontrar personas relacionadas en París y pudiendo usted necesitar alguna cosa de esta capital, yo tendría la mayor satisfacción de poderle ser de alguna utilidad: en este caso escríbame usted lo que necesite, remitiéndome su carta bajo cubierta de don Gregorio Gómez, de Buenos Aires (y actualmente mi apoderado), que él me la dirigirá con seguridad. Debo prevenir a usted, que sería conveniente duplicase usted dicha carta por si la primera se extravía, como me ha sucedido con frecuencia, sobre todo cuando vienen a Europa por buques mercantes.

Comme il vous est difficile à Mendoza de trouver des personnes ayant des relations à Paris et comme vous pouvez avoir besoin de quelque chose en provenance de cette capitale (13), j'aurai la plus grande joie à pouvoir vous être de quelque utilité : dans ce cas, écrivez-moi ce dont vous avez besoin en remettant votre lettre sous couvert de don Gregorio Gómez, de Buenos Aires (qui est actuellement mon chargé de pouvoir) (14) car il me l'adressera d'une manière sûre. Je dois vous avertir qu'il conviendrait de doubler cette lettre au cas où la première s'égarerait, ce qui m'est arrivé souvent, surtout quand elles arrivent en Europe à bord de navires marchands.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

La mendocina y Balcarce me encargan para usted y familia, sus más finos recuerdos. En cuanto a mí, sólo le diré que le desea todo bien y prosperidad éste su antiguo y sincero amigo Q. B. S.M.
José de San Martín.

La Mendocine et Balcarce me chargent pour vous et votre famille de leurs souvenirs les plus distingués. Et pour ma part, je vous dirai juste que vous souhaite tout bien et prospérité votre vieil et sincère ami qui vous baise les mains
José de San Martín
(Traduction Denise Anne Clavilier)
Promenade imaginaire dans la campagne d'Evry du grand-père et ses petites-filles
bas-relief du piedestal du Monumento al Abuelo Eterno

Un an plus tard, nous avons une autre lettre, cette fois-ci du frère puîné de Mariano, venu faire ses études de lettres à Paris.
Florencio Balcarce (1818-1839) est le dernier fils survivant de Antonio Balcarce et Dominga Buchardo, il a onze ans de différence avec son frère aîné, né en 1807, pendant la captivité de leur père, fait prisonnier par les Anglais à la prise de Montevideo, au début de l'année. Florencio avait un an et demi à la mort de son père, grand héros de la guerre d'indépendance, le second de San Martín à la bataille de Maipú et dernier Directeur suprême avant la déclaration d'indépendance du 9 juillet 1816.
Malgré sa courte vie et son œuvre inachevée, Florencio Balcarce est considéré comme le premier poète argentin, depuis que l'Argentine existe en droit, c'est-à-dire depuis 1816.
Quelques mois avant que ne lui soit adressée cette lettre, Mariano a été révoqué par Juan Manuel de Rosas de son poste d'attaché diplomatique à la Légation argentine de Paris, pour des raisons de basse politique qui font que San Martín ne décolère pas. Pour subvenir aux besoins de sa petite famille, Mariano, dont le sens de l'honneur est égal à celui de son beau-père, s'est donc lancé dans un projet d'import-export avec l'Argentine, visiblement, d'après les détails que donne Florencio dans sa lettre, dans la mode parisienne, avec toutes sortes d'articles et de produits qui vont du mobilier d'intérieur aux plantations du jardin en passant par l'habillement et les accessoires de parure, et il est vrai qu'à l'époque, la mode vestimentaire est une affaire d'importance à Buenos Aires.

Caricature de deux élégantes, à Buenos Aires (1834)
peignes sur-dimensionnés et à peine exagérés par rapport à la réalité
éventails et robes à la mode de Paris
Archives nationales de la République Argentine

Mariano vient donc de quitter la France pour l'Argentine, où il va établir un comptoir, laissant sa famille aux bons soins du général et de son frère étudiant (15).

París, mayo 3 de 1838.
Señor don Mariano Balcarce.

Querido hermano :

Aunque después de tu partida no ha llegado al Havre ningún buque de Buenos Aires, por las gacetas he tenido el disguto de saber la diferencia que había entre el gobierno y el cónsul francés y las amenazas alarmantes a que había dado lugar. Sería el colmo de la desgracia que a tu llegada no estuviese terminada la cuestión, y que vieses así frustrados tus proyectos. En este caso no sé si debería contarse como una felicidad la rapidez de tu viaje, que debe haberse llevado a medio camino en pocos días; según los cálculos de Mercedes y el general han hecho observando la veleta. Ojalá haya tenido todo un término que no nos deshonre […]

Paris, 3 mai 1838
Monsieur don Mariano Balcarce

Cher frère,

Bien que depuis ton départ aucun navire de Buenos Aires ne soit arrivé au Havre, par les gazettes j'ai eu le déplaisir d'apprendre le différent qui s'est élevé entre le gouvernement [argentin] (16) et le consul français et les menaces alarmantes à quoi il donne lieu. Ce serait le comble du malheur qu'à ton arrivée, ce point ne soit pas tranché et que tu voies ainsi tes projets échouer. En ce cas, je ne sais pas s'il faudrait compter comme un bonheur la rapidité de ton voyage (17) qui doit s'arrêter ainsi à mi chemin après quelques jours, d'après ce qu'ont donné les calculs à la girouette de Mercedes et du général. Pourvu que tout ça se soit terminé dans un sens qui ne nous déshonore pas... (18)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Dans le bas-relief, Grand-père et petites-filles soignent le jardin de Grand-Bourg

El domingo estuve en la chacra y Mercedes me dijo que creía había visto el primer número en lo de Rosa. Mi primera diligencia a la vuelta fué ir a ver a M. Merin : pero no lo encontré. Ayer volví y le dejó un papelito pidiéndole el informe que necesito. Como el buque está anunciado para fin de abril y el general me escribe que no dilate las cartas, no tengo tiempo para darte cuenta del resultado. […] Mercedes te escribió al Havre en su última carta que no recibiste, consultándote sobre el envió de la Presse. Sigo el consejo del general remitiéndotela. […]

Dimanche, je suis allé à la maison de campagne [Grand-Bourg] et Mercedes m'a dit qu'elle croyait avoir vu le premier numéro [d'une nouvelle revue de mode] chez Rosa. Mon premier soin en rentrant [à Paris] fut d'aller voir monsieur Merin mais je ne l'ai pas trouvé [chez lui]. Hier, j'y suis retourné et je lui ai laissé un petit mot pour lui demander l'information dont j'ai besoin. Comme le navire est annoncé pour fin avril et que le général m'écrit de ne pas retarder l'envoi des lettres, je n'ai pas le temps de te rendre compte du résultat. […] Mercedes t'a écrit au Havre dans sa dernière lettre que tu n'as pas reçue pour te demander si elle devait t'envoyer La Presse (19). Je suis le conseil du général en te l'expédiant […]
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Tengo el placer de ver la familia un domingo sí y otro no. […] El general goza a más no poder de esa vida solitaria y tranquila que tanto ambiciona. Un día lo encuentro haciendo las veces de armero y limpiando las pistolas y escopetas que tiene : otro día es carpintero y siempre pasa así sus ratos en ocupaciones que lo distraen de otros pensamientos y lo hacen gozar de buena salud. Mercedes se pasa la vida lidiando con las dos chiquitas que están cada vez más traviesas. Pepa sobre todo anda por todas partes levantando una pierna, para hacer lo que llama volatín : todavía no habla más que algunas palabras sueltas ; pero entiende muy bien el español y el francés. Merceditas está en la grande empresa de volver az aprender el abc que tenía olvidado; pero el general siempre repite la observación de que no la ha visto un segundo quieta.

J'ai le plaisir de voir la famille un dimanche oui, l'autre non. […] Le général jouit on ne peut plus de cette vie solitaire et tranquille après laquelle il aspire tant. Un jour, je le trouve en train de jouer les armuriers et de nettoyer ses pistolets et escopettes (20), l'autre, le voilà charpentier (21) et ainsi passe-t-il tout son temps dans des occupations qui le distraient d'autres pensées et lui font jouir d'une bonne santé. Mercedes passe sa vie à s'escrimer avec les deux petiotes qui sont de jour en jour plus espiègles. Pepa surtout (22) court partout et elle lève une jambe pour faire ce qu'elle appelle zoizeau. Elle ne dit encore qu'un ou deux mots sans faire de phrase mais elle comprend très bien l'espagnol et le français. Merceditas est occupée à la grande tâche de réapprendre son alphabet qu'elle a oublié mais le général répète partout qu'il ne l'a jamais vue tranquille plus de deux secondes.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Yo continúo los mismos cursos de estudio que antes ; que sólo he agregado uno de preparación para los exámenes de bachiller. Aunque hace un mes que no hablo con Mad. Michu, te doy las expresiones que me encargó para tí cuando todavía estabas en el Havre. Mad. Mansut me pregunta con interés cada vez que la veo, si la navegación a Buenos Aires, o a la intendencia como ella le llama, es peligrosa ? Mi salud está casi del todo restablecida. Me resiento algunas veces de las variaciones del tiempo ; pero a medida que la estación adelanta, me voy reponiendo, y recobrando una actividad que no tenía hace tiempo. Si me escribes, no dejes de hablarme largo de madre y mis hermanas así como de la medicina de Avelino.

Te deseo prosperidad y que creas en la gratitud y amistad de tu hermano.

Florencio G. Balcarce.

Pour ma part, je continue le même parcours d'études qu'avant car j'ai juste ajouté une préparation pour les examens du baccalauréat (23). Bien que cela fasse un mois que je n'ai pas parlé avec madame Michu, je t'envoie les salutations dont elle m'a chargé pour toi quand tu étais encore au Havre. Madame Mansut me demande avec intérêt chaque fois que je la vois si le voyage jusqu'à Buenos Aires ou jusqu'à l'intendance comme elle l'appelle, est dangereux. Ma santé est presque tout à fait rétablie (24). Je souffre un peu parfois des changements du temps mais à mesure que la saison progresse, je me rétablis et reprends une activité que je n'avais pas depuis longtemps. Si tu m'écris, surtout donne-moi des nouvelles de mère et de mes sœurs comme de la médecine d'Avelino (25).

Je te souhaite toute prospérité. Crois à la gratitude et à l'amitié de ton frère.

Florencio González Balcarce
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Source pour ces deux lettres : Documentos del Archivo de San Martín, tome 9, Museo Mitre, Buenos Aires, 1910, respectivement p 494 et 192.

Ce troisième bas-relief trouve son inspiration directe dans la lettre de Florencio Balcarce
Je vous laisse regarder comment et pourquoi en cliquant sur l'image pour l'agrandir


Prochain rendez-vous de cette série d'articles prévu le 5 avril pour célébrer l'anniversaire de la victoire de Maipú, la charnière politique et stratégique de l'indépendance en Amérique du Sud.
Entretemps, nous nous retrouverons vendredi pour la mise en ligne de l'interview que j'enregistre ce soir par téléphone sur RAE, avec Leonardo Liberman.

* * *

Pour accéder à d'autres documents historiques relatifs à San Martín :
voir mes articles de présentation de la biographie San Martín à rebours des conquistadors
voir l'ensemble de mes articles sur San Martín par lui-même et par ses contemporains.

Participer à la souscription de San Martín par lui-même et par ses contemporains (valide jusqu'au 30 avril au prix de lancement de 20 €)

Pour en savoir plus sur la maison d'édition.

Pour en savoir plus sur la figure mythique et historique de San Martín, cliquez sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

Et en attendant ma prochaine interview sur ce livre (en espagnol) demain soir, très tard en streaming, ou après-demain à n'importe quelle heure sur le blog de RAE et celui du journaliste Leonardo Liberman à partir de vendredi matin, vous pouvez écouter celle que j'ai donnée à Darío Bursztyn, en août dernier, sur le même sujet et la même station du groupe radiophonique public argentin, Radio Nacional, écouter aussi celle que j'ai donnée à Jordi Batallé de RFI espagnol et consulter mes propositions de conférences sur ces thèmes de l'histoire argentine sur mon site Internet.




(1) J'ai rassemblé un récit en anglais du général William Miller, qui était alors capitaine d'artillerie, une description de la réaction de Santiago, par un négociant anglais, Samuel Haigh, qui n'est pas sans nous renvoyer aux images d'incertitude qui nous arrivent ces jours-ci de Crimée et d'Ukraine continentale, un rapport en espagnol de Tomás Guido, représentant argentin au Chili, alors qu'il ignore encore ce qu'il s'est réellement passé sur le terrain, une analyse stratégique établie après coup par San Martín (après sa victoire de Maipú) et enfin le discours qu'il fit sur la grand-place de Santiago et qui ne peut que nous rappeler celui de De Gaulle le 18 juin 1940 : revenu dans la capitale chilienne sous les vivats malgré la dispersion de ses troupes, le voilà déjà qui mobilise la population, la rassure sur le sort final de la guerre et organise la contre-attaque qui va se révéler définitive. Selon un principe qui m'est cher, les textes sont présentés dans la langue originale sur la gauche de la page et en français à droite. Les quelques textes originalement en français sont, eux, présentés en pleine page, uniquement dans notre langue. Voir mon article du 21 février 2014 sur les différents auteurs rassemblés dans ce recueil.
(2) Monument au Grand-Père Eternel.
(3) Radicalisme et péronisme appartiennent pleinement au monde sud-américain en ce sens que, contrairement à ce qui s'est passé en Europe, où la pensée sociale s'est développée à partir des années 1840 dans une dimension internationale, à travers les différents courants socialistes, la gauche latino-américaine a continué à lutter pour l'indépendance nationale, qui n'est toujours pas pleinement acquise dans toutes ses dimensions aujourd'hui, tout en développant des politiques de droits sociaux et de répartition économique en faveur des classes laborieuses. Le socialisme en tant que tel reste donc très minoritaire dans le sous-continent, à cause de l'idéologie internationaliste qui le sous-tend et qui correspond fort peu aux problématiques concrètes rencontrées par les populations locales.
(4) Une légende tenace, inventée par les intellectuels de l'oligarchie conservatrice des années 1850-1860, Sarmiento, Mitre et Vicente López, veut que la maison ait été achetée avec l'aide d'Aguado, homme d'affaires avisé et richissime, d'origine sévillane, qui avait servi au début de la guerre d'indépendance espagnole dans le même régiment que San Martín. Très peu de temps : à peine quinze jours, selon ce que nous disent les archives militaires de 1808. Assez toutefois pour qu'une amitié soit née entre les deux hommes, amitié qui se réactiva en 1831 après qu'en mars, San Martín avait quitté Bruxelles, qui hésitait sur le régime du pays né de la révolution d'août 1830, et s'était installé à Paris. On ignore les modalités de leurs retrouvailles mais il se pourrait bien que ce fut à l'initiative d'Aguado, qui aimait s'entourer de grands noms politiques et San Martín, ancien chef d'Etat d'un Pérou nouvellement indépendant, en était encore un à l'orée de la Monarchie de Juillet. En revanche, une initiative de San Martín ne paraît guère vraisemblable, tant l'homme fuit les mondanités. Or Aguado était un mondain de première importance dans le Paris de ces années-là. Il est possible aussi qu'ils se soient trouvés nez à nez dans une cérémonie religieuse typiquement hispanique, comme une messe de San Isidro, de San Vicente ou de Notre-Dame du Rosaire, où toute la communauté des exilés hispanophones accourait, toutes couleurs politiques confondues. L'apport financier d'Aguado au patrimoine immobilier de San Martín est hautement invraisemblable tant elle contredit le sens de l'honneur du général et le rôle de l'argent dans sa vie. L'explication se trouve très certainement dans le voyage de sa fille et de son gendre à Buenos Aires, après leur mariage à Paris en décembre 1832. Une fois en Argentine, Mariano Balcarce profita de la présence d'un de ses oncles dans les instances dirigeantes du pays pour faire régler des arriérés de soldes, rentes et pensions votées en 1817 et 1818 à Buenos Aires, qui n'avaient plus été versées à San Martín que de manière irrégulière depuis son départ en Europe en février 1824. Du coup, à Paris, ce dernier vit brutalement son compte en banque crédité de grosses sommes et après 1833, on ne le voit plus dans sa correspondance exposer aucun souci financier à son ami O'Higgins, alors en exil à Lima. Manque de chance : cette disparition des tracas pécuniaires correspond aussi aux retrouvailles avec Aguado. Il était donc facile et tentant pour les trois créateurs de la légende dorée de San Martín, qui étaient paradoxalement ses adversaires idéologiques, d'interpréter cette soudaine aisance du général dans un sens qui les arrangeait parce qu'à leurs yeux, elle aurait dû le discréditer : celui d'un exilé entretenu comme une cocotte par un riche banquier. L'idée a été adoptée sans guère d'esprit critique par les Argentins, grâce aux leçons d'histoire à l'école primaire, mais elle n'a pas du tout entamé l'immense admiration qu'ils portent au héros. Essayez tout de même d'aller convaincre l'Argentin de la rue qu'Aguado n'a jamais financé San Martín. Je vous paye des prunes si vous y parvenez...
(5) C'est le vieux nom du Havre que San Martín utilise jusqu'au début des années 1840.
(6) Le transport commercial de passagers est encore balbutiant. Il existe à peine quelques lignes régulières pour relier les deux continents. Le transport des voyageurs comme du courrier se fait donc au coup par coup en fonction des navires en partance, qu'ils soient marchands ou militaires. Les deux ports français qui assurent la liaison intercontinentale sont alors Le Havre et Bordeaux. San Martín suit au jour le jour les activités de ces deux ports à travers les journaux pour acheminer sa correspondance. Il faut donc imaginer le service d'abonnement qui convoie tous les jours le Journal des Débats, le Figaro et la Presse de Paris à Grand-Bourg, sans parler de plusieurs titres étrangers auxquels San Martín est également abonné.
(7) Pauvre Mercedes qui a fait la traversée enceinte et, quelques jours avant terme, a dû encore prendre la diligence du Havre jusqu'à Paris pour rejoindre son père, avec son mari et leur aînée de deux ans et demi.
(8) Il s'agit de Mercedes, qui est née à Mendoza. San Martín s'adresse à un habitant de Mendoza qui a vu naître sa fille.
(9) Evry-sur-Seine, 600 âmes, 40 électeurs (suffrage censitaire jusqu'en 1848), un village de maraîchers au sud de Paris. Voir le site Internet officiel de la ville, anciennement dirigé par Manuel Valls, qu'un journaliste argentin avait surnommé "le ministre espagnol de Hollande" (je dis ça pour mes lecteurs argentins, qui ne sont pas toujours au courant de ces petits détails de la vie municipale gauloise). Les chiffres ont quelque peu changé ! San Martín a toujours aimé vivre retiré dans des coins peu habités, à la campagne ou encore plus volontiers au bord de la mer, comme il l'a fait au Chili et à Lima. Or ce n'était pas du tout la mode et ça paraissait très bizarre à ses contemporains qui le voyaient comme une sorte d'ermite laïc assez difficile à comprendre. Il a passé une grande partie de son enfance et de sa jeunesse en bord de mer. Voir San Martín à rebours des conquistadors, première partie.
(10) Bien entendu, ce n'était pas avec le gouvernement de Juan Manuel de Rosas qu'une telle condition pouvait être acquise. Il y eut bien en 1841 une opportunité pour San Martín d'aller s'installer au Chili mais il dut rester à Paris pour régler les suites patrimoniales du décès d'Aguado, intervenu en avril 1842. Aguado l'avait nommé son premier exécuteur testamentaire et co-tuteur de ses deux fils mineurs. San Martín prit donc la résolution de rester à Paris jusqu'à la fin des opérations successorales mais en 1843, il commença à ressentir une gêne oculaire, prémisse d'une double cataracte, qui allait bientôt lui interdire d'envisager une longue traversée.
(11) Son gendre, Mariano Balcarce. Selon la personne à qui il s'adresse et l'époque à laquelle il écrit, il parle de Mariano, Marianito, le fils de notre ami Balcarce, le mari de ma fille, mon gendre (mi hijo político) , mon fils (mi hijo, tout court)...
(12) A la demande de San Martín, Mariano était allé à Mendoza régler quelques affaires relatives à la propriété agricole de son beau-père à Los Barriales et reprendre les armes qu'il avait laissées en dépôt chez une voisine, madame Ruiz. Parmi ses armes, il y avait le fameux sabre, acheté à Londres en 1811 et aujourd'hui exposé dans le hall d'honneur de la caserne des Grenadiers à cheval à Palermo. San Martín avait prié Mariano d'aller le lui chercher et de le lui rapporter quand il avait appris la naissance de sa première petite-fille. Il caressait l'espoir de le léguer à un "petit-fils si par chance il m'en naît un un jour". Il n'y eut pas de petit-fils et le "glorieux sabre" est revenu à Rosas, pour "avoir soutenu l'honneur national contre les attaques injustes des deux plus grandes puissances du monde" (la Grande-Bretagne et la France), au grand dam des unitaires libéraux fanatisés par leurs sentiments anti-rosistes comme Mitre, Sarmiento et Avellaneda, qui n'ont rien compris et ont interprété cette dernière volonté comme un symptôme de sénilité chez le vieux guerrier. Et ils ont osé faire circuler cette version-là de l'histoire ! Le testament avait été écrit en 1844 et Sarmiento, qui avait vu à plusieurs reprises San Martín à Grand-Bourg en 1847, était bien placé pour savoir que l'homme jouissait alors de toutes ses facultés. C'est d'ailleurs ce qu'il dit en 1848 et cela est resté vrai jusqu'au dernier souffle du "Fondateur de la Liberté du Pérou", le 17 août 1850 à 15h.
(13) San Martín pense très certainement ici à des articles de mode, des tissus, des livres (et non seulement de la littérature romantique, mais aussi des traités d'agriculture et surtout de viticulture et d'oléiculture, activités essentielles dans la Province de Cuyo), des partitions, des instruments de mesure, de calcul, d'observation, bref tout ce dont une ville développée et industrialisée comme Paris regorgeait et dont était privée la bourgeoisie d'une ville enclavée au pied des Andes comme Mendoza.
(14) Dans mon article précédent, je vous parlais dans une note de la grande confiance que San Martín avait mis en son beau-fère, Manuel de Escalada, jusqu'au début des années 1830 quand il apprit, sans doute par Mariano ou par Mercedes, les agissements de ce dernier et lui retira tout pouvoir. Il chargea alors, après le départ de Mariano de Buenos Aires, Goyo Gómez, un ami qu'il tutoyait (le seul qu'on connaisse de façon sûre dans ce cas-là), de veiller à ses intérêts. Gregorio Gómez avait été son envoyé et celui du Directeur suprême Juan Martín de Pueyrredón à Londres en 1817 pour aller recruter en Europe des vétérans des guerres napoléoniennes pour la cause patriotique sud-américaine. C'est grâce à lui qu'on voit apparaître en 1818 dans l'armée des Andes des officiers mis à la demi-solde par Louis XVIII comme Brandsen, D'Albe (fils), Beauchef ou Brayer, tous des anciens de la Grande Armée, qui n'avaient pas retourné leur vareuse à la Restauration.
(15) Autre légende, bien reprise sur Internet et dans toutes les langues, le gendre de San Martín aurait été médecin. Si tel avait été le cas, il n'aurait pas entrepris, jeune père de famille, un voyage aussi dangereux pour se construire une situation : il aurait ouvert un cabinet médical à Paris ou dans cette campagne déshéritée. Ni le bassin parisien ni la capitale n'étaient alors surmédicalisés comme ils peuvent l'être aujourd'hui. D'ailleurs les documents français qui parlent de Mariano ne lui attribuent jamais le titre de docteur, ce qui serait indubitablement le cas s'il était médecin. Il est probable que Mariano n'est jamais allé plus loin que la licence, ce qui était déjà très bien à cette époque-là, et qu'il a fait des études de géographie, d'histoire ou de droit, les trois disciplines étant alors très peu distinctes les unes des autres.
(16) En fait Rosas, qui vient de rendre obligatoire le dédouanement des marchandises étrangères au port de Buenos Aires, ce qui revient à interdire aux bâtiments étrangers de naviguer sur les fleuves de l'intérieur du pays, notamment le Paraná qui mène au Paraguay. La France a donc aussitôt entamé un premier bras de fer avec Rosas. Alors, en dépit de tout le mal qu'il pense de lui pour sa politique intérieure et son caractère despotique, San Martín lui écrira à la fin de cette même année une lettre de soutien où il lui offre ses services pour soutenir le combat à un poste conforme à son âge avancé (il a soixante ans). En réponse, Rosas, qui se méfie, le nommera Ambassadeur au Pérou. Fin de la première tentative de conciliation. Cependant les soucis diplomatiques se répétant, San Martín reprendra la plume et les deux hommes vont peu à peu se rapprocher, autour du seul point qui les unit, l'amour de la patrie et de son honneur.
(17) Quelques semaines plus tôt, dans une lettre à un ami, San Martín disait espérer que le voyage de son gendre ne durerait pas plus de deux ans et il était très préoccupé de voir ainsi le jeune père de famille s'éloigner au risque de laisser une femme et des enfants sans protection paternelle. La traversée, à l'aller ou au retour, pouvait être fatale.
(18) Suivent des considérations sur les renseignements que Florencio recueille pour servir les projets de son frère. C'est passionnant pour un historien de la vie quotidienne à Paris cette année-là mais franchement fastidieux dans le cadre de ce blog.
(19) Un quotidien parisien maintenant disparu.
(20) que lui a rapportés Mariano de Mendoza à peine deux ans plus tôt.
(21) San Martín avait une formation d'ingénieur militaire. Il savait donc ce qu'est une charpente.
(22) Pepa, diminutif de Josefa (comme Pepe pour José), le bébé né en juillet 1836.
(23) Florencio semble avoir déjà fréquenté l'université à Buenos Aires, en lettres. Mais en France, il faut d'abord qu'il passe le bac, qui est déjà un examen très prestigieux à cette époque. C'est souvent le seul qu'on acquiert dans la plupart des métiers de la bonne bourgeoisie d'affaires. L'Université est réservée à quelques métiers très particuliers : juges, avocats, médecins, archéologues, chartistes. Les ingénieurs, les professeurs et les architectes passent eux par les grandes écoles. Et c'est tout.
(24) Florencio souffre d'une tuberculose. Il a le même parcours que Remedios vingt ans plus tôt, avec des phases où il est très malade et des phases de rémission. L'année suivante, sa santé se dégradant de façon continue, il retournera à Buenos Aires où il mourra peu de temps après.
(25) D'Avelino, né quelques années avant Florencio, on sait qu'il a bien fini ses études de médecine. Il fut l'un des premiers médecins à s'être formés entièrement à Buenos Aires, à l'université fondée par Rivadavia en 1821. Des sœurs, on ignore presque tout de l'une (on ne connaît même pas sa date de mort, mais on voit ici qu'elle est probablement toujours vivante en 1838). De l'autre, on sait qu'elle vint vivre, près de son frère et de sa belle-sœur, en France, en 1858, après la mort de leur mère, Dominga Buchardo, et qu'elle est décédée à Paris ou à Brunoy. Elle est probablement enterrée à Brunoy, dans le monument des Balcarce, où reposent toujours ses deux nièces, Mercedes et Josefa Balcarce y San Martín. Les époux Balcarce, morts en 1875 et 1885, reposent maintenant dans la cathédrale de Mendoza. On a éparpillé la famille un peu partout en Argentine : San Martín et Remedios sont à Buenos Aires, lui à la cathédrale, elle au cimetière de Recoleta, Mercedes et Mariano à Mendoza et les parents de San Martín sont à Yapeyú, après avoir reposé aux pieds de leur bru, à la Recoleta.