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Comme tous les pavillons de la CIUP, la Maison de l'Argentine arbore les deux drapeaux et cela en dit long sur son statut. |
La Nación publie
aujourd’hui un article assez approfondi sur les graves dérives
politiques qui affectent la Maison de l’Argentine à la Cité
Internationale Universitaire de Paris qui rassemble des pavillons de
nombreux pays dans un esprit d’ouverture culturelle et de
rencontres fraternelles, tous ces institutions étrangères
hébergeant des étudiants du monde entier. Le campus a en effet été
fondé en 1925 dans le courant pacifiste et optimiste qui a suivi la
Grande Guerre.
La CIUP est aujourd’hui
présidée par Jean-Marc Sauvé, ancien vice-président du Conseil
d’État qui s’est fait connaître du grand public lorsqu’il a
présidé, avec courage et droiture républicaine, la commission
d’enquête sur les violences pédo-criminelles dans l’Église
catholique en France. Le haut fonctionnaire a fait publiquement état
de ses inquiétudes concernant le pavillon argentin qui s’affranchit
allègrement des règles du campus et de celles de la République.
Nommé par le gouvernement
argentin, son directeur est un avocat binational. Sa profession
permet de dire qu’il sait donc parfaitement ce qu’il fait quand
il agit comme il agit. Il refuse en effet de signer les engagements
que doivent signer tous les directeurs de tous les pavillons, dont
aucun ne bénéficie du statut d’extra-territorialité. Tous les
pavillons relèvent en effet du droit français comme n’importe
quelle autre institution sur le territoire de ce pays. Or ce monsieur
prétend qu’il ne peut pas « signer en conscience » la
Charte des Valeurs de la CIUP, car elle fait référence aux
principes de la laïcité à la française et au refus de toute
discrimination, notamment envers les femmes et les personnes
transgenres. Or lui n’y croit pas, donc il ne veut pas s’engager
à respecter ces principes (lesquelles valent aussi en Argentine,
soit dit en passant).
Qui plus est, ce directeur viole
aussi délibérément les règles de bonne conduite qui organisent la
Cité en faisant de « son » pavillon un centre
d’activités politiques, ce qui est strictement interdit (ni
propagande politique, ni prosélytisme religieux). S’y tiennent,
dans le grand salon d’honneur, des séminaires à accès restreint,
sur invitation nominative, qui rassemblent des proches de Marion
Maréchal, dont il est un proche (il enseigne dans son école pour
futurs leaders politiques à Lyon), des membres du PIS (le parti
Droit et Justice en Pologne), du Fidesz (le parti d’Orban en
Hongrie) et tout le petit monde de l'oligarche français Pierre Edouard Stérin. Activités dont les étudiants qui logent dans la maison
ont vent et qui les scandalisent.
Enfin dernier élément
d’inquiétude pour les autorités de la Cité Universitaire :
le directeur de la Maison de l’Argentine a fait retirer d’un mur
dans le hall d’entrée une plaque à la mémoire des 30 000
disparus de la dernière dictature militaire. Or on sait que
l’extrême-droite en Argentine développe et diffuse des thèses
négationnistes sur ces crimes contre l’humanité et que l’actuel
gouvernement rêve d’une procédure de grâce ou d’amnistie pour
les sbires de la dictature qui ont été condamnés par la justice
argentine. Et les explications fournies par le ministère du Capital
Humain dont dépend fonctionnellement la Maison de l’Argentine ne
sont pas de nature à calmer les esprits. Le ministère prétend que
la plaque a été décrochée pour libérer les murs qui vont faire
l’objet d’une rénovation complète. Or rien n’a bougé sur ces
murs, sauf cette plaque dont nul ne sait ce qu’elle est devenue.
Le 9 mars dernier, Le Monde
a publié un article sur le sujet (en ligne, il est réservé aux
abonnés du journal). Ce texte a été mis à jour le 12 mars sur le
site du quotidien. La correspondante en France de La Nación y
fait allusion dans son article de ce matin car ce scandale se tient
sur le sol d’un pays qui compte plusieurs de ses ressortissants
parmi les disparus de la dictature, notamment les deux religieuses
qui en sont les figures les plus emblématiques.
© Denise Anne Clavilier
Pour aller plus loin :
Ajout du 19 mars 2026 :
lire cet
article de Clarín
signé par une ancienne directrice de la Maison de l’Argentine par
lequel elle rappelle ce
que représente cette institution à Paris et en France
Ajout du 24 mars 2026 :
lire cet article de RFI (en français) sur ce qu'il se passe à la CIUP sous drapeau argentin