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jeudi 16 juillet 2026

Ce mois-ci, Caras y Caretas rend hommage à El Indio [Disques & Livres]

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En juillet, la revue Caras y Caretas, qui appartient au groupe Octubre comme Página/12, consacre la majeure partie de son édition à un hommage à Carlos « El Indio » Solari, éminent représentant du rock argentin décédé au début de ce mois.

Un certain nombre d’articles sont à lire sur le site Web du magazine.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lundi 8 juin 2026

Un adieu organisé par l’opposition en banlieue [Actu]

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Vendredi dernier, le gouvernement de Javier Milei et ses tristes alliés ont refusé le concours de la puissance publique à la famille de El Indio Solari pour organiser ses funérailles à la hauteur de la demande et pour assurer la sécurité des personnes et des biens, malgré les besoins plus qu’évidents. Le président de la Chambre, le gluant arriviste Martín Menem, qui n’est autre que l’un des petits-enfants de feu l’ancien président Carlos Menem, celui que Milei respecte le plus et auquel il aimerait tant ressembler, a refusé tout net de mettre à disposition de la veillée funèbre les locaux du Congrès en prétextant que ce bâtiment ne se prêtait pas à ce genre de manifestation. Ce qui est totalement faux : le Congrès a accueilli les hommages populaires et nationaux au président Néstor Kirchner en 2010, à la chanteuse et compositrice Mercedes Sosa et à Diego Maradona, quelques années plus tard. Les trois veillées ont attiré une foule immense, démonstrative et brisée de chagrin sans qu’aucun incident n’ait été à déplorer. Le bâtiment est parfait pour accueillir ce genre d’événement grâce à l’immense place qui le jouxte et où les forces de l’ordre peuvent canaliser la foule et les moyens de secours être déployés.

"Voilà à quoi nous ressemblons", dit la légende de ce dessin
de Miguel Rep, hier, sur le site de Página/12
Pour une fois, les Malouines manquent sur cette carte
où l'Argentine est couchée, le nord à droite, le sud à gauche

Devant une telle mauvaise volonté, aussi cruelle que méprisante, c’est Máximo Kirchner, le fils de Néstor et Cristina Kirchner, aujourd’hui leader d’un des mouvements péronistes (un peu extrémiste sur les bords pour être franche) et grand ami personnel du chanteur et de sa famille, qui s’est chargé de trouver une solution. Surmontant ses différends politiques et sa rivalité avec d’autres dirigeants péronistes tout aussi ambitieux que lui, il a pris son téléphone pour appeler le gouverneur de la Province de Buenos Aires puis le maire de Avellaneda, une ville de la banlieue populaire et ouvrière sur la limite sud de la capitale fédérale. Les trois hommes ont désigné à la hâte un lieu capable d’accueillir la foule et ils ont mis sur pied le dispositif de sécurité nécessaire en faisant appel aux forces de l’ordre provinciales. Le cercueil fermé, autopsie oblige, a alors été transféré au Centre Multisport Gatica de Villa Domínico, à Avellaneda.

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Samedi soir, dès que le lieu de la cérémonie a été connu, on a vu se former une file d’attente sur la route qui relie Buenos Aires au Gatica, une file longue de sept kilomètres et d’environ un million de gens de tous âges, attendant debout, à pied, de rendre un dernier hommage à l’artiste disparu, malgré la pluie et le froid qui auraient pu arrêter plus d’un pèlerin. Les fans portaient des vêtements à l’effigie de leur idole disparue, des pancartes et des banderoles pour le remercier de ce qu’il a été pour eux, certains ont dessiné son visage à même la chaussée ou sur les murs environnants, et ils ont ainsi cheminé jusqu’à la chapelle ardente où ils se sont recueillis dans le calme et une dignité à l’argentine devant un cercueil en bois aux reflets dorés au-dessus duquel flottait la mention « Indio 1949-∞ » en lettres de lumière.

A droite, les photos de la foule dans la rue
avec en bas ce visage du chanteur dessiné sur la chaussée
A gauche, les maillots d'équipes de foot que les fans
ont jeté vers le cercueil en signe d'hommage
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La chapelle devait ouvrir ses portes hier, dimanche, à 11 h du matin. Il a fallu avancer l’ouverture à 9 h et c’est seulement ce matin, lundi, à 8 h que la famille a estimé devoir conclure la veillée publique pour procéder aux obsèques proprement dites dont elle n’a révélé ni les modalités ni le lieu, afin de se réserver un peu d’intimité.

En photo principale, la foule des fans à
l'approche du Gatica
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Ce matin, l’épouse (depuis 45 ans) et le fils de El Indio ont publié sur les réseaux sociaux un texte serein et très beau pour remercier tous ces inconnus qui se sont déplacés pour rendre ce dernier adieu. Ils les invitent à faire perdurer la vie du disparu à travers sa musique à jamais vivante.

Le message de remerciement de la famille,
ce matin
"C'est fait. Toutes celles et tous ceux qui ont eu la possibilité
de venir pour lui dire adieu l'ont fait. Maintenant,
la pluie nous renvoie chez nous, pour rester dans la peine
intérieure et nous souvenir de lui comme il était : humain, infini..."
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Ce matin aussi, tous les journaux d’envergure nationale ont tenu à évoquer et à mettre à leur Une cet événement exceptionnel auquel ce gouvernement de sinistres brutes a choisi délibérément de tourner le dos.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Ajout du 15 juin 2026 :
lire cette analyse de l’historien de la musique Sergio Pujol parue dans Página/12 aujourd’hui sur ce qu’a été El Indio Solari dans le patrimoine argentin


Ajout du 10 juin 2026 :
El Indio Solari a été incinéré lundi soir au cimetière de Lanús où ses cendres ont été déposées au cours d’une cérémonie réservée à ses proches.
A ce sujet, lire l’entrefilet de Página/12
lire l’article de Clarín

samedi 6 juin 2026

« La Argentina de luto ricotero » : El Indio Solari est mort [Actu]

Comment ne pas se sentir comme ça,
dit le gros titre en hommage au texte
d'une des chansons du disparu
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El Indio Solari était un Géant à majuscule du rock argentin et comme presque toujours pour les grands artistes populaires de ce pays, sa musique était très politique, ouvertement contestataire. Vous dire qu’il était à l’Argentine ce que Johnny Hallyday était à la France serait vous mentir. Il était beaucoup plus que cela à cause de ses prises de position réfléchies et courageuses dans la vie publique, ouvertement de gauche, farouchement péronistes… Depuis très longtemps, ses concerts étaient de gigantesques événements dans des stades immenses que venait remplir une foule enthousiaste reprenant en chœur ses refrains et ses couplets. L’artiste avait 77 ans. Hier dans la matinée, son auxiliaire de vie l’a retrouvé inerte, chez lui, dans sa piscine climatisée. Il avait fait un AVC. Il est mort sur le coup. Il ne s’est pas noyé.

Intervenant brutalement au lendemain de la disparition d’une grande actrice de cinéma et de théâtre qui, nonagénaire et malade, avait quitté la vie publique depuis de nombreuses années (Chunchuna Villafañe, qui partagea la vie du chanteur Horacio Molina puis du cinéaste Pino Solanas), la nouvelle de ce décès inattendu a terrassé l’Argentine et la population s’est spontanément rassemblée sur les places centrales pour pleurer son idole et reprendre ses chansons à tue-tête. A Buenos Aires, Plaza de Mayo s’est remplie à la tombée de la nuit pour un hommage spontané.

Musique et une foule dans les rues
pour dire adieu au grand manitou du rock, dit
le gros titre sous cette photo de Plaza de Mayo hier soir
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El Indio Solari avait commencé sa carrière dans le ville universitaire qu’est La Plata, au sein d’un petit quatuor de rock qui ne tarda pas à se hisser à la hauteur des légendes, façon Beattles du monde hispanophone. La petite bande se nommait Patricio Rey y sus Redonditos de Ricota, du nom d’une spécialité italienne de pâtes fraîches enroulées et farcies à la brousse de brebis qui s’est fort bien acclimatée en Argentine en perdant l’un de ses T (1). D’où l’adjectif dont ses fans qualifient tout ce qui les réunit, à commencer par ces grands rassemblements qu’on appelle donc Misas Ricoteras (grands-messes ricotiennes) et dont ces scènes de Plaza de Mayo fournissent un excellent exemple.

Le 16 mai dernier, la UBA l’avait fait docteur honoris causa et il avait pris parti pour le financement des universités nationales que refuse Javier Milei. Il avait quitté les planches et les sonos en 2017.

"Indio Solari : une légende du rock qui
relie les générations", dit le titre
à côté de la photo de l'artiste
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Aujourd’hui, je prends conscience que depuis le début de ce blog, en 2008, c'est à peine si j'ai mentionné quelque fois El Indio parce que ce rock à grand spectacle n’est pas celui qui a mes préférences personnelles et bien entendu, ce matin, je regrette d’avoir laissé de côté ces puissants événements populaires. Parce que je ne l’ai découvert qu’au milieu des années 2010, après ma première plongée en eaux profondes dans le tango et l’histoire, je ne l’ai jamais vu que comme un homme déjà âgé et de santé très délicate (on lui a diagnostiqué une maladie de Parkinson en 2015). A dire vrai, il faisait peine à voir lors de ses rares apparitions publiques et je n’avais pas envie de vous entraîner de ce côté-là. J’avais tort.

Concert de El Indio à La Plata en 2008

Si vous feuilletez la presse argentine aujourd’hui, même si vous ne parlez pas un mot d’espagnol, vous mesurerez sans doute mieux qu’à travers ce blog muet l’ampleur du phénomène et la perte gigantesque ressentie par les Argentins à l’aube de cette triste journée de fin d’automne ainsi que la fracture qui existe plus que jamais entre la droite et la gauche. Après être resté silencieux, puis avoir fait savoir qu’il n’était pas question de déclarer un deuil national, Javier Milei a dû se raviser quelque peu car, politiquement, il ne peut sans doute pas passer à côté d’un tel séisme. Il tente donc maladroitement une petite manְœuvre, lui qui est aux antipodes de tout ce que représente l’artiste disparu : il a proposé l’immense parc thématique de Tecnópolis , abandonné par sa volonté de détruire tout ce qui était cher au cœur de Solari (et à la gauche de gouvernement), pour y accueillir la veillée funèbre qui aura lieu demain, un retard sur l’habitude dû au besoin d’assurer la sécurité de la foule comme de la famille et des amis personnels car, dans ce pays où l’on fait tout à l’improviste tout le temps, on ne peut pas improviser les obsèques de El Indio. Comme Diego Maradona, il est exceptionnel ! Les proches ont déjà averti les fans : l’organisation « est très difficile ».

Une de El País, le grand quotidien uruguayen
dont les articles ne sont plus disponibles en ligne
que pour les abonnés
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Comme à leur habitude, pris au dépourvu par la réaction de l’opinion publique qu’ils ne comprennent décidément pas, les libertariens tentent de récupérer l’émotion générale en saluant la mémoire d’un chanteur dont il est évident qu’ils ne pouvaient pas le souffrir. Quand on a rien à dire de bon dans ces occasions, on s’abstient ! Qu’ils partent donc en week-end et se taisent ! Leurs tweets sont un déversoir de grossièreté, de mesquinerie et d’indécence. Même dans ces moments douloureux, ils se montrent incapables de bien se tenir devant ceux qu’ils prétendent représenter et gouverner. Exactement comme Trump mais, lui, au moins, il a l’excuse de l’âge et, en plus, il est atteint d'une démence frontale carabinée.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :




(1) Patricio Rey n’existe pas plus que Les Rita Mitsouko, qui était en fait le nom d’un duo.