mercredi 20 août 2014

Presentación de "San Martín par lui-même" en el CCC – Ma prochaine présentation au CCC [Chroniques de Buenos Aires]

El 2 de septiembre del 2014, a las 19
en el CCC Floreal Gorini, Corrientes 1543, CABA,
presentaré mi libro,
San Martín par lui-même et par ses contemporains
("San Martín por él mismo y sus contemporaneos")
Charla en castellano

Entrada libre y gratuita
Sala Jacobo Laks, 3ro piso

Gracias por difundir a los amigos y conocidos.



San Martín par lui-même et par ses contemporains (Editions du Jasmin, mayo del 2014, Francia), es una antología de documentos históricos (aprox. 150), provenientes de distintas fuentes del siglo 19, en tres idiomas originales, en mayoría castellano y algunos en inglés o en francés. Los en castellano y inglés se pueden leer en versión bilingüe (el texto original a la izquierda, mi traducción al francés a la derecha).
En estas 384 páginas, junté a 30 autores, entre los cuales se encuentran Bernardo O'Higgins, Tomás Guido, Juan Martín de Pueyrredón, Guillermo Miller, Simón Bolívar, Basil Hall, Maria Graham, Lord Cochrane... El conjunto compone una semblanza multifacética, casi epistolaria, del Gran Capitán.

Los documentos se armaron por el orden cronológico (el de los acontecimientos), empezando en julio del 1789, cuando el jovén José de San Martín no cumple todavía los 12 añitos legales para ingresar en el Ejercito real de España. Se concluyen con la nota diplomática de agosto del 1850 avisando al gobierno de Juan Manuel de Rosas del fallecimiento del General en su casa de Boulogne-sur-Mer (norte de Francia).

Los porteños pueden descubrir mi trabajo al visitar mi página Web en francés con traducción Google si quieren (rubro "Livres") por ese link o este, o las notas que les dediqué a mis libros en este blog, haciendo clic en la tapa del que les interesará (Columna derecha de la pantalla).
Para lanzar estos dos libros y despertar la curiosidad de mis lectores de Europa, publiqué acá, en Barrio de Tango, varios documentos todos en versión bilingüe, con excepción de los de fuentes francesas o suizas ya en mi idioma nativo (1).

Dentro de unos días, podré añadir otros detalles sobre el contenido de la tarde, según como las cosas se van armando con la gente del CCC, a quien desde ya le agradezco su confianza.

En mi sitio Web (rubros Radio y Télévision), podrán escuchar varias notas que me hicieron RAE de Radio Nacional como RFI (radio pública de Francia), ambos canales en castellano.

Tapa Billiken (detalle)

La biografía de San Martín ya se encuentra desde el año pasado en las bibliotecas del CCC y el Museo del Regimiento de Granaderos a Caballo (cuartel de Palermo).

Todos los libros publicados en Francia se pueden conseguir en Buenos Aires en la librería Las Mil y una hojas (que tiene también venta en linea).

* * *
Le 2 septembre 2014, à 19 h, je présenterai en espagnol mon dernier livre sur San Martín, paru en France en mai dernier, aux Editions du Jasmin (et disponible auprès de n'importe quel bon libraire francophone notamment en zone Euro - l'éditeur peut par ailleurs faire un envoi toute destination dans le monde).
La rencontre se tiendra dans la salle Jacobo Laks, au 3ème étage, du Centro Cultural de la Cooperación Floreal Gorini, 1543 avenida Corrientes (face au Teatro San Martín), à Buenos Aires.
Entrée libre et gratuite.
Mes lecteurs francophones connaissent désormais bien l'organisation de ce blog, et la fonction de la Colonne de droite, qui comprend de nombreux raccourcis vers les séries thématiques d'articles dont ceux présentant le contenu de mes ouvrages.
De plus amples informations seront ajoutées au présent article en fonction de l'organisation de la soirée, toujours en cours, avec les responsables du CCC que je remercie encore une fois de leur confiance et de leur amitié, tout particulièrement Walter Alegre, qui ne ménage pas sa peine.


(1) El objetivo de este blog es hacer conocer y querer la cultura popular argentina a los francohablantes. En consequencia, todo o casi todo está prioritariamente dirigido a este público en su idioma. Los dos libros sobre San Martín, la primera biografía en francés (San Martín à rebours des conquistadors) y la antología de este año, tienen una sola meta: hacer descubrir, querer y conocer este prócer y luchador incansable de los derechos humanos y la ilustración que, por el presente, nos queda desconocido.

mardi 19 août 2014

A La Paila cette semaine [Chroniques de Buenos Aires]


Ce mercredi 20 août 2014, l'auteur-compositeur interprète Lucio Arce et le chanteur Facundo Radice, qui fait partie de la Orquesta Típica La Vidú, se produiront à 21 h au restaurant La Paila, Costa Rica 4848 à Palermo.
Droit au spectacle : 50 $ par personne (soit moins de 5 € au cours actuel du peso argentin).

Et vendredi, c'est le quatuor vocal féminin, Flores Negras, animé par la chanteuse Cecilia Bonardi, qui jouera, à 21h30, début du week-end oblige.
Droit au spectacle : 70 pesos.


A cela il convient d'ajouter le prix du repas, dans ce restaurant spécialisé dans la cuisine du Nord-Est argentin, du côté de Salta, Jujuy,Tucumán, une zone du pays réputé pour sa forte personnalité et sa tradition gastronomique, à base de produits andins, comme les délicieuses pommes de terre aux saveurs variées.

Donc double intérêt pour ces soirées.

A l'affiche du Festival de tango cette semaine [Chroniques de Buenos Aires]


Beau programme en vérité que celui proposé par un festival de tango malheureusement organisé en dépit du bon sens :

Demain, mercredi 20 août, à 21h, Alan Haksten se présente avec sa formation réduite, Marcapiel (fer rouge), avec son tango résolument jeune et nerveux. Ce sera à la Usina del Arte, dans la salle dite de Cámara (une petite salle intimiste), au cœur de la Boca.

Jeudi à 16h30, la chanteuse Marisa Vázquez (qu'avait-elle besoin de choisir une photo aussi vulgaire pour sa promotion ? - son talent vaut mieux que ça !), se produira dans la même, toujours en accès libre et gratuit.

Dimanche 24 août, ce sera le tour du chanteur Cucuza Castiello à 16h, avec les mêmes partenaires que vous connaissez bien désormais et le même complice vocal, le chanteur Chino Laborde, qui vient de quitter la OTFF, dont il a longtemps été la voix emblématique...


Pour en savoir plus sur le programme exhaustif, consulter la page qui lui est consacré sur le site Web de la Ville de Buenos Aires.

Noces d'argent avec le tango pour Patricia Barone et Javier González cet hiver [Chroniques de Buenos Aires]

La chanteuse Patricia Barone et le guitariste et compositeur Javier González fêtent en ce moment leurs noces d'or avec la nouvelle vague du tango, dont ils sont deux des principaux acteurs.


Ce soir, mardi 19 août 2014, ils se produisent au Festival de Tango de Buenos Aires, cette année relégué à La Boca, ce qui le rend fort peu commode d'accès, pour ne pas dire plus. Ce sera à 18h30 à la Usina del Arte, Sala de Cámara, à l'angle de la rue Caffarena et de l'avenue Pedro de Mendoza. Et pour rendre le festival encore plus impraticable (ce gouvernement municipal est décidément peu doué pour organiser ce type d'événement), il faut retirer sa place (certes gratuite) sur place une heure avant la levée de rideau. Inutile de vous dire que dans ces circonstances, la belle programmation du festival profite très peu aux gens du crû : à 17h30, un jour de semaine, au moins d'août, au creux de l'hiver, un Portègne normalement constitué est au boulot, enfermé entre les quatre murs d'un bureau de banque, d'assurance, de publicité ou de services informatiques (75% de l'activité de la ville) et il bosse...

Pour ma part, à l'heure du concert, je serai en centre-ville, à la Casa de Mendoza où se donnera une conférence qui s'annonce intéressante et dont je vous ai parlé il y a quelques jours à propos du Bicentenaire de San Martín en Cuyo. On ne peut pas être partout à la fois.

Notre couple de musiciens se produira par la suite, toujours avec le groupe qu'il anime, samedi à 20h30 à Tandíl (Province de Buenos Aires), au centre universitaire, et dimanche à Rauch, toujours dans la Province mais cette fois à 19h.
Dans tous les cas, l'entrée est libre et gratuite dans la limite des places disponibles.

Pour en savoir plus :
consulter le programme du festival de Tango de Buenos Aires sur le portail officiel de la Ville.

Retour du Tomassini-Reinaudo Project à La Trama vendredi soir [Chroniques de Buenos Aires]

Décidément, la tenue du festival cette année n'assèche pas la vie du tango ailleurs dans la ville.



C'est à La Trama, un café culturel de l'ouest de Monserrat, à l'angle des rues Luis Saénz Peña et Mexico, que le duo clarinettiste (Néstor Tomassini) et guitariste (Hernan Reinaudo), tous deux compositeurs, se produira vendredi 22 août 2014, à 22h, pour un concert de musique du Río de la Plata à forte connotation tanguera et candombera.

Je ne connais pas encore l'endroit, qui a l'air des plus cosy et agréables. On verra d'ici vendredi comment se présente la soirée. A Buenos Aires, il faut savoir adopter les usages d'improvisation tous azimuts des locaux !

On peut se connecter la page Facebook du restaurant salon de thé Mil500 qui abrite les propositions culturelles de l'espace de création qu'est La Trama.

lundi 18 août 2014

Un 17 août à Buenos Aires, ça donne à peu près ça ! [Retour sur images]

Mausolée du Général José de San Martin*
Hier, dans la cathédrale, vers 11h15

* Cette chose mastoque et inélégante,
si peu dans le goût sobre et délicat de celui dont c'est la dernière demeure,
a été concoctée en 1880 par un artiste français, le sculpteur Carrier-Belleuse.
Celui-ci n'est d'ailleurs pas le seul de mes compatriotes à avoir esquinté cette belle église.
Prospère Catelin l'avait sans doute déjà surpassé dans le moche en 1822
avec une malheureuse façade qui prétend copier La Madeleine à Paris !

Le 17 août, vous le savez désormais si vous avez l'habitude de suivre ce blog, c'est en Argentine la dernière fête patriotique de la série de quatre jours fériés qui s'étale sur l'hiver austral :
  • le 25 mai : anniversaire de la Révolution qui mit fin à l'Ancien Régime en 1810 ;
  • le 20 juin : fête du drapeau (placé là dans le calendrier, en l'honneur de Manuel Belgrano, créateur de la bannière argentine, décédé ce jour-là en 1820) ;
  • le 9 juillet : anniversaire de la déclaration d'indépendance (en 1816)
  • et le 17 août : celui de la mort du général José de San Martín, intervenue dans l'été 1850 à Boulogne-sur-Mer, en France. Même si beaucoup d'Argentins seraient bien incapables de situer notre plus grand port de pêche sur une carte de l'Hexagone (1)...

Ainsi donc hier, dimanche 17 août, c'était la fête à San Martín (et aujourd'hui, c'est un jour férié).

Suggestion de présentation, comme on dit sur les plats surgelés

Et de fait, ce n'est pas un événement triste que l'on commémore en ce long week-end. On célèbre un homme immensément populaire de son vivant et bien longtemps après sa mort. On fête le héros, sans toujours bien savoir au reste qui il était vraiment. Je suis frappée quand je suis ici de voir le peu de choses que les gens, y compris très cultivés, savent de ces grands héros et de la période révolutionnaire elle-même. On entend une stupéfiante quantité de balivernes qui ne résistent pas à trois secondes d'un examen de simple bon sens. C'est la grande différence avec ce qui se passe en Europe où le public (pour peu qu'il soit un rien motivé) sait assez bien qui ont été Charles Quint, Napoléon, Victoria ou son oncle bien-aimé, Léopold Ier, Roi des Belges. Dans l'ensemble, on connaît passablement leur vie et leur personnalité. Pour les héros argentins, il en va tout à fait autrement : les noms et les visages sont certes connus et même archi-connus pour certains d'entre eux, quelques uns de leurs hauts faits, par ailleurs surexploités, le sont aussi mais tout le reste, et notamment leur personnalité, leurs relations avec leurs contemporains, leurs prises de position dans les circonstances qu'ils ont traversées et les lieux où ils ont vécu, tout cela est noyé dans un flou savamment entretenu pendant des décennies par une classe possédante qui n'avait aucun intérêt à faire valoir que ces grands personnages avaient été d'authentiques révolutionnaires et par un enseignement de l'histoire d'une médiocrité à faire pleurer à l'école obligatoire (et même jusqu'au bac). Et je ne parle même pas de la vie privée de ces hommes et femmes illustres , car c'est un domaine où le fantasme règne en maître chez les lecteurs (qui gobent n 'importe quoi) comme chez les auteurs, dont les insuffisances feraient par comparaison passer Alexandre Dumas, Maurice Druon, André Castelot, Alain Decaux et Jean Des Cars pour des historiens dignes d'entrer au Collège de France !

Ce qui, dans les cérémonies protocolaires comme celles d'hier, nous donne à la fois le compassé des postures (chez les civils et les militaires en retraite), l'éclat des uniformes chez les militaires d'active (allié à une décontraction certaine et fort déconcertante pour nous) et des propos insondablement creux, ennuyeux à mourir mais pleins d'emphase. L'indigence historique des harangues les situe à peine au-dessus d'une leçon d'histoire d'école primaire et encore dans les petites classes (2). Et malgré ce vide sidéral, tout le monde vibre, tout le monde chante de tout son cœur et surtout chacun y trouve son compte, puisque tout le monde y met et y voit ce qu'il veut (mais j'ai tout de même entendu quelques critiques sur la médiocrité du contenu). Dans cette auberge espagnole trouvent donc encore à se loger de vieilles querelles idéologiques rancies qui se poursuivent jusqu'au pied de la statue du héros, précisément en un jour et une occasion où l'Argentine est censée se rassembler autour du Père de la Patrie.

Plaza San Martin, hier, vers 14h15.
La musique du Régiment des Grenadiers à Cheval se prépare
dans une décontraction inimaginable en pareille circonstances
en France ou en Belgique.
Pour la Suisse, je n'ai jamais vu, je ne me prononce pas...


C'est ainsi qu'une demi-heure avant le début de la cérémonie sur une Place San Martín écrasée de soleil et encore vide à l'heure du déjeuner dominical, j'ai été, sans même avoir le temps de me présenter, prise à parti par un vieux monsieur, furieux de voir une place presque vide (elle s'est remplie après) et partisan d'un silence pudique (mais coupable) sur les crimes de la Dictature. Sans même se présenter (or c'était une huile proche du commandement militaire), le voilà que se met à insulter devant moi la Présidente de son propre pays, comme si je ne pouvais qu'être d'accord et comme si c'était là l'essentiel à échanger avec une Française présente sur cette place, à cet endroit-là, à une telle heure et une telle date. C'est mal connaître, me semble-t-il, l'identité française. N'est-il pas allé jusqu'à faire mine de justifier l'assassinat de Laura Carlotto, la fille de Estela de Carlotto, dont tout le monde a enfin découvert la tragique histoire grâce à l'identification de son fils disparu à la naissance (voir mes articles récents sous le mot-clé Abuelas). Après tout, m'a-t-il lancé, ce n'était qu'une guerrillera. Sous entendu (et cela a presque été formulé ouvertement), elle n'a eu que ce qu'elle méritait (pour rappel : Laura Carlotto avait une vingtaine d'années, elle attendait un enfant, elle a été arrêtée et tenue au secret, sans jugement ni motif légal, puis torturée, privée de son nouveau-né cinq heures après la délivrance et quelques jours plus tard assassinée par du personnel militaire agissant sur ordre dans un pays signataire de la Déclaration universelle des Droits de l'homme et donc membre de l'ONU). Cela a été très dur pour moi de ne pas exploser devant cette volonté acharnée, sotte et bornée, de m'imposer ces vues d'ailleurs très désordonnées (et pourtant il se rendait bien compte qu'il y avait là de sa part une forme d'indélicatesse à mon égard), devant cette impossibilité du dialogue, devant les théories politiques fumeuses et même délirantes qu'il avançait et les injures dont il couvrait un chef d'Etat démocratiquement élu, auquel il reprochait plus que tout d'être une femme (plus sans doute que d'être péroniste). C'était pathétique. Il m'a dit avoir 80 ans (Estela de Carlotto en a quatre de plus, et elle a l'esprit nettement plus clair et plus vif que ce vieillard belliqueux).

Au-delà du scandale d'un homme âgé qui tente de justifier, sans l'ombre d'un argument, fût-il de mauvaise foi, un passé sanglant dont le pays a bien du mal à se purger, le plus surprenant était qu'à aucun moment cet homme n'a pu imaginer que ce qu'une Française venait honorer sur cette place pouvait être l'exceptionnelle contribution du général à la cause des droits de l'homme et que croyant sans nul doute honorer lui-même San Martín, ce bonhomme lui faisait l'insulte qui l'a le plus offensé sa vie durant, lui, le général vainqueur et génial qui a passé son existence à haïr les dictatures (notamment militaires) en temps de paix, a toujours vomi le recours à la violence en politique intérieure et n'a jamais ménagé aucun effort pour l'éviter en politique étrangère, donnant systématiquement la priorité à la conciliation sur l'appel aux armes, contrairement à ce que beaucoup, dont sans doute cet éprouvant vieux monsieur, pensent encore aujourd'hui.

Cette fête du Día de San Martín a donc donné lieu à un dessin de Daniel Paz dialogué par Rudy, dans l'édition dominicale de Página/12 (et qui ne doit pas avoir l'heur de plaire à mon pénible interlocuteur d'hier), un numéro spécial (très bien fait) de Billiken, la revue enfantine dont je vous parle de temps à autre et dont je me suis offert le numéro de la semaine (voir ci-dessus), un dépôt de gerbes sur la tombe du général, dans la cathédrale de Buenos Aires (ci-dessus) et un autre au pied du monument du quartier de Retiro.
Le juge Griesa (3) dit qu'il n'est pas scientifiquement prouvé que San Martín soit le Père de la Patrie et il a ordonné de soumettre Paul Singer (4) à une analyse ADN.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Le tout en images et presque en direct.


(1) Mais quels sont ceux d'entre les Français qui savent correctement situer l'île de Sainte-Hélène, où la France détient pourtant un petit bout de territoire qui lui a été octroyé par la Grande-Bretagne pour y installer un espace muséographique, tout comme l'Argentine dispose depuis 1924 de la maison où San Martín a rendu le dernier soupir et en a fait un musée extraterritorialisé à mi-hauteur de la Grande-Rue, entre port et citadelle.
(2) Le discours, délivré sans note et sans papier, par le premier vice-président de l'Institut Sanmartiniano, était un catalogue de faits militaires, sans aucune vue d'ensemble, ni considération politique (il faut le faire !) ni référence aux grands thèmes de cette vie de lutte : l'évangile des droits de l'homme (selon l'expression qu'aimait le général), la libération des esclaves, le développement technique et industriel du pays (voir le travail qu'il avait abattu à Mendoza dans ce domaine), la place accordée à la culture et à l'enseignement. Sans parler des qualités humaines du bonhomme : sa courtoisie toujours exquise, son charisme personnel, son sourire, son empathie, son enthousiasme, son courage pour vaincre la maladie... Il faut dire aussi que Buenos Aires a fêté hier le héros avec des autorités de second rang. Les personnalités de premier plan, ministre de la Défense, chef d'Etat-major, président de l'Institut (au discours brillant, clair et largement renouvelé), colonel du Régiment, tous s'étaient rendus dans les Provinces cuyaines, à Mendoza, San Juan et San Luis, en pleine célébration depuis une semaine du Bicentenaire de San Martín à Cuyo. La capitale fédérale n'avait donc gardé que les seconds couteaux ministériels et les vieilles badernes, ni très sympathiques ni guère inventives, d'un Instituto Nacional Sanmartiniano à la grand-papa, voire à l'arrière-grand-papa. Ils étaient tous tellement ridés et courbés, ils paraissaient tous si fragilisés par l'âge qu'on pouvait se demander s'ils n'étaient pas là depuis la fondation par José Pacífico Otero, en 1936. Cette célébration manquait singulièrement de responsables en poste, au zénith de leur carrière et de leurs moyens intellectuels et professionnels, pour qu'elle soit digne de la hauteur de vue et de l'imagination au pouvoir que fut l'épopée sanmartinienne de 1812 à 1822.
(3) Juge new-yorkais qui préside les négociations autour du contentieux entre la République Argentine et deux détenteurs privés de sa dette souveraine, deux fonds d'investissement qui exigent le remboursement immédiat, sans restructuration, de cette partie de la dette qu'à des fins spéculatives, ils ont rachetée aux véritables investisseurs dans l'emprunt d'Etat contracté il y a de nombreuses années par l'Argentine. Thomas Griesa est dans la ligne de mire de tous les Argentins, ou presque tous, toutes couleurs politiques confondues (sauf sans doute mon affreux de la Plaza San Martín, qui doit trouver ces gens-là fort à son goût).
(4) Actionnaire majoritaire d'un des deux fonds d'investissement nord-américains.

Un Plenario consacré à Julián Centeya ce lundi [Chroniques de Buenos Aires]

Lundi 18 août 2014, à 19h30, l'heure habituelle, la séance académique publique de la Academia Nacional del Tango se penchera sur le cas du poète Julián Centeya.



Le morceau rituel de la soirée sera la valse Betinotti, de Piana et Manzi, enregistrée par Hugo Del Carril, disparu un 13 août, il y a vingt-cinq ans. Cet enregistrement comprend une longue introduction poétique dite par Centeya lui-même, ce qu'on appelle en Argentine des glosas.
Ce premier morceau sera exceptionnellement suivi d'un autre, en l'occurrence Dios se fue de vos, de Luis Stazo et Centeya, avec des glosas de ce dernier, là encore dites par lui.

Pour le centenaire de Troilo, on regardera un extrait du long métrage, Vida Nocturna, où Pichuco interprète sa milonga fétiche La Trampera, à la tête de son orchestre (1).

Le centre de la soirée sera consacré à la présentation de la biographie de Centeya, publiée par Roberto Selles et Matías Mauricio, préfacée par Oscar del Priore. Horacio Ferrer et la fille de Julián Centeya participeront à cette petite table-ronde avec les deux auteurs.

L'espace artistique sera lui aussi consacré aux œuvres du poète qui sont assez peu connues et peu pratiquées par les interprètes actuels.

Le magazine culturel de tango Tinta Roja d'août a consacré une critique à ce nouvel ouvrage. Pour accéder à l'article (en espagnol, bien sûr), cliquez ici.


(1) A ce sujet, les personnes séjournant du côté de Tarbes ne doivent pas manquer le 21 août, après-demain, la conférence que donnera Solange Bazely sur le musicien portègne. A voir sur son blog,  Bandonéon Sans Frontières.

samedi 16 août 2014

Le bicentenaire de San Martín en Cuyo à Buenos Aires [Chroniques de Buenos Aires]


La Casa de Mendoza, bureau de représentation officielle et institutionnelle de la Province de Mendoza à Buenos Aires, accueillera deux conférences dans le cadre des célébrations du bicentenaire du gouvernorat de José de San Martín, dont j'ai déjà eu l'occasion de vous dire combien il a marqué de son empreinte toute l'ancienne Province de Cuyo et tout particulièrement la ville de Mendoza où il a vécu presque quatre ans en trois périodes distinctes (de 1814 à 1816, puis presque toute l'année 1819 et une bonne partie de 1823, jusque plusieurs mois après le décès de son épouse).

Ces deux conférences auront lieu les mardi 19 et jeudi 21 août 2014 à 18h30.
Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles.
Mardi soir sera l'occasion pour la Province de promouvoir l'un des parcours touristiques les plus emblématiques à côté des Routes du Vin, les Rutas Sanmartinianas qui passent par les Andes, pour rappeler la Traversée de la Cordilière, en janvier-février 1817, exploit grâce auquel le Chili fut libéré et qui est à l'Amérique du Sud ce qu'est à l'Europe atlantique le D-Day du 6 juin 1944.



Demain, dimanche 17 août, c'est en Argentine le Día de San Martín qui célèbre son "entrée dans la Gloire" (en termes plus prosaïques, son décès, survenu en 1850 à Boulogne-sur-Mer). Il s'agit de la dernière fête patriotique de la série hivernale, qui commence le 25 mai. Comme le jour férié qui l'accompagne est déplacé au lundi qui suit la date effective pour favoriser le tourisme intérieur, c'est un long week-end qui a commencé ce matin pour toute l'Argentine.

Dimanche à 11h, le Instituto Nacional Sanmartiniano présidera deux célébrations, la première à la Cathédrale à 11h, avec la prière des morts récitée devant le mausolée de San Martín, suivie d'un dépôt de gerbes, au pied de sa statue, située Plaza San Martín, dans le quartier de San Nicolás.

mardi 12 août 2014

Ariel Prat à la Paila [à l'affiche]


L'auteur-compositeur interprète Ariel Prat, dont je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises, surtout au sujet de ce genre à part qu'est la murga, se produira ce samedi au restaurant La Paila, un restaurant de Palermo, spécialisé dans la cuisine du nord-ouest argentin, Costa Rica 4848, à 22h.

Il est conseillé de réserver.

Droit au spectacle : 70 $ (ARG)

Le Festival de Tango de Buenos Aires commence demain [à l'affiche]


Le Festival de Tango de Buenos Aires s'ouvre demain avec un épicentre situé cette année dans le quartier pauvre de la Boca.

Après le cœur historique de la ville (quartier de San Nicolás et rue Florida), le festival avait émigré vers Recoleta, ce qui n'était guère commode à cause des transports et du coût du parking (parce que le festival est gratuit mais non pas le stationnement !). Cette année, le voilà à la Boca, qui présente des désavantages plus grands encore de ce point de vue. C'est d'autant plus ridicule que le programme officiel présente un plan de ce coin de La Boca en surlignant trois pauvres petites rues réputées sûres (en d'autres termes, il est vivement déconseillé de s'aventurer dans les autres - au lieu que la puissance publique municipale mette les moyens qui conviennent à remettre la sécurité dans le coin au bénéfice de tous). Par conséquent, le flux des festivaliers ne profitera  commercialement qu'à une poignée de restaurants et de cafés dont le programme officiel donne le nom et l'adresse, mais le quartier lui n'y verra que du feu !

Il est probable que je n'aurai guère le temps de m'y rendre vu les distances et la perte de temps que cela suppose en transports urbains quotidiens dans une ville comme Buenos Aires. Heureusement, il y a de belles choses à voir et à écouter ailleurs dans la ville, même pendant le festival de tango.

Le programme dans son intégralité, qui présente des artistes de valeur et notamment pas mal de représentants de la nouvelle vague tanguera, dispose de son espace dans le site du ministère portègne de la Culture et du tourisme.

Poignant témoignage de Pablo Gaona Miranda au procès de ses parents-séquestreurs [Actu]


L'actualité ne connaît pas de répit, surtout en hiver et c'est l'hiver dans l'hémisphère sud.

Tandis que du côté Montoya et Carlotto, la liesse se prolonge autour des retrouvailles avec Guido (qui continuera de s'appeler Ignacio) et l'intérêt médiatique qui va avec aussi, un nouveau procès se tient en ce moment contre les auteurs et les bénéficiaires du rapt d'un autre enfant, Pablo Gaona Miranda, en vue de son adoption frauduleuse pendant la Dictature militaire de 1976-1983 (voir mon article du 9 août 2012 sur l'annonce de son identification) : un couple, celui qui a adopté et élevé l'enfant, et un de leurs cousins, aujourd'hui colonel dans l'Armée argentine, celui qui leur a confié le bébé, dont l'identité exacte a été établie en 2012. Pendant la dictature, cet officier travaillait dans une garnison qui servait de centre de détention clandestin pour y séquestrer et y torturer les militants de la démocratie. Après le rapt du nourrisson, il est devenu son parrain.

Pablo Gaona a été entendu hier à l'audience et il a rendu compte du difficile combat qu'est de se reconstruire une identité après avoir aimé ceux qui l'ont élevé et qui ne sont pas ses véritables parents, disparus dans la répression. Il a raconté comment sa mère adoptive, qui se doutait bien que cet enfant ne venait pas du ciel, l'avait supplié de ne pas se manifester auprès de l'ONG Abuelas car elle supposait qu'il y avait un risque de prison, pour le parrain à coup presque sûr et pour son mari et elle de façon probable. Et c'est terrible parce que sans doute ces gens ont souffert de ne pas avoir d'enfant, qu'ils ont dû accueillir l'arrivée de ce bébé comme un immense cadeau de la vie et que rien de tout cela, quelle que soit l'ampleur de leur douleur, ne peut évidemment justifier ni excuser le crime de voler un nouveau-né puis de maquiller son état-civil pour qu'on ne retrouve jamais plus sa trace tandis que ses parents sont assassinés. De quoi faire réfléchir dans ces temps où nous sommes et où nous en arrivons à contester les principes de l'éthique sous prétexte que la souffrance de ne pas avoir d'enfant pourrait rendre légitime des pratiques pour le moins contestable : adoption contre argent, fécondation in vitro chez des adultes ayant passé l'âge de la procréation, location de ventres en particulier dans des pays pauvres (et maintenus en l'état par le système dominé par les pays riches), choix d'un donneur de sperme sur catalogue comme cela se pratique couramment aux Etats-Unis...

Pablo Gaona Miranda a aussi raconté comment ses parents nourriciers avaient réagi après qu'il leur avait présenté le résultat des analyses génétiques effectuées à sa demande mais à leur insu, quatre ans après cette terrible scène familiale. Et les réactions ont été très humaines, elles ne manquaient, à ce qu'il dit, ni d'émotion ni d'empathie envers ses vrais parents assassinés et dont ce couple semblait ignorer à peu près tout, tout en ayant tout soupçonné.

Difficile travail que de juger dans un cas pareil. Et rude devoir pour cet homme jeune que de témoigner dans de telles conditions.

Pour en savoir plus sur cette intervention judiciaire, lire l'article paru ce matin sur Página/12.

dimanche 10 août 2014

Il y a deux cents ans aujourd'hui, San Martín devenait gouverneur de Cuyo [Actu]


Il y a deux cents ans aujourd'hui, le 10 août 1814, Gervasio Posadas, Directeur suprême des Provinces Unies du Río de La Plata, signait le décret qui nommait José de San Martín gouverneur de la Province de Cuyo (1). C'est le seul poste politique qu'ait jamais sollicité cet homme d'Etat qui n'aimait pas exercer le pouvoir. Mais pour parvenir à ses fins, la libération de tout le continent sud-américain, San Martín était persuadé qu'il fallait tenir Mendoza et de là, passer d'abord au Chili d'où il pourrait rejoindre par mer Lima, qui était inatteignable par les montagnes de l'actuelle Bolivie, alors Haut-Pérou.

En cet hiver 1814, San Martín relevait de maladie. Des symptômes très spectaculaires, qui avaient fait craindre à tous les témoins sa mort prochaine, l'avaient abattu à Tucumán, où il était allé réorganisé l'Armée du Nord, humiliée par plusieurs défaites consécutives, sous les ordres du général Manuel Belgrano, juste après la très grande victoire de Salta (voir mon article du 20 février 2013 sur cette bataille et la fastueuse célébration de son bicentenaire). En compagnie de son ami Tomás Guido, il avait mis à profit sa convalescence, passée à Córdoba, pour construire son plan stratégique pour sa campagne continentale, qui était la première raison de son retour, en mars 1812, sur la terre qui l'avait vu naître le 25 février 1778. A Córdoba, on lui avait proposé le gouvernorat de la province qu'il avait refusé. Il ne pensait qu'à Mendoza et il obtint Mendoza, qui verrouillait l'accès aux cols andins.

Pendant deux ans, de 1814 à 1816, San Martín s'est employé à organiser son expédition vers le Chili, qui dès octobre 1814, quelques semaines après son arrivée dans la capitale provinciale, était retombé sous la coupe des pro-Espagnols, qui exerçaient une répression cruelle sur les populations locales. Pourtant, à travers l'économie de guerre qu'il imposa, d'une main de fer dans un gant de velours, à toute cette vaste province, aujourd'hui divisée en trois entités distinctes, Mendoza, San Juan et San Luis, il sut développer toute la zone et tirer parti de ses particularités. Non seulement il fonda une industrie de guerre, avec fabrique de poudre, fonderie de canons et arsenal complet, mais, lui qui avait grandi en Andalousie, à Cadix et Málaga, il contribua puissamment à améliorer aussi les rendements et la valorisation commerciale des produits agricoles, qui font encore et toujours la réputation de cette région : huile d'olive, vin et fruits (abricots et raisins secs, pruneaux, pommes et poires séchées cuyains jouissaient d'une excellente réputation dans tout le pays et pouvaient être exportés vers l'Angleterre ou les Etats-Unis).

Ses deux ans à la tête de Cuyo ont profondément marqué le pays qui s'en souvient encore deux cents ans après. Et bien entendu, le comble de l'honneur pour Mendoza, San Juan et San Luis aura été d'avoir réalisé et réussi la traversée des Andes à l'été 1817, car c'est bien à des Cuyains en grande majorité que les Sud-Américains doivent l'éclatante victoire de Chacabuco, au Chili, le 12 février 1817 (voir mon article du 12 février 2014 et celui du 16 novembre 2012 et les documents publiés dans San Martín par lui-même et par ses contemporains, qui en traitent) (2).

Depuis quelques semaines, la Province de Mendoza est entrée dans les célébrations du Bicentenaire de cet épisode clé des guerres de l'indépendance, bicentenaire qui s'étalera jusqu'en 2016. Malheureusement, l'anniversaire est quelque peu éclipsé dans les journaux locaux par l'actualité municipale (le maire de Mendoza est décédé il y a deux jours et il vient d'être remplacé) et une actualité nationale très chargée, avec bien entendu le conflit des hedge funds, les ennuis judiciaires qui pleuve sur le vice-président Amado Boudou, l'identification du 114ème petit-enfant de Abuelas, sans oublier le Día del Niño, et sa myriade de cadeaux pour les chères têtes blondes, et tous les matchs de foot du week-end, d'autant qu'il n'y en a eu aucun le week-end dernier pour cause de deuil à la AFA (voir mon article sur le sujet).

Néanmoins, Los Andes et Diario San Rafael font mémoire de l'événement. Et l'Université Nationale de Cuyo prépare pour les 21 et 22 août un beau congrès d'histoire, ouvert au grand public, et consacré à ce thème tout à la fois national, international et régional. Diario Uno en a annoncé le programme il y a quelques jours.

De surcroît, dans une semaine, le 17 août, ce sera comme tous les ans le Día de San Martín, puisqu'on célébrera partout en Argentine le jour de son passage à l'immortalité, comme on désigne solennellement le décès lorsqu'il s'agit d'un personnage exceptionnel (Belgrano, San Martín, Rosas, Carlos Gardel...).



(1) Ce décret de Posadas fait partie des textes présentés, en version originale avec traduction en français, dans San Martín par lui-même et par ses contemporains, Editions du Jasmin, mai 2014.
(2) Les documents historiques que j'ai présentés dans ce blog dans le cadre de la présentation de mes deux ouvrages sur San Martín ne sont pas reproduits dans l'anthologie bilingue publiée cette année. Devant l'abondance des documents qui nous sont parvenus et leur intérêt historique, j'ai souhaité ne pas me répéter d'un support à l'autre.

Estela raconte son rêve éveillé [Actu]

L'intérêt du public ne décroît pas en Argentine. La réaction des habitants de Tolosa à La Plata, où vit Estela de Carlotto, la présidente de Abuelas de Plaza de Mayo, a dépassé l'imagination. Il semblerait que ce qui se joue ne soit pas l'effet d'une curiosité malsaine sur un fait divers sentimental et privé. Ce qui se passe a toutes les apparences d'avoir une portée symbolique pour toute la nation.


Les sondages révèlent en effet que 80% des Argentins se sentent heureux de ce qui vient de se passer. C'est tout à fait inattendu car l'opposition ne portait pas jusqu'à présent ni Estela ni les Grands-Mères dans leur ensemble dans leur cœur, or l'opposition, toutes tendances confondues, c'est sans doute un peu plus de la moitié de la population, même si le scandale des fonds spéculatif à New York a sans doute, juste avant les retrouvailles avec Guido (ou plutôt Ignacio), resserré les rangs.

A son insu et à l'insu de tous, grâce à son visage charismatique, le calme avec lequel elle s'explique et qu'elle ne perd jamais, avec toutes ces années pendant lesquelles elle a stoïquement assuré les aspects institutionnels de cette lutte, il est probable que Estella de Carlotto ait incarné quelque chose qui restait dans le domaine de l'impensé ou de l'indicible collectif pour une (grande) partie de la population argentine, car les militants des droits de l'homme sont en Argentine une petite minorité, très agissante, plutôt efficace et très visible mais très réduite. Maintenant que cette tragédie se trouve réparée, à travers une famille emblématique, peut-être un nœud s'est-il dénoué dans le pays. Sans doute doit-on beaucoup à la qualité humaine des acteurs de l'événement, Estela, Ignacio (Guido), toute la famille Carlotto et toute la famille Montoya, car ces gens montrent une dignité admirable et un grand bon sens mais il n'en reste pas moins que l'événement intervient quelques jours après ce qui aurait pu être vécu comme une humiliation internationale (et il semble que ça ne l'ait pas été) (1) et un an et demi après l'élection d'un pape argentin, ce qui avait déjà bousculé et continue de bousculer beaucoup de comportements collectifs. Et cerise sur le gâteau, et ça compte dans la porté symbolique, l'identification s'est produite à l'avant-veille d'une fête très familiale, le Día del Niño (c'est aujourd'hui même), où les gamins sont couverts de cadeaux, ce pour quoi depuis plusieurs jours tous les magasins débordent de jouets et font assaut d'opérations commerciales en tout genre pour attirer la clientèle. Ce qui ne peut que favoriser l'identification consciente ou inconsciente de tous les parents, jeunes ou vieux, à cette famille qui se reconstitue (2).

Peut-être l'heure a-t-elle enfin sonné pour le peuple argentin, près de 31 ans après le retour de la démocratie, d'assumer pleinement le passé, de le dénoncer d'un commun accord et de récupérer l'honneur et la fierté nationaux. En tout cas, le traitement de l'affaire que l'on trouve dans les journaux d'opposition et la plupart des journaux régionaux, qui auraient pu n'y voir qu'une affaire bonaerense parmi d'autres, ne manque pas d'interpeller l'observatrice que je suis, car je ne suis qu'une observatrice, quelle que soit la part d'empathie que j'investis dans ce travail (qui n'est pas réalisable sans elle).

Cette ouverture vers un avenir pacifié est en tout cas ce qui ressort très simplement des confidences que Estela de Carlotto a faites à Página/12, qui publie l'interview ce matin, en tête de liste d'une demi-douzaine d'articles de fonds sur le même sujet. A lire en espagnol dans le texte (en vous appuyant le cas échéant sur le traducteur en ligne Reverso, dont vous trouverez le lien permanent en bas de la Colonne de droite). Alors que je suis toujours censée prendre du repos avant mon séjour de rude labeur à Buenos Aires, le temps me manque aujourd'hui pour traduire cet article dans son intégralité même s'il mériterait largement d'être mieux mis à la disposition des francophones.
Parmi ces six articles intéressants, il y en a un particulièrement émouvant : celui de Marta Dillon qui raconte l'histoire depuis la découverte des restes de Laura Carlotto, la maman disparue, tout en parvenant à rendre son récit poétique sans tomber dans le macabre. Là aussi, c'est un signe que ce qui se passe ouvre l'avenir beaucoup plus qu'il ne pousse le passé sous le tapis. Ignacio Hurban a parlé de travail de cicatrisation et l'expression est sans nulle doute la bonne. C'est tout le contraire qui semble se produire alors que l'opposition au travail des Grands-Mères et des Mères préconisaient, sans le dire ouvertement, une sorte de "devoir d'oubli", comme on l'a pratiqué en Espagne après la fin du franquisme et dont peu à peu un certain nombre de survivants du drame réclament maintenant la levée, quarante ans après les derniers crimes.



A lire aussi l'article de La Nación sur le récit fait par la Présidente Cristina de Kirchner au sujet du dîner qu'elle a partagé avec Estela et Ignacio et d'autres personnes impliquées dans ce dénouement. L'article est sans sarcasme, sans pique, sans critique aucune. Un jour à marquer d'une pierre blanche, encore une fois. Et l'article de La Prensa sur le même sujet est encore plus chaleureux et enthousiaste...


(1) Le ministre de la Défense a d'ailleurs fait ouvertement le lien entre les deux en déclarant que la joie apportée par l'identification de Guido donnera à l'Argentine la force de continuer à lutter contre les deux fonds qui cherchent à faire des bénéfices sur le dos d'un pays souverain étranger. Les autorités financières argentines ont d'ailleurs formellement demandé à la SEC des Etats-Unis d'enquêter sur les pratiques douteuses autour de la déclaration du défaut argentin qui a déclenché le paiement d'indemnisations records pour les fonds spéculatifs qui s'étaient portés devant la justice de New York. Voir l'entrefilet de La Prensa sur le sujet.
(2) Les Argentins auraient dépensé entre 300 et 500 pesos en moyenne pour offrir des cadeaux aux enfants, selon La Prensa. C'est pas mal !

Tango Por los caminos del Vino : un nouveau festival au CCC [à l'affiche]


La Province de Mendoza vient lancer à Buenos Aires, au CCC Floreal Gorini, la cinquième édition de son festival de musique urbaine, Tango por los Caminos del Vino, qui mêle le tango et les routes du vin dans cette province dont le produit de la treille est l'un des atouts majeurs, sur le plan économique, gastronomique et touristique.

Il y aura cette année 21 concerts, du 14 au 23 août, un peu partout sur le territoire provincial. Hommage à Astor Piazzolla et Francisco Colombo, bandonéoniste mendocin.

Ce festival présente un caractère solidaire (la majorité provinciale est kirchneriste).
Le prix d'une entrée pour deux personnes à un concert : une caisse de lait pour une institution de protection de l'enfance, la fondación Conin. Le tout dans les grandes caves productrices, le musée national de la vigne et du vin de Maípu (la ville argentine, à ne pas confondre avec l'homonyme chilienne, celle de la bataille), différents hôtels de luxe dans les Andes, l'Œnothèque et le théâtre Independencia (tous deux dans la capitale provinciale), etc.
Les places sont à retirer au Ministère de la Culture de Mendoza, à partir de mardi prochain (12 août) de 9h à 13h (esquina Gutiérrez y España). Programme détaillé sur le blog Tango City.

Et pour le lancement, on vous attend à Buenos Aires, Corrientes 1543, dans la salle Osvaldo Pugliese, mercredi 13 août 2014, à midi. En présence de monsieur le Gouverneur, qui s'est déplacé pour l'occasion ! Il y aura des discours, des dégustations de vin et de la musique vivante grâce à Victoria Di Raimondo et Hernán Reinaudo, que l'on retrouvera quelques jours plus tard au Festival de Tango de Buenos Aires dont le programme se trouve sous ce lien.

samedi 9 août 2014

Première interview du Pape François à une radio argentine [Actu]

En gros titre :
"Ce qui fait le plus de mal, c'est de commérer les uns sur les autres"
Remarquez en bas à gauche
la manchette sur Estela de Carlotto et son petit-fils (enfin) retrouvé

Cela s'est produit hier, vers midi, au lendemain de la grande fête argentine de San Cayetano, sur une radio associative (radio comunitaria) paroissiale de Campo Gallo, petit village perdu dans la montagne de la Province de Santiago del Estero : Radio Parroquial Virgen del Carmen.
Campo Gallo se trouve dans le diocèse de Añatuya, ce même district où est, le 1er novembre 1907, né Homero Manzi, le poète qui a écrit ce magnifique tango qu'est Barrio de Tango (composé par Aníbal Troilo). L'interview intervient à un moment où le diocèse se mobilise pour la cause de canonisation de son premier évêque, un père rédemptoriste nommé Jorge Gotteau.

L'émission est animée par deux prêtres, dont l'un a été ordonné par le cardinal Jorge Bergoglio, deux prêtres du diocèse de Buenos Aires, envoyés par le futur pape pour aider à désenclaver les communautés catholiques de cette zone rurale du nord aux infrastructures insuffisantes. Le Pape François profite de son emploi du temps un peu allégé de l'été pour cette opération marquée au sceau d'un travail pastoral innovant et imaginatif, qui fait souffler un courant d'air frais sur une Eglise qui, dans nos pays développés, en avait le plus grand besoin.

L'interview en direct par visioconférence satellitaire, sur appel de l'évêque de Rome depuis une salle de la Maison Sainte Marthe, a duré une bonne vingtaine de minutes. Elle s'est déroulée dans le tutoiement habituel entre ces trois hommes qui se connaissent depuis très longtemps, bien avant l'élection de mars 2013. Elle a été relayée en direct par plusieurs canaux à travers tout le pays, principalement la radio catholique pan-argentine Panorama et la télévision publique nationale, Canal 7 (dans une édition spéciale du journal télévisé). Tant et si bien que le petit village de montagne est devenu hier l'un des deux centres du pays, l'autre étant bien sûr, à Buenos Aires, rue du Vice-roi Cevallos, le siège de Abuelas où devait se tenir un peu plus tard dans la journée la conférence de presse du petit-fils n° 114, celui de Estela de Carlotto. Pour l'occasion, Campo Gallo avait pavoisé ses rudes rues montagnardes aux couleurs pontificales et plusieurs journaux locaux avaient annoncé la nouvelle depuis quelques jours.

La Nación reprend aujourd'hui, en vidéo, sur son site Internet une émission de plus de 2 heures sur l'événement.
Diario Panorama, organe catholique pan-argentin, reproduit lui aussi l'intégralité de l'interview avec la vidéo Canal 7 de 24 minutes, à la fin de laquelle on entend très nettement l'interruption un peu abrupte de la communication, côté Vatican.


Vidéo disponible à l'heure où je mets en ligne cet article.
Il est possible que Canal 7 ou Panorama la retire du Web sans préavis
Pour la regarder avec plus de confort, reportez-vous au lien vers Panorama (ci-dessous)

Pour en savoir plus :
lire l'article sur l'interview dans El Liberal, le journal provincial
lire l'article sur Campo Gallo dans El liberal
lire l'article de La Nación, dans lequel est intégrée la longue vidéo (un vrai bonheur si vous souhaitez découvrir l'Argentine au rythme et au son des Argentins – de l'anti-produit touristique comme on en fait peu, avec un peu de rock nacional pour assaisonner le tout : à déguster accompagné d'un bon mate, surtout si vous êtes actuellement sous un ciel gris de ce mois d'août quelque peu frais et pluvieux sur l'Europe atlantique)
lire également l'article de Diario Panorama, vidéo incluse (ci-dessus).
On peut y constater que l'interview a été longuement préparée puisque le Pape lit ses déclarations (très probablement pour limiter les risques de perte de temps et donc de dépense excessive – ça coûte cher, les visio-conférences). L'extrait audio de 10 mn (téléchargeable gratuitement) est de meilleure qualité que ce qu'a pu publier Radio Vatican (lien ci-dessous).

Pour quelque chose de plus concentré sur l'événement lui-même et toujours en espagnol d'Argentine, consultez cette page de Radio Vatican, en espagnol, avec un court extrait audio de l'interview (téléchargeable également) et une transcription écrite complète de l'entretien. Le son n'est pas d'une grande clarté, il est parfois un peu difficile de comprendre exactement ce que dit le Pape (mais vous pouvez vous appuyer sur la transcription).
Il est possible également de se reporter à l'article de Radio Vatican en français, beaucoup moins complet.

Il y a quelques jours, les services de communication pontificaux ont fait le minimum syndical sur l'interview accordée à Clarín, que ce quotidien a bizarrement sabotée en l'exploitant très peu et très mal (voir mon article du 29 juillet 2014). Aujourd'hui, on retrouve le traitement ordinaire d'une interview papale, avec reprise intégrale du contenu...

La liesse et l'agitation médiatique continuent autour de la plus célèbre grand-mère d'Argentine [Actu]

L'étreinte a été demandée à grands cris par les journalistes,
avides de capter La photo !

Ignacio Hurban a fait sa première apparition publique, au siège de l'ONG Abuelas de Plaza de Mayo, entouré de sa grand-mère, la présidente de l'association, Estela de Carlotto, et de toute sa famille, à l'exception de quelques membres de la branche Montoya, dont sa grand-mère paternelle, qui, à 91 ans, vit en Patagonie. Il a souhaité que l'on continue à l'appeler du nom que ses parents adoptifs lui ont donné, sous lequel il a vécu depuis sa naissance et pendant trente-sept ans.

Il a répondu aux questions, parfois limite idiotes (1), de journalistes surexcités, expliquant qu'il espérait que le retentissement de son identification puisse aider à se faire connaître toutes les personnes de sa génération qui ont des doutes, des doutes qu'elles ont du mal à reconnaître et à accepter. Tout le monde a à présent pris conscience du caractère catalyseur de cette identification-là, parce que la personne de Estela a focalisée sur elle une quantité d'affection que l'on ne s'imaginait pas jusqu'à présent mais que les événements depuis mardi font paraître au grand jour.
Comme presque tous les autres petits-enfants identifiés, il a souligné la délicatesse et la discrétion avec lesquelles les gens sont reçus chez Abuelas, s'est dit soulagé et heureux comme d'un devoir accompli, il a ajouté qu'il avait conscience d'avoir ainsi participé à un "travail de cicatrisation" de blessures profondes dans un épisode tragique de "notre" histoire. Il a déclaré avoir compris d'où lui venait sa vocation de musicien, lui qui a été élevé par un couple de travailleurs agricoles sans aucun lien avec l'art, puisque son père biologique, Walmir Oscar Montoya, était lui-même musicien, et il a défini la musique comme une forme d'engagement politique – un propos que peu de musiciens pourraient tenir dans nos vieilles démocraties mais qui s'avère très exact dans un pays neuf et tourmenté comme l'Argentine.



Il a beaucoup plaisanté sur la situation qu'il affrontait depuis mardi, sur l'entretien d'hier avec la Présidente ("je la voyais à la télévision et brutalement, j'étais là à parler avec elle et même il me semblait qu'elle parlait avec moi"), avec cette nouvelle famille qui lui tombe du ciel à l'improviste et qu'il trouve très nombreuse, lui qui a été élevé tout seul à la campagne, sur les réactions qui étaient les siennes entre 2010 (année où il a commencé à avoir des doutes) et mardi, lorsqu'il envisageait qu'il pouvait être fils de disparu. Sa femme lui trouvant quelques traits de ressemblance avec Estela de Carlotto, il blaguait autour de l'idée de tant qu'à être fils de disparus, autant que ce soit être petit-fils de Estela. Il a conclu : "Faites attention avec vos souhaits, des fois ils s'exaucent !"

Malgré l'agitation des journalistes, qui s'agglutinent autour de la table comme pour le toucher, l'attitude de tous les intéressés, eux, est très apaisante. Il se dégage de tout cela une impression de cordialité bon enfant et d'authenticité très rare dans notre monde de la communication surexposée.


Pour en savoir plus;
lire l'article de La Nación, qui propose aussi un extrait vidéo de la conférence de presse
lire l'article de Página/12, qui retranscrit le plus fidèlement le déroulement de l'interview, là où les autres journaux donnent davantage dans le sensationnel.
Il y a quelques jours, le Pape François a réagi avec la même émotion que tous les Argentins à la bonne nouvelle venue de Buenos Aires (article en français de Radio Vatican).


(1) "Tu as été arraché aux bras de ta mère cinq heures après ta naissance. As-tu des souvenirs ?"