lundi 24 novembre 2014

Mar del Plata prépare l'été et fait son cinéma [à l'affiche]


Du 22 au 30 novembre 2014, Mar del Plata est pour la 29ème édition la capitale argentine et sud-américaine du cinéma. Le festival a soixante ans cette année et présente une importante sélection internationale, avec une large place laissée aux films argentins et latino-américains.

Un événement qui va être relayé toute au long de la semaine dans les grands quotidiens nationaux, dont vous avez les liens permanents dans la rubrique Actu de la Colonne de droite.

Le Festival Internacional de Cine de Mar del Plata est sur Facebook et dispose d'un site Internet particulièrement développé, bilingue espagnol-anglais. Vous admirerez au passage l'élégant lion de mer qui sert de mascotte emblématique à ce festival de l'Atlantique sud, quand Berlin exhibe un ours et Venise un lion (de terre), celui de son saint patron, l'évangéliste saint Marc.

Comme le fait son homologue cannois pour la Côte d'Azur, le festival marplatense marque le coup d'envoi de la saison estivale sur la côte (1) argentine.


(1) à ne pas confondre avec le Litoral. En Argentine, le Litoral est une région du nord du pays et se réfère aux rives de deux fleuves, le Paraná et l'Uruguay, qui forment à la hauteur de Buenos Aires le Río de la Plata.

dimanche 23 novembre 2014

Avant-dernière dédicace 2014 au Salon du Livre africain de Clichy-la-Garenne [ici]


Les Editions du Jasmin, installées dans la ville de Clichy, participeront le premier week-end de décembre au Salon du Livre jeunesse africain et caribéen, organisé à Clichy par l'association D'un livre à l'autre, les vendredi 5 décembre 2014 après-midi et le samedi 6 décembre, dans la salle Heidenheim, 6 place du Marché (M° Mairie de Clichy).

L'Afrique du Nord et subsaharienne est en effet amplement représentée dans le catalogue du Jasmin, pour la jeunesse comme pour les adultes, et la culture des Antilles y a aussi une place, au milieu des univers orientaux et occidentaux, des contes, des albums illustrés, des essais et des romans, allant de 9 ans à 99 ans et plus si affinité. Pour connaître cette maison d'édition qui sort une quinzaine d'ouvrages par an, n'hésitez pas à consulter son site Internet. Vous pouvez commander tous les titres chez n'importe quel libraire qui connaît son métier, au moins dans la zone francophone (dans une autre langue, l'obstacle linguistique est parfois fatal).

Lieu idéal que ce salon pour présenter Tango Negro, dont j'ai publié la version française en avril 2013 (traduction et commentaires du manifeste de Juan Carlos Cáceres sorti à Buenos Aires en juin 2010). Mais mes autres livres y seront aussi : Barrio de Tango, parce qu'il constitue, pour le public francophone, un important complément aux thèses soutenues par Cáceres et les deux ouvrages sur José de San Martín, ce héros des droits de l'homme, fervent abolitionniste de l'esclavage en terre américaine qui sut mettre en pratique ses convictions partout où il passa avec son armée pour libérer le continent du joug colonial et de l'Ancien Régime, San Martín à rebours des conquistadors et San Martín par lui-même et par ses contemporains (1).

L'entrée est libre et gratuite. Conférences, tables-rondes et musiques sont au programme.
Restauration africaine et caribéenne disponible sur place.
On vous attend nombreux.

Pour en savoir plus :


(1) La communication académique que j'ai présentée à ce sujet à Mendoza le 12 septembre dernier fera très bientôt l'objet d'une publication en espagnol en Argentine. Sans doute à l'automne de Buenos Aires, après la rentrée générale du 1er mars 2015.

vendredi 21 novembre 2014

L'appel du Pape François à la FAO retentit dans son pays [Actu]


Hier matin, le Pape François a visité la FAO qui tient en ce moment sa deuxième conférence mondiale sur l'alimentation. Il y a lancé un appel à réviser de fond en comble les circuits de production et de distribution pour que les denrées alimentaires (qui existent en abondance pour tous) soient équitablement accessibles pour tous, puisque ce ne sont pas des marchandises comme les autres, sur lesquelles les hommes aient le droit de spéculer comme ils le font aujourd'hui.

Avec l'art des phrases bien tournées qui est le sien, il a insisté sur le fait que les pauvres exigeaient la dignité et ne demandaient pas l'aumône. Il a aussi invité la communauté internationale à prendre soin de la création, dont il a parlé en bon Argentin qu'il est, laissant transparaître la notion de Pachamama (1), citant la sagesse d'un vieux monsieur rencontré il y a plusieurs années et qui lui avait déclaré : "Dieu pardonne toujours, les hommes pardonnent parfois mais la Terre ne pardonne jamais."
Les deux phrases ont été chaleureusement applaudies par les délégations.

Et comme ce premier discours a été tenu en espagnol, ce matin les journalistes argentins s'en régalent dans le texte et ne cachent pas la fierté nationale qui les saisit devant ce discours tenu dans la langue du pays devant une instance internationale.
Certains quotidiens préfèrent néanmoins mettre en avant des spéculations tapageuses sur la sécurité du Pape, la mafia, les méchants drones et les vilains loups solitaires que redouteraient Garde Suisse et Gendarmerie pontificale. C'est le cas de La Nación et de Clarín, mes lecteurs accoutumés l'avaient deviné.

Le second discours, en italien, a été délivré devant le personnel de la FAO dans une salle adjacente.

Dans quelques jours, le Souverain Pontife s'adressera au Parlement européen. Il sera intéressant de voir comment la presse argentine rapporte ses propos et son déplacement.

Sur le discours du Pape :
En français, vous pouvez accéder aux informations du Vatican qui donnent un résumé des propos du Pape et renvoie à sa traduction italienne (pour le texte intégral) avec vidéo (donc en espagnol) (2).
Texte intégral du discours en espagnol (sources Vatican).


(1) La Pachamama est un terme qui désigne la terre (presque) déifiée telle qu'on la connaît dans le Nord de l'Argentine où il s'agit d'une notion aborigène.
(2) La vidéo commence avec la fin du discours de la reine d'Espagne, doña Letizia.

En visite à Salta, Evo Morales revisite son enfance [Actu]

Le président bolivien Evo Morales est en visite dans le Nord de l'Argentine où il a vécu au sein d'une famille indienne immigrée dans l'enfance. Lorsqu'il est arrivé en Argentine, à l'âge de six ans, il ne parlait pas encore un mot d'espagnol et c'est en Argentine qu'il a appris à lire et à écrire grâce au système scolaire public, dont les Argentins sont si fiers.

Evo Morales et son ancienne institutrice (photo Télam)

Hier, il a revu son institutrice à Salta.

Aujourd'hui, de nombreux Boliviens sont des réfugiés économiques en Argentine et ils ne sont pas toujours ni partout les bienvenus. Surtout dans les grandes villes où la xénophobie fait des ravages dans certaines classes sociales défavorisées.

Il serait bon que cette visite améliore l'accueil des étrangers là où celui-ci est si détérioré.

Pour aller plus loin :

jeudi 20 novembre 2014

Bonne nouvelle patrimoniale : le CEPAN prend en charge la Confitería El Molino [Actu]

Une photo d'archive non datée,
avant la pose des ailes de moulin sur le pan coupé

Le CEPAN, Centre d'Etudes du Patrimoine architectural national, organisme nouvellement créé au sein du tout récent Ministère de la Culture, dirigé par Teresa Parodi, a annoncé à la fin de la semaine dernière qu'il prenait possession d'un vénérable chef d'œuvre Art Nouveau qui fut une grande institution bourgeoise du centre de Buenos Aires : la Confitería El Molino. Ce café-salon de thé-restaurant chic avait été fondé au milieu du XIXème siècle dans un autre endroit de la ville, plus ancien, et il y a un siècle, son patron, le pâtissier Cayetano Brenna a eu la bonne idée d'aller s'installer à côté du Congrès. C'est là, de l'autre côté du trottoir latéral, que l'immeuble dresse l'élégante et impressionnante structure de fer qui lui donne son cachet inimitable et dont on doit les plans à l'architecte italien, d'origine piémontaise, Francisco Terencio Gianotti, né en 1881 à Lanzo, au Piémont, et décédé à Buenos Aires en 1967 (1). Le bâtiment que l'on connaît aujourd'hui et dont quelques pans menacent de tomber sur la chaussée (2), a été construit de 1914 à 1916 par l'entreprise GEOPE et il est entré en fonction en 1917, l'année même où Carlos Gardel devenait le premier chanteur de tango de l'histoire, sous la première présidence de Hipólito Yrigoyen, une période fastueuse et démocratique qu'on appelle la République Radicale (1916-1930).

La fléche dans un état récent, sans les filets de protection
On voit très bien les ailes de moulin qui servaient d'enseigne

Hélas depuis de très nombreuses années et malgré un emplacement idéal en plein centre-ville, le salon de thé a fermé ses portes et le bâtiment, noirci par la pollution et les intempéries (il pleut autant à Buenos Aires qu'à Londres), se dégradait irrémédiablement, laissé à l'abandon complet par ses propriétaires, de nombreuses fenêtres éventrées... Un spectacle de désolation en pleine ville.

Et pourtant l'édifice avait été déclaré monument historique national en 1997.

Vendredi dernier, le Congrès national argentin a voté l'expropriation du bâtiment et l'a confié au CEPAN, qui a maintenant la mission de le restaurer dans sa splendeur première. Il va falloir faire appel à de nombreux corps de métier car les techniques d'architecture d'intérieur sont nombreuses : colonnes à stuc, appliques en bronze pour les luminaires, vitraux et mosaïques.

Le bâtiment dans son environnement.
La coupole verte est celle du Congrès (vaguement inspiré du Congrès des Etats-Unis)
Les voitures jaunes sont des taxis.
Dans le centre de Buenos Aires il y a plus de taxis que de voitures particulières.

On pourra peut-être un jour, dans quelques années, commander à nouveau un submarino et une medialuna assis dans ce luxueux décor, face à Plaza del Congreso et sa statuaire patriotique monumentale.

Pour en savoir plus :
connectez-vous à la page Facebook du CEPAN
lisez son très riche blog institutionnel (il s'agit de la page d'une émission de la Télévision publique intitulée Patrimonio y Nación - Memorias del futuro, qui rassemblent sous forme de moyens métrages mis en ligne sur Youtube l'intégralité des documentaires – un vrai régal pour découvrir le patrimoine du pays, du nord au sud, d'est en ouest. Un seul inconvénient : il faut bien entendu maîtriser l'espagnol pour comprendre le commentaire).
lire la fiche consacrée à Gianotti sur le site argentin Arquitectura.


(1) Buenos Aires lui doit plusieurs des immeubles qui font son identité architecturale si bigarrée, notamment les Galerías Güemes qui donnent sur la rue Florida, un des bâtiments les plus baroques de la Diagonal Norte (à l'angle avec Florida). Plusieurs de ses œuvres ont malheureusement été démolies au fur et à mesure que la ville se développe. Buenos Aires comme toute l'Argentine commence à peine à concevoir qu'elle dispose d'un patrimoine qui la distingue de n'importe quelle autre ville et qu'il convient de le protéger.
(2) En août dernier, j'ai eu le cœur serré en passant non loin de là pour me rendre à un rendez-vous et donc sans avoir le temps de m'arrêter (encore que en Argentine, arriver en retard est à peine mal élevé). L'immeuble était tout emmailloté dans des filets d'un gris crasseux et isolé du trottoir, d'ailleurs impraticable, par des palissades protectrices. des morceaux de revêtement étaient accrochés dans les filets et des plâtras jonchaient sur la partie découverte du trottoir comme on aurait pu en voir pendant des travaux. Et pourtant il n'y avait absolument aucune activité. Un véritable crève-cœur.

Fête communautaire de défense du quartier Marechal [à l'affiche]



A partir de ce samedi 22 novembre 2014, une quinzaine festive s'empare du sud du quartier de Balvanera à Buenos Aires, autour de l'école Mariano Acosta. Cette manifestation est née le 27 avril 2013 comme une opération de reprise en main du quartier par ses habitants et elle a été placée sous l'autorité intellectuelle d'un grand écrivain argentin, Leopoldo Marechal, qui avait fréquenté les bancs de l'école Mariano Acosta dans ce même quartier. L'année dernière, ce circuit avait été déclaré d'intérêt éducatif et culturel par la Legislatura de Buenos Aires et affichait une marraine d'exception, la chanteuse et députée socialiste Susana Rinaldi, aujourd'hui revenue à Paris comme attachée culturelle à l'Ambassade de son pays.


Pendant deux semaines, les différentes parties prenantes de cette fête, les écoles Mariano Acosta et Général Zapiola, la faculté de psychologie de la UBA (Université de Buenos Aires), les départements folklore et arts du Mouvement de la UNA (Université Nationale des Arts) (1), les théâtres Luisa Vehil, La Otra Orilla et Anfitrión, le Centre de l'enfance La Balsa, l'association galicienne Sociedade Galega Arantey Vilamarin e A Peroxa, les cafés Bien Bohemio La casa de Titi Rossi et No Me Olvides, le syndicat des télécommunications FOETRA, les ateliers artistiques de Luciano Dates et Enrique Hofman.

Le CETBA (centre éducatif du tango de Buenos Aires) apporte lui aussi quelques contributions, avec des activités enfantines autour du tango et de la peinture.

La chanteuse Jacqueline Sigaut donnera un concert le dernier jour.

A noter : une exposition sur les disparus de la dictature dans l'école Général Zapiola (2).


Les moyens techniques qui appuient la manifestation ont été obtenus par un accord cadre signé entre les organisateurs et le Ministère de la Sécurité de la Nation. C'est une manifestation de l'opposition municipale.

Pour en savoir plus :
connectez-vous à la page Facebook du Circuito Marechal.



(1) L'institution vient de changer de nom. On la connaissait jusqu'à il y a peu comme le IUNA (Institut Universitaire national des Arts). C'est maintenant une université de plein exercice. Elle tient lieu d'école d'architecture et de conservatoire national. En Argentine, toutes les formations supérieures relève du monde universitaire, qu'il soit public ou privé.
(2) Zapiola était l'un des compagnons d'armes de José de San Martín, l'un des tout premiers officiers du régiment des Grenadiers à cheval. Comme il est mort très âgé, il a transmis un certain nombre de ses souvenirs à Bartolome Mitre, qui fixa la légende orthodoxe de cette période historique fondatrice dans les années 1860 (une légende aujourd'hui fortement remise en question comme il est légitime). C'est à lui aussi que l'on doit le peu d'information sur la loge secrète qu'il forma à Buenos Aires, dès le mois de mars 1812, avec Alvear, Posadas et bien entendu San Martín mais son grand âge à l'époque rend ces confidences quelque peu suspectes à certains historiens.

Marcapiel et Los Periplos demain soir au CAFF [à l'affiche]


Demain soir, vendredi 21 novembre 2014, à 22h, nouveau concert du septuor Marcapiel, au CAFF (Club Atlético Fernández Fierro), Sánchez de Bustamante 764. Répertoire original composé majoritairement par le guitariste et animateur du groupe, Alan Haksten.

Marcapiel partagera la scène avec le trio Los Periplos, une formation de cinq ans d'âge (c'est plus vieux que le Beaujolais qui nous arrive aujourd'hui) qui définit sa musique comme du "Twist Alternatif".
Au jeu du portrait chinois, ça nous donnerait : si c'était une voiture, ce serait une conduite sportive ; si c'était une conduite, ce serait "à fond les gamelles" et si c'était un fond de gamelle, ce serait une Spontex (parce qu'elle récure à fond la caisse). Dans la version originale de cette brève présentation, il s'agit d'une série de jeux de mots qui s'appuie sur la vie quotidienne en Argentine et dont je vous donne ici une traduction nécessairement bancale.

Donc une fois qu'on a rigolé avec leurs jeux langagiers, il faut goûter leur musique et aller faire un tour à l'Abasto, si vous avez la chance de passer novembre au printemps portègne.

Il ne m'a pas été possible de trouver le montant de l'entrée. J'imagine qu'il ne faut pas compter moins de 80 $ARG et qu'on peut retirer les places avant ce soir au Musetta Cafe, Billinghurst y Tucumán. A vérifier sur place.

mercredi 19 novembre 2014

Un nouveau logo sur ma carte de visite : celui du CID [Agenda de Barrio de Tango]

Il y a quelques jours, à ma plus grande surprise (1), Alkis Raftis m'a contactée à travers un réseau social et le lendemain même, il m'a nommée membre du Conseil International de la Danse auprès de l'Unesco, qu'il préside depuis ses fonctions à Athènes, tandis qu'un Secrétariat Général a son siège à Paris, dans les locaux internationaux de la rue Miollis, dans le 15ème arrondissement. Un honneur que je n'avais même pas imaginé en rêve !

Ce Conseil, qui travaille en partenariat avec l'Unesco, a été fondé en 1972 par un groupe de danseurs professionnels issus des plus grandes scènes lyriques du monde ; avec juste raison, ils voulaient donner leurs lettres de noblesse au ballet de répertoire et à la création chorégraphique contemporaine, qui, à cette époque, rassemblait des tendances aussi variées que celles de Maurice Béjart, Merce Cunningham, Pina Bausch, George Balanchine, Jerome Robbins, Martha Graham, Carolyn Carlson, Alvin Ailey, John Neumeier, sans oublier les pesantes créations, désormais trop datées, du réalisme socialiste soviétique ou maoïste.

Il y a quinze ans, sous l'impulsion de l'actuel président, Alkis Raftis, cadre supérieur d'entreprise converti en expert des vieilles traditions locales grecques que menaçait insensiblement l'intégration à la Communauté européenne (et on sait à quelle catastrophe elle a fini par conduire le pays à peine sorti de la dictature des colonels), l'ONG a connu une sorte de révolution copernicienne en s'ouvrant d'un coup à toute la palette des danses qui existent dans le monde, dans toutes les dimensions de l'art : danses populaires d'identité régionale, danses communautaires d'Afrique, d'Asie ou d'Océanie, bals (et milongas bien sûr), danses des rues ou issues de traditions religieuses diverses, comédie musicale, danses anciennes, danses disparues (comme celles de l'Antiquité méditerranéenne ou du Moyen-Age)...

Comme à chaque fois que dans un cercle fermé, à vocation académique et élitiste (2), reconnaissance est accordée à des expressions culturelles qui viennent d'autres couches de la société, ce fut un séisme. D'autant plus violent que, dans leur propre monde, les danseurs classiques souffrent beaucoup de ce que, sur presque toutes les scènes lyriques du monde, ils doivent céder la préséance à l'opéra et aux chanteurs, qui font globalement des carrières plus longues et plus rémunératrices (du moins les vedettes).

La page sismique est désormais tournée et le CID est bien devenu un lieu d'échanges, de rencontre et de coopération entre les différents genres chorégraphiques, les professionnels internationaux et les amateurs, les compagnies et les écoles, les praticiens et les chercheurs universitaires, avec un jour international de la Danse, animé par les initiatives des membres répartis dans le monde entier, et un congrès mondial annuel, dont la dernière édition s'est tenue en juillet 2014 dans la capitale grecque.

Le logo de l'ONG s'affiche donc désormais en bas de la Colonne de droite de Barrio de Tango, avec les autres, ceux de la Academia Nacional del Tango, de la Société des Gens de Lettres et du Bicentenario Aníbal Troilo. Il apparaîtra très prochainement sur la page d'accueil de mon site Internet, le temps pour moi de me retourner entre plusieurs salons du livre les week-ends à venir. Et d'ici quelques jours, quand les documents m'auront été livrés par la Poste, on me verra porter le badge sur les salons du livre et du tourisme auxquels je participerai et dans un bon nombre de mes conférences, dont la prochaine est prévue le 20 janvier à Cherbourg (3).

Pour en savoir plus sur le Conseil International de la Danse-CID :
consulter le site Internet (en anglais – le site en français n'est pas du tout à jour)
connectez-vous à la page Facebook.
En ce qui concerne la danse à Buenos Aires et en Argentine, vous disposez dans la partie basse de la Colonne de droite d'un certain nombre de liens permanents avec des revues et magazines spécialisés sur ce thème, dans la rubrique Eh bien ! dansez maintenant.


(1) Oui, je sais ! On dit ça et puis en fait... Mais en l'occurrence, promis, juré, craché, c'est vrai. Ça m'est tombé du ciel sans crier gare.
(2) En Argentine, c'est exactement ce que el Instituto Nacional Sanmartiniano est en train de vivre depuis deux ans. D'un cercle très fermé de savants distingués qui avaient la réputation de disputer à l'infini sur la couleur des cravates du "General" quand il vivait à Bruxelles, on est passé avec l'arrivée de Eduardo García Caffi à un institut qui s'ouvre au grand public et à l'ensemble des acteurs de la recherche sur San Martín en Argentine. Et ce faisant, il se heurte encore à l'image rétrograde dans laquelle il s'était complu pendant trois quarts de siècle. Coïncidence qui me fait sourire : le CID a fait sa révolution avec un président, qui se trouve être directeur d'un théâtre de référence (le Dora Stratou Dance Theater à Athènes) tandis que l'INS fait la sienne avec un président qui a été directeur de Radio Nacional et dont le frère dirige actuellement le Teatro Colón, c'est-à-dire l'Opéra de Buenos Aires. C'est pas mignon, ça ?
(3) Elle portera sur San Martín et les droits de l'Homme dans le cadre du Festival des Cultures hispaniques organisé par l'association normande La Mancha. De telle sorte que, dans cette nomination, tous mes centres d'intérêt convergent en deux points : la culture populaire argentine et la danse (à travers le tango, bientôt à travers le folklore, et même à travers San Martín, dont tous les contemporains admiraient l'élégance avec laquelle il savait danser autant l'aristocratique menuet que la plus révolutionnaire valse).

mardi 18 novembre 2014

Taquetepa revient en orchestre au Petit Bouchon [ici]

Eux mêmes se présentent comme "un groupe de malfaiteurs qui interprètent de la musique argentine sans aucun respect des traditions" (1). A leur répertoire, de la musique de Daniel Perez pour l'essentiel, avec de la chacarera, de la zamba, du tango, de la murga et d'autres rythmes du Cône Bleu.


Le groupe se compose de Daniel Pérez à la guitare électrique, Marie Crouzeix à la flûte alto, Didier Audinet au bugle, François Arbon au saxo basse et Gary Kiser au tuba. Un tel orchestre est pour le moins insolite dans le paysage argentin. Raison de plus pour vous précipiter si vous êtes du côté de Michelin-City !

Vendredi 21 novembre 2014, au Bar Le Petit Bouchon, 18 avenue Marx Dormoy à Clermont-Ferrand.
Entrée libre et gratuite (mais n'oubliez pas de consommer).



(1) Ce n'est pas parce qu'ils le disent qu'il faut les prendre au pied de la lettre. Pour faire ce qu'ils font, il faut en connaître un morceau sur la tradition.

Sonia Ursini présente son nouveau disque au Palacio Carlos Gardel [Disques & Livres]


La Academia Nacional del Tango vous invite à venir découvrir le nouveau disque de la compositrice, pianiste et chanteuse Sonia Ursini, une artiste à part dans le monde du tango nuevo.

Elle travaille le tango avec toute la tradition de la musique classique, dans laquelle elle a été formée au plus haut niveau et qu'elle enseigne elle-même en conservatoire. Ses admirateurs disent d'elle qu'elle est un orchestre à elle toute seule et il y a du vrai.

Beaucoup de Piazzolla dans ce nouveau disque ainsi que des morceaux originaux de sa composition.

A découvrir, à n'en pas douter.

La présentation aura lieu jeudi 20 novembre 2014, à 19h, dans le Salón de los Angelitos Horacio Ferrer, au premier étage du Palacio Carlos Gardel, le siège de l'institution, avenida de Mayo 833.

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles.

Et pour découvrir l'artiste, rendez-vous sur son site. Attention, la page d'accueil est musicalisée.

Raquel Buela présente son nouveau disque au Tasso [Disques & Livres]


Demain soir, mercredi 19 novembre 2014, à 21h, la chanteuse Raquel Buela présentera son nouveau disque, Y voy cantando al andar (et je chante en chemin), au Centro Cultural Torcuato Tasso, Defensa 1575.

Elle sera accompagnée à la guitare par Osvaldo Burucuá et Pancho Rodríguez et elle a invité plusieurs artistes surprise.

Droit au spectacle : 70 $.

Comptez en plus les consommations. Le CC Torcuato Tasso propose un service de bar et une restauration simple (grillades, pâtes, pizzas, salades, croque-monsieur qu'on appelle tostadas en Argentine).

El Balcón demain soir à Circe [à l'affiche]


Le dúo El Balcón se produira ce mercredi, 19 novembre 2014, au bar Circe, avenida Córdoba 4335, à 21h30. Ce duo chanteuse-guitariste proposera son répertoire original de chansons portègnes mêlé à quelques classiques du tango.

Le même soir, le chanteur-guitariste Guille Airoldi partagera la même scène avec eux. Son répertoire, original, puise dans la tradition du folclore argentin mais aussi d'autres pays d'Amérique Latine, comme le Mexique et l'Equateur.

Entrée : 60 $ ARG.

lundi 17 novembre 2014

Compte-rendu de la Noche de los Museos à faire pâlir la Nuit Blanche [à l'affiche]


Fête éminemment que cette nouvelle Nuit des Musées qui s'est tenue ce week-end dans la capitale argentine. Elle aurait réuni 880 000 personnes (1), de tous âges, dans toute la ville, qui est immense. Le ton est très différent entre l'article, à forte symbolique nationaliste (2) et péroniste, de Página/12, qui fait la part belle à l'affluence dans les espaces culturels et muséographiques de l'ex-ESMA et un clin d'œil à une image historique (celle des péronistes installés dans la fontaine de Plaza de Mayo le 17 octobre 1945) (3), et celui, plus réduit, de La Nación, qui préfère parler d'abord du Museo Nacional de Bellas Artes et du Malba (musée d'art latino-américain de Buenos Aires), mais finit tout de même par mentionner le succès spectaculaire des propositions développées à l'ex-ESMA.

Pour en savoir plus :


(1) Rappelons que Buenos Aires stricto-sensu compte 3 millions d'habitants. C'est donc considérable.
(2) Attention : en Argentine, le nationalisme est une valeur de gauche. Il existe à droite une exaltation patriotique que l'on peut difficilement appeler du même nom et qui n'a guère d'équivalent en Europe. Cette disposition se caractérise par un haut degré d'hostilité ou de dédain pour les pays limitrophes et/ ou par un fort mépris pour la manière dont le pays fonctionne, doublé d'un regret clairement exprimé qu'il ne ressemble pas aux Etats-Unis ou à l'Europe.
(3) Dans la soirée du 17 octobre 1945, une foule immense s'assembla à Buenos Aires sur Plaza de Mayo pour réclamer le retour au gouvernement de Perón qui venait d'être déposé par une révolution de palais. Le groupe des officiers unis (GOU) qui avait fait le coup d'Etat de 1943 pour maintenir la neutralité d'une Argentine soumise à très forte pression par les Etats-Unis, qui voulaient coûte que coûte la voir entrer en guerre du côté des Alliés. Aussitôt la guerre achevée sur les deux fronts, les différences idéologiques qui avaient toujours existé entre les officiers putschistes, qui n'avaient d'uni que le nom qu'ils s'étaient donné, éclatèrent au grand jour et plusieurs courants firent alliance pour tenter d'écarter le beaucoup trop populaire et charismatique Juan Domingo Perón. En pure perte. Devant la marée humaine qui, quelques heures plus tard, avait envahi la place devant le palais présidentiel, les conjurés durent rappeler Perón du bagne militaire dans lequel ils venaient de le jeter et le secrétaire d'Etat au Travail apparut vers minuit au balcon de la Casa Rosada. C'est sans doute dans cette nuit du 17 octobre 1945 que Perón conquit son écrasante victoire électorale de l'année suivante, où il fut élu président de la Nation au premier tour avec 56% des voix, au cours d'élections libres et sincères. Depuis le 17 octobre est une grande fête péroniste, c'est le Día de la Lealdad (fête de la loyauté).

samedi 15 novembre 2014

Le Pape François ne viendra pas à Tucumán fêter le Bicentenaire [Actu]


En décembre de l'année dernière, la joie avait été grande lorsque l'équipe de football du Club San Lorenzo de Almagro avait annoncé la venue du Saint Père en Argentine, à Tucumán, en juin ou juillet 2016, pour le Bicentenaire de l'Indépendance du pays. C'était à l'issue d'une audience au Vatican après la victoire historique du Club à la Copa Libertadores (voir mon article du 13 décembre 2013 à ce sujet).

Une du site de l'AICA ce matin

Hélas, la déception est grande. L'information n'avait jamais été confirmée par le Vatican et il y a un mois, la Conférence épiscopale d'Argentine avait fait savoir que le Pape lui annoncerait en novembre s'il pouvait maintenir ou non ce voyage. La nouvelle est tombée hier : il n'y aura pas de visite pontificale en Argentine de toute l'année 2016, l'agenda du Saint-Père ne le permet pas, et aucune date n'a été fixée pour les années suivantes.

La nouvelle se retrouve dans tous les journaux ce matin. C'est Página/12 et Clarín qui mettent en avant l'information. Sur La Prensa ou La Nación, il faut vraiment la chercher pour la trouver et pourtant La Prensa met la nouvelle en une. On sent que la nouvelle affecte la presse, qui se préparait peut-être déjà à faire des tirages exceptionnels en juillet 2016. Et il est vrai aussi qu'une telle visite à une telle date aurait aussi aidé l'Argentine à faire connaître un peu son histoire au reste du monde. En ce sens, au-delà des intérêts économiques des périodiques argentins, qui y perdent beaucoup en "vaches, cochons, couvées", c'est une véritable occasion manquée pour le pays tout entier, dont le Bicentenaire en 2010 n'avait eu que très peu de retentissement en dehors du continent. On ne peut avoir que des regrets.

La nouvelle arrive alors que Clarín, qui n'a aucun scrupule à exploiter le filon commercial, distribue avec son journal une série de fascicules d'éducation spirituelle pour les petits, intitulée Avec François à mes côtés. On en est au cinquième numéro, qui est porte sur l'estime de soi. La série a même son propre site Internet. Et on peut gagner un voyage à Rome. On ne recule devant rien pour faire de l'argent et attirer le bambin !

Copie d'écran du site Internet Con Francisco a mi lado

Pour aller plus loin :

La Noche de los Museos au Museo Casa Carlos Gardel [à l'affiche]


Le Museo Casa Carlos Gardel propose comme les années précédentes une nuit de musique, de chant et de tango pour cette Noche de los Museos 2014, ce soir, samedi 15 novembre 2014.

Le visiteur pourra regarder les trois expositions de l'heure : Gardel et la Buenos Aires de son temps (tango, cinéma et société), le tango dans la société portègne de 1880 à 1820 et Pichuco, 100 ans au rythme du 2x4.

Les artistes invités : la chanteuse Lulú (une habituée de la maison), le duo Musas Orilleras (qui était là il n'y a pas longtemps), Lali Martínez, le Trio Cuozzo-Rossi-Ponieman et Canacho Tango.

Il est prévu qu'en cas de pluie, les concerts soient annulés (sans doute à cause du bruit de la pluie sur le toit du patio – je n'ai jamais entendu ça en huit ans de séjours à Buenos Aires mais ça doit être quelque chose). En revanche le spectacle programmé à 22h serait maintenu.

Entrée libre et gratuite.

Le Museo Casa Carlos Gardel dispose d'une page Facebook.

La Legislatura est aussi de la partie [à l'affiche]

Pour lire l'affiche, cliquez sur l'image

La Legislatura porteña (1) propose ce soir, samedi 15 novembre 2014, dans le cadre de la Noche de los Museos, une milonga avec musiciens de 20h à 3h du matin, dans ses salons pourvus de somptueux parquets historiques.

L'entrée est libre et gratuite, au n° 160 de la rue Perú.

Trois ensembles animeront cette nuit festive : la Orquesta Típica Los Indios, le Quinteto Negro La Boca et le Sexteto Visceral.

En plus de la milonga, la Legislatura propose des visites commentées de ses locaux, une exposition de peinture et une autre sur des romans photos.

Pour en savoir plus, consulter le site Internet de l'institution.



(1) Comme le savent mes lecteurs fidèles, la Legislatura porteña est la chambre législative de la Ville Autonome de Buenos Aires, qui fonctionne non pas comme une municipalité mais comme une Province, avec son chef de gouvernement (on parle de gouverneur dans les Provinces) et sa chambre unique.

La France pourrait extrader un binational accusé de torture sous la Dictature [Actu]

Le Conseil constitutionnel de la République française vient d'autoriser en dernière instance l'extradition en Argentine d'un citoyen français, né dans ce pays et soupçonné d'y avoir pratiqué la torture lorsqu'il exerçait des fonctions policières dans le gouvernement anticonstitutionnel de 1976-1983, communément baptisé Junte militaire.

Voilà deux ans que Mario Alfredo Sandoval, qui s'est réfugié en France après le retour de la démocratie dans son pays et qui a été naturalisé français en 1996, sous le septennat de Jacques Chirac, est sous mandat d'arrestation Interpol.
Comme c'est son droit le plus strict, il a fait jouer tous les ressorts de la procédure française pour échapper à l'extradition, la dernière tactique étant de s'abriter derrière la règle qui veut que la France n'extrade jamais ses propres ressortissants. Mais les Sages ont considéré que les faits dont doit répondre Sandoval devant la justice argentine sont antérieurs à sa naturalisation et que par conséquent sa qualité de citoyen français ne saurait être opposée au pays qui le réclame (et où il ne risque pas la peine de mort, qui n'y est plus en vigueur).

Seul maintenant le gouvernement français peut ordonner et faire exécuter cette décision. Ceci dit, on voit mal Laurent Fabius, Christiane Taubira ou François Hollande s'y opposer. Pendant la Dictature, Sandoval est soupçonné d'avoir appartenu, avec le surnom de Churrasco (Côtelette ou Barbecue), à un groupe de barbouzes qui œuvraient entre les murs de l'ex-ESMA, l'école de mécanique de la Marine qui s'était transformée en centre de détention et de torture clandestin en plein Palermo, à Buenos Aires. Le nommé Churrasco, qui a été identifié comme étant Sandoval par des témoins, a laissé à ses victimes le souvenir d'un homme intellectuellement mal préparé à cette sale besogne. Il dénotait parmi ces officiers sans foi ni loi.

A Paris, Sandoval a entamé une carrière de consultant dans le domaine de la défense. Selon Página/12, il aurait même eu ses entrées au Ministère de la Défense sous la présidence de Sarkozy !

Seul de tous les grands quotidiens nationaux argentins, Página/12 se fait ce matin l'écho de cette décision d'hier à Paris.
En français, on trouve sur le Web une dépêche Reuters datée d'hier soir.

Mes recherches m'ont permis de retrouver un article du 15 mars 2012 dans Página/12, qui a pris dès le début fait et cause pour les parties civiles et attaque violemment la présidence Sarlozy, un article de L'Express du 6 juin 2014 lorsque Sandoval a fait appel de la décision d'extradition et un peu plus tôt encore, un communiqué de l'ACAT France, du 22 avril 2014, qui se solidarisait avec les parties civiles.

Noche de los Museos : les conseils de Clarín [à l'affiche]

Le journal Clarín propose aujourd'hui dix parcours dans cette Buenos Aires en fête durant la Noche de los Museos, qui s'ouvre ce soir à 20h et se prolongera bien après minuit.

Parmi ces circuits, il y en a un pour chacun des deux centenaires de l'année : Julio Cortázar (1) et Aníbal Troilo.

Les amateurs de football, un thème auquel Clarín fait toujours une très large place dans ses colonnes, auront aussi leur parcours à travers la ville.

Pour vous donner des idées si vous êtes dans la capitale argentine et que l'épais programme officiel (de 208 lieux) vous laisse dans l'embarras du choix.




(1) Ce vendredi, les adhérents de la Société des Gens de Lettres sont invités à une après-midi consacrée à l'auteur argentin, au siège de l'institution, à Paris. J'y serai !

La Noche de los Museos au Museo de la Ciudad [à l'affiche]


La Noche de los Museos au Museo de la Ciudad, Defensa 217-219, sera placée cette année sous le sceau de l'art nouveau.

On pourra visiter l'exposition temporaire actuelle. Il y aura une conférence sur le sujet.

La nuit sera aussi l'occasion d'écouter des concerts, comme celui de Lucrecia Merico, qui viendra du Museo Mundial del Tango (au nord), et de Lulú, qui viendra elle du Museo Casa Carlos Gardel (à l'ouest).


Une bonne occasion pour vous de découvrir un musée qui va connaître des modifications profondes dans les années à venir : il a beaucoup de matériel et pour l'heure peu de place pour l'exposer. Un remaniement capital est en cours pour gagner de l'espace muséographique et déplacer les bureaux de l'administration.

Le Museo de la Ciudad dispose d'une page Facebook où vous pouvez suivre son actualité.

Décès d'un grand historien antipéroniste [Actu]

Tulio Halperín Donghi, que de nombreux historiens argentins considèrent comme un maître à penser, est décédé hier, à Berkeley, en Californie, où il vivait et où il a enseigné à partir de 1972. Après une formation à Buenos Aires, à Turin et à Paris et un début de carrière en Argentine, qu'il avait quittée en 1966 pour fuir un énième coup d'Etat militaire, il avait enseigné à Oxford avant de rejoindre la célèbre université californienne.

Il venait d'avoir 88 ans et restait dans la pleine possession de ses moyens intellectuels. Il a été l'un des historiens et l'un des intellectuels argentins les plus en vue, notamment du fait de cet exil aux Etats-Unis qui lui a donné un grand prestige mais n'a pas pour autant fécondé en retour (1) la recherche historique dans le pays : ce secteur des sciences humaines y est demeuré très enfermé dans ses frontières linguistiques et dans celles du continent, avec très peu de contacts un tant soit peu soutenus avec l'Espagne et un niveau d'échange très insuffisant avec les pays d'autres langues (comparé aux échanges universitaires qui existaient déjà à la même époque dans les pays industrialisés).

Chose étonnante : alors que Tulio Halperín Donghi a toujours été viscéralement antipéroniste et que cette position politique lui a inspiré des phrases passablement scandaleuses (2), sa mémoire est saluée aujourd'hui de tous les côtés, y compris dans les colonnes de Página/12 qui lui consacre une nécrologie développée et un billet d'opinion très élogieux, alors que La Nación et La Prensa traitent l'information de manière si discrète qu'il faut vraiment chercher l'article dans leurs sites Internet respectifs. C'est d'autant plus inattendu que l'on s'attendrait à ce que l'idéologie libérale du disparu corresponde plutôt au marbre de ces rédactions.

Par ailleurs, ce respect que manifestent les adversaires idéologiques de Halperín Donghi est à marquer d'une pierre blanche : le phénomène est rare en Argentine, surtout pour une personnalité qui a autant revendiqué que lui le caractère polémique de ses prises de position. Je ne reviens pas sur l'étrangeté que constitue pour un Européen le fait qu'un historien se réclame ouvertement d'une idéologie X ou Y, puisque c'est incompatible avec l'attitude scientifique : mes lecteurs savent qu'en Argentine, pour l'heure et pour de longues décennies sans doute, l'histoire n'est pas encore sortie de la gangue de l'historiographie ou peine toujours beaucoup à s'en extirper.

Pour ma part, j'avoue humblement que je n'ai jamais pu lire un ouvrage de cet auteur : ses livres me sont toujours tombés des mains. Je ne parviens pas à apprécier son style. Je suis donc fort mal placée pour en parler (3). Je préfère donc vous renvoyer aux journaux et aux autres témoignages qui parlent de lui aujourd'hui, certains avec une affection marquée.

Pour en savoir plus :
lire la nécrologie de Página/12 (la plus longue dans la presse du jour)
lire le billet d'opinion publié par ce journal
lire l'interview de Tulio Halperín Donghi par Felipe Pigna, historien ultra-médiatique et compagnon de route du péronisme (sur le site El historiador, qu'il anime)
lire le communiqué de l'éditeur Siglo XXI, qui est l'un de ceux de l'historien (la photo ci-dessus a été empruntée à ce communiqué)



(1) C'est toujours comme ça avec les intellectuels argentins qui s'exilent, surtout s'ils partent vivre en Amérique du Nord. L'intelligentsia argentine a tendance à s'en gargariser mais il n'y a aucun bénéfice pour le pays, dont les écoles et les universités ont pourtant formé ces personnes. C'est une réalité politique que je trouve désolante, car elle maintient le pays dans une forme de néo-colonisation intellectuelle et personne ne devrait pouvoir se réjouir d'une telle injustice culturelle.
(2) Un de ses propos les plus politiquement incorrects dans l'univers intellectuel argentin a été de minorer la signification des pertes en vies humaines pendant le coup d'Etat militaire contre Perón en septembre 1955 : plus de 300 citoyens argentins ont péri sous les bombardements de Buenos Aires le jour où Perón, président constitutionnellement élu, a été déposé dans une opération montée avec l'aide presque ouverte de la CIA, c'est-à-dire avec l'ingérence d'un pays étranger dans les affaires intérieures d'un pays souverain membre de l'ONU. C'est tout de même particulier de la part d'un historien.
(3) Ce n'est toutefois pas la raison pour laquelle je ne respecte pas ma coutume de ne publier aucun autre article que l'hommage au disparu aujourd'hui dans Barrio de Tango. C'est que ce soir c'est la Noche de los Museos et que je ne peux pas faire l'impasse sur l'actualité culturelle du jour. Notamment lorsque je constate le peu de place que les journaux accordent ce matin à cette disparition.

La Noche de los Museos à la Manzana de las Luces [à l'affiche]


Toutes sortes de musique, le rock comme la musique baroque latino-américaine (1), un atelier de danse et beaucoup de théâtre cette nuit à la Manzana de las Luces, dans le quartier de Monserrat. Il y aura même un cours de théâtre sur le coup d'1h du matin.

Toutes les salles historiques du complexe sont mises à contribution. Je vous recommande particulièrement la très émouvante Sala de los Representantes, qui fut le premier hémicycle législatif en Argentine, et la Sala Ranchería qui rappelle le souvenir du tout premier théâtre de Buenos Aires, où on ne jouait pas par temps de pluie. Le théâtre n'était pas étanche. C'est le même bâtiment qui servit ensuite de caserne au premier escadron des Grenadiers à cheval, pendant les trois premiers mois de l'histoire du régiment, de mars à juin 1812, avant qu'il n'investisse une ancienne caserne (2) dans l'actuel quartier de Retiro, autour de ce qui est aujourd'hui la Plaza San Martín. A minuit, cette salle de la Ranchería accueillera une représentation des Précieuses Ridicules de notre Molière à nous !

Les activités sont libres et gratuites, comme tout ce qui se fait cette nuit.

Pour aller plus loin :
consulter le site de la Manzana de las Luces, qui dispose en plus d'une page Facebook
consulter le site de La Noche de los Museos, qui dispose elle aussi de sa page Facebook.


(1) Ce sont les jésuites qui ont introduit la musique baroque en Amérique du Sud. Or la Manzana de las Luces n'est autre que leur historique maison provinciale pour le sud de l'Amérique australe, dont ils furent chassés en 1768 lors de l'expulsion de la Compagnie de Jésus de tout l'Empire espagnol par le roi Carlos III, avant que le Pape ne la dissolve quelques années plus tard (son successeur devait la rétablir en 1814, au moment des restaurations royales, après l'épisode des guerres napoléoniennes ; on en fête le bicentenaire cette année).
(2) que son régiment titulaire avait déserté au début des guerres napoléoniennes, rappelé en Espagne péninsulaire où la situation se fit très vite dramatique.