mercredi 3 février 2016

Appel contre le non lieu en faveur du Président [Actu]

Au début du mois de décembre dernier, quelques jours avant la prestation de serment du nouveau président, Mauricio Macri, un juge avait prononcé un non lieu en sa faveur dans le scandale des écoutes illégales qui touchaient des personnalités de l'opposition municipale. On pouvait alors penser qu'on en avait fini avec cette affaire et que seuls des prévenus moins éminents iraient comparaître en audience de jugement (juicio oral en Argentine).

Que nenni ! L'une des parties civiles, qui n'est autre qu'un ex-parent par alliance du Président, vient de faire appel de ce non lieu et veut voir Mauricio Macri sur le banc des prévenus... En Argentine, le chef de l'Etat n'est pas couvert par une immunité pénale à l'intérieur des frontières. Techniquement, les poursuites contre lui sont possibles. Qu'en sera-t-il de l'attitude de la cour qui aura à se prononcer sur cet appel ?

Eu égard à l'identité de l'appelant, il est difficile à ce stade de savoir ce qui relève du droit et ce qui relève du règlement de compte familial et privé.

Pour aller plus loin :



(1) Il y a plusieurs semaines, j'avais annoncé que je saluerais cette date du 3 février, qui marque l'anniversaire de la victoire de San Lorenzo, en 1813, pour publier sur mon site Internet une nouvelle conférence sur San Martín. Raté !
L'enregistrement que j'ai de ma causerie d'août dernier à la Biblioteca Popular Ricardo Rojas sur le domaine de Los Barriales, à General San Martín (Pcia de Mendoza) n'est pas rattrapable : il y a trop d'échos, le son est métallique. On peut le supporter pendant 30 secondes mais certainement sur une heure entière. On reste donc pour le moment sur les trois causeries en français déjà mises en ligne et les deux en espagnol, plus les deux exemples d'ateliers littéraires sur des textes de tango.
(2) Il n'y aura sans doute pas de mise à jour sur Barrio de Tango avant lundi dernier, pour cause de quatre jours pleins de salon du livre à Tinqueux, près de Reims. Et pendant ce temps-là, le carnaval battra son plein en Argentine, à Buenos Aires, dans le Litoral et le Noroeste !

mardi 2 février 2016

Rude rentrée pour les éneristes... pour cause de promesses tenues [Actu]

En Argentine, on prend ses congés d'été soit en janvier (enero), soit en février (febrero), soit à cheval sur les deux... Hier lundi, revenaient donc au travail les éneristes et pour un bon nombre d'entre eux, le choc a été rude à Radio Nacional, placée désormais sous la direction de Ana Gerschenson, qui a remplacé María Seoane, démissionnaire quelques jours après la prise de fonction de Mauricio Macri.

Cliquez sur l'image pour lire les textes

C'est tout un groupe de journalistes qui s'est vu hier matin refuser l'entrée dans les locaux de la radio, installée rue Maípu au numéro 555. Des vigiles d'une société privée filtraient les allées et venues et n'ouvraient la porte qu'aux personnes figurant sur une liste qu'on leur avait remise. Des journalistes de quelque ancienneté sur les ondes publiques ont ainsi appris qu'ils ne faisaient plus partie de la maison. La raison invoquée par la directrice, venue elle-même à leur rencontre dans le hall de l'immeuble, pour quarante minutes de débat houleux : soit leur contrat de travail n'était pas correctement établi et par conséquent il n'était pas valable (le pire, c'est que c'est loin d'être invraisemblable), soit leurs contrats ne figuraient pas dans les dossiers des Ressources Humaines et elle en avait donc conclu qu'ils n'existaient pas (et là, encore, c'est plausible, vu la nature de la bureaucratie argentine, un mélange d'usine à gaz et d'absence de rigueur). Les journalistes ainsi remerciés, avec un manque de tact et de respect humain dont on a eu plusieurs exemples depuis l'arrivée de ce gouvernement aux affaires (1), ont bruyamment manifesté et crient à la persécution idéologique.

La nouvelle directrice, de son côté, semble parfaitement sûre de son bon droit. Elle va d'ailleurs faire mettre en accès public sur Internet les contrats de travail des journalistes et animateurs qui travaillent à l'antenne (on est loin de ce type de transparence dans bon nombre de nos vieux pays européens, à commencer par la France) et dont les rémunérations ont été baissées d'environ 40% pour les mettre à la hauteur du marché de l'audiovisuel (on a beaucoup dit que les vedettes du secteur public étaient surpayées sous le précédent gouvernement).
Ana Geschenson répond d'un ton serein sur tous ces sujets à La Nación, qui publie l'interview ce matin, après les accrochages publics d'hier au siège de la radio. Elle y annonce le maintien en place d'un certain nombre de vedettes de l'ère kirchneriste, comme l'historien et vulgarisateur Felipe Pigna ou l'éditorialiste José Pablo Feinman. Héctor Larrea, hyper-vedette des après-midis de semaine, légende vivante de la radio, reste lui aussi à l'antenne. Ana Gerschenson explique aussi que la journée n'étant pas extensible, elle n'avait de toute manière pas d'autre choix que de supprimer certaines émissions pour faire place à d'autres, afin que la grille 2016 reflète bien la diversité de l'Argentine comme l'avait promis le gouvernement (logique implacable !). Cela n'est d'ailleurs pas sans rappeler aux Français ce que fut le chamboulement du paysage audiovisuel hexagonal après le 10 mai 1981 : les journalistes marqués à droite avaient fait place à de nouveaux intervenants, marqués à gauche ; les débarqués l'avaient (très) mal vécu et puis le pluralisme s'était bel et bien installé, à la grande surprise des auditeurs qui l'ont très vite considéré comme indéniablement légitime à tel point que lorsqu'il est maintenant amoindri, on assiste à des levées de boucliers et à des mouvements d'opinion...
Bref, le pluralisme promis à Radio Nacional semble bien sur la voie, même si certains vieux de la vieille y laissent des plumes et en souffrent...

En revanche, comme promis en décembre, un nouveau directeur vient bel et bien d'être nommé à Nacional Rock, la radio thématique réduite au rôle de robinet à musique pendant le mois de janvier pour cause de révision générale de la station : il s'agit de Bobby Flores, un homme qui a déjà une grande expérience du mariage entre le rock et la radio et qui a droit ce matin à une manchette à la une de Clarín. Il animait jusqu'à présent un projet personnel, de nouvelle technologie : la radio BitBox. L'homme a d'ailleurs le look de l'emploi, cheveux d'argent en bataille et barbe naissante poivre et sel. Son analyse du genre musical pourrait toutefois froisser de nombreux artistes en Argentine. Il estime en effet que le rock est maintenant "plus détendu" et qu'il "ne rêve plus de changer le monde". Il me semble que, pour ce qui est du rock argentin, il se trompe : le genre et ses créateurs et interprètes cultivent dans leur majorité un contenu très politique et plus progressiste que réactionnaire. Ces propos étranges nous donneraient-il un indice du type de programmation auquel cette station se destine ? Là encore, on nous promet du pluralisme, des émissions en tant que telles et non pas un robinet à tubes, et du rock étranger, des grands classiques internationaux, qui ne suffoqueront pas sous leur poids un quota de musique nationale, qui restera prioritaire à l'antenne. Espérons qu'il s'agira bien d'entendre toutes les voix qui existent et non pas de remplir l'antenne avec une variétoche dépolitisée et insipide. On sait déjà qu'il y aura de la musique mais pas d'analyse politique ni sportive, les auditeurs pouvant se tourner vers d'autres stations s'ils recherchent ce type de contenu (une position qui se défend fort bien).
Vous pouvez écouter la toute première interview de Bobby Flores, après ses huit premières heures à la tête de Nacional Rock, sur les ondes de Radio Nacional (la station généraliste du groupe public). Ce qu'on peut en dire, c'est que les intervieweurs ne se sont pas couchés servilement devant le nouveau directeur. Ils s'entretiennent avec lui sans flagornerie et c'est déjà une indication intéressante de ce que pourrait être le futur des antennes.

De son côté, le ministre de la Culture, Pablo Avelluto, a reconnu qu'il y avait décidément beaucoup de contrats de travail rompus dans le secteur public. Il le regrette, parle d'une situation "épouvantable" (espantosa), mais affirme que c'est un passage obligé pour assainir la gestion budgétaire du secteur public. En lisant ces propos rapportés par Página/12, il est difficile de le traiter de cynique ou d'indifférent au sort des gens, d'autant que le diagnostic qu'il pose est celui que j'ai entendu dans la bouche d'à peu près tous les Argentins de tous bords depuis près de dix années que je me rends tous les mois d'août dans le pays. Ils reconnaissent tous que l'Etat fonctionne mal, à tous les niveaux (villes, provinces, nation), et que de très nombreuses personnes qui émargent à un budget public ne rendent pas un service à la hauteur des impôts que les citoyens acquittent pour que leur soient versés ces émoluments. Mais les Argentins ont eux aussi leurs ambivalences et quand le secteur public leur fournit un travail rémunéré, ils le prennent sans se poser plus de questions que le strict nécessaire (tout le monde a besoin de manger). Et quand la situation se renverse, comme c'est le cas en ce moment, les pots cassés sont payés par tous sans grande distinction d'engagement politique. Il y a des gens qui ont voté pour Macri ou/et qui détestent Cristina qui, actuellement, sans trop savoir pourquoi ça leur tombe dessus, perdent le poste qu'ils occupaient, parfois depuis plusieurs années, dans telle ou telle institution.

Un seul secteur public a annoncé l'arrêt des licenciements, c'est celui du pétrole, où les ministres qui se partagent les divers portefeuilles économiques ont annoncé le statu quo pour le personnel pendant les six prochains mois.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur la situation dans le groupe Radio Nacional
lire l'article de La Nación sur les altercations entre journalistes licenciés et direction de Radio Nacional
lire l'interview de Ana Gerschenson dans La Nación
lire l'article de Página/12 sur les déclarations du ministre de la Culture
écouter l'interview de Bobby Flores sur Radio Nacional (huit minutes environ)
lire l'interview de Bobby Flores dans Clarín, où le nouveau directeur de Nacional Rock range parmi les artistes de rock des gens comme Atahualpa Yupanqui (folklore du Noroeste), Osvaldo Pugliese et Astor Piazzolla (tango), ainsi que le compositeur de musique classique Alberto Ginestera pour faire bonne mesure.
Accéder au site Internet de Nacional Rock et du groupe Radio Nacional. Vous pouvez écouter toutes les radios en direct grâce au streaming Escuchá en vivo.

Ajout du 3 février 2016 :
lire l'interview de quatre des journalistes que Radio Nacional vient de remercier sans ménagement sur le site Internet de Página/12.



(1) Ces cessations de contrat sans avertissement s'expliquent, selon les nouveaux dirigeants, par le fait que les contrats n'ont pas été établis dans les règles, ce qui les rend nuls en droit et entraîne de ce fait l'absence de formalités à respecter pour les rompre, puisqu'on ne rompt pas ce qui n'existe pas... En droit, l'analyse est difficilement contestable. Sur le plan humain, c'est une autre affaire. Cependant, en Argentine, le préavis de licenciement n'est pas prévu par la loi. Les gens se retrouvent sans travail du jour au lendemain. Dans le cas présent, en prime, ils ont du mal à se rendre sur leur ancien lieu de travail pour récupérer leurs affaires personnelles tant on a peur d'une occupation illégale des lieux une fois qu'ils ont un pied dedans.

dimanche 31 janvier 2016

L'opposition retrouve un peu d'humour [Actu]

Photo prise sur Plaza Congreso
On voit le bâtiment du Congrès derrière la table
Photo de Pablo Piovano pour Página/12

Vendredi dernier, nous étions le 29 janvier. Or en Argentine, tous les 29 du mois, c'est le jour des ñoquis (l'orthographe argentine pour le terme italien gnocchi, ces pâtes en forme de coquillage fermé faites à partir de pommes de terre au lieu de blé). Lorsque les ouvriers italiens arrivaient à la fin du mois à la fin du dix-neuvième siècle et au début du vingtième, que l'argent se faisait rare à la maison, les ñoquis offraient une très efficace façon de caler les estomacs de toute la famille pour une dépense minime...

Or le terme ñoqui désigne aussi le travailleur occupé à ne rien faire, voire celui qui occupe un emploi fictif offert dans une administration à un protégé du maire, du gouverneur, du député ou du ministre, voire du chef de l'Etat, ou à un militant du parti au pouvoir. Bref, il s'applique aux lampistes du système de clientélisme qui marque la tradition politique argentine au sceau d'une corruption endémique.

La nouvelle majorité nationale, partout où elle est en place, a procédé à de nombreuses révocations ou a mis fin à de nombreux contrats qui, d'après elle, correspondraient à des emplois de ñoquis. L'opposition estime à environ 25 000 le nombre de personnes ainsi mises au chômage (1) lorsqu'on cumule les ruptures de contrat de travail dans les municipalités, les Provinces tant dans les assemblées législatives que dans les instances dépendant de l'exécutif, et l'Etat fédéral lui-même, dont le Sénat, la Banque centrale, les musées, etc.

L'opposition a donc organisé une grande ñoqui-party sur Plaza del Congreso et sur le parvis du CCK, le centre culturel mis à l'arrêt total depuis le 1er janvier et pour tout l'été, en vue d'une révision complète, architecturale, technique, institutionnelle et programmatique, pour expliquer au Président Mauricio Macri, à tout le gouvernement et à la nouvelle majorité du Sénat ce que sont vraiment les ñoquis : des pâtes très bonnes et qui tiennent au corps et non pas de êtres humains. Les manifestants ont donc fabriqué à la main 100 kg de ñoquis sur l'une et l'autre place, ils les ont cuits à grande eau et à gros bouillons puis servis et dégustés... de bon appétit.

Plusieurs artistes se sont joints à la manifestation, dont l'auteur-compositeur interprète de chamamé Liliana Herrero.

De son côté, le prix Nobel d'économie Joseph Stilglitz a critiqué depuis les Etats-Unis les récentes mesures prises par le Gouvernement argentin, qui risquent fort de mettre en difficulté les couches les plus populaires de la population, notamment la libéralisation du marché de l'énergie, qui élimine les subventions publiques à la distribution de l'électricité et du gaz, ce qui augmente donc dans des proportions astronomiques la facture énergétique de monsieur et madame tout-le-monde. Le Gouvernement a cependant promis de mettre en place un tarif réduit réservé aux plus pauvres, sous un plafond de revenu. Ni le taux de réduction ni le montant du plafond ne sont encore connus. Pour le moment, seule la hausse de la facture est concrète et entame légèrement le capital confiance accordé au Président, toujours en état de grâce selon les sondages...

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur l'opération ñoquis del 29
lire l'article de Página/12 sur les critiques présentées par Joseph Stilglitz.



(1) Parmi ses 25 000 personnes, environ 10 000 correspondraient à des nominations effectuées par les élus sortants, entre le second tour et les prestations de serment des nouveaux élus. Il s'agit donc de personnes nommées en toute connaissance de cause pour provoquer, immédiatement après la prise de fonction des nouvelles équipes, des révocations massives, destinées à créer le scandale.

jeudi 28 janvier 2016

Les associations des Droits de l'Homme à la Casa Rosada [Actu]

Les associations des Droits de l'Homme ont été reçues à la Casa Rosada, par le Premier ministre, le ministre de la Justice et le secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme. Cette réunion est une réponse à la demande d'audience auprès du Président lui-même qui a délégué cette mission, pour cause d'activités trop nombreuses (ce qui semble tout à fait exact) et cette réponse est loin de satisfaire les militants et sympathisants de ces causes, habitués qu'ils sont à être reçus directement et de façon inconditionnelle par l'ancienne Présidente, des mœurs auxquels ils ont pris goût et dont ils ont fini par considérer qu'elles constituent une normalité démocratique.

Photo Service de presse de la Casa Rosada
Présidant la réunion, le Premier ministre, Marcos Peña

C'est donc déjà un premier changement des us et coutumes de la Casa Rosada : il n'est plus question de cette hyper-présidence mise en place par Cristina Kirchner, qui occupait toujours le devant de la scène mais se détournait de vastes secteurs de la société.

Les associations représentées étaient Abuelas de Plaza de Mayo et Madres de Plaza de Mayo Linea Fundadora, en la personne de leurs présidentes accompagnées d'une bonne partie des deux bureaux d'administration.

Madres de Plaza de Mayo, sous la conduite de Hebe de Bonafini, continue à boycotter le gouvernement argentin, pourtant dûment élu. Hebe de Bonafini a profité de l'occasion pour déclarer que la dictature s'était abattue sur le pays et que Mauricio Macri était son "ennemi", un terme inacceptable qu'elle lui applique systématiquement depuis les résultats du second tour.

Les deux associations exigeaient l'arrêt de l'interruption des contrats de travail dans le secteur public (des contrats de travail qui soit prenaient fin effectivement le 31 décembre et n'ont pas été renouvelés, soit correspondaient à des nominations effectuées par le Gouvernement sortant dans la période de transition, sans coordination avec le Président élu, donc du personnel dont Macri ne veut pas puisqu'il n'a été nommé que pour entraver son action) et la libération de Milagro Sala, qui est depuis dix jours dans le collimateur de la Justice de Jujuy, sous l'inculpation de différents délits de corruption, abus de bien public, abus de pouvoir. Or malheureusement, ces accusations ont toutes les apparences de correspondre à une réalité objective, même si les deux organisations ont beaucoup de mal à l'accepter, parce qu'elles ont soutenu la politique de subvention publique dont Milagro Sala et Tupac Amaru auraient ainsi abusé.

Elles ont été reçues avec toute la courtoisie possible, leurs réclamations ont été écoutées mais les associations n'ont pas obtenu gain de cause, ce à quoi, d'après Página/12, elles réagissent assez mal, se disant inquiètes pour l'avenir. Mais ni l'une ni l'autre n'a publié de communiqué à l'heure qu'il est, ni sur leur site ni sur leur page Facebook. Si Página/12 reporte fidèlement leurs positions, elles ont du mal à entrer dans ce fonctionnement de la démocratie qui s'assimile e à un désaccord pacifique, lorsque de bords différents, on peut se parler dans le respect mutuel sans pour autant aboutir à un accord. Or depuis douze ans, ces deux associations ont pris l'habitude de n'avoir qu'à ouvrir la bouche pour que le pouvoir politique national se range à leurs côtés, ce qui les a d'abord surprises et qu'elles auront fini par trouver légitime en soi, ce qui correspond aussi au sentiment d'une partie de la population qui estime qu'elles avaient fini par prendre le pouvoir (1) au lieu de rester à leur place d'ONG, de vigie de la démocratie, de contre-pouvoir...

Pour aller plus loin :
lire l'article de La Nación hier après-midi, immédiatement après la rencontre
lire la dépêche de Télam dont Clarín s'inspire
voir les trois minutes de reportage vidéo de Télam
lire le très factuel et très succinct communiqué de presse du Gouvernement
consulter sa page Facebook
consulter le site Internet de Madres de Plaza de Mayo (Hebe de Bonafini)
consulter sa page Facebook.

Ajout du 29 janvier 2016 :
lire l'article de Página/12 sur la condamnation par Claudio Avruj, secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme (niveau fédéral), des propos négationnistes récemment tenus par Darío Lopérfido, nouveau ministre de la Culture du Gouvernement portègne, au sujet du nombre des disparus sous la dernière dictature  militaire (estimés à trente mille, entre 1976 et 1983). La rédaction doit se rendre à l'évidence qu'il n'est pas question du côté du Président Macri de remettre en question cette réalité historique.
Sur le même sujet, lire aussi l'article de La Nación.



(1) Il faut dire aussi qu'elles sont mal perçues de manière injuste par cette même partie de la population qui les trouve agressives et pleines de ressentiment sous prétexte qu'elles ne sont pas les seules grands-mères à avoir perdu des petits-enfants, puisqu'il y a aussi une forte mortalité juvénile du fait de la violence, des accidents de la route et de la drogue. C'est oublier deux choses : d'abord rien n'empêche les grands-mères victimes des maux sociaux comme la violence crapuleuse, l'alcoolisme et la drogue de militer comme l'ont fait les Grands-Mères de la Place de Mai, ensuite il y a une grande différence juridique entre les victimes des maux de la société et les victimes de la violence d'un Etat qui a signé la Déclaration universelle des Droits de l'homme. Mais là encore, la conscience politique argentine est loin de faire cette distinction et la campagne électorale de Mauricio Macri a bien participé à faire régner la confusion dans ce domaine. Avec Massa, il a délibérément confondu les deux plans, en rejetant Abuelas et Madres pour faire rejaillir le grand échec de Cristina qu'est la croissance du trafic de drogue dans le pays.

La coopération entre la Nation et les Gouverneurs s'installe [Actu]

Mauricio Macri avait déjà surpris son monde (1) en réunissant tous les Gouverneurs à la Casa Rosada au lendemain de son investiture. Même Alicia Kirchner, de Santa Cruz, avait accepté, avec le sourire, de se rendre à cette rencontre conviviale autour d'un asado à la résidence d'été de Olivos, que sa belle-sœur venait tout juste de quitter pour se replier sur un appartement privé à Palermo et sa demeure de Patagonie. C'était la première fois qu'un Président de la Nation rassemblait tous les Gouverneurs et entamaient avec eux un dialogue institutionnel et permanent.

Photo Service de presse de la Casa Rosada

Hier, c'est le ministre de l'Intérieur qui a réuni cette même assemblée pour envisager concrètement la politique de coopération entre le niveau fédéral et le niveau provincial, chose qui n'existait plus qu'au coup par coup et en fonction des alliances partisanes. Or sur 24 entités fédérées, il y a aujourd'hui 13 Gouverneurs kirchneristes. Au cours de cette réunion, plusieurs décisions ont été prises dont deux qui retiennent l'attention de la presse :
  • la part de budget fédéral accordée en subvention à la Ville Autonome de Buenos Aires va être révisée à la baisse (elle avait semblé démesurée à tous les observateurs et acteurs de la vie politique nationale)
  • et le niveau fédéral va aider les Provinces à éponger 10 millions de pesos de dettes accumulées pour leur permettre de repartir sur des bases saines.


Par ailleurs, le Président Macri s'en va à Mendoza se pencher sur les difficultés du secteur viticole à Cuyo (Mendoza, San Juan, San Luis), très affecté par une sécheresse récurrente depuis de nombreuses années. Il est prévu la signature d'un accord de coopération spécifique entre l'Etat fédéral et les provinces concernées.

Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12 (plutôt gêné aux entournures : le journal veut à tout prix trouver à critiquer mais il a bien du mal à justifier cette posture devant un Gouvernement conciliant qui ne dresse plus les gens les uns contre les autres comme le faisait Cristina, surtout ces deux dernières années, et qui est capable de faire évoluer ses décisions en fonction des critiques fondées qui lui sont adressées)



(1) Je viens d'en avoir une confirmation personnelle qui dépasse ce qu'en disent les médias.

Dans les Douze Travaux de Macri, voici les Ecuries d'Augias [Actu]

La carte de la corruption en 2015 par Transparency International
On voit clairement la tache de l'Uruguay et le filet du Chili en orange clair
comme la France et les Etats-Unis

On entre maintenant dans le dur : Mauricio Macri avait promis une lutte sans merci contre la corruption, un mal endémique qui ronge la vie institutionnelle argentine depuis l'époque coloniale. Il est probable qu'il doive son élection à cet engagement. Un mois et demi après sa prestation de serment, les promesses électorales aboutissent à des décisions concrètes et originales. Et celle qu'a annoncée hier Laura Alonso, directrice du Bureau anti-corruption, en fait partie. En profitant de la publication du rapport de Transparency International sur la perception de la corruption dans 168 pays de l'ONU (1), elle a annoncé que, dès le 1er mars, lors de la rentrée parlementaire, le Gouvernement soumettrait au Congrès un projet de loi accordant un régime judiciaire spécial aux repentis en matière de corruption. Ce régime fera partie de la révision du code pénal envisagé par le ministère de la Justice, pour remplacer la réforme kirchneriste qui avait été très critiqué par l'opposition en son temps.

Et sans doute est-ce ce qu'il faut faire car en Argentine, la corruption est un système délibéré, généralisé, très complexe et particulièrement verrouillé, qui touche toutes les formations politiques dites de gouvernement et à peu près tous les organismes politiques : gouvernements nationaux, provinciaux, municipaux, assemblées législatives sur ces trois mêmes niveaux et toutes les institutions qui en découlent, justice, musées, universités, écoles, hôpitaux, travaux publics, etc. Le Brésil dispose lui aussi de semblables dispositifs dans son actuelle et encore partielle opération Mains Propres.

Accorder aux repentis un régime privilégié est en effet la seule manière de s'attaquer au problème avec quelque chance de réussir, comme cela s'est pratiqué en Europe pour l'évasion fiscale et en Italie pour le crime organisé.

Simultanément, deux autres projets de loi seront présentés, l'un concerne la publicité de l'information et la confiscation des biens mal acquis par les titulaires de charges politiques qui auront été convaincus de corruption.

Il n'en reste pas moins qu'il va être très difficile d'obtenir un vote favorable au Congrès puisque le FpV (Frente para la Victoria) est majoritaire au Sénat et que c'est dans ses rangs qu'on risque de trouver le plus grand nombre de scandales, puisque ce sont eux qui étaient au pouvoir depuis l'élection de Néstor Kirchner en 2003...

Il est à noter que Página/12, qui a toujours soutenu le FpV depuis l'accession au pouvoir de Néstor Kirchner, n'en dit pas un mot dans son édition de ce jour.

Pour aller plus loin :
lire l'article de La Prensa sur le dernier rapport de Transparency International qui met l'Argentine très bas dans son indice de perception de la corruption
lire le communiqué de la section française de Transparency International.



(1) Ce rapport 2015 classe l'Argentine au 107e rang des pays par ordre croissant de perception de la corruption, le Danemark occupant la première place. Ce rang n° 107 est aussi celui du Togo, de la Côte d'Ivoire, de l'Equateur et du Belarus. L'Uruguay et le Chili occupent quant à eux la première place pour le continent sud-américain. L'Argentine a perdu deux points au cours de la dernière année, ce qui correspond assez bien avec la perception des gens qui ont voté pour Cambiemos, l'alliance électorale de centre-droit conduite par Macri.

Juan Vattuone présente son livre à la Casa del Bicentenario [Disques & Livres]

L'auteur-compositeur interprète Juan Vattuone présentera ce vendredi 29 janvier 2016 à 19h30 son premier livre, un recueil de contes, de récits et de pensées diverses, intitulé El Romance fantástico del poeta y la estrella de un tranvía (les vers fantastiques du poète et l'étoile d'un tramway), au patio de la Casa del Bicentenario, Riobamba 985.


Pour l'occasion, Juan Vattuone sera entouré de ses amis et de ses compagnons artistiques, comme Alejandro Swarcmann, Jorge Guiliano, Amanda Lucero, Horacio Avilano, Juan Carlos Gazanifa, Walter Hidalgo.

Ce livre a déjà fait l'objet de plusieurs présentations depuis le mois de septembre. Il est sorti en librairie le jour même où la Legislatura de Buenos Aires le recevait comme Personnalité de marque de la culture (personalidad destacada de la cultura).

Le livre a été préfacé par Horacio González, sociologue brillant, intellectuel sincère et ancien directeur de la Biblioteca Nacional (1). De nombreux artistes ont participé à l'illustration de l'ouvrage, parmi eux les petits-enfants de l'auteur, Juan, Lourdes et Francisco. Comme quoi, dans la famille Vattuone, le talent n'attend pas le nombre des années !

Pour aller plus loin :
écouter l'interview donnée par Juan Vattuone à Fractura Expuesta, la radio tango de La Voz de las Madres, le 17 août 2015 (disponible sur ivoox),
écouter l'interview de Juan Vattuone, accordée à Marca de Radio, le 29 septembre 2015, téléchargeable sur ivoox.



(1) Juan Vattuone est un péroniste plus que convaincu. Il est un inconditionnel de Madres de Plaza de Mayo dont il a repris le slogan, très vindicatif, pour en faire une chanson contre la dictature, Ni perdón ni olvido (que l'on peut traduire comme "ni pardon ni oubli" ou "ni grâce ni oubli"). Horacio González, qui refuse de travailler avec le nouveau Gouvernement argentin (et c'est réciproque), appartient à la même sensibilité politique, aujourd'hui minoritaire. Légèrement minoritaire, disent les chiffres officiels, dont il n'est pas impossible qu'ils aient été faussés à la marge : on pense en effet qu'au second tour les remontées des chiffres depuis les bureaux de vote tenus par les kirchneristes vers les autorités fédérales auraient comptabilisé les votes blancs comme des votes Scioli. Un maquilles similaires des chiffres aurait aussi existé au premier tour, mais sur ce point, les accusations sont moins insistantes. Il y a eu aussi des tentatives pour brûler des urnes. Avec cet arrière-fond, on comprend que les foules soient aussi exubérantes autour de Macri, toujours en état de grâce après un mois et demi au pouvoir, et que les kirchneristes sincères aient tant mal à faire entendre leurs positions, qui sont peut-être beaucoup plus minoritaires qu'ils ne le croient.

Premier Conseil des Ministres dans l'Intérieur, après messe [Actu]

Une du 27 janvier 2016 du  quotidien de Córdoba

Avant-hier, mardi 26 janvier 2016, le Président Macri et le gouvernement fédéral se sont retrouvés à Córdoba, pour la toute première réunion gouvernementale hors de Buenos Aires.

Cette réunion, qui a été combinée avec celle du gouvernement provincial, a suivi la messe de clôture de la Semana Brocheriana, une messe où le diocèse de Cruz del Eje et des fidèles venus de tout la pays, réclament à Dieu la canonisation du Cura Gaucho, José Gabriel del Rosario Brochero, qui sera sans doute célébrée dans une dizaine de mois à Rome, comme on l'a su vendredi dernier. Une messe informelle, en plein air, avec des officiels en bras de chemise et un prie-Dieu tout simplement installé dans l'herbe pour marquer la place du chef de l'Etat, lui-même assis sur la plus brave des chaises bon marché.

Mauricio Macri derrière son humble prie-Dieu
à la messe de clôture de la Semaine Brochérienne à Villa Cura Brochero
derrière lui, en bras de chemise bleu clair, le Gouverneur de Córdoba
(Photo service de presse de la Casa Rosada)
La visite du Président dans la Province a provoqué une grande excitation populaire, il a même pris des bains de foule qui paraissent plus spontanés que ceux que déclenchaient les visites de Cristina partout où elle allait, or je suis assez encline à croire ce que je vois, ayant récemment appris les conditions très détendues dans lesquelles s'était tenue la séance photo avec le gouvernement au grand complet dans le Jardín Botánico de Palermo, quelques jours avant la prestation de serment des intéressés : le service d'ordre était réduit au minimum et se comportait avec courtoisie envers les riverains qui passaient là pour leur promenade ordinaire...

A la fin de la messe, Mauricio Macri salue le cardinal Mario Poli,
archevêque de Buenos Aires et primat d'Argentine
et Monseigneur Santiago Olivera, l'évêque local (Cruz del Eje)
Photo du service de presse de la Casa Rosada

Ces événements à Córdoba n'ont pas beaucoup intéressé la presse de Buenos Aires (ah ! la la !, le manque d'intérêt de la capitale fédérale pour ce qu'il peut bien se passer dans ce qu'elle appelle l'Intérieur, avec un brin de condescendance !). Ils n'en ont pas moins permis au Premier ministre, Marcos Peña, de démentir les rumeurs (croissantes) de mésentente entre le Pape François et le Président argentin, rumeurs provoquées par l'absence d'entrevue entre les deux hommes depuis l'investiture présidentielle, y compris à l'occasion du voyage de Mauricio Macri à Davos. La raison en est simple : le Président ne veut pas se servir du Pape François pour accréditer sa politique ni entretenir sa popularité. Le fait est que Cristina de Kichner, elle, ne s'était pas privée d'en faire beaucoup dans ce sens, pour de nombreuses raisons, notamment parce qu'il lui fallait faire oublier et oublier elle-même la mauvaise opinion qu'elle avait de l'ancien archevêque de Buenos Aires. Le fait est aussi que Mauricio Macri a déjà eu une audience privée avec le Saint Père, avant son élection, et qu'il n'en a pas fait état dans sa campagne électorale ni même dans sa communication à la tête du Gouvernement de Buenos Aires. L'explication est donc des plus recevables.

Dans l'église de Villa Cura Brochero, le Président s'est approché du reliquaire du Cura Gaucho
comme le font tous les fidèles qui viennent se recueillir à cet endroit
Dans ce coin très enclavé des montagnes argentines, la messe de mardi a réuni quatre mille personnes.
C'est déjà pas mal !
(Photo du service de presse de la Casa Rosada)

Pour en savoir plus :
écouter l'intégralité de la conférence de presse de Mauricio Macri à Córdoba, en compagnie du Gouverneur de la Province, vidéo de 31 mn 52 disponible sur le site Internet de La Voz del Interior (elle est reprise du canal Youtube de la Casa Rosada)
consulter l'album photos publié par La Voz del Interior
lire l'article de La Nación sur le démenti apporté par Marcos Peña
lire le communiqué de la Casa Rosada sur la messe à Villa Cura Borchero
lire le communiqué de la Casa Rosada sur la réunion commune des deux gouvernements, national et local.

Le Vatican lui aussi salue ce qui fut, autour de la figure du Cura Brochero, la seconde rencontre officielle entre Mauricio Macri, en sa qualité de président, avec une représentation significative de l'épiscopat argentin, en français et en espagnol. Comme d'habitude, les deux textes varient sensiblement d'une langue à l'autre.

Ajout du 29 janvier 2016 :
lire l'analyse de La Nación sur les nouvelles us et coutumes diplomatiques entre l'Argentine et le Saint-Siège. Le Président Macri sera reçu par François, au Vatican, dans un cadre serein et institutionnel le 27 février prochain. Il n'est pas prévu que Macri se déplace au Mexique pour aller forcer la rencontre, comme le faisait Cristina, non sans provoquer un certain agacement, voire un agacement certain, dans les cercles vaticans, d'après ce qu'avance aujourd'hui La Nación, qui s'est, semble-t-il, donné la peine de mener une véritable enquête sur le sujet.
lire le communiqué (très succinct) de la Présidence sur l'audience prévue le 27 février 2016.

mercredi 27 janvier 2016

Samedi, Ariel Prat ouvre le carnaval à La Paila [à l'affiche]

Titre : "Histoire d'anticiprater le carnaval, Ariel Prat"

En 2016, le carnaval portègne culminera du 6 au 9 février, de dimanche à mardi gras, comme c'est la tradition pour le carnaval qui ferme la période du temps ordinaire juste avant que ne s'ouvre le carême avec le Mercredi des cendres. Cependant la manifestation va s'étaler sur tout le mois de février et occuper tous les week-ends de la capitale argentine avant la rentrée officielle du 1er mars.

Le murguiste Ariel Prat ouvrira donc les festivités ce samedi 30 janvier, à 22h30, au restaurant La Paila, Costa Rica 4848 à Palermo, qui s'est spécialisé dans la très réputée cuisine du nord-ouest argentin (Salta, Jujuy et Tucumán), qui mêle les influences espagnoles et quechuas.

Il est très vivement conseillé de réserver à l'avance.

Le programme du Torquato Tasso ces prochains jours [à l'affiche]


En ce mois de carnaval, le Centro Cultural Torquato Tasso nous propose un joli programme pour une pré-rentrée en douceur (on est toujours en pleines vacances d'été, là-bas) :

Demain, 28 janvier, ainsi que le 4 février, les chanteurs María Graña et Guillermo Fernández joindront leur talent pour une soirée tango qui promet le meilleur, tant du point de vue du répertoire déjà bien connu que des créations récentes, qui peinent à se faire une place au soleil, comme toujours pour ce qui est nouveau.

Le 11 février : Bruno Arias revient présenter son nouveau disque de forte revendication politique, El derecho de vivir en paz (le droit de vivre en paix).

Ce week-end, vendredi 29 et samedi 30 janvier 2016, retour de Rodolfo Mederos en formation de trio.

Et les vendredis et samedis de février, c'est le groupe de tango contemporain, La Chicana, qui s'empare de cette tanguería de la rue Defensa, 1575, à San Telmo.

Pour découvrir ces artistes à travers Barrio de Tango, donc en français, cliquez sur leur nom dans le blog Pour chercher, para buscar, to search, entre le titre et le corps de l'article.

Du folklore en Lo de Jac [à l'affiche]


La chanteuse Jacqueline Sigaut reprend ses invitations chez elle, à Palermo, pour des soirées de musique particulièrement conviviales. Ce samedi, 3 janvier 2016, à 21h30, elle propose une soirée consacrée à la musique de l'Intérieur, qui est habitée par la même question que le tango : qu'est-ce qu'être argentin ? Quel est ce pays immense qu'il reste à bâtir parce qu'il sort à peine de ses langes ?

Deux chanteurs, elle-même et Aníbal Chavero, accompagnés par un guitariste, Juan Martínez, et un percussionniste, Osvaldo Avena, seront réunis pour le meilleur.

Pour participer, une seule condition, s'inscrire au préalable auprès de Jacqueline, ce qui sous-entend qu'on parle espagnol, bien sûr !

Pour en savoir plus sur ces propositions, cliquez sur le nom de l'artiste dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

lundi 25 janvier 2016

Dédicace à bulles... dans tous les sens du terme [ici]


Du 4 au 7 février 2016, je serai présente au Marché de la Poésie jeunesse de Tinqueux, non loin de Reims, la capitale de la Champagne, pour dédicacer mes ouvrages sur la culture argentine... beaucoup pour les parents et un recueil de contes, Contes animaliers d'Argentine, qui convient aussi aux bambins (lecture autonome à partir de 9 ans en moyenne et tout dépend de la relation de l'enfant à la lecture).

Cette manifestation s'adresse aux jeunes et donc à leurs parents, pour les familiariser à la poésie et à la bande-dessinée (ça, c'est plus facile). C'est la troisième édition. Le jeudi 4 février, l'entrée est réservée aux professionnels. Le grand public dispose du vendredi et du week-end.

Je me tiendrai sur le stand des Editions du Jasmin, comme presque toujours, avec le mate à partager avec tous ceux qui le souhaitent.

Entrée libre et gratuite, dans la Salle des Fêtes, à côté du Carré Blanc, dans cette petite commune rurale.

Ariel Prat à Mar del Plata [à l'affiche]


L'auteur-compositeur interprète Ariel Prat présentera son nouveau disque, No solo murga (pas seulement de la murga), à Mar del Plata, les mercredi 27 et jeudi 28 janvier 2016 à 20h30 à La Casa de Enfrente (la maison d'en face), esquina Córdoba et 25 de Mayo.

Entrée : 100 $ ARG

Une restauration est proposée à prix très raisonnable.

La murga est par excellence le genre du carnaval qui, à Buenos Aires et dans la Province, occupe surtout le mois de février et les quatre jours gras (de dimanche à mardi gras, qui tombe très tôt cette année : le 9 février).

Soirée idéale après la bronzette sur la plage !

samedi 23 janvier 2016

Trio détonnant au Circé ce soir [à l'affiche]


Walter Hidalgo, Alejandro Szwarcmann et Juan Vattuone unissent leurs talents d'artistes, de tangueros et de provocateurs gauchistes pour présenter ce soir un nouveau spectacle, qui porte pour titre un oxymore bien déjanté : Hidalgos atorrantes (gentilshommes élevés dans une auge à cochon). La soirée mêlera la musique, la poésie, quelques dialogues absurdes et autres mythologies fantaisistes à une sélection de morceaux issu du répertoire de tango d'hier et d'aujourd'hui.

Le trio vous attend ce soir, samedi 23 janvier 2016, à Circé Fábrica de Arte, Avda Córdoba 4335, dans le quartier de Almagro.

Entrée : 150 $ ARG.

Pour aller plus loin :
lire l'interview à trois voix parue ce matin dans Página/12
vous connecter à la page Facebook de la salle.

vendredi 22 janvier 2016

Le premier saint argentin est de Córdoba [Actu]

Un grand classique de l'imagerie pieuse brochérienne
un montage entre la photo originale colorisée et un fond de montagne cordobaise

Ce n'est pas une surprise, le second miracle avait été accepté il y a quelques mois. Mercredi, à la fin de l'Audience générale, on a tous vu le Pape François donné l'étreinte fraternelle à l'un des évêques présents. Il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que tous les deux se connaissaient très bien et qu'il devait s'agir d'un prélat argentin (et il me semble qu'il s'agissait en effet de Monseigneur Santiago Olivera, dont la AICA semble dire qu'il est présent aujourd'hui dans son diocèse). Lorsque je l'ai vu offrir au Saint-Père une statuette qui de toute évidence représentait le Cura Brochero (il a une silhouette très reconnaissable, inconfundible comme disent les Argentins), je me suis dit que la nouvelle n'allait pas tarder à tomber. Je ne l'attendais pas précisément ce matin mais j'avais tort : d'abord parce qu'on est en pleine Semana Brocherania à Córdoba et ensuite parce que les deux hommes portaient sur le visage une telle expression de joie en se congratulant que cette étreinte de 10h30 avant-hier disait déjà tout. Et c'est vraiment une bonne nouvelle car ce Cura Gaucho est vraiment une figure rayonnante et il se peut que les non croyants eux-mêmes puissent être sensibles à sa personnalité, sa vie et son œuvre d'inlassable prêcheur et d'organisateur de communautés catholiques dans les montagnes alors très enclavées et très pauvres de sa province natale.

Cette photo a été prise à la fin de sa vie, intervenue en 1914

Ainsi donc, le bienheureux José Gabriel del Rosario Brochero, né en 1840 dans la bourgade de Santa Rosa dans la province de Córdoba, aujourd'hui Villa Santa Rosa de Primero Río, sera donc le premier saint argentin, né et mort sur le territoire national. La cérémonie de canonisation devrait se tenir sur la Place Saint-Pierre sans doute au cours de l'été ou à l'automne.

En Argentine, la nouvelle a tellement ému les gens que le modeste site Internet consacré au bienheureux, déjà sans doute très sollicité en cette semaine de prière à Villa Cura Brochero, a sauté : on ne peut plus y accéder !

Il est à peu près sûr que la nouvelle fera la une de La Voz del Interior demain matin !

Carte de la Province de Córdoba téléchargée
depuis le site Internet de l'Institut géographique national argentin (IGN)
Cliquez sur l'image pour obtenir une très haute résolution

Il est probable que Mauricio Macri était lui aussi informé de l'imminence de la décision pontificale : il y a deux jours, il a annoncé qu'il participerait à la clôture de la Semaine Brochérienne, une semaine d'exercices spirituels qui a commencé lundi à Villa Cura Brochero et s'achèvera mardi 26 janvier. Après la messe dans la bourgade où se trouve le principal sanctuaire consacré au futur saint, le Président se rendra à Córdaba, la capitale provinciale, pour y tenir un conseil des ministres, le premier qui aura lieu hors de la capitale fédérale, puis travailler avec le Gouverneur sur la coopération entre les niveaux fédéral et provincial (voir la dépêche AICA du 20 janvier 2016).

Pour aller plus loin :
tous les articles que je cite sont en ligne, ils ne figurent pas sur les éditions imprimées des quotidiens
lire l'article de La Voz del Interior, le quotidien de Córdoba
lire la dépêche de la AICA, l'agence de presse catholique
lire le communiqué du Vatican en français

Les catholiques seront intéressés par la déclaration pastorale de Monseigneur Olivera, évêque de La Cruz del Eje, diocèse dont fait partie Villa Cura Brochero, et vice-postulateur de la cause, raison de sa présence cette semaine à Rome.

On a découvert un dinosaure à Mendoza / "¡Muerto sí, claro!" (Article n° 4700) [Actu]

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Depuis 1993, c'est une blague permanente en Argentine dès qu'on parle de dinosaure : demander s'il est vivant, comme le fit cette année une vedette quelque peu évaporée (et dont on taira le nom) dans une conversation à bâtons rompus avec la super-vedette Mirtha Legrand, qui n'a pas pu s'empêcher d'éclater de rire devant la stupidité de la question...


Une partie de l'équipe et l'humérus du petit dino...
González Riga est au centre 

On a donc bien trouvé, dans le sud de la province de Mendoza, sur le territoire de la commune de Malargüe, quelques élément d'un gigantesque fossile appartenant au plus grand dinosaure connu à ce jour, baptisé du nom latin de Notocolossus gonzalezparejazi (ce qui se traduit "Colosse du Sud [en hommage à] Jorge González Parejas", un chercheur qui a travaillé à Mendoza pendant vingt ans sur ce sujet).

La petite bête mesurait 30 mètres (approximativement) et devait peser 60 tonnes. Elle vivait il y a 86 millions d'années. L'un de ses pieds est parfaitement conservé, la structure en est intacte, on voit très bien les articulations qui lui permettaient de se mouvoir. Son humérus, qui a été retrouvé intact lui aussi, mesure rien mois que 1,76 m, soit la taille d'un homo sapiens sapiens d'aujourd'hui comme on le voit sur la photo... La découverte a fait l'objet d'une publication dans la revue scientifique britannique Nature, le 18 janvier 2016, sous le titre : "A gigantic new dinosaur from Argentina and the evolution of the sauropod hind foot".

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Le paléontologue auquel on doit la découverte, le Pr. Bernardo Javier González Riga (1), du CONICET (équivalent du CNRS français), directeur du laboratoire des Dinosaures de la Universidad Nacional de Cuyo (UNCuyo), à Mendoza, a fait une partie de ses études à Córdoba, ce qui vaut à cette dernière cité de se sentir doublement honorée aujourd'hui : elle fête le premier saint argentin, qui est l'un de ses fils, et s'attribue un petit bout du prestige d'une découverte qui fait le tour du monde scientifique et médiatique.

Copie d'écran du site de Nature
en couleur les parties du squelette qui ont été retrouvées

Le fossile, de la famille des sauropodes mendocins, a été identifié en 2009 dans un gisement fossile lui-même découvert en 2006. Aujourd'hui, la nouvelle atteint le grand public grâce à la traduction en espagnol pour la presse généraliste. De son côté, l'université, en pleine période de vacances d'éta, publie une interview du chercheur et c'est un véritable dossier de vulgarisation en espagnol, réalisé à partir de l'article scientifique tel qu'il a été envoyé à la revue en avril 2015, qui est disponible en ligne. La presse provinciale met la nouvelle à la une.

La municipalité de Malargüe se prépare à ouvrir prochainement un parc thématique consacré aux découvertes paléontologiques réalisées sur son territoire. Ce nouvel atout culturel et touristique devrait s'appeler le Parque Cretácico Huellas de Dinosaurios (parc crétacique Empreintes de Dinosaures) et être développé pour la partie de vulgarisation scientique en partenariat avec l'UNCuyo.

Pour aller plus loin :
Du côté scientifique :
lire l'article de Nature (en anglais)
lire l'interview de González Riga sur le journal en ligne grand public de la UNCuyo, Unidiversidad
lire l'article d'hier sur le mode de vie du Notocolossus sur le même journal
lire l'article du 2 octobre 2012 sur un état antérieur de la découverte scientifique, toujours sur Unidiversidad



(1) Les Argentins disent Doctor González Riga, parce que le titre donné à quelqu'un est celui de son diplôme universitaire le plus élevé. En France, en Belgique et en Suisse, on utilise plutôt le titre relevant des fonctions universitaire.

jeudi 21 janvier 2016

Raúl Barboza chez lui puis au Café Vinilo [à l'affiche]


Le chamamiste argentin installé en France, Raúl Barboza, est en tournée comme tous les hivers (septentrionaux) en Argentine. Il participe ce soir à la Fiesta Nacional del Chamamé, dans sa ville de Corrientes, au nord du pays, et passera le week-end à Buenos Aires, au Café Vinilo.

Avec ses partenaires, le Français Francis Varis (accordéon), Roy Valenzuela (contrebasse), Nardo González (guitare) et Chacho Bernal (percussions), qui remplace le brésilien Ze Luis Nascimento qui a enregistré le disque, il présente en ce moment un disque imaginé et conçu en France, Chamamé Musette.

Vendredi 22 et samedi 23 janvier 2016, à 21h, ils seront au Café Vinilo, Goritti 3780, à Palermo, pour une soirée de musique parisino-litoralègne...


Entrefilet de Radar (Página/12)
Cliquez sur l'image pour obtenir une meilleure résolution
Entrée : 300 $ ARG. Le prix, élevé, est à la mesure de la rareté de l'apparition d'un musicien qui laisse dire dans son pays natal qu'il est le meilleur musicien de chamamé au monde. Ce qui n'est dû qu'à sa capacité à voyager parce qu'il vit à Paris, avec le niveau de vie qui s'y attache. Les Argentins gardent un indéniable sentiment d'infériorité qui les fait toujours pencher vers l'avis des étrangers (surtout s'ils sont français).

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 dans les pages culturelles de l'édition de ce matin (un entrefilet est aussi paru dans le supplément Radar, si j'en crois la photo trouvée sur la page Facebook du Café Vinilo qui en fait sa publicité)
consulter la page Facebook du disque-concert (une page tellement française qu'elle ne daigne même pas annoncer les programmations en Argentine).

Les preuves de la corruption et du clientélisme apparaissent [Actu]

A Jujuy, le système mis en place par l'organisation Tupac Amaru, qui se réclame de la révolution sociale, commence à apparaître au grand jour : un système de captation de fonds publics au profit de la dirigeante qui s'en est servi, de manière discrétionnaire, sans l'ombre d'un contrôle démocratique, pour lancer toutes sortes de chantiers, alors qu'elle-même n'avait aucun mandat exécutif constitutionnel qui l'y autorisait. Certes, ces chantiers ont considérablement amélioré la vie de certains (tant mieux pour eux), mais cela s'est fait au prix d'une opacité et d'un clientélisme qui sont maintenant dénoncés comme autant de manœuvres de chantage et de racket par certaines des organisations qui en étaient exclues ou des coopératives qui ont dû s'y soumettre pour rester dans la course économique. La dirigeante mise en cause, Milagro Sala, qui est aussi députée au Parlasur (la chambre supranationale de l'UNASUR) est en prison et une instruction de la justice provinciale de Jujuy est en cours. Au grand dam de Página/12 qui la soutient mordicus en évoquant, comme un gage d'innocence, son origine indienne et humble (comme si on ne pouvait pas être malhonnête quand on est un Indien prolétaire) et en accusant le Gouverneur Gerardo Morales (UCR) d'inventer des griefs fantaisistes et absurdes.

A Buenos Aires, un montage financier ahurissant est maintenant mis à jour à TV Pública autour de la défunte émission 6, 7, 8 : un débat non contradictoire (1) entre six journalistes et animateurs, qui occupait l'antenne tous les soirs, en prime-time, du lundi au vendredi, et soutenait la politique du gouvernement en place tout en critiquant l'opposition, voire en la calomniant ou en la tournant en ridicule. Les documents sortent et montrent qu'une bonne part du budget monstrueux de la production a été bâtie sur des contrats captifs de publicité pour l'ANSeS, la sécurité sociale qui, en Argentine, est une administration d'Etat et non pas un organisme paritaire (elle ne dispose donc d'aucune marge d'autonomie par rapport au gouvernement. Au contraire, c'est une division du ministère des finances). L'ANSeS achetait donc à prix d'or des campagnes de promotion des services qu'elle offre à la population la plus modeste et ces sommes ont fait tourner en partie le studio pendant les six ans qu'a duré l'émission. Les contrats découverts par les nouveaux dirigeants de l'audiovisuel public ont été envoyés à la Commission d'enquête anti-corruption qui a pour mission d'instruire les cas de corruption publique qui passeront en justice.

Lorsque Cristina Kirchner avait mis fin au régime de retraite par capitalisation pour mettre en place un régime obligatoire et universel de retraite par répartition, l'opposition avait beaucoup crié en l'accusant d'emblée de vouloir se servir personnellement dans ce nouveau trésor placé à sa merci. On avait alors beaucoup parlé du vol de l'argent des retraités : la plata de los jubilados retentissait dans le paysage politique argentin comme un cri de guerre de l'opposition. En l'absence totale de preuves de telles malversations, j'avais écarté ces critiques qui s'exprimaient a priori. Mais il faut croire qu'elles n'étaient pas dénuées de fondement et qu'elles s'élevait contre un un système si verrouillé que personne n'a jamais osé faire sortir le moindre document qui aurait pu servir de preuve dans ce sens (comme cela est presque toujours possible dans des démocraties institutionnellement plus rodées). Ce verrouillage, qui se déduit de ce silence longtemps respecté et enfin rompu (2), depuis que le gouvernement actuel a accès aux archives, donne quelque consistance au discours de l'opposition d'alors, la majorité d'aujourd'hui, qui parle de "mafia kirchneriste", de "clanisme", de "ministère de la propagande", d'"abus du bien public à des fins partisanes"...

Lorsque je voyais ces campagnes de la protection sociale d'Etat, je voyais surtout une sensibilisation des travailleurs à l'existence de leurs droits, une sensibilisation susceptible de faire reculer l'embauche au noir, puisque l'économie au noir en Argentine est beaucoup plus le fait du patronat que le système D de gagne-petit qui cherchent à mettre des sous de côté. C'est probablement l'un des effets recherchés et sans doute obtenus, mais de toute évidence, ce n'était pas le seul !

La Nación publie ce matin l'intégralité du contrat endogamique qui répartit les rôles entre les trois entités de RTA, la holding elle-même (Radio Télévision Argentine), TV Pública et Radio Nacional, et qui définit le recours à la publicité. De là à dire que La Nación accomplit le travail d'un Mediapart, il y a un grand pas qu'il convient de ne pas franchir. Il est plus que probable qu'elle n'est pas allée chercher le document mais qu'il a été mis à disposition de la presse par le gouvernement ou la nouvelle direction du groupe RTA. Il ne s'agit donc pas encore d'un journalisme d'investigation... Mais enfin, c'est toujours mieux que les précédentes accusations sans preuve.

Pour aller plus loin :
lire l'article de La Nación sur le coût de l'émission et les détails du contrat publicitaire
On peut aussi lire sur La Nación, qui semble être leader sur ce sujet, l'article publié dès mardi sur ce montage budgétaire, l'article publié le 17 janvier sur la provocation bravache de Victor Hugo Morales qui lançait à Hernán Lombardi qu'il était prêt à reprendre du service sur TV Pública, au nom du pluralisme, à condition de reprendre les journalistes de 678 pour refaire le même type d'émission et enfin la seconde grande interview donnée par Hernán Lombardi, le 15 janvier dernier, sur la politique qu'il entend mener dans l'audiovisuel public et où il annonçait vouloir garder Victor Hugo Morales sur Radio Clásica (la première de ces deux très longues interviews a donné lieu à une présentation sur Barrio de Tango le 29 décembre 2015).

On attend maintenant de voir à quoi ressembleront les grilles de radio et de télévision à la rentrée et si elles seront aussi pluralistes que le gouvernement veut bien nous le promettre. Pour l'heure, on constate qu'il y a une plus grande transparence dans la mesure où la presse est davantage informée et que les journalistes peuvent poser des questions, y compris celles qui fâchent, et les réponses, y compris les esquives, ressemblent beaucoup à celles que l'on connaît sous nos cieux européens.

Ajout du 23 janvier 2016 :
Tupac Amaru a tâché de nationaliser la querelle et de compter ses partisans en appelant à une manifestation généralisée qui devait se tenir hier sur tous les points du territoire. La saison n'est certainement pas la meilleure pour lancer ce type de pari : c'est la période des vacances d'été, ne l'oublions pas. Et ce n'est pas non plus une politique délibérée du gouvernement en place pour faire échouer les initiatives de l'opposition. Ce n'est pas lui qui a choisi cette date du 10 décembre pour entrer en fonction, une date qui a été choisie en 1983 parce qu'elle correspond au jour international des droits de l'homme, date retenue à l'ONU par une majorité de pays de l'hémisphère nord, pour lesquels elle correspond à la toute fin de l'automne et donc à l'activité à plein régime.
Les manifestations n'ont pas eu le succès espéré. Il n'est que de voir aujourd'hui la façon dont Página/12 en rend compte pour s'en persuader : cela n'est pas en une, il n'y a pas de photo montrant des rassemblements populaires, comme cela fut le cas au surlendemain du limogeage de Victor Hugo Morales de Radio Continental, ce que Página/12 a exploité en bonne et due forme.
De toute évidence, il n'y a pas d'appui populaire authentique à Milagro Sala. Ce qui ne veut évidemment pas dire que le risque qu'elle prend pour sa santé et sa vie avec sa grève de la faim soit acceptable par une société civilisée ni qu'elle est coupable. Pour le moment, elle n'est pas jugée, elle est donc présumée innocente, ce qui est un fait de droit inviolable en démocratie. De toute évidence, cependant, les accusations qui sont portées contre elle et son organisation ont quelque crédibilité dans l'opinion publique, ce qui en dit long sur la réalité vécue par les Argentins de ce qu'est Tupac Amaru.

Ajout du 29 janvier 2016 :
Lire l'article de Página/12 de ce jour et celui de La Nación sur le seating organisé par différents mouvements sociaux péronistes, dont la Tupac Amaru et le Movimiento Eva, sur Plaza de Mayo pour soutenir (enfin) Milagro Sala. Il aura donc fallu près de deux semaines pour qu'un mouvement de soutien se manifeste publiquement (c'est long, au regard des mœurs politiques argentines) et encore est-ce le fait des mouvements installés dans la Province de Buenos Aires (et non pas ceux de Jujuy), une province où Cambiemos est arrivé au pouvoir en ne recueillant que 36% des voix (donc sans représenter la majorité réelle, ce qui rend cette défaite du Frente para la Victoria encore plus douloureuse pour ses militants et sympathisants).



(1) Donc ce n'était pas vraiment un débat, même si pour une bonne partie des Argentins c'en est bien un. Ce que nous appelons pluralisme est encore une réalité inconnue de la majorité des Argentins, qui pourraient pourtant en avoir l'expérience en allant regarder ce qui est disponible sur depuis l'étranger sur le site Internet de la Radio Télévision espagnole (RTVE).
(2) Comme cela se passe aussi à Jujuy.