mercredi 22 mai 2013

Mon dernier salon de la saison 2012-2013 [ici]


Pour la dernière fois en cette saison 2012-2013, je signerai mes ouvrages au Salon du Livre du Lions Club Le Chesnay-Rocquencourt, à la Mairie du Chesnay, à côté de Versailles, du vendredi 31 mai 2013 au dimanche 2 juin 2013.

Je présenterai mes trois ouvrages déjà parus aux Editions du Jasmin sur le stand de ces dernières :
Barrio de Tango, qui date de mai 2010
San Martín, à rebours des conquistadors, biographie sortie en décembre 2012
et Tango Negro, qui vient de sortir en avril.

Comme d'habitude, j'apporterai le mate pour un échange gustatif... à l'argentine. A Saint-Malo, le week-end dernier, c'est avec plaisir que j'ai constaté que bien des gens y connaissaient déjà cette boisson nationale du Cône Bleu (et de l'Uruguay, du Paraguay et du Chili). Mais il est vrai que c'étaient tous des Etonnants Voyageurs !

Ce nouveau salon du livre se tiendra à la Mairie du Chesnay, Salle Maurice Cointe, 9 rue Pottier (gare SNCF de Versailles-Rive-Droite). Il est organisé par le Lions Club du Chesnay-Rocquencourt au profit de la jeunesse en difficulté et comme souvent avec le Lions Club en région parisienne (que ce soit à Antony, à Châtenay-Malabry ou ici au Chesnay), la communication autour de l'événement est très défaillante. Il n'y a ni site internet, ni blog, ni page Facebook, ni affiche ou visuel quelconque, pas même une mention sur le site de la Mairie qui prête ses locaux... Aux auteurs et aux exposants de faire seuls le boulot ! C'est dommage parce que les organisateurs se sont pliés en deux pour offrir un programme culturel intéressant, avec des concerts et des conférences, dont une de Robert Solé, journaliste au Monde, sur le thème de l'Egypte, D'une révolution à l'autre, 1919-2013, le samedi à 15h (ça vaudrait donc bien le coup de faire du bruit autour !)

Pour ma part, je serai présente le vendredi matin, jusqu'un peu après le déjeuner, puis le samedi (j'arriverai sans doute vers 11h) et le dimanche dès le début d'après-midi.

Entrée libre et gratuite.

Et les prochaines dédicaces, ce sera à la rentrée, à la mi-septembre, à la Fête de l'Humanité, à La Courneuve, au Village du Livre.

Pour en savoir plus sur mes activités à venir, vous pouvez vous reporter à mon Agenda sur mon site Internet, où je donne les dates longtemps à l'avance.

Demain soir, deux livres au Museo Casa Carlos Gardel [à l'affiche]


Demain jeudi 23 mai 2013, à 18h, le Museo Casa Carlos Gardel, Jean Jaures 735, accueillera l'écrivain Roque Vega, qui présentera deux ouvrages récemment publiés.

D'une part, une nouvelle biographie, écrite sous une forme théâtralisée, de Enrique Santos Discépolo, l'auteur de Cambalache (1) et Esta noche me emborracho (2) : Discépolo, Historia de un poeta, de Claudia N. Sandina.
D'autre part, un recueil de contes et poèmes en lunfardo, intitulé De los vicios, du conteur Roberto Aguirre, impénitent arpenteur de tous les lieux où l'on danse le tango dans la capitale argentine.

L'entrée est libre et gratuite, comme toujours au Museo Casa Carlos Gardel. 


(1) Traduit dans Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins, que j'ai publié il y a trois ans aux Editions du Jasmin. En tout, Barrio de Tango contient onze textes de ce magnifique poète portègne, un véritable écorché vif au style inimitable.
(2) Il existe déjà deux très belles biographies (entre autres) de Discépolo, parus toutes deux chez Corregidor, l'une par Norberto Galasso (Discépolo y su época), l'autre de Horacio Ferrer et Luis Sierra (Discepolín). Il y a quelques années, une psychanalyste a sorti sa propre biographie du poète. Je ne l'ai jamais trouvée ni lue. Je ne sais pas ce que ça vaut.

Prix en conserve pour tenir tout l'hiver jusqu'au printemps (ou aux élections ?) [Actu]



Une sélection d'articles de consommation courante, dont les prix ont été garantis contre les augmentations inflationnistes depuis le début février jusqu'à fin mars dans un premier temps (soit un mois après la rentrée scolaire) puis jusqu'à fin mai, viennent de se voir maintenus en l'état jusqu'au mois d'octobre par un accord entre le Gouvernement argentin et la Chambre de la grande distribution. L'accord est valable pour 500 produits de base, pour la plupart des produits alimentaires et hygiénique (hygiène corporelle et domestique).

Il se trouve qu'il y a quelques jours, la date des élections de mi-mandat a été fixée définitivement au mois d'octobre. On élira alors une partie des députés, provinciaux et nationaux, et des sénateurs. Il n'est toutefois pas interdit de penser que la motivation de fond de cet accord soit une lutte sincère contre l'inflation qui dévaste l'économie du pays et en particulier la trésorerie des familles les plus défavorisées.
Un rapport de l'Université Catholique Argentine à Buenos Aires (UCA), repris ce matin par le service d'information du Vatican, vient de publier des chiffres effarants sur le niveau de pauvreté dans le pays : 39% des mineurs vivent en-dessous du seuil de pauvreté, 4 enfants sur 10 sont indigents, c'est-à-dire que leurs parents ne peuvent pas leur assurer la suffisance alimentaire.
En Argentine, il est prévu que l'école obligatoire fournisse aux enfants scolarisés un service de repas gratuits (sans participation financière des parents). En général, cette institution assure le déjeuner et le goûter des écoliers. Dans la Province de Buenos Aires, elle offre aussi souvent le petit-déjeuner. Mais les cuisiniers des écoles tirent le diable par la queue pour concevoir des repas appétissants et équilibrés avec les budgets qui leur sont alloués et le prix des denrées (1). Dans la ville de Buenos Aires même, cette obligation fait parfois les frais d'un jeu politique délétère comme lorsque, pour soutenir le secteur agraire en guerre ouverte avec le Gouvernement national, Mauricio Macri a fait servir en 2008 du pâté de soja dans ces cantines qui ne sont fréquentées que par des gamins pauvres, ce qui a été une catastrophe nutritionnelle (voir mon article du 27 septembre 2008).

Pour aller plus loin :
lire l'article d'aujourd'hui dans Página/12 (illustration ci-dessus)
lire mon article du 5 février 2013 sur la mesure initiale
lire mon article du 27 mars 2013 sur la prolongation de l'accord
lire tous mes articles sur le sujet en cliquant sur le mot-clé Niveau Vie dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.


(1) Ce problème social grave et durable a inspiré au poète Raimundo Rosales un candombe intitulé Mañana Clara (musique de Javier González), que j'ai traduit dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, janvier 2011, numéro spécial de la revue Triages, Tarabuste Editions (page 41). Pour en savoir plus, cliquez sur la couverture du livre que vous trouverez dans la Colonne de droite de ce blog ou rendez-vous sur la page de mon site Internet qui lui est consacrée. Mañana Clara (que l'on peut traduire soit par "Matin Claire" -avec un jeu de mot qui fonctionne mal en français à cause d'un changement du genre- soit par "Demain, Claire") raconte le dévouement de la cuisinière d'un de ces comedores infantiles, qui fonctionnent toute l'année, y compris pendant les vacances scolaires, pour nourrir toute cette marmaille affamée (c'est qu'on a bon appétit entre 6 et 14 ans).

mardi 21 mai 2013

Le Pape salue les Argentins à l'occasion du 25 Mai [Coutumes]

La Casa Rosada a ressorti pour l'occasion l'une des photos prises au Vatican
le 18 mars 2013 pendant l'audience accordée par le Pape à la Présidente.
On est en année électorale et les scrutins s'approchent...

Hier, la Présidente Cristina de Kirchner a rendu publique la lettre qu'elle a reçue du Pape à l'occasion de la Fête Nationale qu'elle célébrera samedi en se rendant au Te Deum qui, cette année, aura lieu à Luján, qui n'est pas seulement la grande cité mariale du pays, dans l'ouest de la Province de Buenos Aires, mais aussi la toute première ville argentine qui ait adhéré au processus révolutionnaire entamé par Buenos Aires le 25 mai 1810, révolution à laquelle un musée de Luján est consacré, tout près de la Basilique, sur la très belle Plaza Mayor coloniale (1) (voir mes articles sur la Semaine de Mai, en 2010, en lien permanent dans la rubrique Petites chronologies de la Colonne de droite).

"Me es grato hacer llegar a vuestra excelencia un atento saludo con motivo de la Fiesta Nacional de ese amado país, junto con mi más cordial felicitación a todos los argentinos, a quienes tengo muy presentes en mi oración, confiándolos cada día a la protección de Nuestra Señora de Luján para que los aliente y sostenga en sus esfuerzos por recorrer unidos los caminos de la solidaridad y la justicia.
Francisco PP" 

C'est avec plaisir que je fais parvenir à Votre Excellence mes salutations distinguées à l'occasion de la Fête Nationale de ce pays bien-aimé, ainsi que mes vœux de bonheur les plus cordiaux à tous les Argentins qui sont très présents dans ma prière, où je les confie chaque jour à la protection de Notre-Dame de Luján pour qu'elle les encourage et les soutienne dans leurs efforts pour parcourir, dans l'unité (2), les chemins de la solidarité et de la justice.
François PP
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Source : communiqué de la Salle de Presse de la République Argentine.
Dans son édition d'aujourd'hui, Página/12 a repris le message dans un entrefilet, qui n'omet même pas la dimension spirituelle de la lettre.


(1) Une excursion à Luján (voir mon article d'octobre 2012) est envisageable dans le cadre du séjour culturel à Buenos Aires que je vous propose actuellement avec l'agence de voyage équitable française Human Trip (www.humantrip.fr)
(2) C'est encore et toujours le même message que le Pape François envoie, comme il l'a fait dans la nuit du 19 mars dernier, juste avant la messe d'installation sur la Place Saint-Pierre, en téléphonant à la cathédrale de Buenos Aires.

Une interview de Leopoldo Federico traduite par Solange Bazely [Troesmas]



A lire sur Bandonéon Sans Frontière de Solange Bazely, une interview du Maestro Leopoldo Federico, 69 ans de scène, qu'elle a partiellement traduite en français et qui est écoutable grâce à You Tube sur son blog, francophone comme Barrio de Tango...

Videla indésirable au cimetière de Mercedes [Actu]



Le corps de l'ex-dictateur Jorge Videla, mort vendredi dernier, a été mis à la disposition de sa famille pour sa sépulture dont il se murmure qu'elle pourrait s'effectuer dans le caveau que la famille possède au cimetière municipal de Mercedes (Province de Buenos Aires). Le corps du prisonnier a fait l'objet d'une autopsie pour connaître les causes (par ailleurs naturelles) du décès (il a succombé à des complications de fractures du bassin et des côtes qui se sont produites lorsque le vieil homme est tombé sous sa douche, cinq jours auparavant). Les analyses toxicologiques sont encore en cours (on cherche à savoir s'il y a eu un problème avec des médicaments ou une autre cause à ce décès).

Pour ces raisons procédurales, la famille n'est pas autorisée à faire incinérer le corps comme elle en aurait eu originellement l'intention, sans doute pour les mêmes raisons que celles qui ont conduit la famille Pinochet à agir ainsi avec les restes du dictateur chilien (ne pas laisser de tombe qui pourrait être profanée par l'opposition).

La municipalité de Mercedes a réagi en disposant à l'entrée du cimetière de grands panneaux rappelant l'histoire des disparus originaires de la ville. La mairie n'ayant pas le droit de s'opposer à l'inhumation, elle s'est ainsi arrangée pour que le cortège ne puisse pas ignorer la condamnation politique de Videla. La réaction est d'autant plus forte que Videla est mort sans révéler ce qu'on attendait de lui (mais qu'il ignorait peut-être), à savoir ce qui s'est passé concrètement pour les disparus dont les restes n'ont toujours été ni identifiés ni localisés

En 1998, le conseil municipal de Mercedes, où vivait encore sa sœur, avait déclaré l'ancien dictateur, grâcié par le président Carlos Menem, persona non grata sur le territoire communal et on ne se souvient guère qu'il ait foulé le sol de sa ville natale.

Pour aller plus loin :

vendredi 17 mai 2013

La mort de Videla [Actu]

On a appris en cours de journée la mort de Jorge Rafael Videla, le putschiste qui avait pris le pouvoir le 24 mars 1976 en Argentine. La nouvelle a ému tout le pays, à quelques jours de la célébration de la Fête Nationale du 25 mai. Plusieurs organismes des droits de l'Homme ont d'ores et déjà réagi, soulagés qu'il soit mort en prison.

Les activités du salon du livre d'Etonnants Voyageurs à Saint-Malo ne me permettent pas de rendre compte dès aujourd'hui de l'événement et de ses lectures par les différents quotidiens et les organismes des droits de l'homme. Vous en avez néanmoins les liens permanents dans la Colonne de Droite de ce blog.

mardi 14 mai 2013

Canal Encuentro à la recherche des petits-enfants [Actu]



Pour la deuxième année consécutive, Canal Encuentro, l'équivalent argentin de France 5, propose, en prime-time pour la première diffusion, Acá estamos – Historias de nietos recuperados (1), une émission co-produite avec l'ONG Abuelas de Plaza de Mayo autour des récits, à la première personne, des personnes qui se sont vu restituer leur identité de naissance, après la découverte du caractère frauduleux de leur adoption sous la Dictature, qui a fait disparaître leurs parents biologiques au moment de leur naissance ou lorsqu'ils étaient en bas âge.

Témoignage avec thermos et mate

Cette émission familiarise le public argentin avec un phénomène qui gangrène profondément la société nationale, qui reste bien sûr un tabou dans au moins plusieurs centaines de familles, celles qui ont mis la main sur les bébés volés. Il faut donc en parler et en parler toujours pour renforcer la légitimité de cette recherche familiale.
L'émission se donne l'objectif d'inciter les quatre cents adultes qui manquent encore à l'appel sur la liste établie par Abuelas à se manifester auprès de cette ONG pour signaler les doutes qui sont les leurs sur les conditions de leur naissance et partant sur la vérité de leur identité. La plupart des personnes identifiées à ce jour ont eu des doutes plus ou moins prononcés à un moment ou à un autre. Pour qu'ils se manifestent maintenant qu'ils sont des adultes dans la force de l'âge, souvent eux-mêmes parents de jeunes enfants, il faut que ces personnes aient relevé des indices leur permettant d'envisager autre chose que la fiction inventée autour de leur intégration dans leur famille adoptive et qu'ils puissent de surcroît franchir la frontière idéologique, invisible mais bien réelle, entre les valeurs dans lesquelles ils ont été élevés (c'est rarement celles de la démocratie) et ce que représente une cause comme celle défendue par Abuelas : pour les tenants de la Dictature, Abuelas, c'est la pensée subversive par excellence et c'est le cas de toutes les ONG des droits de l'homme, associées à la gauche actuellement au pouvoir.

Témoignage dans le patio, à l'argentine, là aussi

Il est donc possible que ses recherches familiales se heurtent à cette barrière invisible et non pas seulement à l'habileté avec laquelle l'imposture a été montée il y a quelque trente ans par les sbires de la Junte militaire. La télévision est donc un média indispensable pour sensibiliser la population, au moins la part qui accepte de regarder Canal Encuentro (considéré comme l'une des voix asservies au Gouvernement en place), et grâce à elle, ces documentaires sortent des frontières. Le site Internet est consultable en tout coin de la planète et You Tube abrite des extraits de la série d'émissions (en espagnol, une langue qui est parlée largement dans le monde y compris et de plus en plus aux Etats-Unis).

L'émission est multidiffusée. Ses différents épisodes sont visibles à la demande sur le site de Canal Encuentro.

Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12 sur l'émission
vous connecter à la page de l'émission sur le site de Canal Encuentro.


(1) Nous voici – Histoires de petits-enfants retrouvés.

lundi 13 mai 2013

Les criollitos de Cocineros Argentinos pour la Fête du Pain [Coutumes]




Photo extraite de l'émission
Aujourd'hui et pour toute la semaine, les boulangers de France organisent la Fête du Pain pour promouvoir le caractère artisanal et authentique de leur activité et susciter des vocations professionnelles dans la société (le pays souffre d'un manque cruel de professionnels dans les métiers de bouche pourtant si traditionnels chez nous).

A cette occasion, voici donc une recette extrêmement classique dans le Cône Bleu : des criollitos, petits pains feuilletés à dévorer à toute heure, au petit-déjeuner, au goûter, en guise de plateau-télé pour le match du siècle, mais surtout en dégustant la boisson nationale, le mate, que vous connaissez déjà si vous suivez l'actualité de ce blog (voir mes articles classés sous le mot-clé en question). En général, tout ce qui est un peu gras, et éventuellement sucré (entre un peu et beaucoup selon le goût de chacun), accompagne le mate à la perfection (1).

Pour réaliser cette entrée, je suis allée piquer son idée à cette excellente émission culinaire qu'est Cocineros Argentinos, un des piliers de la télévision publique. L'équipe assez déjantée de cuisiniers et pâtissiers est devenue une vraie vedette collective dans tout le pays.
Leur recette est celle du criollito cordobese, celui de Córdoba, la Province dont je vous parlais hier au sujet du Cura Brochero (voir mon article d'hier), un pays de montagne, austère et rude, longtemps enclavé très loin des ports où l'on trouve abondance de produits de toutes sortes et de toute provenance. A Córdoba, on cuisine donc avec les aliments locaux. Le criollito cordobese se confectionne avec de la graisse de bœuf.

Vous pourrez bien sûr vous livrer à vos propres variantes, en utilisant plutôt du saindoux ou de l'huile d'olive (ça, c'est pour les riches !). En revanche, si vous choisissez du beurre, ce sera comme pour la cremona (voir mon article sur cette autre spécialité), qui est une sorte de gros criollito : vous obtiendrez un résultat dans lequel jamais un Argentin ne reconnaîtra la spécialité à laquelle il est accoutumé. Donc le 25 mai, vous évitez cette fantaisie !

Pour réaliser cette spécialité, vous aurez besoin d'un kilo de farine. L'animatrice de Cocineros Argentinos conseille la farine de type 3, inconnu chez nous. Utilisez de la farine T 55 ou T 65 si vous voulez un résultat plus rustique encore. Vous aurez aussi besoin de 350 gr de graisse bovine, que vous détaillerez en 300 et 50 gr, à part, de 25 gr de sel, 40 gr de levure de boulanger fraîche (ou un sachet de 8 gr de levure sèche), une cuillère à café de sucre et de l'eau à température ambiante.

La recette en VO (cliquez sur l'image pour lire)
Capture d'écran inerte.

Comme pour toute pâte levée, commencez par délayer la levure dans de l'eau légèrement tiède avec la cuillère à café de sucre et laissez lever 20 mn au moins.
Faites fondre les 300 gr de graisse (ou mesurer la même quantité d'huile d'olive, mais vous aurez alors une variante non cordobese) et laissez la refroidir un peu sans figer bien sûr (trop chaude, la graisse tuerait la levure).

Mêler la farine et le sel dans un grand saladier et creusez-y un puits où vous verserez la levure délayée puis la graisse fondue. Mélanger à l'aide d'une cuillère (l'animatrice utilise une cuillère en métal, une cuillère à pâtisserie en bois ne fera pas de mal), aidez-vous d'un peu d'eau si nécessaire et terminez en pétrissant à la main au moins 15 mn. Puis laissez reposer et lever une première fois (au moins 30 mn).
Ce temps écoulé, reprennez votre pâte et recommencez à la pétrir, elle n'en montera que mieux.
Etalez-la au rouleau à pâtisserie et recouvrez-la au pinceau de graisse fondue (les 50 gr restant). Puis repliez-la sur elle-même pour lui donner un premier tour de feuilletage. Etirez-la au rouleau et repliez-la encore une fois avant de la laisser reposer et pousser.
Donnez ensuite 4 à 5 tours de feuilletage d'affilée en procédant comme la première fois au pinceau avec la graisse fondue.

Après une dernière levée, étalez la pâte en formant un rectangle le plus régulier possible et découpez-y au couteau de cuisine des carrés de pâte que vous déposerez sur une plaque à pâtisserie, idéalement recouverte d'un papier-four (sinon graissez votre plaque et farinez-la pour éviter que les pains attachent).
Piquez chaque carré de pâte à la fourchette (les trous permettront à la pâte de lever régulièrement pendant la cuisson). Et laissez lever encore 15 minutes, le temps de préchauffer votre four à 180°.
Enfournez au four chaud et laissez cuire jusqu'à ce que les criollitos prennent une légère couleur (soit environ 15 minutes par fournée).

Au sortir du four, passez un pinceau gras sur le dessus de chaque criollito et laissez refroidir avant de servir... avec une rueda de mate dans les règles de l'art...
(avec une des yerbas que vous pouvez vous procurer sur le site français de Yerba-Mate, dont vous avez le lien en permanence dans la rubrique Les commerçants du Barrio de Tango, en Colonne de droite)

Et tentez aussi de convaincre votre boulanger de se risquer sur de l'Argentin... Cela lui fera voir du pays et à vous aussi.

La fine équipe

Pour aller plus loin :
rendez-vous sur le site Internet de Cocineros Argentinos pour visualiser l'exécution de la recette en VO non sous-titrée (mais ça se comprend très bien avec la recette en français !). Et découvrez les autres recettes que vous proposent ce site et cette très chouette émission de la télévision publique nationale argentine.


(1) Sauf le chocolat noir et au lait. Là, c'est un massacre gustatif réciproque.

dimanche 12 mai 2013

Le Pape et les journalistes (argentins) [Actu]

Photo choisie par la communication vaticane
pour illustrer la messe du 11 mai au matin

Branle-bas de combat ce matin dans la presse argentine : rendez-vous compte ! Le Pape a accueilli quatre ou cinq journalistes argentins accrédités à Rome et accompagnés des conjoints et des enfants à la messe qu'il préside à sept heures tous les matins à la chapelle de la Maison Sainte-Marthe où il réside. Ce qui nous vaut tous les matins ou presque un petit résumé de l'homélie du jour sur le site du Vatican et parfois un écho repris dans l'édition du jour de l'Osservatore Romano (toujours très éclairantes, pleines d'images surprenantes et souvent très drôles, de telle sorte qu'elles marquent profondément la mémoire).

Dans les premiers jours, il a demandé à tous les services du Vatican de venir y participer à tour de rôle pour faire connaissance. Ainsi donc chaque matin, c'est une délégation d'un département ou d'un autre qui est présente, généralement en nombre, pour une messe souvent coprésidée avec des prêtres de passage à la Maison qui accueille les visiteurs du monde entier qui viennent honorer des rendez-vous de travail à la Curie romaine.

Hier donc, à côté d'un groupe de gendarmes pontificaux en grand uniforme, dont deux ont servi la messe, la présence d'une poignée de journalistes apparaît à leurs confrères restés au pays comme la preuve d'une réception de la presse argentine par le Pape. Et la suite des articles est à l'aune de ce début... Comme d'habitude, c'est Página/12 qui publie l'article le plus nourri tout en restant proche des faits. Il souligne que les journalistes doivent leur participation à cette célébration aux efforts de l'Ambassadeur argentin auprès du Saint-Siège, le même qui avait accueilli Estela de Carlotto pendant son récent séjour à Rome (voir mon article du 25 avril 2013). Página/12, dont le papier reste anonyme (d'ordinaire ils sont signés de Elena Llorente), relève que le Pape a insisté dans son homélie sur les pauvres et les exploités (c'est le thème qui leur paraît légitime et incontestablement compréhensible dans le discours du Pape, le reste lui échappant le plus souvent). L'article se termine par un inventaire à la Prévert de cadeaux offerts au Saint-Père, plus fantaisistes les uns que les autres, de considérations sur les équipes de foot romaines et une lettre à propos d'un prêtre uruguayen disparu à Buenos Aires pendant la Dictature.

Chez Clarín et La Nación, on s'embrouille un peu les crayons avec un ton qui se veut empesé. Les quatre journalistes auraient été "reçus au cours d'un sermon" (n'importe quoi !). Suit une macédoine de détails sans lien entre eux et surtout de peu d'intérêt (à quelle heure se lève le Pape, et ensuite il prend son petit-déjeuner, le croiriez-vous ?). Histoires de chiffons quand on nous raconte doctement qu'après la messe, le Pape s'est retiré dans la sacristie pour ôter sa chasuble (pas possible !) et revenir prier sur un banc simplement vêtu de sa soutane blanche (vous m'en direz tant !). Pour La Nación, la Maison Sainte-Marthe n'est autre qu'un hôtel quatre étoiles et la croix pectorale du Pape est en argent. Quelle pitié !

Le seul enseignement à retirer de cette purée de pois, c'est qu'aucun de ces quotidiens n'avait l'un de ces rédacteurs parmi les participants à cette messe. Sinon, vous pensez bien qu'ils feraient sonner de la trompette devant eux !

Photo choisie par Clarín
Au fond, les familles des journalistes argentins, avec une petite fille mal réveillée...

Pour aller plus loin :
lire l'article de Clarín (qui a publié aussi un article qui doit se prétendre de fond et où il embrouille tous les projets que la rédaction attribue au Souverain Pontife sans hiérarchie entre eux, bref de la contre-information)
lire l'article de La Nación, qui publie aussi un article sur un coup de fil que le Pape aurait passé à un cacique Qom actuellement en grand conflit avec le Gouverneur de sa province dans le Nord-Ouest argentin (je n'en ai pas trouvé d'écho sur le site du Vatican, ce qui ne veut pas dire que le coup de fil est une invention du chef Qom qui l'aurait rapportée aux journalistes de La Nación). Un contentieux dont Página/12 s'est fait écho ces derniers jours avec honnêteté, sans piper mot de cet appel téléphonique.
lire l'article de News VA en français, qui reproduit une dépêche AFP (sic) et développe un peu le thème des journalistes argentins, qui constitue de tout évidence un point très secondaire du papier
lire l'article de News VA en anglais (c'est à peine si on évoque le sujet)

Une exposition sur l'Argentine au Vatican [ici]

Extrait de la page 4 de l'Osservatore Romano d'aujourd'hui
Comme vous le voyez, l'exposition occupe une demi-page du quotidien

L'Osservatore Romano de ce jour (ci-dessus) annonce l'ouverture imminente d'une exposition sur l'Argentine, sa culture, son histoire et la vie de foi dans ce pays des antipodes. Elle sera installée dans l'Aile Charlemagne et se tiendra du 17 mai au 16 juin 2013. Les dates ne me permettront probablement pas d'y mettre les pieds et je le regrette car les articles du quotidien du Vatican mettent l'eau à la bouche...

Parmi les pièces exposées, photos, vidéos, objets de la vie quotidienne et artisanaux ainsi que des œuvres d'art, le tout centré sur la culture gaucha des Pampas, cette immense zone rurale qui dessine une bande très large depuis Buenos Aires à l'est jusqu'au pied des Andes à l'ouest.

De nombreux collectionneurs privés ont prêté certaines de leurs plus belles pièces pour l'occasion. Pour beaucoup d'entre elles, ce sera leur première sortie hors des frontières argentines...

Une autre partie de l'exposition sera consacrée à la figure du Bienheureux José Gabriel del Rosario Brochero (1840-1914), surnommé el cura gaucho, un prêtre diocésain d'origine italienne de la Province de Córdoba, dans l'ouest du pays. Il est la version argentine du curé d'Ars (région lyonnaise), qui a inspiré son Journal d'un Curé de campagne à Georges Bernanos. Ce prêtre légendaire a vécu toute sa vie en Argentine où il a travaillé à l'amélioration des conditions de vie des habitants d'une région très enclavée, à construire ou à restaurer des églises et divers lieux de culte et abattre un inlassable travail d'évangélisation à travers entre autres le développement d'exercices spirituels. Il est mort lépreux et très handicapé par les conséquences de sa maladie. Dans la tombe, son corps est resté intact.

Dans la Province de Córdoba, un bourg porte son nom (Villa Cura Brochero). Depuis quelques années, il existe aussi un pèlerinage permanent qui s'effectue à pied sur les routes qu'il a parcourues dans une grande partie de cette province montagneuse. En 1940, sa personnalité a inspiré un film à Lucas Demare, le frère cinéaste du compositeur de tango Lucio Demare, auteur d'une importante filmographie en noir et blanc centrée sur la nation et l'histoire argentine, dans ses composantes populaires et notamment rurales. Déclaré Vénérable par Jean-Paul II en 2004, il a été béatifié en décembre dernier par Benoît XVI. La date de la célébration effective, qui se tiendra à Córdoba, doit être fixée par le Pape François pour la fin de l'année.

Au moment où j'ai préparé mes articles, le site du Vatican offrait déjà une dépêche en français mais encore rien en espagnol ni en anglais. Pour l'italien, l'article de l'Osservatore Romano fait foi. Cliquez sur l'image pour une résolution écran permettant la lecture (mais non pas l'impression).

Pour aller plus loin :
lire l'article de News VA en français.

Ouverture du championnat métropolitain ce soir [à l'affiche]


Ce soir, au Teatro 25 de Mayo, Triunvirato 4444, dans le quartier de Villa Urquiza, commence le championnat métropolitain de tango danse, à 19h30, avec les premières éliminatoires de la compétition qui désignera les couples qui représenteront la ville de Buenos Aires au Mundial du mois d'août. Le championnat compte plusieurs catégories : Tango de pista (tango de bal), la seule qui enverra automatiquement ses vainqueurs au Mundial aux frais de la Ville, Milonga, Vals et Milongueros del Mundo (on a ouvert une catégorie pour les touristes, qui étaient jusqu'à présent exclus de la compétition portègne, mais on l'ouvre selon le principe de l'apartheid, ce qui est hautement discutable). Les candidats participent en deux classes d'âge, l'une nommée aimablement adultos, va de 18 à 39 ans, l'autre, les seniors, commence à 40 ans.

Les championnats locaux, rappelons-le, ne constituent en aucune façon des éliminatoires pour le Mundial. Tout un chacun peut participer au Mundial s'il en assume les charges financières, se loge à ses frais, etc... Les débutants eux-mêmes peuvent s'inscrire si cela leur plaît. Ils n'iront pas très loin dans la compétition mais les premiers rounds d'élimination montrent un niveau technique et artistique très, très faible, chez une écrasante majorité des candidats.

Les couples obtenant de la deuxième à la cinquième place dans la catégorie Tango de Pista et le couple qui l'emportera en catégorie Milongueros del Mundo gagneront le droit de participer directement aux demi-finales du Mundial, sans avoir à se subir les épreuves éliminatoires.

Les prix distribués aux vainqueurs des différentes catégories vont de 10 000 à 20 000 pesos.

Pour le public, les entrées aux différentes phases du concours sont tantôt gratuites tantôt payantes, entre 25 et 40 $ (peso argentin).

Ce soir, l'entrée au Teatro 25 de Mayo est libre et gratuite dans la limite des places disponibles.

La compétition prendra fin le 26 mai, avec la finale, qui doit se tenir à partir de 17h30, à La Usina del Arte à La Boca.

La liste des milongas et autres lieux de ce concours, les dates et les horaires sont disponibles sur la page Internet du Championnat, sur le portail de la Ville de Buenos Aires.
Ils le sont aussi sur ce tableau récapitulatif...


La première biographie du Pape à la Feria del Libro [à l'affiche]

Cette couverture est en soi tout un poème.
Photo qui joue le culte de la personnalité
Sous-titre sensationnel :
"l'homme qui veut changer l'Eglise"

Hier, à la Feria del Libro, le journaliste de La Nación Mariano de Vieda (à droite sur la photo ci-dessous) présentait, à côté d'un prêtre, dont il parle comme d'un de ses anciens camarades d'école, le Père José Di Paola (Padre Pepe pour les intimes, le journaliste s'en délecte comme s'ils gardaient les cochons ensemble toute la journée !), la première biographie en espagnol du nouveau Pape. Au titre passablement démagogique : Francisco le Pape du Peuple (paraphrase de la formule inventée par Tony Blair pour la princesse Diana).

Même si l'ouvrage est écrit par un journaliste argentin pour qui ce nouveau Pape ne pouvait pas être un inconnu, il va sans dire que le peu de temps qu'il a consacré à sa rédaction (1), pour une sortie  le 25 avril, ne peut en faire qu'un bouquin de circonstance, une publication opportuniste, dont un lecteur avisé évitera de s'encombrer (2). C'est d'autant plus évident que, comme je vous l'ai montré ces dernières semaines, les articles de La Nación sur le fait religieux ne brille guère par la profondeur de leur contenu. Or l'auteur est justement le chroniqueur religieux du quotidien.

Le livre, publié chez Destino, une filiale du géant espagnol Planeta, fait ce matin l'objet d'un entrefilet dans La Nación, avec plus de place pour la photo que pour le texte (on est jamais mieux servi que par soi-même ou par les siens). Le papier, signé Fernando Massa, est si indigent qu'il m'évite d'avoir à vous le traduire. Il contient essentiellement une anecdote absurde sur une dame qui s'est un jour confessée auprès du Cardinal Bergoglio dans le métro (quelle idée !) et qui, au lieu de se réjouir d'avoir prié, s'est mise à se vanter auprès des autres voyageurs d'avoir été confessée par le prélat. Proprement affligeant ! L'autre fait saillant du papier (si l'on peut dire) est cette mention qui nous présente, comme en passant, le père Di Paola comme le "référent des curés villeros" (des bidonvilles), ce qui ne veut rien dire. Lui-même, pour soutenir le livre de son vieux copain d'école, aurait tenu les propos mémorables, repris par Massa en citation indirecte, que voici : la biografía es un libro que acerca mucho a la figura de Bergoglio en sus días en la Argentina, cuando viajaba en subte, colectivo o tomaba mate con un grupo de gente en alguno de los asentamientos de la ciudad. (La Nación) – "Cette biographie est un livre qui nous montre bien la figure de Bergoglio quand il vivait en Argentine, qu'il se déplaçait en métro et en bus et qu'il buvait le mate avec un groupe de gens dans l'un ou l'autre quartier déshérités de la ville" (traduction Denise Anne Clavilier).


On en apprend des choses, n'est-ce pas ? Il est clair que le journal, qui instrumentalise à longueur d'année la gravité des problèmes sociaux du pays pour attaquer la gauche, surtout si elle est au pouvoir, sans jamais proposer de solutions un tant soit peu réalisables ou justes à ce phénomène, se sert ici de cet homme comme d'une caution morale.

Avec de pareils amis, l'Eglise n'a pas besoin d'ennemis en Argentine...
Et l'on comprend dès lors que le Cardinal Bergoglio n'ait jamais accordé d'interview à la presse.

Pour aller plus loin (si le cœur vous en dit) :
lire la présentation du livre sur le blog de l'éditeur, Destino (c'est du même tonneau, discours amphigourique et creux, avec des réflexions imbéciles, du genre : comment est-il devenu le premier pape argentin et jésuite en 2000 ans ? Vu que l'Argentine a deux cents ans et la Compagnie de Jésus cinq cents, cette question est en soi un non-sens).


(1) Il dit lui-même, dans cet article, avoir écrit le bouquin à Rome où il est parti au lendemain de l'élection comme envoyé spécial pour l'ouverture du nouveau pontificat. Il est peu probable qu'il ait eu sa documentation avec lui (pour être de qualité, une grande partie de celle-ci ne peut être constituée que de documents imprimés épars, livres, feuillets de messe, bulletins paroissiaux et diocésains, documents émis par différentes conférences épiscopales, nationale et régionale, auxquelles a appartenu le cardinal, voire qu'il a présidées, revues spécialisées, coupures de presse argentine, sud-américaine, vaticane et italienne...). Or une fois dans la Ville Eternelle, il a dû avoir du travail à revendre vu l'agenda ultra-chargé du nouvel élu ces jours-là et il n'a passé en Italie qu'une petite semaine tout au plus, car la charge économique que représente pour un journal sud-américain le séjour d'un de ses journalistes en Europe ne permet pas d'y maintenir plus longtemps un envoyé spécial et c'est à Rome, nous dit-il, qu'il a fini le livre !
(2) Mieux vaut attendre un ou deux ans pour voir apparaître dans nos librairies des travaux dignes d'intérêt. En France aussi, un éditeur s'est précipité sur le sujet et le journaliste Michel Cools a signé un truc, sorti bien trop tôt pour que le rapport qualité/prix soit à l'avantage du lecteur. Ce qui est en revanche intéressant dès à présent, ce sont les recueils d'homélies et de réflexions déjà en vente ou en cours de préparation. Le travail critique est bien moindre pour l'éditeur qui constitue le recueil et les ouvrages sont donc réalisables dans les délais impartis par les exigences du marché, à un moment où le secteur du livre se porte modérément bien, à cause de la crise et de la piraterie sur Internet. Ce qui n'oblige aucun éditeur à gruger le client pour autant.

samedi 11 mai 2013

Il y a deux cents ans aujourd'hui, chez Mariquita Sánchez [Bicentenaire]


L'hymne argentin, chanté et signé (pour les sourds) par la chanteuse Patricia Sosa,
sur de très belles vues des paysages argentins...

A quelques jours près, la date n'est pas tout à fait sûre mais le lieu, en revanche, l'est. C'est bien dans la belle maison de María (Mariquita) Sánchez que ça s'est passé, il y a deux cents ans, aujourd'hui, demain ou après-demain, peu importe.
Pour la première fois, on jouait sans doute sur un pianoforte (ou peut-être un clavecin, bien qu'on ait conservé le pianoforte de la dame) ce qu'on appela tout d'abord la Marcha Patriótica, puis Canción Patriótica de las Provincias Unidas et enfin Himno Nacional Argentino.

Entête de la Gazette de Buenos Aires, édition du lendemain

Mariquita Sánchez était une jeune femme de la meilleure société de Buenos Aires. Son mari, le señor Thompson, était le capitaine du port. Des années plus tard, veuve, elle allait épouser en secondes noces un Français, sans doute à Paris, et repartir dans sa ville natale puisqu'il venait d'y être nommé consul par le Roi des Français, Louis-Philippe. Dans la correspondance de San Martín, on constate que ce dernier a beaucoup fréquenté le ménage pendant que lui-même résidait à Paris et il est resté en contact épistolaire avec eux après leur départ pour la Buenos Aires de Juan Manuel de Rosas.

Le 11 mai 1813, ou le 13 ou le 14, il est plus que probable que le colonel des Grenadiers à Cheval qu'il était alors, tout auréolé de la gloire de son éclatante victoire contre les coloniaux à San Lorenzo (voir mon article du 3 février dernier sur le sujet), était à cette tertulia historique, avec sa jeune épouse, Remedios de Escalada (voir mon article du 19 septembre 2012), une bonne partie de la famille de celle-ci comme tous les patriciens patriotes présents alors dans la capitale. Carlos María de Alvear devait en être qui présidait encore pour deux mois l'Assemblée de l'An XIII (Asamblea del Año XIII) dont, le 31 janvier dernier, on fêtait le bicentenaire de la réunion.

C'était en effet à la demande de cette toute première assemblée législative élue sur le territoire du Río de la Plata que la chanson avait été composée dans le cadre d'un concours lancé en mars de la même année. C'est au compositeur espagnol Blas Perera (le fait mérite d'être relevé car on ignore souvent que les Péninsulaires ont pris part à la révolution en Amérique), et au poète Vicente López y Planes que l'on doit ce monument immatériel du patrimoine argentin. Vicente López y Planes, un avocat qui était maintenant membre de l'Assemblée, avait écrit son texte un an auparavant, à la demande du Cabildo de Buenos Aires lui-même chargé par le Triumvirat encore au pouvoir de faire composer une marche de la Patrie qui devait être chantée dans toutes sortes d'occasions publiques pour affermir les cœurs des révolutionnaires, au théâtre et dans les écoles. En effet, l'heure était grave, l'Espagne était tombée aux mains de Napoléon, dont on craignait qu'il ne vienne s'emparer de ces terres, et la ville de Montevideo fomentait la contre-révolution et ravageait le littoral le long du fleuve Paraná.


L'hymne national argentin joué à Boulogne-sur-Mer, le 17 août 2007,
au pied de la statue de San Martín

Depuis ce jour inaugural du 11 mai 1813, texte et partition ont connu bien des remaniements. Aujourd'hui, l'hymne national argentin ne comporte plus qu'un couplet et son refrain et obéit à un décret entré en vigueur en 1944 (gouvernement du GOU). Le texte original était beaucoup plus long : neuf couplets et un refrain de quatre vers que le temps n'a pas modifié (pour le texte actuel, reportez-vous à mon article du 1er février 2013).

Sean eternos los laureles
que supimos conseguir:
coronados de gloria vivamos,
o juremos con gloria morir.

Qu'ils soient éternels, les lauriers
que nous sûmes obtenir :
couronnés de gloire, vivons
ou jurons de mourir avec gloire.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

¡Oíd, mortales!, el grito sagrado:
¡libertad!, ¡libertad!, ¡libertad!
Oíd el ruido de rotas cadenas
ved en trono a la noble igualdad.
Se levanta a la faz de la Tierra
una nueva y gloriosa Nación
coronada su sien de laureles
y a sus plantas rendido un león.

Oyez mortels la clameur sacrée :
Liberté ! Liberté ! Liberté !
Oyez le bruit des chaînes rompues
Voyez le trône offert à la noble égalité.
Se lève à la face de la Terre
une nouvelle et glorieuse Nation
la tempe couronnée de lauriers
et à ses pieds un lion vaincu.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

De los nuevos campeones los rostros
Marte mismo parece animar
la grandeza se anida en sus pechos
a su marcha todo hacen temblar.
Se conmueven del Inca las tumbas
y en sus huesos revive el ardor
lo que ve renovando a sus hijos
de la Patria el antiguo esplendor.

Des nouveaux champions les visages
Mars lui-même semble animer
la grandeur fait son nid en leur sein
en leur marche, ils font tout trembler.
Les tombes de l'Inca (1) s'émeuvent
et dans leurs os revit l'ardeur
ce qui voit rénover pour ses fils
de la Patrie l'antique splendeur.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pero sierras y muros se sienten
retumbar con horrible fragor
todo el país se conturba por gritos
de venganza, de guerra y furor.
En los fieros tiranos la envidia
escupió su pestífera hiel.
Su estandarte sangriento levantan
provocando a la lid más cruel.

Mais montagnes et murs se sentent
retentir d'un terrible fracas
tout le pays est secoué de clameurs
de vengeance, de guerre et de fureur.
Sur les féroces tyrans l'envie
a craché son fiel pestiféré.
Ils lèvent leur étendard sanglant (2)
appelant au plus cruel combat.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

¿No los veis sobre México y Quito
arrojarse con saña tenaz,
y cuál lloran bañados en sangre
Potosí, Cochabamba y La Paz?
¿No los veis sobre el triste Caracas
luto y llanto y muerte esparcir?
¿No los veis devorando cual fieras
todo pueblo que logran rendir?

Ne les voyez-vous pas sur Mexico et Quito
se jeter avec une haine acharnée
et comme pleurent, baignant dans leur sang,
Potosí, Cochabamba et La Paz ? (3)
Ne les voyez-vous pas sur le triste Caracas (4)
le deuil, les larmes et la mort répandre ?
Ne les voyez-vous pas dévorant comme des fauves
tout peuple qu'ils ont pu vaincre ?
(Traduction Denise Anne Clavilier)

A vosotros se atreve, argentinos
el orgullo del vil invasor.
Vuestros campos ya pisa contando
tantas glorias hollar vencedor.
Mas los bravos que unidos juraron
su feliz libertad sostener,
a estos tigres sedientos de sangre
fuertes pechos sabrán oponer.

Contre vous, Argentins (5), s'aventure
l'orgueil du vil envahisseur.
Il foule déjà vos champs comptant
marcher vainqueur sur tant de gloires.
Mais les braves qui unis jurèrent
de soutenir leur heureuse liberté
à ces tigres assoiffés de sang
des cœurs forts sauront opposer.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

El valiente argentino a las armas
corre ardiendo con brío y valor,
el clarín de la guerra, cual trueno,
en los campos del Sud resonó.
Buenos Aires se pone a la frente
de los pueblos de la ínclita Unión,
y con brazos robustos desgarran
al ibérico altivo león.

Le vaillant Argentin aux armes
court, résolu et brûlant de courage,
le buccin (6) guerrier, tel un tonnerre,
a résonné dans les champs du Sud.
Buenos Aires se met à la tête
des peuples de l'Union illustre
et de ses bras robustes elle déchire
le hautain lion ibérique.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

San José, San Lorenzo, Suipacha.
Ambas Piedras, Salta y Tucumán,
la colonia y las mismas murallas
del tirano en la Banda Oriental,
son letreros eternos que dicen:
aquí el brazo argentino triunfó,
aquí el fiero opresor de la Patria
su cerviz orgullosa dobló.

San José, San Lorenzo, Suipacha.
Ambas Piedras, Salta y Tucumán (7)
La colonie et les murailles mêmes
du tyran de la Bande Orientale (8)
sont des enseignes éternelles qui disent :
Ici, le bras argentin triompha
ici, le féroce oppresseur de la Patrie
son nuque orgueilleuse inclina.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

La victoria al guerrero argentino
con sus alas brillantes cubrió,
y azorado a su vista el tirano
con infamia a la fuga se dio;
sus banderas, sus armas se rinden
por trofeos a la Libertad,
y sobre alas de gloria alza el Pueblo
trono digno a su gran Majestad.

La victoire de ses ailes brillantes
le guerrier argentin couvrit
et terrifié à sa vue le tyran
prit la fuite en infâme.
Ses drapeaux, ses armes se rendent
en trophées pour la Liberté
et sur les ailes de la gloire le Peuple élève
un trône qui sied à sa grande Majesté.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Desde un polo hasta el otro resuena
de la fama el sonoro clarín,
y de América el nombre enseñando
les repite: ¡Mortales, oíd!
Ya su trono dignísimo abrieron
las Provincias Unidas del Sud!
Y los libres del mundo responden:
¡Al gran Pueblo Argentino, salud!

D'un pôle à l'autre, résonne
de la renommée le sonore buccin
et de l'Amérique montrant le nom
il leur répète : Mortels oyez !
Et son trône très digne inaugurent
les Provinces Unies du Sud !
Et les hommes libres du monde répondent :
Au grand peuple argentin, salut !
(Traduction Denise Anne Clavilier) (9)

L'hymne national chanté par Charly García, dans son arrangement rock surprenant et excellent,
sur Plaza de Mayo le 10 décembre 2011, jour des droits de l'homme,
en présence de Cristina de Kirchner, ceinte de son écharpe présidentielle.
Admirez sa gestuelle très années 70, quand elle était étudiante,
et qui lui vaut tant de critiques de ses opposants...
"On ne se trémousse pas en écoutant l'hymne national !"


(1) Trois ans plus tard, lors de la réunion de la Constituante, qu'on appelle aussi le Congrès de Tucumán, une partie des révolutionnaires indépendantistes, parmi lesquels Manuel Belgrano et José de San Martín, plaidaient pour l'instauration d'une monarchie constitutionnelle et parlementaire à l'anglaise, dont le modèle avait désormais conquis toute l'Europe fidèle aux idéaux de 1789 (en 1815-1816, la Grande-Bretagne apparaissait comme le seul pays qui avait été capable de conserver ses institutions pendant toute la période révolutionnaire sans avoir jamais eu besoin de réprimer une seule émeute intérieure), et ils voulaient placer sur ce trône un descendant du dernier Inca, dont la famille s'était vu octroyer un haut rang nobiliaire dans l'empire colonial. Le courant rivadavien, proche du modèle anglo-saxon des Etats-Unis et d'une certaine Angleterre, attaché à une conception passablement raciste de la société, fit habilement échouer ce projet , soutenu par les deux généraux les plus prestigieux de la Révolution et qui avait la faveur d'une partie importante des classes sociales modestes, les plus nombreuses. Hélas pour elles, elles n'étaient pas représentées en tant que telles au Congrès (élu par un corps électoral composé des seuls propriétaires fonciers). Si on en croit le degré d'élaboration de ce texte, l'idée soutenue par Belgrano et San Martín venait d'assez loin dans la genèse révolutionnaire sud-américaine qui s'est conçue très tôt comme l'opposé de l'œuvre destructrice et aliénante des conquistadors. L'Assemblée de l'An XIII venait d'ailleurs d'abolir le servage des Indiens et de proclamer l'extinction de l'esclavage (mais non pas son abolition immédiate, économiquement impossible alors).
(2) J'ai lu ça quelque part. La Marseillaise avait déjà fait le tour de l'Occident ! Regardez la suite du texte. Il est émouvant pour un Français.
(3) Villes et régions du Haut-Pérou d'alors et aujourd'hui en Bolivie. Le Haut-Pérou avait été versé dans l'escarcelle du tout nouveau Vice-Royaume du Río de la Plata lorsque le roi Carlos III en avait décidé la fondation pour donner à la nouvelle région quelques ressources minières et intellectuelles dont le reste de son territoire était fort dépourvu. Les combats étaient rudes alors dans ce qu'on appelait le Nord. Les armées patriotes étaient placées sous les ordres de Manuel Belgrano, qui remportait des victoires comme celle de Salta dont on vient de célébrer les deux cents ans mais cette série de succès allait bientôt prendre fin, obligeant les autorités à envoyer San Martín à Tucumán pour y rétablir la situation militaire.
(4) Bolívar n'a pas connu que des succès militaires, loin de là.
(5) Ce gentilé a précédé de très nombreuses années le choix définitif du nom du pays qui va peu à peu se fixer dans les années 1840 dans le langage de tous les jours, y compris en Europe où on le voit s'imposer progressivement dans la presse contre l'antique Buenos Aires, puis dans la dénomination officielle en 1853 seulement lorsque la Constitution parlera de République Argentine.
(6) C'est moi qui prends la liberté de traduire clarín par buccin et non par clairon comme on s'y attend. Il me semble que le terme de buccin, qui se réfère à l'armée de la Rome antique, est préférable, le terme de clairon en français traînant derrière lui des relents d'antimilitarisme et de blagues de bidasse au registre mal assorti avec celui de ces vers historiques.
(7) López y Planes a dû modifier son texte initial. Il cite ici des victoires révolutionnaires très récentes, San Lorenzo (3 février) et Salta (20 février). Pauvre San Martín qui a horreur qu'on lui tresse des lauriers et qui doit se mettre ça entre les deux oreilles ! Comment fait-il quand plus tard, notamment à Santiago, dans les jours qui ont suivi sa victoire de Chacabuco, il a lui-même chanté ce texte en conclusion d'une grande soirée patriotique à laquelle ont assisté tous ses officiers et une foule de patriotes chiliens ?
(8) Actuel Uruguay, où les contre-révolutionnaires s'étaient regroupés autour d'un nouveau vice-roi qui n'est donc pas même reconnu comme le dernier vice-roi par les livres d'histoire.
(9) A l'occasion de ce bicentenaire, le jeudi 16 mai 2013 à 20h, à la Maison de l'Argentine à la Cité Internationale Universitaire de Paris (M° Cité Universitaire), le musicologue Esteban Buch, installé en France, animera une table-ronde en langue espagnole avec trois résidents de la Maison autour de son ouvrage sur l'histoire musicale de cet hymne, depuis sa création jusqu'à la version de Charly García, que j'ai moi-même découverte en août dernier : elle ouvrait la soirée des 75 ans de Radio Nacional à laquelle la directrice de cette institution m'avait fait l'honneur de m'inviter. A dresser les cheveux sur la tête mais l'auditoire n'a tout de même pas osé se lancer dans le play-back sur un enregistrement (une version trop difficile à reproduire pour le grand public sans doute). L'entrée à la Maison de l'Argentine sera libre et gratuite (attention : il n'y aura pas de traduction simultanée).