lundi 30 mai 2016

Fiesta Nacional del Teatro à Tucumán [à l'affiche]


Ce week-end la Fiesta Nacional del Teatro s'est ouverte à San Miguel de Tucumán et dans d'autres villes de la Province qui vit s'assembler, le 24 mars 1816, le Congrès constituant qui allait déclarer l'indépendance de la future Argentine le 9 juillet cette année-là.

L'ouverture s'est faite avec la Cantata Calchaqui, sur les terres de la communauté coutumière Aimacha, à 150 km de la capitale provinciale.

A cette occasion, le chanteur Lucho Hoyos a présenté l'hymne de ce bicentenaire de l'indépendance, qu'il a écrit et composé, dans une forme traditionnelle propre à cette belle et glorieuse région de l'Argentine. Cette chanson s'intitule Juntarnos (nous unir). Elle est belle.
Espérons qu'elle ne restera pas au rang des vœux pieux.

Jusqu'à dimanche 5 juin, c'est une dizaine d'activités qui sont proposées tous les jours au public, dont quelques uns sont gratuits.

La manifestation fait partie du programme des festivités du Bicentenaire de l'Indépendance, dont l'épicentre est bel et bien dans cette ville reculée du nord-ouest argentin, reculée mais très appréciée des touristes.

Cliquez sur l'image pour une très haute résolution

C'est la trente-et-unième édition de ce festival mais la première depuis que Marcelo Allasino dirige l'Instituto Nacional del Teatro qui en est le producteur et l'organisateur. Le programme annonce une édition mémorable et digne, qui laisse espérer une reprise de la politique culturelle pour le théâtre qui est aujourd'hui très affectée par les restrictions budgétaires.

Cliquez sur l'image pour obtenir une haute résolution

C'est aussi le moment que le Gouvernement a choisi pour annoncer le programme présidentiel pour ce bicentenaire. Mauricio Macri sera à Tucumán dès le 16 juin pour assister à la clôture du Congrès national eucharistique, signe de bonne volonté envoyé à l'Eglise dont il vient de balayer d'un revers de main toutes les propositions pour rétablir le dialogue social dans le pays. Il sera aussi à Jujuy le 8 juillet à minuit et se rendra dans la nuit à Tucumán où il arrivera dans la matinée du 9 pour célébrer la dernière date de ces six années de bicentenaire de la naissance du pays. Symboliquement, il réunira ainsi Cambiemos (Jujuy) et le Partido Justicialista (péroniste) à Tucumán, dont le gouvernement provincial travaille en coopération avec le niveau national pour mettre en œuvre ses fêtes.

Pour aller plus loin :
lire l'article de La Nación sur le festival de théâtre
lire l'article de La Nación sur le programme présidentiel

Le prochain Match pour la Paix se disputera à La Plata [Actu]

François et Verón (de dos) au Vatican il y a quelques jours

Le prochain Match pour la Paix (football), une manifestation née en Israël, au bénéfice d'une fondation voulue par le Pape François pour développer des projets éducatifs, Scholas Occurentes, se jouera le 10 juillet à La Plata, en Argentine, en lieu et place du 29 mai à Rome, cette dernière date ayant été annulée à cause de l'agenda chargée de plusieurs joueurs internationaux qui devaient participer à la rencontre. La date n'a pas été choisie par hasard : elle sera comme un signe d'amitié du Pape au lendemain des 200 ans de la déclaration d'indépendance.

C'est un cadeau que le Pape fait à son pays d'origine, dont il avait été dit et espéré qu'il pourrait y faire une visite pastorale cette année. C'est aussi un signe de bonne volonté et de dialogue maintenue avec le Pro, qui dirige la province de Buenos Aires depuis les élections de décembre dernier.

Le Gouvernement a annoncé ce matin un don de 16 millions de pesos à la fondation pontificale en signe de remerciement pour ce geste du Pape. C'est en effet la première fois depuis la création du match en 2013 qu'il se disputera en Amérique du Sud. Il dirigera donc les regards du monde sur la capitale de la province de Buenos Aires, grande ville universitaire et candidate au patrimoine mondial de l'Unesco pour sa conception datant de 1882 et sa cathédrale néo-gothique typique de ce mouvement architecturale en Argentine (voir mon article du 16 mars 2015).

Extrait de L'Osservatore Romano, daté des 30 et 31 mai 2016
cliquez sur l'image pour une haute résolution

Un bon nombre de quotidiens se sont fait l'écho de la nouvelle, qui calme les esprits après les déclarations et les attitudes, quelque peu offensives et offensantes, que le Gouvernement a multipliées depuis deux semaines, depuis qu'on a appris l'audience accordée à Hebe de Bonafini (voir mon article du 28 mai 2016), avec un point culminant le 26 mai (voir mon article du 26 mai 2016), quand les dirigeants du pays ont annoncé des décisions qui contredisaient leurs belles paroles de la veille, selon lesquelles ils étaient à 100% d'accord avec le cardinal-primat d'Argentine alors qu'ils faisaient exactement l'inverse de ce qu'il venait de suggérer.

Aussitôt après la très controversée militante des droits de l'homme, c'est le président du Club Estudiantes, une ancienne vedette du ballon rond, Juan Sebastián Verón, que le Pape a reçu et auquel il a remis le ballon qui servira au match. Puis il a aussi reçu en audience privée le président de la jeunesse PRO, qui l'a assuré que le Pro n'était pas la droite (ah bon !) et s'est empressé de démentir certaines des affirmations les plus polémiques de Hebe de Bonafini vendredi dernier (1).

Les journaux de droite font assaut d'articles apaisants après avoir jeté de l'huile sur le feu dans les jours qui avaient suivi la fête nationale.

Pour aller plus loin :
sur le Match de la Paix
lire l'article de Ole, complément sportif de La Nación
lire l'article de La Nación sur le don de 16 millions de pesos à Scholas Occurtentes
lire la dépêche de Télam sur le sujet
sur les arguments déployés pour pacifier le ton autour du Pape
lire l'entrefilet de La Prensa qui rapporte l'analyse de Eduardo Valdés, ancien ambassadeur argentin au Saint Siège et actuel député péroniste au Parlasur
lire l'entrefilet de La Prensa sur l'audience accordée au président des jeunes Pro



(1) Elle avait en effet prétendu que le Pape pensait que l'Argentine se trouvait dans le même état qu'en septembre 1955, juste après le coup d'Etat qui avait renversé Perón. Une déclaration qui allait beaucoup trop dans le sens de Bonafini pour être crédible, quelque soit ce que pense le Saint Père à titre personnel. Il n'est pas assez bête pour lui avoir dit cela avec une telle netteté.

Hommage à Juan Carlos Copes pour ses 85 printemps [à l'affiche]

photo extrait du dossier de presse de Ultimo tango, le film
Nieves et Copes de nos jours

Le danseur et chorégraphe Juan Carlos Copes aura droit à une soirée d'hommage à la Academia Nacional del Tango demain, mardi 31 mai 2016, à l'occasion de son 85ème anniversaire.

Ce sera au siège de l'institution, à 19h30, avenida de Mayo 833, 1er étage.

Entrée libre et gratuite.

Des invités surprises sont annoncés pour souffler toutes ces bougies.

Pendant ce temps-là, depuis mercredi dernier, le biopic sur Juan Carlos Copes et sa partenaire de légende María Nieves, Ultimo Tango, de Germán Krall, avec Pablo Verón et les deux intéressés, vient de sortir à Paris dans quelques salles...

Le nouvel album King-Size de Luis Salinas [Disques & Livres]


Le guitariste et compositeur Luis Salinas vient de sortir un quintuple album, du jamais vu, après plusieurs années de silence discographique.

Dans ce nouvel opus, le musicien se produit avec son fils. Il a voulu y rassembler le passé, le présent et ouvrir de nouvelles voies pour la suite de sa carrière.

La présentation de ce disque aura lieu tous les samedis de ce mois de juin, au Centro Cultural Torquato Tasso, Defense 1575, à San Telmo.

Entrée : 297 $ ARG par personne.
Réservation possible en ligne grâce à Ticket Hoy, en appli sur la page Facebook de la salle.


Página/12 salue l'événement avec une interview de l'artiste qu'il a mis hier à la une de ses pages culturelles. Une bonne occasion de découvrir le son de ce musicien mal connu par chez nous.

Pour le découvrir :
vous connecter à la page Facebook du Torquato Tasso.

samedi 28 mai 2016

Longue audience pour Hebe de Bonafini [ici]

Hier au Vatican, s'est tenue cette fameuse audience qui alimente la presse argentine depuis quinze jours (voir mon article du 14 mai 2016) et qui a provoqué un grossier scandale, monté précipitamment pour décrédibiliser le Pape, qui pourrait bien venir non pas de militants lambda du Pro, qui auraient débordé la direction du parti, mais bel et bien d'une source gouvernementale, si l'on en juge par la manière dont depuis mercredi dernier, le Président Macri a brutalement tombé le masque et rejeté, non sans un certain cynisme, les suggestions de l'Eglise qu'il se donnait jusqu'à présent toutes les apparences de vouloir ménager.

Cette audience, c'est celle que le Pape François a accordée dans un salon de réception de la Casa Santa Marta, où il réside, à Hebe de Bonafini, la turbulente et peu démocratique présidente de l'association Madres de Plaza de Mayo, une femme qui a passé des années à l'insulter et à le calomnier quand il était archevêque de Buenos Aires.

Photo diffusée par Hebe de Bonafini sur les réseaux sociaux
Elle a fait chauffer les pixels hier, sitôt l'audience terminée !

L'entretien a duré une heure et demie (Página/12 parle de "deux heures" et La Nación d"'un peu plus d'une heure", cherchez l'erreur). D'après certaines sources, Hebe de Bonafini a demandé pardon (1) pour les propos calomnieux qu'elle a soutenus pendant des années en disant à celui qui la recevait chez lui qu'elle s'était trompée sur son compte et le Pape, en chrétien qu'il est, aurait balayé ce passé peu ragoûtant d'un revers de main ("on arrête là, lui aurait-il dit selon un témoin de la scène, nous faisons tous des erreurs").

Dans l'après-midi qui a suivi (heure de Rome), Hebe de Bonafini, fidèle à elle-même, a répondu aux questions des journalistes et utilisé les propos qu'elle attribue au Souverain Pontife pour dénoncer la politique du Gouvernement actuel, qu'elle continue de voir comme son ennemi alors qu'il a été démocratiquement élu (2). Elle a même comparé la situation actuelle à celle qui a suivi le coup d'Etat de septembre 1955, qui a renversé Perón (et mis l'économie et la diplomatie argentines en coupe réglée au profit des Etats-Unis d'Amérique) – c'est la première fois que je vois faire ce rapprochement, mais il est vrai que Bonafini, avec ses 87 printemps, a l'âge de la faire.

Radio Del Plata, une station de l'opposition qui émet depuis Buenos Aires en modulation de fréquence et par streaming, l'a interviewée plus tard encore dans son émission de l'après-midi (heure de La Plata), Secreto de Sumario (secret de l'instruction). Cet entretien, découpé en plusieurs enregistrements, est en ligne sur le site Internet de la radio et peut même, sous certaines conditions, être téléchargé sous forme de podcast.

Les services de communication du Vatican restent muets sur cette réunion, y compris dans les pages en espagnol, puisque cette audience était inscrite à l'agenda privé du Saint Père dans le cadre de son ministère sacerdotal et n'a donc rien à voir avec l'exercice de son ministère pétrinien. En revanche, en Argentine, l'agence de presse catholique s'est fendue d'une courte dépêche qui parle d'une entrevue d'un peu plus d'une heure, est illustrée d'une photo où le Pape et Bonafini se saluent d'une bise (désormais traditionnelle en Argentine) et ne dit rien du contenu de l'entretien, sauf ce qui en a été dit autour de la demande de pardon qui a été acceptée par le Pape (on ne voit d'ailleurs pas comment elle aurait pu être rejetée !) (3). Sur les critiques du Gouvernement sur lesquelles Hebe de Bonafini s'étend elle-même longuement, pas l'ombre d'un mot. C'est donc bien conforme à ce que François en avait hier il y a deux jours par mail à l'un des prêtres du diocèse de Buenos Aires avec lequel il est resté en contact : la récupération dont Bonafini pourra se rendre responsable ne le concerne pas (d'ailleurs, s'il n'affiche pas cette indifférence, il ne pourra plus recevoir aucun Argentin, car ils tirent à peu près tous parti du moindre contact avec lui pour au mieux se faire mousser, au pire lui faire soutenir leurs décisions).

Comme d'autres médias, AICA souligne toutefois que la militante s'était fait accompagner par l'épouse d'un ministre de Cristina Kirchner, l'un des plus détestés par la nouvelle majorité, Guillermo Moreno (un type tout aussi sectaire que Hebe elle-même). Le voyage a dû coûter à l'association un bon paquet de pesos si l'on en croit la suite dont Hebe de Bonafini était entourée...

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12, qui ne comprend toujours pas ce qu'est l'Année de la Miséricorde et croit que ce dernier terme désigne une sorte d'aumône condescendante ou de pardon accordé du bout des lèvres (le journaliste interprète donc comme un appui du Pape à l'opposition la longueur de l'entretien, qu'il exagère à dessein)
lire l'article de La Nación, qui ajoute un éditorial, mesquin, dépité et vipérin, dans lequel le journaliste feint de ne pas faire la différence entre les relations qu'un Pape peut entretenir avec un chef d'Etat qui exerce une responsabilité politique dans ce bas-monde (Mauricio Macri) et celles qu'il peut avoir avec une simple particulière, aux opinions politiques aussi arrêtées que connues, et qui a vu ses enfants lui être enlevés pour être torturés et assassinés au nom d'un Etat signataire de la déclaration universelle des droits de l'homme (Hebe de Bonafini) (4)
lire le communiqué officiel de Madres de Plaza de Mayo qui en parle aussi sur sa page Facebook et le reste des réseaux sociaux.

Ajouts du 29 mai 2016 :
lire cet éditorial de Joaquín Morales Solá dans La Nación où le journaliste cherche à ramener la querelle sur l'audience à Hebe de Bonafini à ses dimensions spirituelles. Il était temps.
A cet éditorial s'ajoute, dans la même édition, l'interview qu'à Rome le neurologue argentin Facundo Manes donne à Elisabetta Piqué, correspondante de La Nación en Italie, où le chercheur en médecine tâche de ramener lui aussi le lecteur à la raison et à une saine interprétation de l'entrevue d'avant-hier.
Lire également l'entrefilet de La Prensa sur les commentaires de l'ancien évêque de San Isidro (Prov .de Buenos Aires).

Ajouts du 30 mai 2016 :
lire l'éditorial de Página/12 sur les efforts du Gouvernement pour réparer les erreurs de communication qu'il a multipliées autour du 25 mai et qui ont révélé au grand jour les dissensions entre lui, le Pape et la conférence des évêques argentins...
Il aura fallu attendre le lendemain de l'audience, le 28 mai, pour que les services du Vatican mettent en ligne un bref communiqué de Radio Vatican sur cette rencontre dans les pages en espagnol.



(1) On peut parler à l'indicatif puisque ce sont les propres déclarations de Hebe de Bonafini sur ce qu'elle a dit elle -même au pape.
(2) Elle devrait donc parler d'adversaire politique et non d'ennemi et se présenter comme opposante, au lieu de contester la décision du peuple souverain.
(3) François avait d'ailleurs laissé fuiter avant-hier qu'il n'était pas dupe de la dimension politique que Hebe de Bonafini voulait et allait donner à cet entretien mais que ce n'était pas là son problème. Ce qui est vrai. Le Pape reçoit qui il veut, quand il veut. C'est la seule manière pour lui de se tenir au courant de ce qu'il se passe réellement dans le monde et tant qu'il ne fait aucun commentaire politique, il n'y a pas d'ingérence de sa part dans la vie interne d'un pays.
(4) Il fallait comparer la durée de l'audience accordée à Macri avec celles, souvent beaucoup plus longues, accordées à Cristina (ou à Dilma Roussef, à Evo Morales, à Barack Obama ou David Cameron...). Ces comparaisons-là auraient eu du sens. Mais pas celle en une audience officielle et une autre, privée et pastorale, accordée à une vieille dame qui passait son temps à l'insulter quand il vivait à Buenos Aires, quand bien même cette même dame ne saurait pas tenir ses comptes ou aurait fermé les yeux sur des gens jouissant de sa confiance mal placée et qui piquaient dans la caisse remplie d'argent public. Reymondo Roberts va même plus loin lorsqu'il rapporte, comme un trait d'esprit lourd de rancœur, des anecdotes qu'on peut interpréter diversement et dont il prétend déduire que la mésentente manifeste entre Macri et François est le fait du Pape alors que ce dernier avait très bien reçu le premier avant son élection à la magistrature suprême. C'est donc que le problème réside chez Macri et non pas chez le Pape. Cet éditorial, qui s'en prend aussi à l'archevêque de Buenos Aires, dont il tente de faire le portrait d'un homme stupide et immature, est écœurant. Qui plus est, l'anecdote vaticane dont il est fait usage est loin d'être crédible : a) parce qu'il est assez peu vraisemblable que la Secrétairie d'Etat ait eu besoin de rappeler au Pape argentin l'imminence et les devoirs du 25 mai (à d'autres, par pitié !) b) parce que la réponse attribuée au Pape, si tant est qu'elle soit authentique, pourrait très bien être attribué à son humour, très ignacien au demeurant, c) parce qu'il est assez difficile de croire que François ait la légèreté de signer un message diplomatique, qui plus est à l'intention de l'Argentine, sans le lire auparavant et ni en peser précisément chaque mot... Cet éditorialiste prend ses lecteurs pour des crétins.

Los Fabulous Cadillacs : retour pétaradant [à l'affiche]


Los Fabulous Cadillacs (LFC) est un groupe de ska, de rock, de reggae plus que célèbre en Argentine. Fondé en 1985, voilà plusieurs années qu'il n'avait plus sorti de disques consacrés à des nouvelles chansons. Le dernier album de ce type remonte en effet à 1998.


Le nouveau CD, où le groupe se renouvelle avec une quinzaine de nouveaux morceaux et quelques reprises réarrangées et réorchestrées, est dans les bacs depuis hier – en Argentine, ne rêvons pas ! Ce soir, le groupe se produit au Luna Park, le palais des sports de Buenos Aires, puis part en tournée avec une date au Chili et une autre, déjà connue, à Chicago. Il est prévu qu'ils viennent ensuite en Europe, ce qui veut dire sans doute en Espagne, mais les détails ne sont pas encore connus.


Il y a quelques jours, tous les quotidiens ou presque se sont fait l'écho de leur conférence de presse où ils ont présenté leur tant attendu nouveau disque...

A découvrir, ça déménage !

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12, qui leur a consacré la une de leurs pages culturelles du 25 mai, ni plus ni moins
visiter leur site Internet et leur page Facebook, avec de la musique à écouter en veux-tu en voilà !

Ajout du 29 mai 2016 :
lire le reportage de La Nación sur ce retour en scène avec des nouvelles chansons

Ajout du 30 mai 2016 :
lire le reportage de Página/12, très enthousiaste lui aussi

Plan Condor : la condamnation enfin ! [Actu]

Quarante ans après le coup d'Etat du 24 mars 1976, qui a établi la dernière dictature militaire, la plus cruelle de l'histoire de l'Argentine, les responsables politiques et les opérationnels de haut niveau du Plan Condor, accord entre les gouvernements anticonstitutionnels argentin, bolivien, uruguayen, paraguayen et chilien, pour liquider leurs opposants, combattants armés ou militants des droits de l'homme, viennent d'être condamnés par la justice argentine : les peines qui affectent 15 des 17 accusés arrivés vivants à la lecture du verdict vont de 8 à 25 ans de prison (1), dont 20 pour le dernier chef de l'Etat de la dictature, Reynaldo Bignone, qui vit toujours.

Lorsque le procès a commencé en 2003, après la procédure d'instruction, les accusés étaient au nombre de 32 hommes assis dans le box pour une coordination répressive (c'est l'intitulé en droit argentin) contre 105 personnes assassinées dont seulement 15 avaient la nationalité argentine : le Plan Condor était une véritable internationale du crime d'Etat.

Deux des accusés ont été acquittés.

Tous les quotidiens, à l'exception notable de La Prensa, rendent compte de ce verdict, qui intervient treize ans après l'ouverture des audiences de jugement.

La justice continue donc son travail, changement de majorité ou non...

Pour aller plus loin :
lire l'article de Clarín, qui met en ligne, en téléchargement, l'intégralité du jugement



(1) Ces peines de réclusion criminelle sont parfois accompagnées d'une interdiction d'exercer des charges publiques pour une durée déterminée ou à perpétuité. Dans les deux cas, au regard de leur âge avancé aujourd'hui, l'interdiction est définitive.

Une retraite minimale pour les anciens privés de couverture sociale [Actu]


Hier, devant un parterre de retraités qui font une drôle de tête sur la photo choisie par La Nación, au Centre culturel Julián Centeya, à San Cristóbal (un repaire de gauche, ce truc-là !), le président Mauricio Macri a fait lui-même (1) quelques annonces concernant le niveau de vie des retraités en tapant très fort sur le gouvernement précédent, preuve s'il en fallait qu'il ne compte pas plus que cela travailler à la bonne entente entre les Argentins (2).

Capture d'écran sur le site de La Nación
Cliquez sur l'image et regardez les gens derrière Macri. Ils s'ennuient, ils n'écoutent pas !

Le Gouvernement veut mettre en place un minimum vieillesse pour les personnes âgées qui n'ont pas le minimum de cotisation pour toucher une pension de retraite (cela fait un paquet de monde à cause de la non-généralisation du système de retraite pendant les années d'ultra-libéralisme des années 70 et 90 et de l'économie au noir, dont un certain patronat agricole a longtemps et largement abusé, et pas lui seul). Ce minimum vieillesse sera de 80% du minimum vieillesse des retraités ayant acquis tous les droits, soit en fonction du montant en vigueur aujourd'hui, une somme de 3967 pesos par mois (personne ne va aller bien loin avec ça, même si bien évidemment c'est toujours mieux que rien). Il faudra avoir 65 ans pour toucher cette retraite minimaliste.

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Le financement serait réalisé grâce à une méga-opération de rapatriement sans pénalités des sommes déposées à l'étranger par des contribuables qui ont fraudé le fisc pendant des années, ce qui fait grincer bien des dents parmi les salariés modestes et honnêtes qui ont payé leurs impôts et voient leurs facture d'électricité, de gaz et d'eau exploser tous les plafonds depuis que les subventions publiques ont été supprimées. On murmure aussi que l'ANSES, la sécurité sociale argentine, vendrait les actions qu'elles détient dans des entreprises, ce qui pourrait bien fragiliser ces dernières et abîmer encore un peu plus le très fragile tissu économique du pays, qui s'est pris de plein fouet la hausse de l'énergie.

Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Par ailleurs, le gouvernement a promis de régler tous les arriérés de pension pour lesquels 300 000 retraités poursuivaient en justice l'Etat, qui vient d'être condamné définitivement. Mais c'est à 2,5 millions de retraités que la décision doit s'appliquer, au fur et à mesure que les décisions de justice deviendront définitives au terme de la procédure toujours très compliquée et très lente en Argentine. L'annonce fait donc suite à une décision de justice et ne correspond pas à une initiative politique spontanée du Gouvernement en place. Le Président a néanmoins ajouté qu'il entendait offrir à ces retraités floués depuis des années une revalorisation des mensualités qui irait de 35 à 45% en fonction des schémas qui seront adoptés par le Congrès. L'opposition, majoritaire au Sénat, approuve bien entendu le règlement de ces arriérés et l'augmentation qui va avec mais entend bien discuter les moyens mis en place pour y faire face. C'est encore une belle bagarre parlementaire qui pourrait bien s'annoncer alors que, selon un entrefilet de La Nación, les contentieux du travail connaissent une forte augmentation devant les tribunaux... Ces indices ne plaident pas en faveur de la thèse d'une amélioration de la situation chez les salariés, en dépit de tous les discours triomphalistes et pleins de bonnes intentions que multiplie le Gouvernement ces derniers jours, mais que démentent certaines éminences grises. L'un de ces visiteurs du soir vient de déclarer que faire croire au salarié moyen qu'il pouvait accéder à l'écran plat et au smartphone était un mensonge et une tromperie : on devine aisément vers quel niveau de vie ce bonhomme veut réduire la dite classe moyenne. Quel mépris il faut avoir pour les gens pour tenir de pareils propos, et en public en plus !

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur le nouveau minimum vieillesse universel
lire l'article de Página/12 sur le rapatriement des fonds frauduleusement placés à l'étranger
lire l'éditorial de Clarín.

Ajout du 29 mai 2016 :
lire cet article de La Nación qui rapporte la répétition des accusations insultantes de Mauricio Macri contre le gouvernement précédent puisque dans une lettre à un journal régional, il a à nouveau employer ce verbe d'escroquer, qui est très violent.



(1) Lui qui critiquait le personnalisme de Cristina Kirchner et le manque de collégialité et de délégation dans son mode de fonctionnement, voilà qu'il prend la même voie, celle que les Français appellent l'hyper-présidence...
(2) Il a parlé de "réparer" (reparar) les "escroqueries" (estafa) dont toutes ces dernières années avaient été victimes les retraités. On se demande bien à quoi il fait allusion parce que les minimums vieillesse ces dernières années avaient considérablement amélioré le pouvoir d'achat des anciens et les hausses démentielles qu'il a fait mettre en place en retirant d'un coup toutes les subventions publiques à la distribution d'énergie l'ont sensiblement réduit depuis six mois. S'il voulait travailler à la réconciliation des Argentins, il est sûr qu'il continuerait à mesurer son langage dans ses discours publics. En privé, il dit ce qu'il veut mais en public !

Verdun, vu des antipodes – Article 4900 [ici]

En ce carnaval 1916, Pierrot fait des cauchemars...

Ce week-end et en particulier demain, dimanche 29 mai 2016, en présence de François Hollande et de Angela Merkel, la France et l'Allemagne se retrouvent à Verdun pour commémorer le centenaire de la bataille homonyme. Comment dans les antipodes, a été vécue cette longue et incertaine bataille où Français et Allemands se sont affrontés seuls, sans l'aide d'aucun de leurs alliés (ou si peu), pour percer le front français (côté allemand) et défendre un point symbolique du territoire national (côté français), celui où Charlemagne avait partagé son empire entre ses fils plus de mille ans auparavant ?

Quelques soldats argentins, binationaux, servant dans l'armée française
Une page de l'édition du 1er avril 1916
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

En fait, en Argentine, la grande affaire de l'année 1916, c'est l'élection pour la première fois au suffrage universel, direct, secret et obligatoire, du Président de la Nation, après trente-six ans d'une ligne gouvernementale réactionnaire, raciste et surtout ultra-corrompue, ce que l'histoire a retenu sous le nom de Generación del Ochenta, parce qu'elle avait été portée au pouvoir en 1880, avec l'élection au suffrage censitaire oral (le voto cantado) du général Julio Argentino Roca, que l'actuel Gouvernement aurait réhabilité dans le Museo Nacional del Bicentenario, à l'arrière de la Casa Rosada (voir mon article du 13 mai). Et quand on parle de suffrage universel, ne nous y trompons pas : suffrage masculin exclusivement et réservé aux citoyens nés argentins. Dans un pays débordé par la vague migratoire provoquée par le Gouvernement qui ne s'attendait pas à un tel succès (1), cela faisait une toute petite minorité d'électeurs.

La première offensive allemande à Verdun, dont le récit a passé par Londres
dans l'édition du 22 avril 1916
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

A la fin de cette année quelques semaines avant que les canons se taisent enfin à Verdun, le président Hipólito Irigoyen, l'un des co-fondateurs de l'UCR, Unión Cívica Radical, un parti qui existe toujours, prêtait serment et prenait ses fonctions, dans un enthousiasme populaire délirant, à la Casa Rosada.

Et l'autre grande affaire de cette année 1916 en Argentine, c'est le bicentenaire de la déclaration d'indépendance, pendant l'hiver, le 9 juillet...

Ce 14 juillet 1916 à Paris
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Aussi la bataille de Verdun est-elle restée relativement méconnue des Argentins, comme en témoigne sa rare présence dans les pages de l'hebdomadaire Caras y Caretas, un must de la presse argentine de la Belle Epoque et des Années Folles, qui penchait plutôt à gauche et comptait dans sa rédaction des illustrateurs, des caricaturistes et des rédacteurs de grand talent ainsi qu'une cohorte de correspondants en Europe et à New York. Caras y Caretas constituait en quelque sorte le pendant argentin de L'Illustration – Journal Universel qui informait la France à la même époque (mais depuis plus longtemps). Dans le premier reportage que Caras y Caretas consacra à Verdun, le 22 avril 1916, soit plus de deux mois après l'offensive allemande, eu égard aux difficultés de communication avec un continent à feu et à sang, le journaliste avait déjà vu tout ce qui allait se passer pendant toute cette tragique année de combat.

Voici le dernier paragraphe de la page, en bas de la colonne de droite.

S'ensuivit un épouvantable corps à corps... Aucune plume n'est capable de décrire l'horreur tragique de cette lutte. A la fin, les Allemands commencèrent à se retirer... La première attaque contre Verdun avait échoué et avait causé au Kaiser 150 000 hommes, entre les morts, les blessés et les prisonniers. C'est à ce prix qu'ils avaient payé la prise de contrôle de quelque cinq kilomètres de terrain, sans grande valeur pour la défense de la place. Mais cette attaque ne sera pas la dernière. Les Allemands veulent prendre Verdun parce qu'ils ont besoin d'une grande victoire, à tout prix. Mais combien de temps cela va-t-il prendre et combien de milliers d'hommes perdront-ils pour prendre cette place, si tant est qu'ils la prennent ?
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Pour la rédaction de Caras y Caretas, sur le sol français, la bataille de la Somme occupe au moins autant de place sinon plus que celle qui ravage Verdun au même moment et en tout état de cause, la guerre vue par les Britanniques et les Italiens semblent intéresser davantage le lectorat (à moins que ce ne soit qu'une apparence, que l'on doit à un accès plus facile à l'information), même si les combattants qui ont grandi en Argentine et dont le journal donne parfois des nouvelles servent dans l'armée française. Et chose qui ne peut qu'étonner les Français, le général Pétain est absent de Caras y Caretas tout au long de l'année alors qu'il passe en France, en décembre 1816, pour le vainqueur de cette bataille atroce.

Un soldat français élevé en Argentine a fait parvenir au journal ces deux photos
Dans une hutte qu'il a bâtie sur le front, à la façon d'un quincho argentin, typique des campagnes argentines
il boit ou fait semblant de boire du mate
Où aura-t-il pu se procurer la yerba mate dans la France en guerre du début du vingtième siècle ?
extrait de l'édition du 9 septembre 1916
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Lorsque la bataille commence en février 1916, l'Argentine, encore loin des préoccupations électorales, se prépare au carnaval et, dans le premier numéro de mars (tout en haut de l'article), l'illustrateur réalise une couverture particulièrement sombre, qui évoque déjà les cauchemars que les artistes plastiques européens vomiront dans l'immédiate après-guerre.

Les lecteurs intéressés par ce centenaire (côté français) pourront s'informer sur le site Web consacré à cet épisode de ce qu'on appelait déjà la "Grande Guerre" mais pas encore la "Der des Der" (la dernière des dernières).



(1) En fait le gouvernement espérait déclencher une immigration d'Européens diplômés, majoritairement anglo-saxons, de commerçants et de capitaines d'industrie. Or sont arrivés des flots de paysans sans terre, d'artisans dont le métier avait disparu sous les coups de la révolution industrielle, d'anarchistes, militants ouvriéristes et autres partageux indésirables chez eux (et aussi peu désirés en Argentine), de repris de justice et d'hommes fuyant les vindictes de leur voisinage, italiens pour la moitié d'entre eux... Il n'était pas question d'accorder le droit de vote à tous ces pouilleux dont le flot s'était brutalement tari depuis le troisième trimestre de l'année 1914.

Miguel Rep et Doña Leticia sont d'accord ! Non ? Si ! [Actu]

Encore un trait de génie graphique et conceptuel de Miguel Rep, que ce 25 mai scandaleusement privatisé a mis en super-forme protestataire ! Cette fois-ci, avant-hier, le 26 mai, il nous racontait en quatre petites cases l'histoire du journalisme telle qu'il la voit en Argentine (avec un soupçon, à peine, de partialité ! Et tant mieux puisque c'est son métier et ses convictions)


Première case (avec le Cabildo de Buenos Aires qui rayonne du débat fondateur) :
Le grand bazar du 25 mai 1810 (1), on l'a fait face au Río [de La Plata] pour dire au monde : "Regarde, nous voilà, on fait la révolution ! Nous nous mettons à la mode du monde."
Deuxième case :
Mécontent, le dessin de presse fait son apparition.
Troisième case (avec la Casa histórica de Tucumán, où cela semble se passer difficilement aussi) :
Celui du 9 juillet 1816 (2), on l'a fait dans une petite maison, à Tucumán, au fin fond du fond du pays... "Compatriotes, nous sommes libres."
Quatrième case :
Mécontente, la presse capitaliste... "Tucumán : une farce... Retourner à l'Espagne"
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Photo ©  Maison royale d'Espagne

En Espagne justement, les 25 et 26 mai dernier, la reine d'Espagne, Doña Leticia, qui fut journaliste avant d'être princesse héritière puis reine consort, inaugurait un séminaire sur la langue et le journalisme, consacré cette année au rôle de l'humour dans ce métier (avant d'inaugurer, hier, le salon du livre de Madrid). Son discours, bien informé, a fait beaucoup d'effet sur les congressistes. Citant un académicien, Wenceslao Fernández Flóres (1885-1964), dans son discours de réception à la Real Academia Española, elle a donné quelques définitions qui font du bien par les temps qui courent :

El humor puede no ser solemne, pero es serio. Es, sencillamente, una posición ante la vida.
Cuando no gemimos ni nos encolerizamos ante lo que nos disgusta, no queda más que una actitud: la burla.
Si no es tierno ni comprensivo, no es humor.
El humor tiene la elegancia de no gritar nunca y también de no prorrumpir en ayes.
El humor se coge del brazo de la vida y se esfuerza en llevarla ante su espejo cóncavo o convexo, en el que las más solemnes actitudes se deforman al límite de que no pueden conservar su seriedad.
La gracia nos cautiva cuando lleva dentro una idea.
Wenceslao Fernández Flóres, cité par la reine Leticia

L'humour peut ne pas être solennel mais il est sérieux. C'est tout simplement une manière d'être dans la vie.
Quand devant ce que nous détestons nous ne gémissons pas et que nous ne nous mettons pas en colère, il ne nous reste qu'une attitude : le rire.
S'il n'y a ni tendresse et ni compréhension, ce n'est pas de l'humour.
L'humour a l'élégance de ne jamais hurler et de ne pas non plus se laisser aller à soupirer.
L'humour prend la vie par le bras et s'efforce de l'emmener devant un miroir concave ou convexe, dans lequel les attitudes les plus solennelles sont si déformées qu'elles ne peuvent pas garder leur sérieux.
La drôlerie retient tout notre esprit lorsqu'elle porte en elle une idée.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :
lire le communiqué de la Real Academia Española sur l'intervention de la reine
lire le communiqué plus complet du site Internet de la Couronne espagnole (Casa de Su Majestad el Rey)
lire l'intégralité du discours de la reine dont vous pouvez aussi regarder l'enregistrement vidéo.



(1) L'abolition de la vice-royauté et la fin de l'Ancien Régime, sans rupture avec l'Espagne, alors envahie par la France de Napoléon et menacée dans sa souveraineté et son indépendance.
(2) La déclaration d'indépendance du peuple argentine de toutes les puissances étrangères. L'homme au teint vert porte le haut-de-forme des notables de la Buenos Aires du début du romantisme.

jeudi 26 mai 2016

Un 25 de Mayo qui contraste avec le 10 décembre [Actu]


Ce 25 Mai aura donc été bien éloigné de l'atmosphère d'allégresse populaire qui avait marqué la prestation de serment du 10 décembre : en ce jour de fête nationale, pour permettre au Président de se rendre, entouré des corps constitués, au Te Deum à la cathédrale, sur la place, du côté nord, en évitant de se faire conspuer par les manifestants ou attaquer à coups de tomate pas fraîche ou d'œufs malodorants, Plaza de Mayo aura finalement été barricadée et interdite au public. Un comble pour un jour de fête nationale qui célèbre précisément les événements fondateurs du pays qui se sont produits sur cette même place, le 25 mai 1810 lorsqu'elle s'appelait encore Plaza de la Victoria. Tôt dans la matinée, les manifestants avaient été repoussés un peu plus loin, vers l'ouest, dans une avenue latérale, pas très loin de la cathédrale mais hors de la place qu'ils avaient partiellement investie quelques heures plus tôt.

Voilà la plus "joyeuse" des unes de la journée
Sous la photo principale, les déclarations de la vice-présidente.
Mais si l'article est en bonne position sur la une
on ne le trouve pas dans le site Internet du journal
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Pour justifier cette opération sécuritaire qui a transformé la place révolutionnaire emblématique en camp retranché inaccessible aux citoyens ordinaires, dont c'est le point le point de rendez-vous tous les 25 mai, la ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, politicienne quelque peu va-t-en-guerre, a prétendu qu'un groupe terroriste, porteur de cocktails molotov, avait été arrêté dans les environs de la place. Plus tard la Police Fédérale, qui, depuis janvier à Buenos Aires, est placée sous les ordres du gouvernement local et non plus national (aberrant mais vrai !), et le Gouvernement de la Ville de Buenos Aires lui-même, qui appartient pourtant à la majorité nationale, ont démenti l'arrestation en question. Les personnes détenues n'auraient été, si l'on me permet cette restriction, que des délinquants prêts à faire brûler des voitures, à la mode de nos banlieues à la Saint Sylvestre (ce qui n'est pas rien, mais ce n'est pas aussi grave que de lancer des explosifs dans une foule, contre le palais présidentiel ou contre son occupant qui traverse la place à pied pour se rendre au Te Deum). Même un quotidien de droite comme La Nación s'étonne ce matin de cette place interdite et des explications fumeuses qui ont été données.

Historique des Te Deum depuis le retour à la démocratie
proposé par La Nación ce matin
et qui montre un Néstor Kirchner très souriant avec un cardinal Bergoglio
qui l'est tout autant (et Cristina est à côté, aimable elle aussi)
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Le Président a transformé la fête prévue depuis plusieurs jours sur Plaza de Mayo en garden-party à la résidence de campagne de Olivos, au nord-ouest de Buenos Aires, dans sa banlieue chic. En urgence, les jardins ont été ouverts à des étudiants, des voisins du domaine présidentiel (ordinairement hermétiquement clos), quelques représentants d'associations caritatives très proches du Pro (à l'exclusion de celles qui se situent à gauche) (1) et au gouvernement au grand complet. Le Président, qui s'était changé et avait revêtu une tenue décontractée, a servi lui-même les premières louches d'un locro traditionnellement présenté dans son potiron évidé ! L'image, diffusée par les services de communication de la Casa Rosada (2), a fait le tour des rédactions : elle montre Mauricio Macri dans une attitude très simple et pas désagréable mais qui sonne bigrement faux dans les circonstances présentes. La communication semble d'autant plus factice qu'en ce jour qui devrait marquer l'union nationale, dont il ne cesse de répéter qu'elle lui est très chère, le président a fait de nouvelles déclarations très clivantes où il rejette une nouvelle fois sur le gouvernement précédent la responsabilité de l'actuelle crise économique, dont sa politique de rigueur est pourtant en grande partie la cause directe et immédiate... Qui plus est, la presse a été, curieusement, tenue à l'écart de cette manifestation, ce qui choque l'ensemble de la profession, à droite comme à gauche : c'est la première fois que les journalistes sont personae non gratae dans une fête présidentielle pour le 25 Mai. D'après La Nación, cette mise à l'écart de la presse aurait tendance à s'intensifier depuis quelque temps, ce qui contredit les engagements et les grandes déclarations publiques du mandataire depuis son élection, il y a sept mois.

Pas de photo du 25 mai sur la une de Clarín
avec l'image centrale consacrée à une nouvelle tragédie dans la Méditerranée
Un gros titre intermédiaire, en rouge, sur l'homélie du cardinal
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Il est donc clair que la lune de miel entre l'opinion publique et l'élu a pris fin et, plus impressionnant encore, c'est également le cas dans les médias, même dans les journaux de droite qui ne retiennent pas leurs critiques, même si elles sont moins vives que celles de Página/12. Les unes sont très instructives : regardez le peu d'images du président qui ont été retenues. Elles sont austères et tristes. Comparez-les aux unes, radieuses et enjouées, du 11 décembre ! Or le 25 mai, c'est la fête nationale, ni plus ni moins, de surcroît il s'agit du premier 25 de Mayo de Macri président et du seul qu'il pourra célébrer pendant le bicentenaire qui s'achève dans quarante jours. Et pour ces quelques jours qui restent, alors qu'on avait jusqu'à présent un joli logo bien identifié pour tout le monde, le voilà qui nous dévoile un logo terne, en demi-deuil, avec un effet de soleil aveuglant complètement raté : c'est un astre blanc alors que le soleil de mai, celui du drapeau national, est d'un beau jaune bouton d'or (4).

Voilà pour le moins un 25 mai inattendu. Spontanément, j'aurais cru que Clarín, La Nación et La Prensa auraient publié des unes nettement plus triomphalistes, quitte à forcer le trait festif, à mentir un peu (ou beaucoup) sur la réalité vécue, comme ils l'avaient fait à de nombreuses reprises dans les années précédentes dans l'autre sens, pour nier le succès populaire, pourtant bien réel, des fêtes organisées par le gouvernement antérieur.

A cela s'ajoute l'homélie incisive du cardinal Mario Poli qui n'a pas mâché ses mots et a réclamé plus d'attention aux souffrances des plus pauvres et du respect pour les classes populaires, victimes de l'actuelle politique de rigueur (hausse des prix, baisse de la consommation, faillites de PME, licenciements massifs dans le public comme dans le privé et, pour couronner le tout, rejet par le président d'une initiative législative de l'opposition dûment votée par le Congrès, en totale contradiction avec son engagement de dialoguer avec tout le monde et de respecter l'opposition pour se démarquer de Cristina Kirchner et son attitude clivante).

Enfin, pour parachever le tableau, la vice-présidente, Gabriela Michetti, qui préside le Sénat et vient de montrer combien elle savait traîner les pieds dès lors qu'il s'agit de transmettre à la Chambre des Députés une proposition de loi de l'opposition déjà votée par la Chambre haute (le moratoire des licenciements auquel le président a opposé son veto), cette élue vient donc d'avouer, à demi-mots, ce que tout le monde avait bien compris depuis bien longtemps et que tous les ministres faisaient des acrobaties verbales pour nier : il n'y a pas de dialogue mais une profonde mésentente entre le Pape François et Mauricio Macri, qui n'a même jamais eu l'occasion de s'expliquer en profondeur avec le Souverain Pontife, contrairement à ce que laissaient entendre les communiqués officiels, sur son projet politique pour le pays (franchement, on le devine sans peine en lisant leur dernier échange épistolaire purement protocolaire, où Macri défend fermement sa posture, offrant ainsi un fort contraste avec les propos détendus et le ton plaisant de Cristina dans les mêmes circonstances notamment en 2013 et en 2014). Le Pape devrait pouvoir comprendre le projet de Cambiemos, a en effet déclaré Gabriela Michetti, avant de se reprendre, en ajoutant, mais trop tard, qu'elle ne disait pas qu'il ne le comprenait pas mais que, etc. Et si, c'est bien ce qu'elle venait de dire ! L'emploi du conditionnel ne laisse guère de marge pour le doute... (lire l'article de Clarín et celui de Página/12)

Gros titre sur l'homélie du cardinal et photo tristounette
où le Président est noyé dans la masse des complets trois pièces
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Et pour couronner le tout, c'est Clarín qui révèle, comme on raconte une bonne blague, une anecdote qui pèse son pesant de fruit, de crème et de sucre : un commerçant de Río Grande, dans la province de Tierra del Fuego, offre 5% de réduction à ses clients s'ils reconnaissent qu'ils ont voté Macri et qu'ils s'en mordent les doigts. Une proposition commerciale impensable il y a quelques mois, en plein été, lorsque le Président était tout en haut des sondages. Maintenant que l'hiver arrive, la basse saison pour un glacier, surtout dans l'extrême sud de la Patagonie, et que les factures d'électricité épuisent les trésoreries des PME (et il en faut, du courant, pour alimenter les congélateurs), cet artisan lance cette opération promotionnelle et Clarín en rigole !

Egratignure supplémentaire : La Nación mentionne aujourd'hui l'achat de mobilier à la Casa Rosada, un achat qui ne peut que paraître bien dérisoire au moment où Cáritas annonce la hausse de ses distributions alimentaires dans le pays, où une manifestation populaire empêche le président d'investir une place symbolique pour fêter la patrie et après que le Gouvernement s'était débarrassé du mobilier choisi par les présidents antérieurs... Quel gâchis pour l'argent public et le patrimoine mobilier de la Nation ! (3)

Pour rattraper ce 25 de Mayo raté, Mauricio Macri vient de rendre publique sa déclaration de revenus, déposée devant l'office anti-corruption, qu'il a créé. Gage sans doute de sa transparence, il y fait apparaître son compte en banque aux Bahamas (un paradis fiscal de première catégorie), ses biens fonciers et immobiliers tant en Argentine qu'à l'étranger. Les journalistes ont pu y lire que son patrimoine avait considérablement gonflé l'année dernière (puisqu'il est un riche investisseur, ce peut donc n'être que la conséquence logique d'une habile gestion de sa part).

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur Plaza de Mayo interdite au public en ce jour de fête
lire l'article de Clarín sur les inquiétudes de l'Eglise exprimées par le cardinal dans son homélie
lire l'article de La Nación sur les explications invraisemblables de Patricia Bullrich
lire l'article de La Nación sur la mise à l'écart des journalistes, loin de la locro-party de Olivos
lire l'article de La Prensa sur l'homélie du cardinal
lire la dépêche de Télam sur la garden-party et la mascarade du locro et des empanadas, avec une petite vidéo qui reprend le discours improvisé par le président à cette occasion (on sent le malaise, sous l'aisance apparente et le sourire un brin forcé)
lire la dépêche de l'agence catholique AICA sur l'homélie du cardinal

Les articles sont très nombreux sur chacun des éléments de cette journée. Chaque quotidien lui a consacré une demi-douzaine d'articles et d'analyses, qui s'accordent toutefois sur l'essentiel : ce 25 de Mayo est une déception et laisse en bouche un goût amer. A titre personnel, les quelques échos directs que j'en ai eus vont dans ce sens et ils ne proviennent pas de kirchneristes.

Ajout du 27 mai 2016 :
Avant-hier, au sortir de la cathédrale, les membres du Gouvernement avaient tous proclamé qu'ils étaient pleinement d'accord avec les propos du cardinal. Les journalistes s'en étaient fait l'écho chacun dans son quotidien (lire par exemple l'article de La Prensa).
Ce matin, les journaux annonçaient la nouvelle initiative gouvernementale, une initiative qui va contre ce pour quoi plaidait la veille le primat d'Argentine. Ce qui met à nu le désaccord désormais incontestable entre ce Gouvernement et le magistère catholique, personnifié par François et la Conférence épiscopale argentine. Une véritable provocation, passablement cynique, reconnaissons-le. Très déplaisant, en tout cas. Voir à ce propos cet article de La Nación, qui reprend aussi les propos de Mauricio Macri qui justifie ses décisions économiques par sa volonté d'éviter à l'Argentine le sort, peu enviable, du Venezuela (on en était loin, tout de même ! N'exagérons rien).
C'est peut-être de ce côté-là qu'il faut aller chercher la raison profonde du très probable départ du Gouvernement argentin de Susana Malcorra, dont Mauricio Macri vient de présenter la candidature au poste de Secrétaire général de l'ONU, un poste qui doit la tenter beaucoup puisqu'elle avait rendu publique sa candidature avant même que le Président en pipe mot. Il est possible que cette femme ne soit pas à l'aise avec le cynisme présidentiel et la brutalité de l'action de plusieurs ministres qu'elle côtoie.



(1) C'est La Nación qui l'affirme, on peut donc la croire, eu égard à l'énergie que ces journalistes ont déployée pour défendre la conception pluraliste que promeut Mauricio Macri pour la vie politique du pays. Página/12, quant à lui, dénonce cette réception partisane chez un élu qui a condamné avec tant de virulence cette même attitude quand elle était le fait de ses prédécesseurs dans la fonction.
(2) Des photos que l'on ne trouve ni sur le site Internet ni sur la page Facebook de la Casa Rosada contrairement à l'ordinaire. Pour limiter les effets de la viralité sur les réseaux sociaux et d'éventuels commentaires désobligeants ?
(3) Il est vrai que la notion de patrimoine de la Nation semble laisser Mauricio Macri très indifférent. Les présidents se comportent d'ailleurs dans les résidences présidentielles comme s'ils en étaient les propriétaires et non pas les locataires et passent leur temps à remodeler l'ensemble au lieu de se contenter de le faire dans le logement de fonction, qu'ils pourraient avoir le droit de meubler à leur goût sans pour autant faire table rase de ce qui s'y trouve déjà. Et après cela, il n'est pas étonnant que l'Argentine ait du mal à se constituer un patrimoine en tant que tel.
(4) Il semble se passer la même chose que lorsque Mauricio Macri est arrivé à la tête de Buenos Aires et qu'il a fait choix pour la communication du festival de tango de visuels maussades, indigents et hideux (comme cette charte graphique en rose et jaune pétant qui régnait depuis trois ou quatre ans), quand ils n'étaient pas franchement vulgaires, comme cette année où un slogan s'étalait sur les murs de la ville : "Tchan Tchan". Imaginez un festival de musique dont la devise serait "Tsouin, Tsouin" ! Ce manque de goût est d'autant plus étrange que l'homme cultive l'élégance vestimentaire, gestuelle et même du décor dont il s'entoure...