Hier à Apóstoles, une bourgade
de la province de Misiones, à l’extrémité nord-est de
l’Argentine, s’est ouvert le 43e
Festival national et international de la Yerba Mate, la principale
culture de la province dont la tradition agricole remonte aux
missions jésuites installées dans les années 1710 (comme vous
l’avez compris, la ville a conservé le nom que les pères jésuites
qui l’ont fondée lui avaient donné : les Apôtres).
Le festival avec son lot de
spectacles dominés par le chamamé (la musique typique de la
région), de repas en plein air, de dégustations, de stands
artisanaux et de conférences sur le travail agricole et artisanal de
la yerba mate se tient pendant quatre jours jusqu’à dimanche
prochain. Cette manifestation désormais traditionnelle sera
couronnée par l’élection de la reine nationale de la yerba mate
et de ses deux dauphines ainsi que des réceptions annuelles dans
l’ordre de la yerba mate (qui ressemble à nos confréries
gastronomiques et localistes).
L’entrée à la feria est
gratuite mais la plupart des spectacles sont payants (500 $ ARG par
personne), ainsi que les repas (1 500 $ ARG par personne) et la
soirée pour l’élection de la reine et de ses dauphines (il y a
1 000 chaises à 3 000 $ ARG chacune).
A cette occasion, l’Instituto
Nacional de la Yerba Mate (INYM) a publié le résultat d’une étude
multiple, conduites par des chercheurs dans différentes universités,
sur les bienfaits de la boisson nationale - l’Argentine est en
effet le premier producteur de yerba mate dans la région (1).
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L'ensemble du programme Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Cet ensemble d’études,
réalisées en laboratoire et non en phase clinique humaine, met en
avant les effets bénéfiques du produit consommé à la manière
sud-américaine (2) :
il facilite la digestion et régule la glycémie (chez les souris sur
lesquelles les expériences ont été menées) ; il régule le
cholestérol, il renforce la densité minérale des os ;
contrairement à ce que peuvent faire croire son amertume et son
astringence (caractéristiques des yerbas mate d’entrée de gamme),
la boisson ne détériore nullement la muqueuse gastrique ; il
prévient le cancer du colon et du sein et diminue le risque de
maladie de Parkinson grâce à des « propriétés
neuro-protectrices ». Ces résultats demandent encore une
évaluation scientifique et expérimentale chez l’homme.
Dans les organismes humains, on
sait déjà et depuis très longtemps que le mate régule le transit
et qu’il est légèrement coupe-faim et excitant, comme le thé et
le café.
Tout cela fait cause et offre une
bonne occasion de relancer le marché qui souffre de l’infernale
hausse des prix qui déferle aujourd’hui sur l’ensemble de
l’Argentine. Et puis, les festivals, c’est bon pour le moral,
pour tout le monde.
© Denise Anne Clavilier
Pour aller plus loin :
(1) Trois pays produisent à
échelle commerciale : l’Argentine, le Paraguay et le Brésil
(dans le sud du pays). La production uruguayenne, à toute petite
échelle, convient surtout à la consommation familiale du
producteur. La yerba argentine arrose le marché uruguayen et
chilien. Avant la guerre civile en Syrie, ce pays était le plus
important débouché à l’exportation en dehors de l’Amérique du
Sud grâce à des contacts très étroits cultivés par les Syriens
immigrés en Argentine au début du XXe
siècle et leurs familles restées au pays.
(2) En Europe, il faut se méfier
du produits vendus hors des épiceries spécialisées en produits
sud-américains. Les magasins bio en particulier vendent un truc sans
intérêt souvent sous le nom fantaisiste de « mate » qui
ne désigne pas le produit mais l’infusion qu’on en tire (un peu
comme de parler de cacao pour désigner le chocolat). Ce qui démontre
parfaitement le caractère artificiel de cette exploitation. Ces
hachis végétaux sont souvent associés à des mentions santé et
leur emballage ne comporte aucune indication géographique précise
(la marque se contente d’un vague « Amérique du Sud »).
Je ne sais pas ce qu’il y a exactement dans ces paquets mais force
est de constater que cela donne breuvage insipide, sans aucun rapport
avec celui qu’on apprécie tant en Argentine, en Uruguay, au
Paraguay, au Chili et dans quelques coins du sud du Brésil. En
Europe, si vous souhaitez boire du mate « comme là-bas »,
il faut donc s’adresser à un épicier latino-américain et lui
acheter un produit indiquant le nom et l’adresse du producteur (pas
seulement celui du distributeur ou de l’importateur) et vérifier
que cette adresse se situe bien dans l’un des trois pays
producteurs. C’est assez facile : en façade et sur le côté
ou l’arrière du paquet, on lit la mention Industria argentina /
uruguaya / brasileira (ou brasileña si le produit a été conditionné en vue de son exportation, ce qui est souvent le cas quand
il arrive en Europe). En France, on trouve un peu de bio, la plupart
du temps en provenance d’Argentine. Sur le plan gustatif, il n’y
a guère de différence avec les autres modes de production
(conventionnel ou raisonné).