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jeudi 16 mars 2023

La murga Falta y Resto entame sa tournée argentine à Rosario [à l’affiche]


Falta y Resto est une célèbre murga uruguayenne, une troupe d’artistes qui cultive ce genre né dans les traditions du carnaval où se mêlent le chant, la danse, la satyre politique et sociale et toutes les formes de pastiches.

La troupe commence une grande tournée en Argentine ce soir, jeudi 16 mars 2023, à 21 h, à Rosario, dans la Sala Lavardén, la salle de spectacle provinciale dans la capitale culturelle de Santa Fe.

Prix des places ce soir : 4 000 $ ARG.

Falta y Resto tournera pendant les quinze prochains jours dans les provinces centrales de l’Argentine : Córdoba, San Juan, Mendoza, Santa Fe une seconde fois (sur le chemin du retour) pour finir par Buenos Aires et la province homonyme.

Une troupe qui est l’une des meilleures représentantes de la murga à la mode uruguayenne.

Un spectacle qui vaut le détour.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, édition de Rosario
lire la présentation sur le site Internet du ministère de la Culture de la province de Santa Fe.

samedi 9 novembre 2013

Nouveau spectacle de Falta y Resto ce soir à ND Teatro [à l'affiche]

Raúl Castro en scène (photo Página/12)
Raúl Castro, l'auteur et compositeur du groupe de murga Falta y Resto (rien à voir avec l'homonyme cubain), a une belle formule pour résumer le nouveau spectacle de la troupe qu'il dirige depuis des dizaines d'années maintenant : La murga de todos los tiempos. Il a déclaré à Cristian Vitale, de Página/12, qu'il s'agissait d'un "graffiti de rue qui prend vie et qui chante".

Falta y Resto a été fondée en Uruguay, pendant la dictature, pendant l'hiver 1980. Son répertoire rend compte des luttes pour les droits de l'homme, la démocratie et la justice sociale comme il convient au genre qu'il cultive, la murga, une musique développée la plupart du temps pour ces quelques jours de liberté de parole et de satyre qu'est le carnaval, juste avant l'entrée en carême (et qui aujourd'hui s'étend en maints endroits bien au-delà).

Falta y Resto présente donc ce nouveau spectacle complet, avec danse, acrobatie, clowneries, musique et chansons, à 23h, ce soir, 9 novembre 2013, au ND Teatro, Paraguay 918, dans le quartier de Retiro.

“Considero que éste es el espectáculo más jugado de la historia de la murga, porque con la simpleza de la imaginación, y algunos trucos teatrales, paseamos a los espectadores por treinta años de historia pasada, por las profundidades del presente y por las incertidumbres de un futuro indescifrable.”
–La despedida de 2031, por ejemplo.
–(Risas.) Sí, es un simple juego de imaginación, en que no hacemos futurología sino que inducimos al futuro. ¡Uruguay Campeón del Mundo! Esperemos ganarle a Jordania. Vamos paso a paso...
Página/12

- Je considère que ce spectacle est le plus engagé de l'histoire de la murga, parce qu'avec la simplicité d'imagination et quelques trucs de théâtre, nous emmenons les spectateurs en balade à travers trente ans d'histoire passée, les abîmes du présent et les incertitudes d'un futur indéchiffrable.
- Les adieux de 2031 par exemple.
- (rires) Oui, c'est un simple jeu d'imagination, nous n'y faisons pas de la futurologie mais nous conduisons vers le futur. Uruguay champion du Monde. Nous espérons l'emporter sur la Jordanie. Allons-y pas à pas...
(Traduction Denise Anne Clavilier)

“Me conformo con haber aportado algo a los cientos y miles de murgas que se están formando en todo el sur de América, en un proceso que entiendo como la explosión cultural más rica y fermental de los últimos cien años en el continente. Que no se enoje nadie, pero dentro de unos años los que no lo quieren creer se van a dar cuenta y se dirán: ¿dónde estaba yo cuando esto sucedía?”, sostiene Castro que, además de capo murguero, fue jugador de básquet, obrero, perseguido político, acompañante de literas y publicista. “Muchos años, muchas cosas... me voy retirando, y de hecho el responsable general de este espectáculo es mi hijo Felipe y el director escénico es Leandro, que es un poco menor, pero igual de talentoso”.
–Dinastía murguera...
–(Risas.) Es un orgullo muy grande que mis hijos tomen la bandera y guíen a la murga por los caminos que entiendan que tienen que venir, porque lo más importante que tiene el hombre es la libertad.
Página/12

- "Je suis content d'avoir apporté quelque chose aux centaines et aux miliers de murgas qui se forment au fil du temps dans tout le sud de l'Amérique, dans un processus que je comprends comme l'explosion culturelle la plus riche et la plus féconde des cent dernières années sur le continent. Sans vouloir fâcher personne, d'ici quelques années, ceux qui ne veulent pas y croire vont se rendre compte et ils se diront : Où étais-je, moi, quand ça se passait ?" soutient Castro qui, en plus de chef murguero, a été joueur de basket, ouvrier, politique persécuté, steward et publiciste. " Bien des années, bien des choses... Je me retire peu à peu et de fait, le responsable général de ce spectacle, c'est mon fils, Felipe, et le régisseur, c'est Leandro, qui est un peu plus jeune mais qui a autant de talent".
- Une dynastie murguera
- (rires) C'est une très grande fierté que mes enfants reprennent l'étendard et guident la murga dans les chemins qu'ils pensent être à venir parce que le plus important des biens d'un homme, c'est la liberté.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :
lire l'intégralité de l'article de Página/12.

lundi 16 janvier 2012

L'estivale interview de Raúl Castro, celui de la murga, pas l'autre [à l'affiche]

Comme tous les ans à la même époque, la murga uruguayenne Falta y Resto, qui travaille beaucoup à Buenos Aires, y revient avec son nouveau spectacle, un spectacle tous les ans, qu'elle donnera dans la capitale argentine, les 20 et 21 janvier 2012 à la Trastienda (dans le nord du quartier de San Telmo).

Le quotidien Página/12, qui soutient la tradition culturelle et subversive de la murga de carnaval, interview le leader, fondateur et parolier du groupe, Raúl Castro, surnommée Tintabrava (encre carabinée) sur l'histoire mouvementée de cette troupe.

Extraits

–La Falta como nexo, como ocupando el rol del medio, si se quiere.
–Yo diría que se trata de una forma de ampliar la posibilidad de decir de diferentes maneras y con profundidades diferentes, inclusive de opinar de un mismo tema con planteos discrepantes en un mismo espectáculo. Es un poco lo que está sucediendo en nuestra sociedad, donde las cosas que antes eran negras y blancas han tomado diferentes tonalidades y visiones dentro de un mismo sector, incluso dentro de una misma persona. Las tres murgas son el abanico amplio que queríamos para meter el dedo en la llaga de la actualidad y transformar la realidad en alegría. Y sí, de alguna manera la Falta está formada por las opiniones y las estéticas de las dos, porque en sí misma contiene todas las contradicciones de un grupo vivo políticamente y que opina desde la sinceridad sobre todos los temas.
Raúl Castro, cité par Página/12

- La Falta comme noeud, comme occupant le rôle du milieu, si on veut.
- Je dirais qu'il s'agit d'une manière d'élargir la possibilité de dire de différentes manière et avec des profondeurs différentes, et même de donner son avis sur un même thème sous des angles incompatibles dans un même spectacle. C'est un peu ce qui se passe en ce moment dans notre société, où les choses qui avant étaient blanches ou noirs ont pris différentes tonalités et différents points de vue à l'intérieur d'un même secteur, et même d'une même personne. Les trois murgas [trois groupes historiques de Montevideo] sont le large éventail que nous voulions pour remuer le couteau dans la plaie de l'actualité et transformer la réalité en joie. Et si, d'une manière ou d'une autre, la Falta est formée des avis et des esthétiques des deux [murgas privilégiées dans le spectacle], parce que en elle, elle contient toutes les contradictions d'un groupe politiquement pas crétin et qui donne son avis sans se compliquer la vie sur tous les sujets.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–Un tema clave es, seguro, la política de derechos humanos en Uruguay, sobre todo los plebiscitos que impidieron revocar la Ley de Caducidad. La Falta no puede dejar de opinar.
–Lo que sucede con los derechos humanos nos sigue avergonzando. Es una vergüenza que la mayoría del pueblo en dos plebiscitos se haya negado a la verdad. Pero las causas son varias. Entre ellas, una equivocada politización del tema y una equivocada política de la izquierda mayoritaria, y aquí hay mucho por hacer porque hoy, que el Carnaval se ve por televisión y ha sido asumido por las capas medias de una manera mucho más fluida que antes, los murguistas corremos el riesgo de creernos artistas de la corona real. Ojo, porque somos pueblo que canta. Nada más ni nada menos.
Raúl Castro, cité par Página/12

- Un sujet clé, pour sûr, c'est la politique des droits de l'homme en Uruguay, surtout les référendums qui ont empêché l'abolition de la Loi d'Amnistie (1). La Falta n'a pas pu s'empêcher de donner son avis.
- Ce qui se passe avec les droits de l'homme, ça n'arrête pas de nous faire honte. C'est une honte que la majorité du peuple, au cours de deux référendums, se soit refusé à la vérité. Mais il y a beaucoup de raisons à ça. Parmi elles, une politisation à tort du sujet et une politique erronée de la gauche majoritaire (2) et là, il y a du travail par ce qu'aujourd'hui, qu'on regarde le Carnaval à la télévision et que les classes moyennes l'assument d'une manière beaucoup plus fluide qu'avant, nous les murguistes, nous courons le risque de nous croire des artistes de la Cour. Attention, hein, parce que nous sommes le peuple en chanson. Ni plus ni moins.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿Le quedó algún rencor por las veces que los jurados impidieron votar a Falta y Resto como la mejor murga durante buena parte de la década del ‘80?
–No tengo ningún rencor con nadie. La Falta está cumpliendo una tarea que no pasa precisamente por los premios. Desde hace treinta años estamos tratando de cambiar y mejorar el mundo desde la alegría. Y nunca perdimos todavía.
Raúl Castro, cité par Página/12

- Vous reste-t-il du ressentiment pour les fois où les jurés ont empêché d'élire Falta y Resto meilleure murga pendant une bonne partie des années 1980 ?
- Je n'ai de ressentiment contre personne. La Falta accomplit une tâche qui ne passe pas forcément par les remises de prix. Depuis environ 30 ans, nous sommes là à essayer de changer et d'améliorer le monde à base de bonne humeur. Et on a encore jamais perdu.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :
Pour en savoir plus sur les artistes, cliquez sur le nom du groupe dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

(1) Sur cette question de la Loi d'Amnistie, lire sur ce blog mon article du 21 octobre 2009 sur le premier référendum et l'arrêt de la Cour Suprême sur le sujet, mon article du 13 avril 2011 sur l'abolition d'un des articles de cette loi, mon article du 21 mai 2011 sur une seconde tentative d'abolition et mon article du 27 octobre 2011 sur l'abrogation définitive et par astuce législative par voie parlementaire.
(2) Le Frente Amplio, actuellement au pouvoir et majoritaire dans les deux chambres pour le second mandat successif au niveau national.

jeudi 20 janvier 2011

Falta y Resto fête ses 30 ans ce soir à la Trastienda [à l'affiche]

La Murga uruguayenne, qui travaille essentiellement à Buenos Aires, Falta y Resto, avec quelques jours d'avance sur le Carnaval portègne, fête ce soir, à la Trastienda, rue Balcarce n° 460, dans le quartier de San Telmo, ses 30 ans d'existence. Le quotidien Página/12 profite de l'occasion pour mettre l'événement en tête de ses pages culturelles sous le titre "Carnaval toute la vie " (ci-contre) et pour interviewer le leader de ce groupe qui définit ainsi cet art rioplatense de la murga : "La murga sigue siendo una comedia musical política"... ce qui se comprend (presque) tout seul (si besoin est, voir tout de même la traduction un peu plus bas dans le corps de l'article). La murga est en effet issue des traditions du carnaval, et en particulier de celles de subversion de l'ordre établi.

Ce soir et jusqu'à dimanche, à 22h, Falta y Resto (1) présentera une sélection de son répertoire déjà connu et donnera un avant-goût de son spectacle 2011, intitulé La Comedia del Barrio. A voir sans aucune restriction.

Quelques uns des propos de Raúl Castro, qu'il ne faut pas confondre avec quelque frangin cubain que ce soit.

“Falta y Resto existe porque tiene una tarea que cumplir, militante, de trabajo social”
Raúl Castro, dans Página/12

Falta y Resto existe parce qu'il a une tâche à accomplir, une tâche militante de travail social.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

“Falta y Resto es un clásico siempre renovado. Nosotros creemos que hay que ir por donde no hay huellas pero sin perder la esencia del género. Somos una murga que tiene un sonido muy clásico, muy murguero, muy potente y con voces que te despeinan. Pero sobre todo, si tengo que definir a la Falta, es un riesgo permanente en la búsqueda de formas nuevas y de sorprender desde el discurso”
Raúl Castro, dans Página/12

Falta y Resto est un classique qui se rénove toujours. Nous, nous croyons qu'il faut aller là où le terrain est vierge mais sans perdre ce qui fait l'essentiel du genre. Nous sommes une murga qui rend un son très classique, très murguero, très puissant et avec des voix qui décoiffent. Mais par dessus tout, s'il faut que je définisse à la Falta, elle est un risque permanent dans la recherche de formes nouvelles et de surprendre à partir du discours tenu.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

“En los ’90 vivimos un momento de mucha búsqueda en cuanto a lo artístico. Y tuvo mucha importancia el cruce que hicimos a la Argentina, donde visualizamos que la murga podía tener una trascendencia como género que superaba lo simplemente barrial montevideano, que podía serlo en cualquier barrio donde se hablara español, porque el discurso era necesario entenderlo”
Raúl Castro, dans Página/12

Dans les années 90, nous avons vécu une époque de forte recherche dans le domaine artistique. Et le fait de venir en Argentine a eu beaucoup d'importance pour nous : ici, nous avons vu de nos propres yeux que la murga pouvait avoir une dimension supérieure en tant que genre à celle qu'elle a à Montevideo, où ça ne dépasse pas les limites du quartier, qu'elle pouvait être un vrai genre dans n'importe quel quartier du moment qu'on y parle espagnol, parce que le discours que nous tenons, il est indispensable qu'il soit compris.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

“Nos hizo mucho bien ser parte de un movimiento que se gestó acá en la Argentina, de revalorización de lo artístico, no solamente por lo que aparece en los grandes medios sino por lo que la gente apoya, sintiéndose parte de él. Y en ese lugar Falta y Resto tuvo cabida, por suerte. La convocatoria es cada vez mayor y sentimos que lo que decimos es asimilado como si fuera dicho para el propio pueblo argentino” [...] “Cuando nos dimos cuenta de que en la Argentina existía esta posibilidad, el discurso pasó a ser un poco más universal, sin dejar de pertenecernos, de ser muy barrial y de pintar nuestra aldea”
Raúl Castro, dans Página/12

Cela nous a fait beaucoup de bien d'être partie prenante d'un mouvement qui a été en gestation ici, en Argentine, de revalorisation du domaine artistique, non seulement pour ce qui paraît dans les grands media mais pour ce que les gens soutiennent, parce qu'ils ressentent qu'ils en font partie. Et de ce côté-là, Falta y Resto a été bien servie, heureusement. La réponse du public est chaque fois plus importante et nous sentons que ce que nous disons est assimilé comme si c'était dit par le peuple argentin lui-même. [...] Quand nous nous sommes rendu compte de ce qu'il existait en Argentine cette possibilité, le discours que l'on tenait est devenu un peu plus universel, sans cesser pour autant de nous appartenir, d'être bien proche, à l'échelle du quartier, et de dépeindre notre village. (2)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Après La Trastienda, La Comedia del Barrio s'en va à Montevideo où Falta y Resto sera en compétition pendant le carnaval de la capitale uruguayenne (qui commence le 27 janvier cette année), avec la participation d'une rappeuse, Malena D'Alessio, dont la prestation tournera autour de la violence domestique, un problème assez prégnant dans la région, de part et d'autre du Río de la Plata.

L'interview se poursuit, toujours intéressante :

–La murga es una comedia musical política. Como género, trata de reflejar y transformar la realidad en alegría, desde la ironía, la sátira y el buen humor. Pero en alegría consciente y de ojos abiertos, no en una alegría pasatista. Para eso es necesario que toque los temas de actualidad y todos ellos están imbuidos de su carácter político: desde los sociales hasta los de entretenimiento. Entonces, como tal, la murga es una comedia desde lo humorístico y musical porque se basa en el canto como arma fundamental, en el canto gregario, el canto de lo que representa al pueblo, que es el canto del coro. Y el ojo de la murga tiene que ver con un trasfondo político. Entonces, cuando nacimos, en 1980, estábamos atravesando todavía la dictadura y supuestamente iba a ser legitimada por un plebiscito, que por suerte posteriormente no lo fue. Pensábamos que era muy importante tener un arma cultural que se opusiera desde lo barrial y desde lo social a lo que iba a suceder: un gobierno militar para muchos años. Empezamos a trabajar con la murga, tuvo mucha aceptación de entrada y fue mucho más corto el período dictatorial posterior a nuestra fundación de lo que pensábamos que sería. Y cuando nos quedamos en 1985 con la murga entre las manos y en democracia nos dimos cuenta de que teníamos un arma que trascendía lo puntual del momento y podía ser realmente una opción de entretenimiento y de militancia diferente a lo que había.
Raúl Castro, dans Página/12

- La murga est une comédie musicale politique. Comme genre, il s'agit de renvoyer l'image de la réalité et de transformer celle-ci en joie, à partir de l'ironie, de la satire et de la bonne humeur. Mais en joie consciente et avec les yeux bien ouverts, pas en une joie éphémère. Pour cela, il est nécessaire de toucher les thèmes d'actualité et tous les nôtres sont pénétrés de son caractère politique, depuis les thèmes engagés jusqu'à ceux qui font dans la distraction. Par conséquent, en tant que telle, la murga est une comédie à cause de l'humour et de la musique parce qu'elle est fondée sur le chant comme arme essentielle, dans le chant collectif, le chant qui représente le peuple, qui est le chant du choeur. Et l'oeil de la murga a à voir avec un fonds politique. Par conséquent, quand nous [leur murga] sommes nés, en 1980, nous étions encore là à passer sous les gouttes de la dictature et elle passait alors pour devoir être légitimée par un plébiscite et par bonheur ensuite ça n'a pas été le cas. Nous pensions qu'il était très important de disposer d'une arme culturelle, qui pourrait s'opposer, depuis l'échelle du quartier et des enjeux sociaux, à ce qui allait se passer : un gouvernement militaire pour de nombreuses années. Nous avons commencé à travailler avec la murga, il y a eu d'emblée un bon accueil et la période dictatoriale a été beaucoup plus courte après notre fondation que ce qu'on pensait que ce serait. Et quand nous nous sommes retrouvés en 1985 avec notre murga dans les mains et en régime démocratique, nous nous sommes rendu compte que nous détenions une arme qui dépassait ce que le caractère ponctuel du moment et que ça pouvait vraiment être une option de distraction et de militance différente de ce qui existait alors.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :
Visiter la page Myspace de Falta y Resto (que vous pouvez trouver parmi les "amis" de ma propre page Myspace. Vous y trouverez aussi quelques autres murgas et il en viendra d'autres avec le temps).

(1) On peut traduire Falta y Resto de plusieurs manières. Tout d'abord il peut s'agir d'un coup particulier dans un jeu de cartes local. Ensuite, il s'agit de calcul économique : falta, c'est ce qui manque, la carence ; resto, c'est le solde, ce qui résulte d'une soustraction, ce qui reste, par exemple après qu'on a payé toutes ses dettes ou toutes ses charges... On peut aussi y voir deux verbes et ça donne "Il manque et moi, je t'en pique". En tout cas, le propos est en effet politique mais déguisé, comme presque toujours dans la tradition du carnaval et du tango. Rappelons qu'il y a 30 ans, l'Amérique du Sud était encore sous le joug des juntes militaires qui tenaient à peu près tous les pays du sous-continent. Si vous lisez l'article du journal, vous verrez que l'une de leurs chansons les plus populaires, Alerta, parle d'une enseignante uruguayenne disparue pendant la dictature qui a régné sur ce pays entre 1973 et 1985, Elena Quinteros, en souvenir de laquelle un collectif uruguayen tient un blog, que je vous invite à consulter. Elle a été enlevée au Venezuela pour le compte de la dictature uruguayenne, le 28 juin 1976 et elle a disparu ensuite.
(2) Le village en question est bien la grande ville, mais dans ce que les quartiers peuvent avoir d'intime avec une vie conviviale des voisins qui se connaissent et se rencontrent fréquemment, ne serait-ce que pour regarder des matchs de foot, toujours en collectivité. En Argentine comme en Uruguay, on s'enferme peu chez soi pour regarder le match à la télé. On va le regarder au café ou on se fait une grande réunion entre amis ou en famille.