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vendredi 29 décembre 2017

Francisco de Miranda dans la Revue du Souvenir Napoléonien [Disques & Livres]

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En octobre 2016 (voir mon article du 26 septembre 2016), j'ai fait à la Mairie du 8ème arrondissement une conférence sur Francisco de Miranda (1750-1816), dans le cadre du programme du Souvenir Napoléonien, délégation de Paris-Ile de France, laquelle avait été approchée par l'Ambassade du Venezuela qui souhaitait marquer, à Paris, le bicentenaire de sa mort, dans une prison de Cadix, alors que ce héros caraquègne avait été l'un des généraux de la Première République Française, combattant à Valmy et dans l'Armée du Nord, et qu'à ce titre, le roi Louis-Philippe, qui avait servi sous ses ordres avant de faire défection devant la Terreur, fit graver son nom sur l'un des piliers de l'Arc de Triomphe.

A l'issue de cette soirée, qui avait beaucoup intéressé l'auditoire, le délégué parisien du Souvenir m'avait demandé d'en faire un article à publier dans la revue de l'association. Ce qui fut fait.

Lors de ma conférence sur Miranda, le 20 octobre 2018, à Paris

L'article, sous le titre Miranda, héros de trois révolutions, vient de sortir dans le numéro 513 (octobre-novembre-décembre 2017) de cette belle publication, en vente au siège national de l'Association et auprès de certaines des délégations régionales, au prix de 15 €. Il est possible de s'abonner (la revue est d'une grande qualité, tant pour son contenu que pour la qualité de sa fabrication). L'abonnement peut être lié à une adhésion. Les délégations régionales proposent toutes un programme culturel, avec des conférences, des sorties, des voyages, autour des thèmes liés à l'ensemble des napoléonides et surtout des deux empereurs, Napoléon 1er et Napoléon III, étudiés sous tous les angles (politique, militaire, artistique, économique, sociologique, juridique, institutionnel etc.).

Hommage à Miranda, sous l'Arc de Triomphe, en juillet 2016
Ambassade du Venezuela, Délégation du Venezuela à l'UNESCO et Souvenir Napoléonien

C'est au titre de ce programme culturel que je donnerai à Strasbourg, le mercredi 7 mars 2018, une conférence sur le général José de San Martín (1778-1850), à quelques jours du bicentenaire de la victoire chilienne de Maipú (5 avril 1818).

Une lettre de Miranda, adressée en français à Madison,
aux Etats-Unis, en 1806
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Pour en savoir plus et trouver la délégation la plus proche de chez vous, en région ou à l'étranger, visitez le site Internet de l'association (qui est reconnue d'utilité publique en France).
La revue est en vente en ligne.
Attention, pour le moment, trêve des confiseurs oblige, c'est encore le n°512 qui s'affiche.
Il est aussi possible d'adhérer en ligne.

lundi 26 septembre 2016

Miranda, héros de trois révolutions : ma prochaine conférence à Paris [ici]

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Cette statue parisienne de Miranda est une copie de celle qui a été
érigée sur le champ de bataille de Valmy

Le jeudi 20 octobre 2016, à 18h, je donnerai une conférence sur Francisco de Miranda, dans le cadre du programme culturel du Souvenir Napoléonien, délégation de Paris-Ile de France.
Ce sera l'hommage de Souvenir à ce révolutionnaire exceptionnel, à l'occasion du bicentenaire de sa mort, le 14 juillet 1816, dans un cachot d'une forteresse militaire espagnole, à Cadix. Cette conférence fait suite au dépôt de gerbe en juin dernier à l'Arc de Triomphe à l'intérieur des arches duquel son nom est inscrit parmi ceux des généraux de la Révolution et de l'Empire depuis le règne de Louis-Philippe.

Miranda est le seul Sud-Américain qui ait participé à la Révolution française et le seul personnage politique de cette époque mouvementée à avoir participé aux trois événements fondateurs de l'ère contemporaine pour l'Occident : la guerre d'indépendance des Etats-Unis, la Révolution française et l'émancipation de l'Amérique hispanique.

Ce sera à la mairie du VIIIème arrondissement, 3 rue de Lisbonne, à Paris.
La conférence est ouverte à tous.
Entrée libre et gratuite.

L'émouvante épitaphe inscrite sur le cénotaphe de Miranda à Caracas, sa ville natale
"Le Venezuela pleure le chagrin de ne pas avoir pu retrouver les restes du général Miranda
qui se sont perdus dans la fosse commune de la prison
où a expiré ce grand martyr de la liberté américaine.
La République les auraient gardés avec tous les honneurs qui leur sont dus
dans ce lieu qui leur avait été assigné par décret du président,
le général Joaquín Crespo, en date du 22 janvier 1895"
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Extrait du communiqué de presse diffusé par le Souvenir Napoléonien :
"Pour tous les pays de l'Amérique hispanique, Francisco de Miranda, né à Caracas en 1750, est le Précurseur de leur émancipation.
Lieutenant-colonel, il a combattu aux Etats-Unis au sein du corps expéditionnaire espagnol qui soutint les insurgés, avec les troupes de La Fayette.
Maréchal de camp puis général de division, il servit la première République française et contribua aux victoires de Valmy et de Jemappes avant d'être arrêté à Neerwinden par les menées de Dumouriez qui, en provoquant cette défaite, occultait son ralliement aux émigrés.
Après Trafalgar, grâce à une aide parcimonieuse de la Grande-Bretagne, Miranda déclencha les premiers troubles à Caracas et à Buenos Aires, en 1816. En 1811, il revint au Venezuela où il conduisit la révolution avec son disciple, Simón Bolívar.
Tombé aux mains des absolutistes espagnols en 1812, il mourut prisonnier, à Cadix, le 14 juillet 1816.

Page de garde d'une édition offerte par le Venezuela à la France
pour le centenaire de la Révolution de 1789
Il s'agit des archives concernant Miranda et la France
avant la découverte en 1927 de la collection complète de documents
que Miranda avait constituée toute sa vie durant
et qui avait été sauvée par un agent britannique en poste à Caracas
au moment de la capture du général par les Espagnols en 1812
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Ecrivain érudit et polyglotte, mélomane et connaisseur des beaux-arts, grand voyageur, il mit sa fortune et son intelligence au service de son idéal. Charismatique et flamboyant, connu sur tout le continent, l'homme impressionna ses contemporains, jusqu'à Frédéric de Prusse et Catherine de Russie, ne laissant pas non plus indifférent le Premier Consul en personne. Parmi les penseurs des Lumières, il n'y a pas d'autre Hispano-Américain que lui. Il est aussi l'unique acteur politique à avoir participé aux trois révolutions qui ont fondé l'Occident contemporain.

Injustement oublié en Europe mais mentionné parmi les généraux français sur l'Arc de Triomphe, il est devenu un mythe pour les hispanophones du Nouveau Monde."

Couverture d'un des plus célèbres livres politiques de Miranda
publié à Londres grâce à un prête-nom
quelques mois avant de s'embarquer pour la révolution de Caracas
Miranda y justifie son activité révolutionnaire
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jeudi 14 juillet 2016

Il y a deux cents ans aujourd'hui, Francisco de Miranda disparaissait [Bicentenaire]

Piédestal du cénotaphe de Miranda à Caracas
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"Le Venezuela pleure le chagrin
de n'avoir pas pu retrouver les restes du Général Miranda
qui ont été perdus, jetés à la fosse commune de la prison
où a expiré ce grand martyr de la Liberté américaine.
La République les garderait [aujourd'hui]
avec tous les honneurs qui leur sont dus
dans ce monument qui a été érigé pour eux
par le décret du Président de la République,
le général Joaquín Crespo, en date du 22 janvier 1895"
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Le 14 juillet 1816, le Précurseur de l'indépendance de l'Amérique hispanique, Francisco de Miranda, avait un peu plus de soixante-six ans.
Depuis plus de trois ans, il expiait, dans la sinistre forteresse de San Fernando, près du port militaire de Cadix, trente années de lutte passionnée pour l'émancipation du continent qui l'avait vu naître, le 28 mars 1750, à Caracas, qui était alors la capitale de la capitainerie-générale du Venezuela.

Le pays dont rêvait Francisco de Miranda
Image tirée de www.franciscodemiranda.info

Dès que le prisonnier eut exhalé le dernier soupir, les gardiens emportèrent son corps enveloppé dans un simple drap, uniquement vêtu de sa chemise de nuit, pour le jeter sans aucun égard à la fosse commune. Les religieux, censés apporter leur assistance spirituelle aux détenus, refusèrent d'accéder aux prières de son valet qui aurait voulu que lui soient rendus les derniers devoirs de la religion. Le défunt était agnostique ; les frères n'étaient pas disposés à accorder la moindre faveur à un conspirateur qui avait porté atteinte à la grandeur de l'empire espagnol même après son décès. Une fois débarrassés du corps, les gardiens revinrent dans la cellule, rassemblèrent tout ce qui s'y trouvait et y mirent le feu. Un autodafé, comme il s'en pratiquait à nouveau dans l'Espagne de la restauration.

Le 1er avril 1816, Miranda avait souffert un accident vasculaire cérébral qui l'avait laissé fortement handicapé, selon le témoignage pathétique que nous en a laissé son domestique, qui partageait sa captivité tout en étant lui-même assez libre de ses mouvements pour parvenir à communiquer secrètement, au péril de sa vie, avec les Britanniques de Gibraltar.

Plaque apposée sur la maison où vécut Miranda à Londres

A Londres en 1811, Miranda avait laissé une compagne aimante, la très discrète Sarah Andrews, de vingt-quatre ans sa cadette, et leurs deux fils, de douze et dix ans, Leander et Francisco, qui n'auront probablement conservé que fort peu de souvenirs personnels de leur illustre père.

L'information du décès parvint à Londres au début du mois de septembre, par des chemins clandestins, car il ne fallait pas que l'on soupçonnât les contacts que l'Angleterre avait pu garder avec le détenu.
Le 11 septembre, on lit dans le Hereford Journal cette simple phrase :

"A letter from Cadix communicates the death of General Miranda, who has at length fallen a victim to Spanish barbarity."

Une lettre de Cadix nous apprend la mort du général Miranda qui a péri, victime de la barbarie espagnole.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

The Caledonian Mercury
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Le lendemain, le Caledonian Mercury (ci-dessus) révélait les détails communiqués par le billet que le valet avait fait parvenir à Gibraltar (1) :

"Nous sommes au regret de dire qu'une lettre de Cadix annonce la mort du général Miranda qui, au terme de ses jours, a péri victime de la barbarie espagnole (2) après un emprisonnement de près de quatre années dans un horrible donjon, en violation d'une capitulation des plus solennelles. La vengeance l'a poursuivi jusqu'au-delà de la tombe. Les moines n'ont pas autorisé son fidèle majordome à lui rendre le moindre rite funéraire. Au contraire, ils ont emporté le corps sur un misérable matelas et le lit de camp sur lequel il avait expiré et livré aux flammes tous ses vêtements et tout ses autres effets."
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Dans l'Europe soumise presque entière à la restauration et très éprouvée de surcroît par une année froide et pluvieuse qui avait affecté la production agricole dans tout l'hémisphère nord, peu de journaux continentaux eurent l'audace de défier les souverains en reproduisant cette information sulfureuse, à la notable exception de La Gazette de Lausanne qui reprenait, dès le 1er octobre, le peu que son éditeur et fondateur, Gabriel Antoine Miéville, avait pu apprendre mais il lui faudra encore un an pour écrire le fonds de sa pensée et rendre enfin l'hommage mérité à Miranda, qu'il pourrait bien avoir connu personnellement lors du circuit exhaustif que le Sud-Américain avait réalisé en Suisse en 1789 (3).

La Gazette de Lausanne, le 25 novembre 1817
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En 1816, Miranda était encore un homme extrêmement célèbre dans toute l'Europe.

Après dix années de service dans l'armée espagnole, il avait participé, de 1780 à 1783, à la guerre d'indépendance des Etats-Unis d'Amérique comme officier supérieur dans le corps expéditionnaire espagnol, envoyé aux insurgés à côté des troupes de La Fayette.
Calomnié par un autre officier qui le jalousait, Miranda quitte le service du Roi et visite les Treize Colonies qui viennent de gagner leur indépendance du Royaume-Uni. Il y restera jusqu'en décembre 1785 et y rencontrera la plupart des membres du Gouvernement, y compris le président George Washington.
De retour en Europe, Miranda entame depuis Londres un long et exhaustif tour d'Europe jusqu'en décembre 1789. Il rencontra ainsi des personnalités aussi prestigieuses que Frédéric de Prusse et Catherine de Russie qui lui exprimèrent leur admiration et lui apportèrent protection et ressources financières, malgré l'opposition manifeste des ambassadeurs espagnols.

Lettre manuscrite de Miranda, en français, à James Madison
le 22 janvier 1806
juste avant l'expédition contre Caracas
(d'où sa demande sur le silence à garder)
Archive de la Library of Congress (Etats-Unis d'Amérique)
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et admirez cette petite écriture lisible et régulière et ce beau français

Ecrivain polyglotte, Francisco de Miranda nous a laissé des carnets de voyage minutieux, plusieurs essais et discours, des monographies sur la musique, la botanique ou les arts des contrées qu'il traversait. Il arrive en France lorsque la Révolution éclate. Il parcourt alors le pays du sud au nord, se lie d'une amitié indéfectible avec de nombreux girondins. Il est de retour à Londres au début de l'année 1790.
Lorsque la France abolit la monarchie deux ans plus tard, il revient à Paris où il veut s'adresser à la Convention Nationale mais... la patrie est en danger. Elle lève en masse une armée citoyenne et les girondins demandent à Miranda de prendre du service contre la première coalition. Sous les couleurs du drapeau national, Miranda sert à Valmy puis à Jemappes, il monte jusqu'à Anvers et Maastricht avant d'être défait à Neervinden, à cause d'une stratégie incohérente de Dumouriez dont les ordres absurdes sont une diversion dont le but est de couvrir son passage dans le camp des émigrés.

Au lendemain de l'acquittement de Miranda, Chauvau Lagarde publia sa plaidoirie
pour informer le public partout dans le pays
Détail de la page de garde de l'édition originale conservée à la BNF

Traîné devant le Tribunal révolutionnaire en 1793 à la suite de cette défaite et accablé par la haine de Robespierre et de Saint-Just, Miranda obtient malgré tout son acquittement. Il doit cette heureuse issu de son procès à son propre charisme et à sa passion contagieuse pour la liberté mais aussi au long et génial plaidoyer de son défenseur, Claude-François Chauveau-Lagarde, qui, le lendemain, exulte de ce succès retentissant qui sauve la vie d'un homme exceptionnel. Après le 9 Thermidor, on pourrait penser que l'horizon se dégage pour Miranda mais l'éclaircie est de très courte durée. Sous le Directoire, les difficultés réapparaissent pour Miranda qui plaide sa cause, sans se lasser, pour être que le gouvernement l'autorise à rester en France. Mais celui-ci veut l'expulser car, depuis 1795, la France et l'Espagne se sont alliées après la défaite de celle-ci dans la guerre du Roussillon.
Le 22 décembre 1798, la mort dans l'âme, Miranda se résout enfin à gagner Londres une nouvelle fois, en espérant que le Royaume-Uni, qui représente alors à ses yeux un ordre politique conservateur, voire réactionnaire, comme pour tous les révolutionnaires sincères (4), acceptera de lui fournir un soutien armé et diplomatique pour donner sa liberté à l'Amérique espagnole.

Page de garde de la première édition
des documents publiés à Londres en 1810
sous couvert d'un jeune Equatorien récemment arrivé en Grande-Bretagne
quelques semaines avant son propre départ pour la révolution sud-américaine
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C'est à Londres, en 1802, qu'il fait la connaissance de Sarah Andrews. Elle est sa logeuse et elle devient sa maîtresse (5). Elle lui donne deux enfants. Dans la capitale anglaise, il va obtenir en 1806 une double opération qui sera un double désastre, l'une vers Caracas, sous son commandement direct mais avec des moyens insuffisants, et l'autre vers Buenos Aires, où le corps expéditionnaire écossais sera rejeté à la mer par les Portègnes, commandés par le capitaine du port, le Français Jacques de Liniers.
Miranda est revenu à Londres depuis deux ans lorsque Caracas se soulève enfin. La capitale de la capitainerie-générale du Venezuela refuse de prêter serment au Conseil de Régence qui gouverne l'Espagne fidèle au roi contre l'occupation française. Le 18 avril 1810 a en effet éclaté cette révolution qu'il appelait de ses vœux depuis au moins 1783.

 Malgré les difficultés de circulation, l'action révolutionnaire de Miranda parvient
jusqu'à Buenos Aires, comme en témoigne cette édition du Grito del Sud
L'un des documents, de plus en plus nombreux,
que l'on peut consulter en ligne sur le site de la BNA Mariano Moreno
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"Avant d'aborder les points que j'ai indiqués dans le numéro 17, il m'a semblé opportun d'insérer dans la présente édition les portraits de quelques personnalités du congrès [constituant] du Venezuela pour mieux éclairer le public dans un domaine aussi important. Si nous ne nous voyons pas dans la nécessité de donner au monde la preuve manifeste de la rectitude de nos procédés, il n'y aurait nul besoin de prendre la plume pour démontrer que nous devons être indépendants*, eu égard aux raisons que ce très sage congrès a exposées.
Congrès du Venezuela, séance du 3 juillet
Après que plusieurs députés s'étaient exprimés, Monsieur Miranda prit la parole et soutint la nécessité de l'indépendance avec de très solides raisons qui forment un long discours énergique.
Une des principales raisons sur lesquelles il appuyait sa position a été l'ambiguïté que notre conduite induisait dans les calculs que font l'Angleterre et les autres puissances capables de venir nous aider. Toutes, dit-il, veulent savoir de manière positive quel est le véritable état de nos relations avec cette autre puissance à laquelle nous avons été unis jusqu'à présent" ** [...]
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

* Nous sommes en novembre 1812. Le moins que l'on puisse dire est que les révolutionnaires argentins sont loin d'être déjà convaincus de la nécessité de cette indépendance. Lorsque cette année-là, Manuel Belgrano a présenté son besoin de créer un drapeau qui soit propre aux patriotes (révolutionnaires), il s'est fait sévèrement reprendre par le pouvoir politique (et n'en a guère tenu compte, puisque les circonstances opérationnelles rendaient indispensable ce drapeau spécifique). De même lorsque San Martín est arrivé en mars 1812, il est déjà indépendantiste à titre personnel et il se marie dans une famille déjà acquise depuis longtemps à cette conception politique, mais il se garde bien d'en dire un mot au Triumvirat toujours très frileux sur le sujet. Le fondateur du Grito del Sud n'est autre que Bernardo de Monteagudo, l'un des membres les plus actifs de la toute récente Sociedad Patriótica, et son principal rédacteur est Juan Manuel Cano (c'est lui qui dit "je" dans le journal).
Le périodique est apparu le 14 janvier 1812. Le deuxième numéro est sorti le 21 juillet et le titre a cessé de paraître en février l'année suivante. Trop audacieux pour son époque, sans doute. Comme le savent mes fidèles lecteurs, il faudra attendre le 9 juillet 1816 et tout le poids politique de personnalités comme San Martín et Belgrano pour que les députés argentins osent déclarer l'indépendance.
** l'Espagne bien sûr, mais le rédacteur ne veut même pas la nommer.


En 1811, le Précurseur parvient, non sans mal, à rejoindre la terre qui l'a vu naître. Il se bat pendant deux ans aux côtés de Bolívar mais les bonnes relations entre l'aîné et le cadet ne résistent pas à l'épreuve de l'action et lorsque Miranda s'estime acculé à une capitulation qu'il pense honorable, Bolívar préfère le livrer à l'ennemi plutôt que de se soumettre à cette décision qu'il estime inique. Le traité de capitulation devait assurer la sécurité de Miranda mais les Espagnols violeront très vite leur promesse à laquelle ils ne se sentaient nullement tenus envers celui dont ils avaient maintes fois depuis trente ans demandé l'extradition à tous les souverains, même à la Grande Catherine elle-même, tout là-bas, dans la très lointaine Russie.

Une pénible agonie l'attend donc dans la sinistre prison de Cadix mis cette déréliction se verra compensée outre-tombe par une gloire posthume inégalable :

Les archives de Miranda, bapstisées Colombeia, ont été publiées en 23 volumes (11 464 pages), de 1929 à 1950. Plusieurs tomes ont été imprimés à Caracas, les autres l'ont été à La Havane, à Santiago du Chili et à Buenos Aires. On avait longtemps cru perdus ces documents dont l'existence était manifeste dans son testament de 1805 et c'est l'historien de l'université d'Urbana, dans l'Illinois, William Spence Robertson, qui les découvrit en 1922 dans le manoir d'un descendant d'un haut fonctionnaire du Foreign Office qui les avait entreposées chez lui, comme des documents privés, après avoir quitté ses fonctions au ministère.

Plaque sous la statue de Miranda à Valmy
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"Vainqueur à Valmy aux côtés de Dumouriez et Kellerman,
il est entré dans la citadelle d'Anvers
comme commandant d'une armée française.
Orateur, écrivain, entraîneur d'hommes, il a joué ensuite,
tout imprégné des énergies de la pensée française,
le grand rôle de précurseur de l'indépendance de l'Amérique latine
(1750-1816)"

En 1930, pour le champ de bataille de Valmy, un sculpteur vénézuélien, Lorenzo González Cabrices (1877-1948), a conçu une puissante statue pédestre qui se dresse sur un haut piédestal sur lequel on peut lire un éloge enflammé, rédigé dans un français d'une belle concision (ci-dessus). Cette statue a été reproduite dans des nombreuses villes et lieux de mémoire, à La Havane, Caracas, Philadelphie, São Paolo et Paris (square de l'Amérique Latine, XVIIème arrondissement). A Paris, le nom de notre général est en outre gravé sur l'Arc de Triomphe, où les représentations diplomatiques du Venezuela présentes à Paris, accompagnées par le Souvenir Napoléonien, ont déposé une gerbe le 22 juin dernier.

Londres et Cadix s'ornent de deux autres statues pédestres, qui le représentent toutes deux dans une attitude pacifiée, en penseur et en orateur, et non plus en général au cœur de la bataille. A Londres, le Venezuela a acheté la maison où il a vécu à partir de 1802, celle où Sarah Andrews a terminé ses jours en 1847. Cette maison du plus pur style londonien est devenue un musée, comme la maison où San Martín a vécu à Boulogne-sur-Mer. Devenue, quant à elle, un musée argentin.

Enfin, Caracas a édifié un cénotaphe très émouvant à la mémoire du Précurseur.

Couverture originale d'un recueil de documents historiques
offert par la République du Venezuela à la France
à l'occasion du Centenaire de la Révolution Française
conservé à la BNF
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Depuis 1808, les biographies de Miranda sont nombreuses au Venezuela, en Colombie, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, et ailleurs dans le monde. Sa vie a inspiré plusieurs cinéastes ainsi que des musiciens, comme le Vénézuélien Luis Ochoa...

A Paris, le Souvenir Napoléonien prolongera les commémorations de ce bicentenaire avec une conférence que je donnerai le 20 octobre 2016, à la mairie du VIIIème arrondissement, à 18h (entrée libre et gratuite).

Pour aller plus loin :
consulter le site Internet privé d'un passionné d'histoire qui porte le nom de Miranda sans se réclamer de sa descendance. Site en espagnol mais administré depuis la Suisse
consulter le site Internet que le Venezuela a consacré au Colombeia, le fonds d'archives que Miranda avait disposé par testament qu'il soit remis à la bibliothèque publique de Caracas et qui est désormais entreposé à la Academia Nacional de Historia (Venezuela).

* * *

Cet article conclut donc l'ensemble des articles que j'ai consacrés, depuis 2010, au Bicentenaire de l'Argentine puisque Miranda appartient autant à l'Argentine qu'aux autres pays de l'Amérique hispanique. Cela ne veut pas dire que j'en aie fini avec ce mot-clé de Bicentenaire.
Tout d'abord parce que l'Alliance Française m'a réservée en Argentine quelques occasions de prendre tout prochainement la parole dans le cadre de ces célébrations en août prochain. Ensuite parce que le 24 août 2016, Mendoza, San Juan et San Luis fêteront les deux cents ans de la naissance d'une personne qui leur est très chère, Mercedes Tomasa de San Martín Escalada, la fille biologique du Padre de la Patria, or je serai dans ces provinces à cette date. Enfin parce que nous entrons à présent dans le bicentenaire de la geste continentale de San Martín, avec de belles célébrations à venir, autour du parlement de San Martín avec les Pehuenches, en septembre à San Carlos puis autour de la Traversée des Andes en janvier et février. Ce sera ensuite les grandes dates du Chili (2017-2018) puis celles du Pérou (2020-2022), sans oublier les deux cents ans du passage à l'immortalité de Manuel Belgrano, le 20 juin 2020. Et plus tard, si Dieu me prête vie, le Bicentenaire de l'Uruguay se profile à l'horizon 2028-2030...



(1) Le rédacteur choisit délibérément un vocabulaire qui renvoie au Moyen Age, que le romantisme naissant s'imagine volontiers en repoussoir obscurantiste et cruel, et, depuis son protestantisme ou simplement ses sentiments anti-papistes, il s'en prend avec mépris cet emblème du catholicisme qu'est le moine.
(2) Les Britanniques en savaient quelque chose : en 1806, lorsque l'expédition de Miranda échoua à Caracas, les Espagnols saisirent un des bâtiments de l'escadre britannique. Ils considérèrent les marins, du haut en bas de la hiérarchie, comme autant de pirates, alors qu'il s'agissait de militaires réguliers. Douze officiers furent pendus, plusieurs autres condamnés au bagne comme plusieurs hommes d'équipage dont certains furent eux aussi exécutés. Après un tel crime de guerre de la part des autorités espagnoles, on imagine sans peine ce que coûta aux Britanniques de retourner leur alliance traditionnelle en juillet 1808, après l'invasion de la Péninsule par les troupes de l'Empire français !
(3) C'est un peu l'impression que me donne le ton assez personnel de ces quelques lignes. Or chez Miéville, quand le ton devient sensible à ce point, c'est souvent le signe de son engagement personnel. Miéville était né en 1766. Lors du passage de Miranda en Suisse, il avait donc 23 ans.
(4) En 1815, la perception va changer : les libéraux vont s'éprendre de la monarchie parlementaire à l'anglaise puisque le pays aura su conserver pendant toute la tourmente révolutionnaire et napoléonienne la constance de ses mœurs politiques, ses libertés individuelles, sa liberté de la presse. Et le modèle anglais va devenir le modèle par excellence pour les opposants aux restaurations du continent.
(5) J'évite ici d'entrer dans la polémique vénézuélienne sur la nature du lien entre les deux amants. Y eut-il un mariage ? Et dans ce cas, fut-ce un mariage catholique ou un mariage anglican ? Et comment écarter une union libre à la mode des premiers révolutionnaires de France, dont Miranda pourrait bien avoir été adepte ?

jeudi 23 juin 2016

Le souvenir de Francisco de Miranda sous l'Arc de Triomphe [Retour sur Images]

C'est moi qui ai souligné le nom sur la photo prise hier soir par temps menaçant sur Paris

Deux cents ans après la mort du Précurseur de l'indépendance du continent, à Cadix, le 14 juillet 1816, alors qu'il avait soixante-six ans et quelques mois, la communauté vénézuélienne et sud-américaine de Paris a bravé le ciel d'orage pour célébrer la mémoire de Francisco de Miranda, un Caraquègne qui vint mettre son talent militaire au service de la France pendant la levée en masse de la première République.

Le drapeau vénézuélien côtoyait hier soir à 18h30 le bleu-blanc-rouge de la France

C'est une société savante française, le Souvenir Napoléonien, qui avait facilité cette démarche officielle : dépôt de gerbes et cérémonie quotidienne du ravivage de la Flamme sur la tombe du Soldat Inconnu, à quelques mètres sous le nom de Miranda gravé dans la pierre de l'Arc de Triomphe parmi ceux des généraux de la Révolution et du Premier Empire.
Du côté vénézuélien, l'Ambassadeur auprès du Gouvernement français ainsi que son attaché militaire (avec son bâton de commandement et toutes ses décorations) et l'Ambassadeur auprès de l'UNESCO présidaient la délégation.

Sans Miranda, l'indépendance de tout le continent aurait eu un autre visage. Ce personnage haut en couleurs au caractère plus que trempé (1) a intégré l'Olympe civique de l'ensemble des pays de l'Amérique du Sud et de l'Amérique centrale.

Le secrétaire général du Souvenir Napoléonien et le plus jeune des adhérents présents sur place
déposent une gerbe sur la tombe du Soldat Inconnu,
assisté par les chargés de protocole de l'association La Flamme sous l'Arc de Triomphe
dirigés par le général d'armée Bruno Dary

Sans l'épopée napoléonienne, ni Simón Bolívar ni José de San Martín n'auraient pu imaginer leurs plans de libération continentale, en tout cas tels qu'ils les ont conçus, l'un au nord, à partir de Caracas, l'autre au sud, à partir de Buenos Aires, tant pour l'un comme pour l'autre, Napoléon fut non pas un modèle mais une référence constante de ce qu'il est possible de faire...

Le 20 octobre 2016, à la Mairie du 8ème arrondissement de Paris, le Souvenir Napoléonien poursuivra sa coopération avec l'Ambassade du Venezuela dans le cadre de l'hommage à ce héros que se partagent la France et le Nouveau Monde, avec une conférence que je donnerai sur ce personnage hors du commun, à la fois officier, homme de lettres et de science et voyageur inlassable, qui parcourut, de ville en ville, de village en village, toute l'Europe, jusqu'en ses confins, l'Islande au nord, Constantinople au sud, la Russie à l'est et l'Angleterre à l'ouest....

De Miranda, ses contemporains disaient qu'il n'était qu'amour pour la Liberté.

Il est la seule figure historique impliquée dans trois révolutions, celle de l'indépendance des Etats-Unis pour laquelle il combattit au sein du corps expéditionnaire espagnol, aux côtés des Français et des insurgés, celle de la République Française juste avant la Terreur et celle de l'Amérique du Sud, qu'il ne connut que sur la côte du futur Venezuela. Un conflit politique très grave l'opposa à celui qui avait été son disciple, Simón Bolívar, qui le livra finalement aux Espagnols, en 1812, le condamnant ainsi à une fin misérable et christique, la prison dans une forteresse du port de Cadix.



(1) Ses archives, inscrites au patrimoine documentaire de l'humanité, permettent de percevoir un homme pas commode tous les jours. Mais il est rare que les génies soient faciles à vivre !

mardi 21 juin 2016

Hommage au Précurseur Francisco de Miranda à l'Arc de Triomphe [ici]

Iconographie partiellement apocryphe de Miranda,
dans sa jeunesse et l'époque de la Révolution du 19 avril 1810 à Caracas

Le général Francisco de Miranda, précurseur de l'indépendance de l'Amérique du Sud, sans qui aucun des actuels Etats du sous-continent n'existerait dans sa forme actuelle, a servi sous les drapeaux français dans l'Armée du Nord, sous la première République française. Il figurait, comme général de brigade (maréchal de camp) parmi les vainqueurs de Valmy et de Jemmapes en septembre et novembre 1792, puis d'Anvers avant d'être arrêté, par la trahison de Dumouriez, devant Neerwinden, en mars 1793, alors qu'il était devenu général de division.

Né à Caracas, le 28 mars 1750, Francisco de Miranda est mort, en prison, à Cadix, comme rebelle au roi d'Espagne, le 14 juillet 1816, il y aura deux cents ans dans quelques jours.

Miranda à l'époque où il servait la France

En partenariat avec le Souvenir Napoléonien, l'Ambassade du Venezuela viendra lui rendre hommage une heure avant la cérémonie quotidienne de ravivage de la Flamme du souvenir, demain mercredi 22 juin 2016, à 17h30, au pied de l'Arc de Triomphe où son nom est gravé parmi ceux des généraux de la Révolution et de l'Empire.

J'y serai en qualité d'historienne spécialisée sur l'Amérique du Sud. En effet, sans Miranda, il n'y aurait eu ni Simón Bolívar, ni Bernardo O'Higgins, qu'il forma tous les deux, ni José de San Martín, tous trois ses disciples, directement ou indirectement.

Le film du bicentenaire au Venezuela : Miranda revient [à Caracas en 1810]
Remarquez l'anachronisme de la robe de la femme à l'arrière-plan

Et pourtant ils sont très peu nombreux, les chercheurs européens, à s'intéresser, dans les institutions scientifiques, à ce personnage hors normes et à le faire connaître, lui qui fut le seul acteur politique à avoir participé à trois révolutions, d'abord aux Etats-Unis (on parlait alors des Treize Colonies), ensuite en France et enfin en Amérique du Sud, où il ne vit pas son rêve se réaliser. Un rêve pour lequel il avait sillonné le vieux monde en tout sens pour collecter tous les savoirs disponibles : modes de gouvernement, pratiques militaires, botanique, agriculture, élevage, artisanat et manufacture, arts, philosophie... Il nous a légué un important fonds d'archives qu'il a constitué tout au long de sa vie et que le Venezuela a fait inscrire il y a quelques années au Patrimoine documentaire de l'Humanité : le Colombeia, que la Bibliothèque nationale d'Espagne a récemment mis en ligne pour les besoins des historiens (dans l'édition effectuée de 1929 à 1950 grâce à des imprimeries situées à Caracas, à La Havane, à Buenos Aires et à Santiago du Chili). Physiquement, ces dossiers sont entreposés à Caracas, sous la garde de l'Académie nationale d'histoire.

Miranda est le seul Sud-Américain qui ait participé au mouvement des Lumières.

"Miranda n'est plus l'homme d'un seul pays, écrivait son avocat, Claude-François Chauveau-Lagarde (1) au lendemain du 9 Thermidor. Il est devenu une sorte de propriété commune, inviolable."

C'est à cet homme exceptionnel que l'hommage sera rendu à l'heure où la flamme est rallumée tous les jours sous l'Arc de Triomphe, dans ce Paris qu'il a tant aimé.

Pour mes lecteurs sud-américains, voici les accès au site Internet de l'Arc deTriomphe et à celui de la Flamme du souvenir.



(1) Claude-François Chauveau-Lagarde (1756-1841) fut l'avocat ultra-courageux de Marie-Antoinette et de Charlotte Corday et tenta d'être celui de Madame Elisabeth, la sœur de Louis XVI, mais elle fut condamné sans l'assistance d'un défenseur ni même avoir pu rencontrer le moindre avocat. Il fut également le défenseur de Miranda, dont il participa à l'acquittement en 1794, ce qui faillit lui coûter la liberté (peut-être la vie, puisque le principe même de la défense fut supprimé pendant la Terreur et les avocats dans son genre devinrent des suspects). C'est à peine tiré lui-même du danger qu'en tant qu'avocat il s'exprimait ainsi, anonymement toutefois, quelques jours après la chute de Robespierre. Ce juriste hors pair repose au cimetière de Montparnasse où sa tombe est toujours soignée, surtout par les royalistes à la cause desquels il se lia en 1795, ce qui ne l'empêcha pas de reprendre sa profession sous le Consulat et de ne plus avoir à y renoncer jusqu'à sa mort.