samedi 31 mars 2018

Deux poids, deux mesures [Actu]

S'il y a de la pauvreté, dit le gros titre, que ça ne se voie pas !
En haut, à gauche, la manchette sur Aranguren
que le président aurait presque fait passer pour un patriote

De son lieu de vacances (c'est la Semaine Sainte), le président Mauricio Macri a pris position sur les deux scandales financiers qui secouent depuis quelques jours le paysage politique argentin. L'un est la déclaration, passablement insolente et arrogante, d'un ministre qui justifie ses comptes offshore par le manque de confiance qu'il a dans son propre pays dans le gouvernement duquel il détient pourtant un portefeuille économique très important ; l'autre est l'échange d'un avantage matériel pour des sommes d'argent sonnantes et trébuchantes que pratiquent depuis de nombreuses années les parlementaires nationaux.


La femme : Pourquoi on enlève trois mille millions de budget à l'université
Macri (assis) : Parce qu'il n'y a pas d'argent
Elle : Et il n'y a aucune alternative ?
Macri : Si mais allez donc convaincre Aranguren de rapatrier son blé !
Traduction © Denise Anne Clavilier

Macri soutient son ministre qu'il trouve très courageux d'avoir quitté ses affaires pour venir au gouvernement remettre à flots un dossier pourri par les kirchneristes (tant qu'à faire, il n'y a pas mieux que d'insulter l'opposition pour se dédouaner). Pour le président, qui a lui-même été cité dans les "Panama Papers", ce pour quoi la justice argentine a lancé une enquête... qui a abouti à un non lieu, les économies du ministre de l'énergie et des mines (d'un pays producteur de pétrole et de gaz) est un non sujet... Circulez, il n'y a rien à voir !
En revanche, il se montre plus sourcilleux à l'endroit des parlementaires. Tiens donc...


La photo est pour une chemin de croix d'un guérisseur à Rosario
mais le gros titre est pour les scandales financiers
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Que se passe-t-il donc au Congrès ? Les élus ont droit à des voyages gratuits, payés par le Congrès, pour exercer leur mandat sur l'ensemble du territoire national, qui est très étendu comme tout un chacun le sait. Elus dans leur province respective, ils exercent un mandat national et non local, doivent pouvoir circuler partout et regagner régulièrement leur circonscription pour y rendre compte aux citoyens. Personnellement, j'ai eu à subir l'année dernière un député sanjuanino, qui occupait le siège voisin du mien sur le vol Buenos Aires-San Juan. Je peux vous assurer que ce n'était pas un cadeau ! Il parlait fort (très fort) au téléphone, pour que toute la cabine sache qu'il était parlementaire (personne n'a pas raté l'info), il a bloqué le passage dans le couloir pendant plusieurs minutes pour continuer sa conversation au lieu de prendre place (au point qu'une hôtesse a dû intervenir pour que les gens, en file derrière lui, puissent accéder à leurs sièges, et une fois assis, il a passé son temps à me gêner pendant tout le vol, en prenant toutes ses aises pour lire la presse, ouvrir les différents journaux en passant constamment son bras sous mon nez pour tourner les pages. Et je l'ai revu le lendemain, au pied du monument de San Martín, où il est arrivé avec le même manque de discrétion, et où il n'a même pas reconnu la passagère à côté de laquelle il avait voyagé pendant deux heures la veille. Une authentique caricature, ce type ! Or donc, on vient de découvrir que ces messieurs-dames échangent très souvent à la questure du Congrès leurs billets d'avion pour de l'argent afin d'arrondir leurs fins de mois. Les temps sont durs, ma pauvre dame, mon bon monsieur.


La Nación préfère ne parler en une que des promesses du président
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Or il faut savoir qu'une des premières mesures qu'a prises cette législature, il y a deux ans, a été de voter un augmentation des indemnités parlementaires nationales alors que ces mêmes chambres mettaient au régime sec le reste de la population, sous prétexte que les caisses étaient vides et qu'il fallait d'abord rembourser la dette extérieure ! Et au premier rang des députés et sénateurs qui négocient ainsi une rallonge de leurs revenus, on trouve Elisa Carrió, la Pasionaria (catholique) de la moralité en politique, la grande accusatrice des kirchneristes qui veut voir tous les corrompus en prison depuis des années. Là, le modèle, ce n'est plus Cahuzac, c'est un autre, qui est toujours présumé innocent, d'ailleurs (il n'est encore que mis en examen). Pas Sarkozy. L'autre...

Bref, revenons à nos moutons : en Argentine, le président trouve que c'est très mal, que cette pratique doit cacher des choses pas très propres et que si les parlementaires veulent plus d'argent, ils n'ont qu'à le demander clairement.

On croit rêver !

Pour en savoir plus :
Sur l'affaire des offshore du ministre Aranguren
lire l'éditorial de Página/12 sur la schizophrénie de l'attitude du ministre
lire l'article de Página/12 sur de nouvelles réactions dans le monde politique choqué par le manque d'éthique du ministre
lire l'article de Página/12 sur les déclarations de Mauricio Macri
Sur le scandale des billets échangés contre de l'argent
lire l'article de Página/12 qui s'offre un petit jeu de mot (un scandale qui vole bas)
lire l'article de Clarín sur les montants en jeu
lire l'article de Clarín sur les déclarations de Mauricio Macri
lire l'article de La Prensa sur les déclarations d'une des députées de l'opposition sur le fait que Macri lui-même a tiré parti de la disposition du règlement des chambres pour échanger lui aussi ses billets
Sur la lutte contre la pauvreté et les politiques énergétiques
lire l'article de Página/12, qui constate que la pauvreté est loin d'avoir régressé comme l'annonçait le gouvernement avant-hier mais qu'elle a été rendue beaucoup moins visible par les mesures prises par l'exécutif
lire l'article de La Prensa sur les promesses du président concernant les tarifs énergétiques
lire l'article de La Prensa sur les promesse du président concernant le million de personnes qu'il envisage de sortir de la pauvreté dans la suite de son mandat
Les promesses n'engagent que ceux qui les croient, dit un adage français
lire l'article de La Nación sur les promesses au sujet des prix de l'énergie