mardi 1 décembre 2020

De l’Au-delà, Maradona a shooté dans le tas [Actu]

"Parfois, il est sali" (allusion à la phrase de Maradona,
lorsqu'à ses adieux à la carrière de joueur, il a présenté
ses excuses pour ses comportements déviants
en expliquant que le ballon lui n'avait pas été sali :
"la pelota no se mancha"
(voir mon article du 7 octobre 2009 sur cette citation)

Vendredi, en Australie, juste avant leur match contre les Pumas argentins, le beau geste chevaleresque des All Blacks a ému le monde entier (voir mon article de samedi dernier) mais il a eu assez peu d’effet sur les Pumas eux-mêmes dont la froideur à cette occasion a choqué leurs compatriotes, d’autant plus que Maradona, de son côté, patriote comme pas deux, admirait cette autre équipe nationale qui fait briller les couleurs argentines à travers le monde. L’opinion publique en a été assez frappée, tant et si bien que le résultat du match lui-même, désastreux pour l’Argentine, est très vite passé au second plan, tout le monde relevant ce manque d’émotion et s’interrogeant sur ce qu’il signifiait surtout de la part d’une équipe nationale engagée à l'étranger dans une compétition internationale.

Le gros-titre vise Cristina Kirchner
mais la photo met au pilori les trois rugbymen !
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En Argentine, le rugby est, depuis toujours, un sport de l’élite sociale et économique, comme le golf et le polo. Très longtemps il n’a été pratiqué que dans des écoles privées d’origine britannique par des fils à papa qui regardaient de très haut le reste de la société. Très longtemps, il a été commun que les clubs de rugby soient interdits, tacitement ou par écrit dans les statuts ou le règlement intérieur, à telle ou telle catégorie de personnes, notamment les juifs.

Cet été, le 18 janvier, le rugby a montré l’une de ces facettes pour le moins odieuses lorsqu’un groupe de pratiquants de ce sport, des jeunes gens tous au début de la vingtaine, tous très arrogants, ont assassiné, en meute, un autre jeune homme qu’ils ont insulté et assailli pour la seule et unique raison qu’il était homosexuel et qu’ils ont massacré en s’acharnant sur lui, au moment où il sortait de boîte dans la nuit estivale. On attend la comparution au tribunal de huit d’entre eux, deux autres ayant été mis hors de cause par l’instruction, ce qui a provoqué bien des commentaires désobligeants sur la justice et la manière dont elle est rendue.

En haut, première visio-conférence de Alberto Fernández avec Joe Biden
en bas, le scandale des Pumas
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Or hier soir, brutalement sont ressortis publiquement des tweets postés il y a huit ou neuf ans par trois des joueurs de la sélection nationale de rugby dont le capitaine, qui joue au Stade Français, Pablo Matera (1). Dans les tweets incriminés, les trois hommes tiennent des propos racistes, antisémites et xénophobes. Deux d'entre eux ont présenté des excuses mais le scandale est plus que grand en Argentine.

La fédération argentine de rugby (UAR) a aussitôt sanctionné les joueurs incriminés. Ils ont tous trois été suspendus de l’équipe nationale et ils passeront en commission disciplinaire dès leur retour au pays. Samedi prochain, l’équipe jouera sans eux. La presse considère qu’ils sont d’ores et déjà exclus de la sélection nationale et il est plus que probable en effet qu'ils ne pourront plus jamais y jouer.

C'est la une la plus discrète sur le sujet
mais il est bien là : en bas à droite
La photo illustre le début de la saison estivale
pendant laquelle le masque restera obligatoire
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Ce matin, le scandale figure à la une de tous les journaux nationaux, y compris La Nación, qui est le quotidien de la classe sociale qui est le berceau de la discipline en Argentine. La crise ne fait sans doute que commencer. La discipline va probablement devoir faire le ménage dans ses traditions, ses recrutements, ses pratiques quotidiennes dans les clubs locaux, etc.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :


Ajout du 2 décembre 2020 :
lire cet article de La Prensa sur la réaction indigné du ministre fédéral des Sports, un ancien président d'un fameux club de football de Buenos Aires (San Lorenzo de Almagro)



(1) Il aura d’ailleurs à s’expliquer devant les instances disciplinaires lorsqu’il sera de retour à Paris. Aussitôt le scandale déclenché, Matera a supprimé son compte Twitter. Il a publié via un autre réseau social un long message d’excuse adressé au public, aux compagnons d’équipe et à sa famille. Il prétend qu’il n’avait pas conscience en 2012 de la portée de ses propos. Qu’est-ce à dire ? Beaucoup de muscle et peu de cervelle ?