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mardi 28 novembre 2017

La CIDH soutient à nouveau Milagro Sala [Actu]

Milagro Sala dans son actuelle cellule (il y a bien pire dans les prisons argentines)

Avec une constance qui lui fait honneur, la CIDH, cour interaméricaine des droits de l'homme, réclame à nouveau que la militante de gauche Milagro Sala soit libérée de prison et retourne chez elle, en résidence surveillée, comme c'était le cas il y a quelques semaines, à la demande de cette même cour, dont l'arrêt a finalement été piétiné par une cour d'appel procédurale de la province de Jujuy.

Rappelons que Milagro Sala a été élue députée au Parlasur et qu'elle aurait dû bénéficier d'une immunité qui ne lui a jamais été reconnue par la justice de la province argentine dans laquelle elle vit.

Trois quotidiens font écho à ce nouvel arrêt, Página/12, journal d'opposition, et La Prensa et La Nación, qui s'inscrivent clairement à droite.

Pour suivre cette affaire, cliquez sur le mot-clé Milagro Sala dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

Pour aller plus loin :

mercredi 25 octobre 2017

Duel argentin autour des Droits de l'Homme [Actu]

La délégation du gouvernement argentin pendant l'audition

Ces jours-ci, à Montevideo, se tiennent les audiences de la Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme (CIDH) sur la situation de l'Argentine.
Les syndicats, les associations de victimes de la dictature militaire des années 70 (1) et les défenseurs de Milagro Sala (retournée en prison il y a quelques jours, malgré l'avis de la CIDH - voir mon article du 30 septembre 2017) sont entendus par la Commission. Le gouvernement argentin aussi.
Et les accusations se croisent et s'entrechoquent. Du côte de l'opposition (syndicats, associations et comité de défense de Milagro Sala) accusent le gouvernement de faire régresser la démocratie et les droits sociaux des salariés et, en général, de violer les droits de l'Homme. De son côté, Claudio Avruj, le Secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme, à la tête de la représentation officielle de l'Argentine, a fait valoir les distorsions des faits et les manipulations partisanes qui vicient les argumentations de l'opposition kirchneriste.

Les responsables des différentes centrales syndicales à la même place pendant l'audience
Derrière, on voit des activistes brandir des photos de détenus,
qu'ils tâchent de faire passer pour des prisonniers politiques

Il y a quelques minutes, Página/12 n'hésitait pas à publier une photo prise dans une école où l'on voit des lycéens (qui sont mineurs) (2) et leurs professeurs (qui eux sont majeurs) poser devant l'appareil avec des panneaux qui réclament Justice pour Santiago Maldonado, dont il apparaît après autopsie qu'il s'est noyé sans avoir été brutalisé (voir mon article du 21 octobre 2017). Quelle justice voulez-vous rendre, en faisant pression sur l'instruction, à ce qui apparaît comme un accident ?

La salle d'audition en entier.
On reconnaît la chevelure toute blanche de Estela de Carlotto (Abuelas de Plaza de Mayo)

Les journaux prennent partie, mais de manière inégale. Página/12 ne publie pas moins de trois articles sur le sujet, Clarín et La Nación un seul chacun – mais dans les deux cas, les papiers concernés sont d'authentiques catalinaires contre l'opposition, dont les résultats électoraux viennent de révéler la faiblesse politique dans l'ensemble du pays.

Pour vous y repérer :
lire l'article de Página/12 sur la situation de Milagro Sala, en prison, à Jujuy – elle est présentée par son comité de défense et par toute la gauche kirchneriste comme une prisonnière politique
lire l'article de Página/12 sur les représentations des syndicats devant la CIDH
lire l'article de Página/12 sur les revendications des associations de victimes de la Dictature militaire des années 70
lire l'entrefilet de Página/12 sur la prise de position de Claudio Avruj sur le cas de Milagro Sala, dont il a déclaré devant la Commission qu'il estimait que cette dame devait vivre en résidence surveillée (conformément aux recommandations de la CIDH) et non derrière les barreaux, derrière lesquels elle a été renvoyée par la cour d'appel de la Province de Jujuy il y a quelques jours
lire l'article de Clarín sur les arguments développés par le gouvernement
lire l'éditorial de La Nación, où Marcos Novaro tâche d'éclairer la genèse de l'affaire Santiago Maldonado, dans laquelle il voit un mensonge délibéré construit à dessein par l'opposition pour réveiller les vieux fantômes de la dictature, pour faire retentir dans le débat public la notion atroce des disparus, inspirer la peur politique pour faire reculer le vote Cambiemos et tenter de reprendre le pouvoir par les urnes.
Si c'est bien la stratégie suivie, elle a lamentablement échoué dimanche dernier (voir mon article du 23 octobre 2017).

Ajouts du 26 octobre 2017 :
Página/12 ne lâche rien !
lire l'article sur l'affaire Maldonado et le maintien des accusations contre l'Etat (en fait, le gouvernement, la confusion est habituelle en Amérique du Sud), qui serait coupable de la mort du jeune tatoueur militant pro-mapuche
lire l'article sur les suites du dossier Milagro Sala
Pendant ce temps, les journaux de la majorité (La Nación, Clarín) font leurs choux gras de la levée d'immunité parlementaire de l'ancien ministre de Cristina Kirchner, Julio De Vido, qui, aussitôt le vote acquis au Congrès, a été mis en prison préventive en attente de son procès pour corruption. Cette levée d'écrou et ce procès sont un véritable feuilleton depuis de nombreuses semaines.



(1) Elles se présentent comme des ONG des Droits de l'Homme mais c'est une qualité qui leur est de plus en plus déniée, à cause de leurs prises de position partisanes, leur interventionnisme dans le débat politique courant, qui les éloignent très souvent et de plus en plus de l'objet initial de leur lutte. Il s'agit des associations Madres de Plaza de Mayo, Abuelas de Plaza de Mayo, H.I.J.O.S. ou le CELS (présidé par le très controversé éditorialiste de Página/12, Horacio Verbitsky).
(2) Il est vrai qu'il y a quelques années, Cristina Kirchner a accordé le droit de vote (non obligatoire) aux mineurs, dès l'âge de 16 ans révolus. Les enfants sont donc parfois politisés en Argentine, au sein même de l'école, et ils le sont par le courant kirchneriste. Les actuels membres de l'alliance Cambiemos, qui est au pouvoir depuis près de deux ans, ont voté contre cette loi. Le kirchnerisme, à son tour, accuse le gouvernement d'une propagande sournoise et un formatage des esprits à droite, à travers le choix des contenus des programmes scolaires.

samedi 30 septembre 2017

Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond à Jujuy [Actu]

"Morales est capable de tout"
Le gros titre est tiré des déclarations de Milagro Sala
sur l'antenne de C5N, hier, lorsqu'elle a appris la révocation de sa liberté

Depuis janvier 2016, la dirigeante politique de gauche Milagro Sala a maille à partir avec la justice de sa province, la province de Jujuy. Sa mise en cause dans plusieurs instructions pour faits de corruption, concussion, abus d'argent public et même violence ayant entraîné la mort, lui vaut d'avoir été incarcérée à titre provisoire puis condamnée dans une première affaire (pour laquelle elle a fait appel).

Milagro Sala étant une députée kirchneriste au Parlasur, la chambre législative d'une Amérique du Sud qui développe une coopération continentale (sans aucune concession des souverainetés nationales), et la justice provinciale n'ayant tenu aucun compte de la moindre immunité parlementaire, les leaders d'opinion de l'opposition dénoncent régulièrement, depuis janvier 2016, la partialité des magistrats jujégnes, attribuée à leur soumission au Gouverneur Gerardo Morales (majorité nationale).

Jusqu'à il y a quelques semaines, cette partialité ne me sautait pas aux yeux, dans la mesure où les arguments développés par l'opposition n'étaient pas toujours exempts d'aveuglement partisan, ce qui est un euphémisme. Or en août, de longues, très longues semaines après un avis de la Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme (CIDH) qui réclamait la mise en liberté de Milagro Sala, dont l'intégrité physique aurait été menacée dans l'établissement pénitentiaire où elle était détenue dans une cellule individuelle, nettement plus confortable qu'à l'ordinaire, la militante a été mise en liberté surveillée mais d'une manière pour le moins singulière, ce qui a mis en évidence l'arbitraire des juges et leur volonté d'humilier la prisonnière. D'abord, parce que le magistrat en charge de cet aménagement du régime carcéral a voulu l'installer dans un immeuble en ruine sans aucun confort (ni eau courante, ni électricité, ni chauffage, ni sanitaires). Le procédé était tellement grossier (et contraire aux engagements internationaux de l'Argentine) qu'il a dû faire machine arrière et se rabattre finalement sur un placement dans la maison familiale qui fut dès avant le retour de la mère de famille entourée d'un important détachement de forces de l'ordre pour surveiller la demeure nuit et jour alors que les criminels de la dictature définitivement condamnés et qui obtiennent ce traitement de faveur à cause de leur grand âge ou de leur état de santé (réel ou supposé) vivent sans surveillance et profitent souvent d'une liberté de mouvement dont on a peine à croire qu'elle existe pour des criminels de cette envergure. Ils sont censés respecter une peine de prison à domicile mais ils sortent dans la rue, vont faire leurs courses, s'attablent aux bonnes tables de leur quartier (en général assez chic) pour prendre un café, une collation, déjeuner ou dîner, vont au cinéma. Bref, ils mènent, de façon illégale, une vie normale, ce qui était refusé de façon évidente à une femme, d'origine indigène, élue du peuple, normalement protégée par une immunité et toujours présumée innocente puisque aucun jugement définitif n'est encore intervenu – et, vu les lenteurs de la justice argentine et la complexité du code de procédure pénale, le jugement définitif n'est pas pour demain matin !

L'affaire Milagro Sala est traitée en gros titre, à droite
Le gros titre principal est consacré à la "non-venue" du Pape François
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Contre cette levée d'écrou et cet aménagement du régime carcéral, qui dérogent délibérément aux usages en vigueur dans le pays, le procureur de Jujuy a fait appel et la Cour d'appel vient de lui donner raison en prononçant la révocation du régime de prison domiciliaire (ou résidence surveillée) pour Milagro Sala. Au terme de cet arrêt, elle devrait retourner derrière les barreaux. Elle a toutefois la capacité de se pourvoir en cassation, ce que ses avocats vont sans doute faire, ne serait-ce que pour gagner du temps, un temps précieux qui sera mis à profit par l'opposition argentine pour sensibiliser les ONG et les instances internationales (Amnesty International, Human Right Watch, ACAT, CIDH, ONU, et tutti quanti).

Quelles que soient les infractions dont Milagro Sala a pu se rendre coupable et pour lesquelles elle n'a toujours pas été condamnée, ce nouveau rebondissement montre assez clairement que la justice de Jujuy s'est engagée dans un règlement de compte partisan avec elle et avec l'organisation qu'elle dirige, la Tupac Amaru, qui se veut révolutionnaire et qui a été soutenue financièrement par le gouvernement précédent, avec de l'argent public.

Pour en savoir plus sur l'affaire :
lire l'article de Página/12, qui ne mâche pas ses mots et accuse sans ménagement les gouvernements, provincial et national
lire la reprise des propos de Milagro Sala à l'antenne d'une télévision kirchneriste, C5N, dans La Nación, journal favorable à la majorité actuelle
lire l'article de Clarín

Ajouts du 14 octobre 2017 :
Milagro Sala vient d'être remise sous écrous dans le même établissement pénitentiaire que celui où la CIDH lui avait rendu visite et avait estimé que son intégrité physique était mise en danger. L'arrestation s'est réalisée dans des conditions très brutales et humiliantes pour la militante politique, emmenée de chez elle menottée et en pyjama, à l'aube.
Lire l'article que Horacio Verbitsky a publié sur le site de Página/12, dès que la nouvelle a été connue
lire l'article de La Nación rédigé à partir de dépêches d'agence
lire l'article de Clarín

lundi 31 juillet 2017

Les organisations internationales réclament la libération de Milagro Sala [Actu]

La hausse du dollar mange une grosse partie de la une
avec la blagounette qu'apprécient tant les titreurs de ce quotidien
"Voilà ! Le dollar est maintenant majeur"
La majorité est fixée à 18 ans en Argentine

Vendredi dernier, la Commission interaméricaine des Droits de l'Homme (CIDH) a rendu son rapport et exigé de l'Argentine la libération de Milagro Sala, la leader du mouvement révolutionnaire (ou protestataire) amérindien Tupac Amaru, écrouée et inculpée par la justice de la Province de Jujuy, alors qu'elle était députée au Parlasur (parlement à l'échelle continentale), sans que soit prise en compte une éventuelle immunité parlementaire internationale. Le motif de la demande est le risque que la prisonnière court d'y laisser sa santé ou sa vie, ce qui laisse pantois quand on voit dans quelles conditions elle est détenus, largement au-dessus des conditions de vie ordinaire dans une prison argentine (ou même française).

Le Gouvernement argentin a fait passer le bébé à la justice provinciale de Jujuy, pour respecter la structure fédérale du pays et la séparation des pouvoirs et ce week-end, des dispositions ont été prises qui semblent annoncer la sortie imminente de la parlementaire qui serait renvoyée chez elle sous le régime de la prison domiciliaire.

Ceci une fois posé, la CIDH ne s'est prononcé que sur les conditions de détention et n'a pas réclamé la libération inconditionnelle. Elle a même suggéré que la prison préventive soit effectuée à domicile, alors que les partisans de gauche exigent que les chefs d'inculpation soient abandonnés.

Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12, qui soutient sans hésiter la cause de Milagro Sala
lire l'éditorial de Página/12, qui interprète la réaction du gouvernement argentin
lire l'article de Clarín sur le rapport de la CIDH
lire l'article de Clarín sur le gouvernement provincial de Jujuy.

Ajout du 1er août 2017 :
lire l'article de Página/12

vendredi 19 mai 2017

Sévère diagnostic sur la détention en Argentine [Actu]

Comme toute la presse ou presque, ce matin, la une de Página/12 parle de la situation au Brésil
Mais la manchette de droite porte sur celle de Milagro Sala

Le groupe de travail de l'ONU sur la détention arbitraire vient de remettre un rapport préliminaires de douze pages, à l'issue d'une visite en Argentine, et le constat est assez sévère sur la justice pénale : abus de prison préventive notamment contre les membres de certains groupes sociaux bien déterminés, les pauvres, les indigènes, les homosexuels, les travestis et les transsexuels, les immigrés ainsi que les mineurs, notamment ceux âgés de moins de 16 ans (1). Par ailleurs, les procédures pénales rendent très difficile la levée d'écrou dans cette phase qui précède le procès et donc l'éventuelle condamnation.

La Prensa se contente de mettre l'info dans le bandeau de bas de page
Cliquez sur l'image pour une haute résolution
Le journal n'a pas encore publié son article en ligne

Le groupe de travail a accompagné son rapport d'une nouvelle demande de mise en liberté de Milagro Sala, une recommandation déjà exprimée l'année dernière par ce même groupe de travail au sein des instances onusiennes. En effet, la députée kirchneriste du Parlasur n'a pas pu bénéficier d'une immunité parlementaire telle qu'elle est pratiquée partout dans les Etats de droit. Il est vrai par ailleurs que son appartenance à un peuple originaire lui attribue dans les instances internationales un préjugé de victimisation raciste alors qu'il n'est pas du tout certain que ce soit bien ce type de ressort qui ait joué dans la décision de la justice provinciale de Jujuy de l'incarcérer et de l'inculper.

Le rapport souligne aussi le déséquilibre qui existe en Argentine entre les détenus en prison préventive et les condamnés : 60 % des prisonniers sont en effet derrière les barreaux en attente de leur jugement (2).

Clarín met lui aussi la photo de Milagro Sala, mais en bas,
le contraire de Página/12, son éternel adversaire dans le spectre idéologique

L'ONU avait envoyé une équipe de cinq observateurs internationaux, dont deux se sont fait ses porte-parole, un Béninois et une Létonnienne, qui ont donné hier une conférence de presse pour présenter leur rapport. Ils y dressent aussi un tableau catastrophique de la situation des prisons et des lieux de garde à vue (3) : conditions de vie indignes dans les établissements pénitentiaires, personnels non qualifiés dans les commissariats, violences policières un peu trop systématiques dès que les forces de l'ordre doivent réprimer (4) des manifestations, surtout si elles impliquent des représentants des peuples originaires, contrôles d'identité au faciès (contre les immigrés boliviens, péruviens et paraguayens, qui ont souvent des têtes amérindiennes...). Cette partie-là du rapport ne peut pas surprendre grand monde. Ces domaines restent des espaces de progrès démocratiques dans ce pays longtemps dominé par des pratiques politiques racistes et arbitraires.

Ce rapport préliminaire doit donner lieu à un second rapport, définitif celui-là, qui sera présenté devant le Conseil des Droits de l'homme de l'ONU (5) l'année prochaine.

Autre petit article de bas de page en une de La Nación (à gauche)
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

En réponse à ce réquisitoire international qui n'est jamais agréable de voir paraître, le Gouvernement argentin a une nouvelle fois émis des recommandations pour faire accélérer les procédures pénales dans un pays où le code de procédure devait être revu de fond en comble, car c'est lui qui multiplie les possibilités de faire traîner les instructions.
Tandis que le Chef de l'Etat se trouve en visite officielle au Japon, après la Chine, les services de la Casa Rosada, dirigés temporairement par la vice-présidente, se sont contenté de prendre acte du rapport, d'exprimer leur accord avec leur contenu et d'afficher la volonté gouvernementale d'améliorer la situation grâce à la mise en œuvre du plan Justicia 2020 (6).

Au même moment, le Forum pour la Liberté et la Démocratie a lui aussi publié un rapport peu flatteur pour le gouvernement en place, faisant la liste de 150 atteintes aux droits de l'homme dans le pays, et le remet aujourd'hui au rapporteur pour l'Argentine auprès de la Cour inter-américaine des Droits de l'homme. Ce rapport compte 328 pages et il a été rédigé par un groupe où se mêlent des associations de victimes de la dictature, des syndicats et des formations politiques (d'opposition), qui se sont réunis en assemblées délibérantes les 28 et 29 avril derniers à Buenos Aires, Mendoza et Córdoba.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur le rapport du Forum pour la Liberté et la Démocratie
lire l'article de La Nación sur le rapport du groupe de travail de l'ONU
lire l'article de La Nación sur la réaction très encourageante du gouvernement argentin (après tout, il y a bien des gouvernements dans cette situation qui nient la réalité et renvoie l'ONU à ses études)



(1) Mauricio Macri est favorable à une répression accrue contre la délinquance et la criminalité juvéniles, arguant du fait que certains agissements de ces adolescents ou même préadolescents ne peuvent bénéficier d'une excuse de minorité eu égard à l'endurcissement des auteurs et leur caractère récidiviste, que l'on entende ou non cet adjectif dans son sens strictement juridique
(2) Cela éclaire d'un jour particulier les décisions de justice qui ont appliqué la loi du "Jour compte double" (2 x 1), qui permettait jusqu'en 2001 une remise de peine à raison d'un jour sur deux, entre le premier jour de la troisième année de prison préventive et la condamnation définitive de l'intéressé (voir mon article du 4 mai 2017). Au grand scandale d'une majorité d'Argentins, cette loi vient d'être relancée par une récente décision de la Cour suprême sur une demande que lui avait adressée un criminel de la Dictature (de toute façon déjà sorti de prison). Le gouvernement avait dû faire voter en toute hâte une loi rectificative permettant d'exclure ces coupables de crime contre l'humanité du bénéfice des remises de peine.
(3) Même s'il existe des situations nettement pires sur le sous-continent !
(4) Elles considèrent rarement dans ces cas-là qu'elles ont pour rôle de garantir la sécurité des manifestants et des autres usagers de l'espace public comme ce devrait être le cas dans un Etat de droit de plus longue tradition.
(5) Depuis plusieurs années, la composition de ce Conseil est très contestée par de nombreuses ONG puisqu'on y a nommé des diplomates représentant des pays qui violent ouvertement les chartes fondamentales des Nations Unies par leur politique pénale, leur politique de non pluralité partisane et/ou syndicale, la condition faite aux femmes ou aux étrangers, la tolérance de formes d'esclavage sur leur territoire, l'intolérance religieuse et autres points de la Déclaration universelle des droits de l'homme.
(6) Le mandat actuel de Macri va jusqu'au 9 décembre 2019. 2020 est un chiffre rond. Ce sera aussi le bicentenaire de la mort du juriste Manuel Belgrano, l'un des fondateurs de l'Argentine indépendante, l'un des introducteurs dans le pays des droits de l'homme. Ce sera aussi l'année du deux cent-cinquantième anniversaire de sa naissance... Mauricio Macri ne fait plus mystère depuis plusieurs mois qu'il compte bien se présenter pour se succéder à lui-même.

mardi 9 mai 2017

L'Argentine rappelée à l'ordre par l'ONU [Actu]

Página/12 fait sa une avec une photo où l'on voit les trois juges qui ont signé l'arrêt
dans la salle solennelle de la Cour suprême avec ses imposantes boiseries
"Tout le monde contre la loi du Jour qui compte double"

Alors que le président italien effectue pour la première fois depuis seize ans une visite d'Etat en Argentine (1) et offre son appui pour la négociation commerciale du pays avec l'Union Européenne, voilà que l'ONU rabroue la Cour Suprême qui vient de voter la possibilité d'appliquer aux détenus condamnés pour des crimes contre l'humanité une règle de remise de peine qui provient d'une loi abolie depuis 2001 (voir à ce propos mon article du 4 mai 2017). Cela fait tant désordre que les journaux font la sourde oreille (à part Página/12 qui est bien content d'en faire ses gros titres) et que différentes personnalités politiques publient leur désaccord avec la Cour, au premier rang desquelles la gouverneure de la Province de Buenos Aires, María Eugenia Vidal, ancienne seconde de Mauricio Macri lorsqu'il était chef du gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, il y a encore dix-huit mois.

Le Bureau pour l'Amérique du Sud du Haut Commissariat de l'ONU pour les Droits de l'Homme, installé à Santiago du Chili, a rappelé à la Cour Suprême qu'elle devait respecter des principes universels des Nations Unies. Le responsable du bureau, un diplomate reconnu pour son talent, insiste sur le fait que les crimes contre l'humanité ne sont pas des crimes ordinaires et qu'on ne peut pas leur appliquer le bénéfice de la mesure la plus avantageuse de la manière dont on le fait pour les crimes crapuleux ou passionnels. Sa déclaration indique que l'organisation internationale est sérieusement inquiète sur cette évolution du droit en Argentine, dont Cristina Kirchner, en voyage en Grèce et reçue par Alexis Tsipras, proclame qu'elle constitue une régression de son pays, qui retourne vingt ans en arrière. En effet, l'Argentine a ratifié en 1995 la Convention internationale sur l'imprescriptibilité des crimes de guerre et contre l'humanité et ses dispositions, qui seraient incompatibles avec l'arrêt de la Cour, ont été intégrées dans la constitution nationale.

La Nación titre sur la tentative du gouvernement de limiter la porté de l'arrêt contesté
La photo est consacrée au procès de Amado Boudou, l'ancien vice-président, entouré de ses avocats
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Au moment où le Haut Commissariat onusien fait ainsi un rappel à la loi, un tribunal fédéral siégeant à San Juan déclare l'arrêt de la Cour suprême anticonstitutionnel et refuse d'en faire bénéficier un détenu qui purge sa peine dans une prison de la province. De surcroît, la Cour Internationale Inter-Américaine des droits de l'Homme reçoit elle aussi des plaintes provenant d'institutions et de responsables politiques argentins concernant cet arrêt du 3 mai dernier.
D'un autre côté, un groupe de travail de l'ONU sur les détentions arbitraires de personnes vient d'arriver en Argentine et doit rendre visite à Milagro Sala dans la prison de Jujuy où elle est détenue à titre préventif alors qu'elle est députée argentine au Parlasur et qu'elle a été arrêtée et inculpée sans qu'il lui soit reconnu la moindre immunité parlementaire. Or plusieurs experts de l'ONU ont déjà reconnu qu'il s'agissait bien d'une détention contestable au regard des standards internationaux.

L'évêque aux Armées, Monseigneur Santiago Olivera, tout récemment nommé à cette charge, a pris, lui aussi, ses distances avec cet arrêt et rendu public son désaccord au fait que les crimes contre l'humanité valent à leurs auteurs le même traitement pénitentiaires que ceux des crimes ordinaires. Olivera estime en effet que l'application de cet arrêt de la Cour à ces criminels ne mène pas à un chemin de réconciliation telle que l'entend l'Eglise, qui affirme que le pardon passe par la justice et la réparation par le coupable (en l'occurrence sa condamnation par les tribunaux légitimes) (2).

Enfin, le gouvernement, dont certains membres s'étaient désolidarisés assez vite de l'arrêt de la Cour, vient de présenter au Congrès un projet de loi qui n'autorise l'application de l'arrêt que pour les condamnés dont le procès s'est tenu dans les années de validité de la loi abrogée, dit du Jour compte double, en français, ou 2x1 en espagnol. Le Chambre des Députés s'est emparée du sujet et va en débattre dans les jours qui viennent.

Appel à la manifestation de demain
"Messieurs les juges, Plus jamais un seul criminel contre l'humanité relâché
30 000 détenus-disparus toujours avec nous !"

Demain, mercredi 10 mai 2017, à 18h, toutes les associations de droits de l'homme appelle à une méga-manifestation contre cet arrêt de la Cour suprême sur Plaza de Mayo. On peut s'attendre à ce qu'il y ait beaucoup de monde.

Pour en savoir plus :
lire également, dans le même quotidien, l'interview de Francisco Madariaga, l'un des petits-enfants retrouvés par Abuelas, qui craint que son père adoptif, une fois sorti de prison grâce à la disposition de remise de peine validée par la Cour suprême, lui règle son compte (il a en effet subi des sévices graves de sa part au cours de son enfance et les a décrits pendant le procès de ce sbire de la dictature)
lire l'article de La Prensa, qui rapporte la prise de position de María Eugenia Vidal
lire l'article de La Nación sur la décision du tribunal de San Juan
lire l'article de La Nación sur le projet de loi envoyé au Congrès
lire l'article de Clarín sur les plaintes contre l'arrêt de la Cour suprême
lire la dépêche de Télam sur la déclaration de Monseigneur Olivera
lire la dépêche de l'AICA, l'agence de presse catholique, sur l'analyse de la Conférence des religieux et religieuses d'Argentine sur le même sujet.

Ajout du 10 mai 2017 :
lire l'article de Radio Vatican en français sur la déclaration de Monseigneur Olivera.



(1) L'Argentine enchaîne les visites officielles et solennelles, ce qui marque le succès diplomatique de la politique lancée il y a près de dix-huit mois par Mauricio Macri, ce qu'il appelait le "retour au monde" de l'Argentine. Comme son homologue suisse il y a quelques semaines, le président italien est arrivé avec un groupe de quarante hommes d'affaires prêts à investir en Argentine, qui en a bien besoin.
(2) Et dans toute la mesure du possible le fait que lui-même demande pardon à ses victimes. Voir mon article du 4 mai 2017 sur l'Assemblée générale des Evêques argentins qui a remis ce sujet à l'ordre du jour.

vendredi 18 novembre 2016

Milagro Sala bientôt libre ? [Actu]

Página/12 fait sa une avec un jeu de mot sur le prénom de Milagro Sala
"Miracle à la Casa Rosada"

Il y a plusieurs semaines, un groupe de travail de l'ONU sur les droits de l'homme a soulevé des irrégularités dans la mesure de détention préventive dont la députée du Parlasur Milagro Sala fait l'objet depuis une dizaine de mois pour faits de corruption, prévarication et abus de pouvoir.

Les députés du Parlasur semblent ne pas être couverts par une immunité parlementaire, ce qui est peu commun dans le monde des organisations internationales.

Jusqu'à présent, le Gouvernement argentin a toujours réagi en ignorant cet avis, il se disait incompétent puisque c'est une juridiction provinciale qui a décidé de cette détention. C'est exact sur le plan du droit strict mais comme le gouverneur a été élu sous les couleurs et avec le programme de Cambiemos, on peut penser qu'il y a des moyens politiques d'étudier la question, tout en respectant la séparation des pouvoirs et les compétences respectives des provinces et de l'Etat national en Argentine. Cependant, le Premier ministre canadien, en visite officielle en Argentine, vient de se faire l'écho auprès de ses hôtes de la préoccupation internationale autour de cette affaire et les relations de l'Argentine avec les Etats-Unis marquant le pas avec le changement de majorité à Washington (1), voilà que le Président argentin, qui veut sans doute conserver de bons rapports avec le nord anglo-saxon du Nouveau Monde, annonce une nouvelle prise de position dans cette affaire : il accepte d'ouvrir une discussion sur le sujet.

Pour en savoir plus :
lire l'article de Página/12, qui soutient Milagro Sala et le travail de son mouvement, Tupac Amaru (un mouvement social qui se dit révolutionnaire et revendique la culture amérindienne du nord-ouest argentin)
lire l'article de La Nación, quotidien de droite très hostile à Sala et convaincu de la réalité des faits délictueux qui lui sont reprochés.



(1) D'autant plus que l'équipe gouvernementale argentine avait presque ouvertement tout misé sur la victoire de Hillary Clinton, que la ministre des affaires étrangères connaît déjà, puisqu'elle a travaillé longtemps à l'ONU et rencontré dans ce cadre la Secrétaire d'Etat qu'était Hillary Clinton sus le premier mandat de Barack Obama.

samedi 29 octobre 2016

L'ONU se penche sur le cas de Milagro Sala [Actu]

"Miracle à l'ONU", titre le journal en faisant son traditionnel jeu de mot
en l'occurrence avec le prénom de la députée

C'est un groupe de travail de l'ONU qui vient d'émettre un avis non contraignant sur la détention depuis le début de l'année de la militante très clivante Milagro Sala, députée du Parlasur, l'assemblée législative du continent, accusée par la justice provinciale de Jujuy de multiples abus d'argent public et autres concussions. Milagro Sala, en sa qualité de responsable du mouvement indigéniste, qui se présente comme révolutionnaire, Tupac Amaru, a reçu du gouvernement de Cristina Kirchner beaucoup d'argent, comme la plupart de ces organisations dites populaires, pour développer du logement et des activités économiques sous forme de coopérative. Or il y a eu beaucoup de coulage et il y a de fortes suspicions que l'argent ait disparu dans les poches des dirigeants des organismes, quand il n'a pas servi à faire tourner l'activité en vase clos, comme ce fut le cas de nombreux chantiers publics adjugés a priori ou après appels d'offre fictifs ou faussés à ces coopératives qui semblent bien n'avoir eu aucune autre activité que celles financées sur l'argent du contribuable.

Le groupe de travail sur la détention arbitraire des Nations Unies vient de transmettre au gouvernement national argentin un avis de libération immédiate de la députée, qui, au moment de son arrestation, était restée quinze jours sans aucun appui de personne dans son propre mouvement, pourtant mobilisé dans un seating, sur la place centrale de San Salvador de Jujuy. Le groupe de travail dit qu'il n'a pas été convaincu par les éléments du dossier qui lui ont été transmis par le gouvernement argentin. Il parle de violation des droits de l'homme et même d'indemnités à verser à la détenue à libérer.

Le gouvernement argentin fait la sourde oreille. Il s'estime non compétent sur ce dossier et c'est juridiquement justifié puisque le niveau national ne doit pas interférer avec la justice provinciale au nom de la séparation des pouvoirs. Néanmoins à gauche, le doute est plus que fort que la procédure ouverte contre la militante est une opération politique de la nouvelle majorité nationale, dont le gouverneur de Jujuy est membre. Il justifie aussi la situation par la gravité des actes imputés à l'inculpée et non pas sur des circonstances relatives à sa personne, qui seules justifient une décision de détention provisoire (personne dangereuse, personne susceptible de ne pas se présenter devant ses juges, etc.).

Página/12 et La Nación font état ce matin de cette péripétie du dossier, qui est un nouveau coup pour la diplomatie argentine, surtout parce qu'on sait que la ministre des affaires étrangères a longtemps travaillé au sein de l'organisation internationale dont elle connaît bien les arcanes. Or elle n'a pas été en mesure de prévenir un avis négatif sur une matière très sensible, en interne comme à l'extérieur, pour un pays d'Amérique du Sud, si fortement stigmatisé par les dictatures militaires de la fin de la guerre froide.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur l'analyse de Claudio Avruj, secrétaire d'Etat aux droits de l'homme dans le gouvernement national
lire l'article de La Nación, qui n'en parle pas à sa une
lire l'article de La Nación sur la position du secrétaire d'Etat qui trouve normal la réduction de 12% de son budget (il est vrai que le budget de ce secrétariat a été anormalement gonflé pendant les années Kirchner pour soutenir la militance des associations qui ne faisaient pas du tout appel au public ni pour fonctionner par le bénévolat des adhérents ni pour financer leurs vastes programmes culturels dont ce blog s'est fait l'écho depuis le début)
lire la dépêche de Télam sur les analyses divergentes entre opposition et gouvernement.