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mardi 2 juillet 2024

Télam devient une simple agence de publicité [Actu]

Le local de Télam dans le quartier de San Telmo
(foto Télam)


L’ancienne agence de presse nationale argentine a cessé d’exister comme cela était annoncé depuis l’été, quand d’un coup, un beau matin de rentrée, les locaux ont été cernés par la police avec interdiction pour les salariés d’y pénétrer sous quelque prétexte que ce soit.

Hier, au petit matin, à l’heure où paraît le journal officiel de la République argentine, Télam est devenue une agence de publicité et de propagande, selon la terminologie complète officielle, qui produira et commercialisera du contenu publicitaire pour des clients privés. Sachant que le terme propaganda en Amérique latine veut dire « publicité » (il n’a pas nécessairement la dimension politique dictatoriale que nous lui donnons en français). Il s’agit d’une société privée qui appartient à l’État et qui va lui rapporter des sous.

Voilà donc l’Argentine privée d’un autre outil de soft-power : une agence de presse comme tous les pays souverains en ont une. Le pays vient de passer tout près de perdre aussi son service public audiovisuel, sauvé in extremis de la privatisation par des concessions qu’il a fallu faire pour obtenir à la Chambre basse le vote de la loi dite Bases qui va permettre de privatiser une bonne partie du reste. Il n’est pas dit d’ailleurs que le service public de l’audiovisuel, comme la compagnie aérienne nationale et la compagnie pétrolière, n’aient pas gagné un simple répit avant bradage un peu plus tard.

Et que vont devenir les archives de l'agence de presse ? Les articles et les photos ? Les innombrables photos qui documentent la vie argentine depuis environ 80 ans ?

Et pendant ce temps, Mileí est en goguette au Brésil, aux frais du contribuable, comme toujours, pour surtout ne pas y rencontrer Lula mais pour tomber dans les bras de son pote, Jair Bolsonaro, sur qui plane un risque d’emprisonnement pour le rôle qu’il a joué dans la tentative de coup d’État d’il y a un an et demi !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lundi 4 mars 2024

Aussitôt dit, aussitôt fait : le gouvernement a fermé Télam [Actu]

La police fédérale garde les bureaux de Télam ce matin, rue Bolívar
Photo Luciano Thierberger
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Vendredi soir, à 21h, alors qu’il faisait déjà la nuit close en cette toute fin d’été austral, le président Javier Mileí a ouvert sa première session parlementaire en bousculant les usages et en violant ouvertement le chabbat, jour par excellence interdit de travail dans la religion à laquelle il prétend désirer se convertir (mais quel aveu de mensonge, n’est-ce pas ? Puisque l’usage voulait jusqu’à présent que le président s’adresse au Congrès à midi, rien ne l'empêchait de respecter le chabbat s'il avait voulu).

Le cortège solennel du président s’est avancé sur la place du Congrès sous les huées et les insultes de la population massée sur les trottoirs. C’est dire s’il est contesté puisqu’on n’est encore à moins de trois mois de son investiture le 10 décembre dernier.

Lors de son discours empli une nouvelle fois d’accusations sectaires contre tous ceux qui ne pensent pas comme lui et d’annonces intempestives et souvent fort peu démocratiques, Javier Mileí a proclamé qu’il allait fermer l’agence de presse nationale, Télam, fondée il y a 78 ans.

Et cette nuit, il a effectivement fait fermer matériellement les bureaux de l’agence devant lesquels ce matin les passants ont trouvé de grandes barrières de sécurité empêchant tout passage. Les journalistes et les autres agents ont reçu un mail les priant de rester chez eux et les exemptant de tout travail pendant sept jours avec maintien de leur salaire, sans rien dire de ce qui adviendra au-delà de cette semaine. Vous imaginez cela ? Les salariés ne peuvent même pas aller récupérer leurs effets personnels : un gilet, des photos personnelles et autres petits bibelots ou breloques que tout le monde apporte au bureau, pas plus que le maté, la bombilla et la bouilloire ou le thermos qui permettent de siroter l’infusion nationale tout en bossant...

Les salariés se sont liés pour appeler à une manifestation
aujourd'hui à midi et demi devant le siège de la rue Bolívar
"Rassemblons-nous et défendons Télam"

Le site Internet de l’agence n’est plus accessible. Les services d’agence auxquels tous les périodiques argentins faisaient appel n’existent plus. C’est un outil de soft-power et d’indépendance culturelle de l’Argentine qui disparaît sans crier gare.

Tout cela est illégal, les procédures du droit du travail ne sont pas respectées et celles concernant la suppression d’une institution publique de presse non plus. Mileí s’en fiche. Il continue sur sa ligne : violence verbale, violence sociale, violence symbolique, violence institutionnelle…

Et le peuple de s’époumoner toujours davantage pour l’interpeler avec l’insulte habituelle : h… de p… (f. de p.).

La découverte des bureaux barricadés s’est produite ce matin. Les journaux avaient déjà bouclé leurs éditions papier. L’info ne fait donc pas les unes mais elle est bel et bien traitée en long et en large sur les sites Internet.

L’un des sites de l’agence se situe rue Bolívar, à quelques centaines de mètres de Plaza de Mayo. Une rue que je connais par cœur. Lorsque je suis à Buenos Aires, je la parcours du sud au nord et du nord au sud plusieurs fois par semaine en empruntant la plupart du temps le trottoir jamais en très bon état où se trouve l’entrée de Télam (il se trouve que c’est de ce côté-là que se trouvent les commerces que je fréquente : une supérette de quartier dit supermercado chino parce que ce genre de commerce est tenu par des Asiatiques, une boulangerie, une librairie de livres anciens où j’ai parfois découvert des petits trésors). Je ne connais personne qui travaille à Télam mais je me souviens des va-et-vient ordinaires dans ce hall, de la plaque en souvenir des victimes des crimes de la Dictature militaire de 1976-1983 sur la partie extérieure aujourd’hui inaccessible, des collègues qui se saluent, des gens qui bavardent en fumant une clope au pied de l’immeuble. Cette photo est un vrai choc !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mardi 18 avril 2023

Le gouvernement argentin encourage les circuits courts [Actu]

Tomates et zapallo (sorte de courgette)


L’enseigne de grande distribution Chango Más (comprenez « caddie + ») a lancé il y a quelques semaines une opération de vente en circuit court qui donne à des exploitations agricoles familiales proches du point de vente un débouché direct pour leurs fruits et légumes. L’opération, qui occupe un coin du magasin, s’appelle De la quinta a tu mesa (de la ferme à ta table).

Le gouvernement vient de donner sa bénédiction à l’opération en envoyant sur le terrain le secrétaire d’État chargé de l’Economie sociale au sein du ministère du Développement [économique] au magasin que possède la marque à Almirante Brown, dans la banlieue de Buenos Aires.

De la quinta a tu mesa permet aux consommateurs d’accéder à prix plus raisonnables à des produits locaux, de meilleure qualité que la moyenne et de plus grande fraîcheur tout en garantissant aux agriculteurs un prix de 30 % supérieur à la pratique des acheteurs de la grande distribution.

L’opération commence à rencontrer un certain succès commercial et la chaîne en profite pour améliorer son image auprès des consommateurs. Tout le monde y gagne et en ces temps difficiles, c’est toujours ça de pris !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

jeudi 12 mai 2022

Un livre sur Ariel Prat ce soir à la Feria del Libro [Disques & Livres]

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Pablo Vázquez vient de sortir, aux Éditions Sur, un ouvrage consacré à la vie et à l’œuvre du murguiste et auteur-compositeur interprète Ariel Prat, qui s’est lui-même surnommé « El juglar porteño » (le troubadour de Buenos Aires), dont je vous parle de temps en temps dans les colonnes de Barrio de Tango.



Aujourd’hui, jeudi 12 mai 2022, à 18h, le livre sera présenté à la Feria del Libro de Buenos Aires, au stand 330, en présence du musicien et de l’auteur.

Ariel Prat, toujours coiffé de son foulard catalan
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Ariel Prat, Corazón y Memoria est vendu par son éditeur au prix de 2 780 $ ARG et, pour toute commande en ligne à expédier en Argentine, les frais d’envoi sont offerts jusqu’au 16 mai (jusqu’à la fin du salon du livre).

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

accéder à la page du livre sur le site de Grupo editorial Sur (c’est succinct mais ça permet de commander)

vendredi 10 septembre 2021

Candidats vaccins : la recherche argentine ne reste pas les bras ballants [Actu]

Osvaldo Podhajcer (photo FIL)


Les chercheurs argentins travaillent dur pour obtenir un vaccin national contre le covid-19. Après le Arvac Cecilia Grierson, qui devrait entrer en première phase d’essai clinique sur l’homme d’ici la fin de l’année, le CONICET (centre national de recherche et de technologie) et la Fondación Instituto Leloir, l’une de ses grandes unités de recherche médicale et biologique, travaillent pour mettre au point un nouveau vaccin à adénovirus à dose unique (de type Jansens).

Les essais sur les animaux ont donné, avec plus de rapidité qu’attendu, d’excellents résultats qui seront bientôt publiés dans une revue scientifique internationale, a annoncé Osvaldo Podhajcer, le chef de ce projet, directeur de recherche en thérapie cellulaire et moléculaire. Avec le CoroVaxG.3 (pour vaccin de 3e génération), les concepteurs de ce nouveau candidat-vaccin espèrent atteindre une immunisation qui durerait douze mois comme c’est le cas pour les vaccins contre la grippe.

Outre le Conicet et l’Institut Dr Luis Federico Leloir, les universités nationales de San Martín (UNSAM), en banlieue de Buenos Aires, et de Río Cuarto, dans la province de Córdoba, sont également impliquées dans la recherche et le développement du projet.

Pour passer aux essais sur l’homme, il faut maintenant rassembler les fonds nécessaires au démarrage du protocole, ce qui n’est jamais une mince affaire dans l’Argentine surendettée d’aujourd’hui. Il s’agit toutefois d’un investissement crucial puisqu’il pourrait donner au pays une souveraineté en la matière alors qu’il est actuellement tributaire à 100 % d’autres pays comme la Chine, la Russie et les États-Unis, sans parler de Covax, le programme de solidarité monté par l’OMS et auquel les pays développés et déjà largement vaccinés ne participent qu’à reculons. En ce sens, l’Institut vient de recevoir la somme de 60 millions de pesos d’argent public national.

Intérieur du laboratoire (photo FIL)

D’ores et déjà et sous le contrôle technique de l’institut russe qui l’a conçu, l’Argentine produit déjà sur son sol des doses de Sputnik V, un vaccin que la Russie a bien du mal à livrer en quantité suffisante et à un rythme conforme au calendrier de la vaccination en deux doses différentes. La capacité de production du laboratoire argentin Richmond augmente régulièrement, conformément aux prévisions.

Par ailleurs, une équipe de chercheurs argentins participe actuellement à un projet international de développement d’un vaccin triple qui protégerait en même temps du covid, de la grippe et d’une autre maladie respiratoire produite par le VSR (virus syncytial respiratoire), trois coronavirus qui sont d’assez à très contagieux. Ce projet, qui vient d’être présenté lors d’une émission de radio par le docteur Fernando Polack, médiatique infectiologue argentin, est en phase d’essais cliniques sur l’homme. L’Argentine va pouvoir participer comme elle l’avait fait il y a un an avec le vaccin Pfizer (sans pouvoir hélas bénéficier d’un avantage dans la distribution, comme cela avait été espéré, mais aucune équipe de chercheurs argentins ne travaillait alors sur la conception du médicament germano-états-unien).

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

sur CoroVaxG.3 :
lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire la dépêche de Télam
lire le communiqué officiel de la Fondación Instituto Leloir (FIL)
sur le candidat vaccin triple :
lire l’entrefilet de Página/12
lire l’article de Clarín

mardi 13 juillet 2021

Clarín propose un tour de La Boca avec Vicente Walter [Actu]

Photo Télam


Clarín propose aujourd’hui une ambitieuse promenade à travers le quartier de La Boca à la découverte des murales peints, parfois en bas relief, par le maçon et artiste Vicente Walter (1937-2002), né dans un autre quartier populaire, celui de Mataderos (le quartier des abattoirs).

Celui-ci a parsemé ses œuvres, au nombre d’environ 400, à travers les rues de son quartier, où il a entre autres rendu hommage à quelques unes de ses grandes figures, comme le peintre anarchiste et créateur du triangle de Caminito (avant que ça devienne l'actuel attrape-touristes), Benito Quinquela Martín (1890-1977).

Le quartier à l'époque où naissait le tango !
Photo Télam

Vicente Walter travaillait sur commande pour des rémunérations souvent dérisoires. On est impressionné autant par la qualité du travail que par le peu de notoriété de l’artiste. Clarín est allé demander ses avis éclairés au peintre Victor Fernández qui dirige depuis plusieurs années le Museo de Bellas Artes de la Boca Quinquela Martín. Fernández a connu Walter dans les vingt dernières années de sa vie. Les deux artistes ont été amis.

Photo Télam

Clarín est aussi allé rencontrer d’autres habitants du quartier qui on connu Walter. Une vingtaine d’entre eux se sont constitués en collectif pour faire reconnaître officiellement cette œuvre, la faire déclarer d’intérêt culturel par la Legislatura et obtenir sa restauration et son entretien dans des conditions à la hauteur du talent du peintre-sculpteur. Ce projet est bien avancé, il a déjà franchi deux étapes, le 10 décembre et le 20 avril. Il est soutenu par une députée de l’opposition municipale, Mariu Belli (Frente de Todos, l’alliance du président Alberto Fernández). Et c’est Clarín qui l’écrit.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lundi 29 mars 2021

Hommage à Astor Piazzolla au Congrès [à l’affiche]

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Ce soir, lundi 29 mars 2021, à 19h30 (heure argentine), l’orchestre de chambre du Congrès lance sa saison musicale sur la chaîne Youtube du Sénat.

Ce premier concert 2021 rendra hommage à Astor Piazzolla à l’occasion du centenaire de sa naissance. A la baguette, Sebastiano de Filippi et au bandonéon, Pablo Mainetti.

Le concert est à voir en direct sur différents canaux numériques et plus tard, en replay.

Il aura pour décor l’une des pièces restaurées d’une confitería historique située à un angle de Plaza del Congreso : la splendide confitería del Molino, qui a été rattachée au service du patrimoine national à la fin de la présidence de Cristina Kirchner. Les travaux de restauration touchent enfin à leur fin et l’établissement devrait rouvrir ses portes dès que les circonstances le permettront. Le bâtiment abritera alors un petit centre culturel avec différentes propositions autour du traditionnel salon de thé (confitería) qui était sa fonction originelle.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

samedi 26 décembre 2020

L’école maternelle gratuite, à Buenos Aires, désormais, c’est réservé aux pauvres [Actu]

L'éducation qui manque
(jeu de mot sur "vacante" : une place [à l'école])

L’information n’est traitée que par Página/12 et le ministre national de l’Éducation Nicolás Trotta : avant-hier, à la veille de Noël, la cour suprême de la Ville autonome de Buenos Aires a donné raison à la ministre de l’éducation locale, la très droitière Soledad Acuña. Désormais, seuls pourront exiger d’obtenir une place en maternelle publique pour leurs enfants les parents qui pourront prouver qu’ils n’ont pas les moyens de payer une école privée.

Or en Argentine, l’école est obligatoire dès l’âge de 3 ans, depuis mars 2015, l’une des dernières lois nationales passées sous la présidence de Cristina Kirchner pour lutter contre l’inégalité sociale qui se reflète à l’école dans la plus ou moins bonne maîtrise de l’espagnol et des compétences manuelles et intellectuelles qui préparent le terrain à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Dès lors que la scolarisation est obligatoire, les pouvoirs publics doivent proposer des places dans les écoles publiques gratuites et laïques.

Depuis de très longues années (plus de 12 ans d’un gouvernement néolibéral local, d’abord avec Mauricio Macri puis avec Horacio Rodríguez Larreta, à partir de l’élection du premier à la présidence de la République argentine), le système scolaire public se dégrade à Buenos Aires au profit du système privé qui reçoit des subventions du gouvernement municipal pendant que les plafonds des écoles publiques s’effritent sur les élèves, que les radiateurs ne chauffent pas pendant l’hiver et que les enseignants sont paupérisés par des salaires fort peu réévalués tandis que l’inflation galope et de plus en plus privés d’outils de travail efficaces.

Applaudie non sans cynisme par la droite, Soledad Acuña avait déjà déclenché le scandale à gauche il y a quelques semaines en faisant publiquement des commentaires plus que désobligeants sur les enseignants auxquels elle reprochait pêle-mêle leur âge trop élevé lors de leur recrutement, leur profil professionnel (ce serait des ratés) et leur origine sociale (ils ne posséderaient pas la culture de l’élite). Enfin, elle a lourdement insisté sur le fait qu’au lieu d’enseigner, ils feraient de la propagande dans leurs classes alors qu’ils s’efforcent surtout de construire l’esprit critique de leurs élèves. Or dotés d’esprit critiques, les futurs citoyens devraient être capables de décrypter les discours politiques, de droite comme de gauche. Par ailleurs, les syndicats enseignants se font beaucoup entendre, ce qui est fort compréhensible au regard de la détérioration criante des conditions de travail des instituteurs et des professeurs.

Daniel Paz et Rudy ne pouvaient pas manquer l’occasion de se faire ces juges injustes avec la vignette de la une ce matin :

Le type du gouvernement municipal : C’est un plan en trois étapes. Nous avons d’abord réussi à faire qu’il y ait un système de santé privée et un autre public.
Maintenant, nous sommes en train de faire pareil avec l’éducation.
Le journaliste : C’est pas juste, ça !
Le politicien : Exact. La troisième étape, c’est la justice.
Traduction © Denise Anne Clavilier
© Denise Anne Clavilier www.barrio-de-tango.blogspot.com
Pour en savoir plus :
lire l’article de Página/12 de ce matin
lire la dépêche de Télam du 24 décembre

mardi 12 mai 2020

Le San Lorenzo met son stade au service de la détection Covid-19 [Actu]

Capture d'écran de la page d'accueil du site Internet du CASL
En haut au centre, l'écusson du club
et dominant la photo, ses couleurs emblématiques : le bleu et le rouge-violet
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Toujours fidèle à ses engagements humanistes et aux valeurs de la doctrine sociale de l’Église portées par son fondateur, le Club Atlético de San Lorenzo de Almagro a mis gratuitement son stade actuel à la disposition du SAME (le samu argentin) et du ministère de la santé de la Ville Autonome de Buenos Aires pour faire des tests gratuits à la population locale qui ne compte pas parmi les plus privilégiées.

Le président du club, Marcelo Tinelli, grosse vedette de la télévision populaire qui ne cache pas son engagement politique à gauche (1), doit venir faire une visite sur les lieux.

Le quartier voisin est l’un des plus gros foyers de contagion dans la capitale argentine.

Toutes les personnes chez qui le virus sera détecté seront conduites à l’hôpital pour des examens plus approfondis et des solutions de prophylaxie.

Pour en savoir plus :



(1) Ce qui ne l’empêche pas de faire des émissions de télévision dont l’intelligence et la profondeur culturelle ne sont pas toujours les grandes vedettes.

vendredi 8 mai 2020

Découverte paléontologique dans la pampa [Actu]

Photo Museo de San Pedro

Le confinement n’arrête pas les découvertes : une équipe de paléontologues vient de mettre au jour les restes d’un paresseux géant vieux de 700.000 ans, appartenant sans doute à un lignage qui remonte à 3 millions d’années.

La découverte a été faite à quelques kilomètres de la ville de San Pedro, située le long du Paraná (dont le niveau a récemment spectaculairement baissé), non loin d’un méandre qui s’est inscrit dans l’histoire (1). C’est le travail de scientifiques appartenant à plusieurs unités de recherche : musée de San Pedro, université de Rosario (elle aussi sur le cours du Paraná), etc.

Le paresseux en question pesait 4 tonnes et mesurait environ 3 mètres.
Belle bête !

L’info, diffusée hier par l’Agence de Science, Technologie et Société (CTyS), a été reprise par l’agence Télam et n’a pratiquement pas intéressé les quotidiens dans cette époque de crise sanitaire (dont d’aucuns voudraient là-bas aussi faire une crise politique, avec moins sans doute moins de succès qu’en France). Seul Clarín a recopie la dépêche pour en faire un article.

Pour aller plus loin :
lire le communiqué de CtyS-UNLAM, qui dispose aussi d’une page Facebook où vous pouvez aller liker l’annonce
lire l’article de Clarín qui ne vous apprendra rien de plus (en confinement, on fait ce qu'on peut !).



(1) La Vuelta de Obligado est le théâtre d’un engagement entre l’armée de la Confédération argentine et la marine française le 20 novembre 1845. Les Argentins défendaient leur souveraineté sur la navigation fluviale que les Franco-Britanniques tentaient allègrement de violer comme s’ils étaient chez eux. La petite flottille marchande française a réussi à passer, au prix de nombreux dégâts matériels, et n’a trouvé en continuant à remonter le fleuve vers le Paraguay ni aide pour réparer ni clients à qui vendre sa camelote. Et tout ce joli monde est rentré en Europe bredouille. Le 20 novembre marque donc une victoire politique (malgré la défaite militaire technique) et c’est aujourd’hui un jour férié (la fête de la souveraineté). Un parc naturel entoure aujourd’hui le lieu de la bataille. Pendant de nombreuses années, une station du métro parisien a porté le nom de la victoire d'Obligado (vous parlez d'une victoire !). Lorsque Eva Perón est venue en visite officielle à la fin des années 1940, la République française ne pouvait pas marquer sa reconnaissance à l'Argentine (dont les livraisons de grains et de viande avaient participé à nourrir la population après l'Occupation) en continuant à célébrer ainsi ce souvenir. La station a alors été rebaptisée. C'est la station Argentine.

L’Argentine produit ses propres tests [Actu]

"Cela aussi c'est de la souveraineté", dit le gros titre

L’Argentine est dans le top-7 depuis le 13 mars 2013 : celui des sept pays qui ont donné un pape au monde catholique !
A partir d’aujourd'hui, elle est aussi dans le top-8 : celui des huit pays qui développent et produisent leur propre test sérologique covid-19 (Chine, Hong-Kong qui connaît encore un développement différent de la Chine continentale, France, Allemagne, Grande-Bretagne, États-Unis et Japon).

L’Argentine compte maintenant sur un outil de détection des anticorps produit sur son sol et va pouvoir de passer d’importations, ce qui n’est pas négligeable en termes de souveraineté et de budget national. Le nouveau test a été développé par une équipe de scientifiques appartenant les uns au CONICET (conseil national de recherche scientifique et technologique), les autres à l’Institut Leloir, sous la direction de la virologue Andrea Garmanik, dont Página/12 publie la photo en une ce matin et une interview exclusive.

Photo Télam

L’outil a reçu le nom de CovidAr et le kit biologique est identifié par l’apposition de la vague bleu ciel et du soleil de Mai, les deux symboles du drapeau national. Au mois de mai, alors que la fête nationale se célèbre dans deux semaines, la nouvelle met du baume au cœur d’un peuple toujours confiné.

A part Página/12, seule La Prensa traite l’information.

Pour aller plus loin :

mercredi 29 avril 2020

Découverte archéologique dans le Paraná [Actu]

Photo prise par la Préfecture navale du cours supérieur du Paraná par drone

Le dramatique bas niveau des eaux de cette rivière colossale et qu’on pouvait croire inépuisable, le Paraná, vient de laisser apercevoir l’épave d’un bateau à aubes qui a coulé vers 1900 dans un méandre du géant, à la frontière entre l’Argentine et le Paraguay, dans la province de Corrientes, près du village de Ita-Ibaté, non loin du lieu où Manuel Belgrano (1770-1820) a passé la frontière avec son armée, en 1811, pour aller tenter de ramener le Paraguay révolutionnaire sous l’autorité de Buenos Aires (1).

Le navire desservait une propriété agricole qui possédait un saloir et servait de point de distribution à l’intérieur des terres de produits comme le manioc, le maïs et le cuir. Comme le Mississipi, le Paraná était alors sillonné de navires à vapeur. Celui-ci se trouve sous 20 cm d’eau et la Préfecture navale du cours supérieur du Paraná, qui l’a découvert, a fait prendre quelques photos aériennes par un drone et a remonté à la surface plusieurs pièces, comme l’ancre et le timon.

La roue à aubes du bâtiment
(photo Préfecture navale de Posadas)

Sur place, on souhaite que l’épave soit remontée entièrement à terre et devienne un atout touristique et un élément patrimonial. Ce qui n’est pas une mauvaise idée au moment où le fleuve est menacé par les changements climatiques. Et puis cela permettrait de montrer une autre image du pays : une Argentine fluviale que nous n’imaginons même pas ici, en Europe.

Pour en savoir plus :
regarder le reportage photographique sur l'état désastreux du Paraná.

Mise à jour du 7 mai 2020 :
lire cet article de Página/12 sur le cours dramatiquement bas de la rivière.



(1) Voir Manuel Belgrano – L’inventeur de l’Argentine, que j’ai sorti aux Editions du Jasmin en février dernier. Au moment où Belgrano a dû traverser la rivière, elle était en crue et ce passage a été une épopée à lui tout seul.

mercredi 8 avril 2020

Contribution argentine à la lutte contre le covid-19 [Actu]

"Pure souche", clame le gros titre
avec un jeu de mots entre cepa viral (souche virale)
et la notion d'origine portée par l'expression toute faite "de pura cepa",
ce qui en France correspondrait à "appellation contrôlée"

L’un des grands centres argentin de microbiologie qui a pris la tête des recherches fondamentales sur le corona virus, vient de marquer un point important dans la lutte contre la maladie qui met l’humanité au tapis : en analysant et en cultivant les prélèvements réalisés sur trois patients diagnostiqués en Argentine, vingt-cinq chercheurs et techniciens de l’Institut ANLIS-Malbrán, de Buenos Aires, ont séquencé le génome complet de trois souches virales distinctes du Sars-Cov-2, le coronavirus à l’origine du covid. L’une proviendrait d’Asie, une autre d’Europe et la troisième des États-Unis. Les trois circulent actuellement en Argentine, ce qui correspond très bien aux types de relations internationales dominantes dans le pays.

Comme toute la communauté scientifique partout dans le monde affirme que le virus est très stable et qu’il ne mute que de manière périphérique, il est probable que ces souches se distinguent par des caractères secondaires qui n’affectent pas la manière dont le virus se reproduit, une fois qu’il est entré dans l’organisme.

Ces résultats ont été envoyés à une plateforme internationale spécialisée jusqu’à l’irruption de le nouvelle pandémie dans l’étude de la grippe, le GISAID, qui les a publiés.

La découverte devrait permettre d’affiner les outils de diagnostic et sans doute accélérer les recherches sur un prochain vaccin. L’Argentine en tire un avantage international et une fierté nationale, ce qui n’est pas à négliger dans la situation actuelle. Elle devrait aussi devenir plus autonome dans la production de réactif pour les tests à l’heure d’une pénurie généralisée.

Cette réussite a été saluée hier par une visite que le président argentin et le ministre de la Santé, lui-même médecin universitaire ont rendue à l’institut. Petite cerise sur le gâteau : la branche de l’institut Malbrán qui a obtenu ces résultats est dirigée par une femme. Cela tombe bien puisque le président Alberto Fernández les avait mises en avant dès sa prestation de serment, en décembre dernier.

Seul Página/12 a traité l’information en une et il en a fait son sujet principal.

Pour en savoir plus :

samedi 29 février 2020

A Rosario, un nouveau monument à Belgrano [Actu]

On reconnaît le président au premier rang
et autour du monument, les soldats du premier Régiment d'Infanterie "Patricios"
rendent les hommages.
C'est pour ce régiment que Belgrano a créé les couleurs nationales
'Photo Andrés Macera)

Jeudi dernier, pour l’anniversaire du drapeau argentin, le président Alberto Fernández s’est rendu à Rosario, lieu de création du drapeau, pour inaugurer un nouveau monument à Manuel Belgrano : une sculpture de métal inspirée du portrait du général par le peintre français Casimir Carbonnier (Londres, 1815).

Cette inauguration s’est faite dans un climat particulier puisque la ville de Rosario et sa région ont été cet été le théâtre de faits divers sanglants. Le président a donc pris le temps de recevoir la famille d’une victime.

Photo Rosario 3

Le nouveau monument commémoratif fait face au fleuve Paraná, sur une île duquel Manuel Belgrano faisait hisser les couleurs nationales au soir du 27 février 1812. Il entre dans le patrimoine en venant compléter le complexe du monument au drapeau.

Pour aller plus loin :
lire l’article de La Capital, un quotidien local
La Prensa n’a pas rendu compte sur son site de cette inauguration. Elle a publié à la place un article de Carlos Marturet, dont elle tait la qualité de secrétaire académique de l’Instituto Nacional Belgraniano (incompréhensible, eu égard au fait qu’il faisait le 27 à 11h une conférence au Museo Histórico Nacional dont j’ai parlé dans ce blog).

samedi 25 janvier 2020

Pour réamorcer la pompe de la recherche [Actu]

Une de Página/12 du 17 janvier 2020

Le gouvernement argentin a décidé de relancer le programme des bourses de recherche comme signe d’un redémarrage du financement public du secteur, que la majorité précédente avait laissé sombrer, au point que de nombreux scientifiques se sont exilés pour pouvoir continuer à travailler.

Le 17 janvier, le Premier ministre a annoncé une augmentation progressives des bourses déjà attribuées et l’ajout de 400 bourses nouvelles, dont 48 ont déjà été distribuées aujourd’hui pour des travaux dans les sciences exactes et humaines, comme le montre la dépêche de Télam qui a interviewé quelques unes des boursières dont les projets ont été retenus.

Les bourses doctorales, aujourd’hui de 29.817 pesos par mois, seront portées en juin à 45.430 pesos. Les postdoc toucheront de leur côté 54.833 $ ARG, au lieu des 36.752 actuels, dans les deux cas des sommes qui laissent ces jeunes scientifiques sous le seuil de pauvreté.

D’après le nouveau ministre de la Recherche, l’investissement ainsi consenti dans le budget nationale s’élève à 900 millions de pesos argentins pour l’année. Il a aussi rappelé que Cristina Kirchner avait obtenu le retour au pays de 1500 scientifiques. Il espère ainsi freiner l’exode des cerveaux qui menace l’avenir du pays.

Dès le lendemain, le 18 janvier, La Nación commentait l’information par des récriminations et tentait de décrédibiliser la mesure.

Pour en savoir plus :