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samedi 27 mars 2010

Osvaldo Requena nous a quittés [Actu]

Photo Fernanda Corbani

C'est le triste événement qui est survenu à Buenos Aires dans la nuit de jeudi à vendredi : le pianiste et compositeur Osvaldo Requena est décédé à l'âge de 78 ans. C'est le Syndicat argentin des musiciens, qu'avait fondé Osvaldo Pugliese en 1936 et dont il était membre, qui l'a annoncé à la presse.

Osvaldo Requena était né à Buenos Aires le 29 juin 1931. Il appartenait à une famille de musiciens. Son oncle, bandonéoniste, avait appartenu à l'orchestre de Pedro Maffia et avait été le professeur de Leopoldo Federico et José Libertella pour n'en citer que deux.

Lui même entra dans la carrière comme pianiste de l'orchestre de Raúl Kaplun en 1951 et il travailla aussi avec Eduardo del Piano, Eduardo Rovira, Atilio Stampone (actuellement président de la Sadaic), Florindo Sassone et Leopoldo Federico, qu'il considérait le grand ami que le tango lui avait donné. Il forma son propre trio en 1985 avec le grand violoniste piazzollien Fernando Suárez Paz et le bandonéoniste Daniel Binelli, qui ouvrait, précisément, jeudi soir, le cycle Tangocontempo au Café Vinilo (lire mon article du 25 mars 2010 à ce sujet). Le trio s'appellait Tango Sessions. Au bout de quelques années, Reynaldo Nichele et Carlos Pazo sont venus remplacer le violoniste et le bandonéoniste des premiers temps.

Osvaldo Requena fut un compositeur et un arrangeur de tango, il fut aussi compositeur de musique de film.

En 1984 et 1991, il avait été le chef de la Orquesta Nacional Juan de Dios Filiberto, que dirige aujourd'hui Atilio Stampone.

Il a fait de nombreuses tournées dans le monde, il a joué notamment aux Etats-Unis, en Europe et en Asie. Il était jusqu'à sa mort l'un des chefs de l'orchestre qui accompagnait le spectacle Café de los Maestros, actuellement en tournée en Asie, avec les danseurs Aurora Lubiz et Luciano Bastos, qui m'ont fait l'honneur et l'amitié de me confier une photo d'eux pour illustrer la couverture de mon livre.

Osvaldo Requena laisse derrière lui 400 disques comme directeur d'orchestre et accompagnateur de nombreux grands chanteurs et comme pianiste, il a enregistré 800 morceaux. L'un de ses derniers disques était sorti en 2008, il rassemblait de grandes pointures du tango comme Leopoldo Federico et le chanteur José Angel Trelles pour un hommage à l'équipe de football du San Lorenzo, le club du quartier de Almagro, l'équipe préférée de mon ami Alorsa, parce qu'en 2008 les Bleu et Grenat fêtaient leur centenaire : Milonga del Centenario, chez RGS Music.

Pour aller plus loin :
lire la dépêche de Telam du 27 mars 2010
lire l'article de Clarín du 27 mars 2010
lire l'article de La Nación du 27 mars 2010.

A l'heure où je publie cet article, le site de Página/12 ne parle pas de la disparition d'Osvaldo Requena.

Comme à mon habitude dans ce blog lorsqu'une personnalité s'en va, je renvoie aux jours suivants le reste de l'actualité, y compris cet incroyable marathon de tango que la communauté homosexuelle de Buenos Aires a lancé aujourd'hui, pour 42 heures ininterrompues de bals, de cours et de conférence-débats, un peu partout dans la capitale argentine (Monserrat, Balvanera, Almagro, Palermo...). Et le retour sur scène de Alejandro Szwarcman, à Fina Estampa, Camarones 1599, à l'angle avec la rue Donato Alvarez, ce soir, à 22h.

samedi 27 septembre 2008

El día de Almagro [actu]

Carte du quartier d'Almagro sur le site de la Ville de Buenos Aires
Le 28 septembre, c’est la fête du quartier d’Almagro parce que c’est à cette date-là, en 1839, que Julián (d’autres sources l’appellent Juan) de Almagro y de la Torre a acquis la partie nord d’une immense propriété terrienne qui appartenait alors à un certain Carlos dos Santos Valente. L’Argentine sortait alors et des guerres d’indépendance (la Revolución) et des guerres civiles qui l’avait suivie et Juan Manuel de Rosas régnait en dictateur consommé sur Buenos Aires et sa région depuis 1834. Ce Julián ou Juan de Almagro y de la Torre était un puissant personnage puisqu’il avait été, du temps de l’Empire colonial, ministre d'un Vice-Roi du Río de la Plata, le Marquis de Loreto, qui occupa ces hautes fonctions de 1784 à 1786.

L’immense propriété fut très vite connue comme "la Quinta de Almagro" et ce nom resta attaché au lieu. Le maître de céans et sa famille vécurent quelques années dans ce domaine, dans un manoir situé à peu près là où aujourd’hui se croisent les avenues Rivadavia et Medrano et où se trouve donc la célèbre Confitería Las Violetas, qui fait partie du réseau des Bares Notables, les grands cafés historiques de la ville.

Dès 1857, peu de temps après la chute de Rosas (3 février 1852), aux environs de cette esquina, on construisit l’une des premières gares de Buenos Aires, aujourd’hui disparue, la estación Almagro. Plus tard, la esquina devint un arrêt majeur de tramway, la célèbre ligne Lacroze, qui parcourait la ville d’est en ouest, depuis le cimetière de la Chacarita (créé en 1871 pendant l’épouvantable épidémie de fièvre jaune) jusqu’à Plaza de Mayo, le long de l’actuelle Avenida Rivadavia. La construction des parcelles dessinées dans ce vaste ensemble date des années 1870.

Le quartier d’Almagro est connu dans le répertoire du tango pour un très beau morceau, qui porte ce nom, Almagro, composé par Vicente San Lorenzo (nom de plume d’un musicien espagnol). Il est aussi connu pour son club, el San Lorenzo, dont les couleurs sont bleu et grenat et dont l’équipe de foot (professionnelle, s’il vous plaît) a été plusieurs fois championne d’Argentine. Au début de cette année, Osvaldo Requena a sorti un disque pour marquer le centenaire de la fondation de ce club de quartier (Milonga del Centenario, j’en ai parlé dans un article de juillet : vous y trouverez Almagro et plusieurs versions de Boedo, le tango du quartier limitrophe au sud-est). Et j’ai eu déjà l’occasion de vous parler un petit peu d’Almagro aussi dans Chroniques de Buenos Aires, où je vous ai notamment entretenus de la basilique María Auxiliadora y San Carlos (construite en 1901) qui a reçu tout à la fois Carlos Gardel et le premier bienheureux argentin post-indépendance, le jeune Ceferino Namuncurá, qui y fit sa première communion.

Et le lendemain, c’est la fête du quartier Parque Chas, à l’autre bout de la ville !!!!!

mercredi 23 juillet 2008

Quelques disques de l’année (07-08) [Livres ~ DVD ~ CD]

Barajando, Hernán Genovese, Ed. Unión de músicos independientes

Hernán Genovese est un chanteur et compositeur de la jeune génération. C’est le premier disque qu’il enregistre et qui porte son nom. Magnifique voix de basse, un lyrisme et un coffre qui en fera le digne successeur des grands de grands, les Goyeneche, Rivero et Sosa...
Son disque est un subtil mélange de grands classiques comme Sur, Afiches (accompagné par le compositeur lui-même, Atilio Stampone), Nieblas del Riachuelo, Palomita blanca et Arrabal amargo, de morceaux beaucoup moins connus comme Misterio, Barajando, Gota de lluvía o Este bandoneón (des frères Garello, musique de Raúl qui tient le bando, et paroles de Rubén) et deux tangos de sa composition (Habla Gardel et Lanús).
Il partage ce premier album avec 5 autres artistes invités, en plus des deux prestigieux aînés déjà cités (Atilio Stampone et Raúl Garello).

Ce disque est sorti à l’automne 2007 (le printemps là-bas).


Presente, Nora Bilous, Ed. Unión de músicos independientes (2007)

Nora Bilous est une chanteuse et letrista de tango qui écrit sur des musiques de Juan Rivero, qui est aussi l’arrangeur et le chef d’orchestre de l’album. Comme beaucoup de chanteuses d’aujourd’hui, elle chante dans une tessiture grave.

La pochette intérieure s’orne de 3 préambules, signés Raúl Garello, Juanjo Domínguez et Armando Rolón en guise de parrainage pour ce disque qui mélange grands classiques et inédits. Parmi les classiques, Rondando tu esquina, Cristal, Toda mi vida, Baldosa floja, Nostalgias, trois inédits Bilous-Rivero et Lo tengo que pensar de Juanjo Domínguez. Ramiro Gallo a participé à l’aventure gracieusement en accompagnant la chanteuse au violon dans les deux derniers morceaux.
Un seul défaut : il y a une erreur d’intitulé dans la liste des pistes en quatrième de couverture.

Ces deux disques sont à écouter. Ils ne sont pas fait pour le bal...


Dinastia Pugliese, Beba Pugliese, Ed. Fonocal (2007)

La pianiste et compositrice, fille, petite-fille, nièce et mère de musiciens, rassemble toute sa famille dans cet album dont elle assure la direction et les arrangements pour un ensemble de 2 bandonéons, 3 violons, un alto, un contrebasse et un piano. 3 morceaux de son père, Osvaldo Pugliese, 3 d’elle-même (dont une milonga dédiée à son grand-père paternel : Para mi abuelo), deux de son oncle (un tango et une milonga d’Alberto Pugliese, violoniste, chef d’orchestre et compositeur moins connu que son cadet mais néanmoins intéressant) et deux de sa fille, Carla Pugliese, qui a elle-même déjà plusieurs disques à son actif.
Le chanteur Dario Vitale, qui chante souvent avec elle, interprète ici Recién (de Osvaldo Pugliese et Homero Manzi). Et sur accompagnement de Beba Pugliese, Horacio Ferrer récite en deuxième titre leur hommage commun au Maestro, le tango Chicharrita, dont elle donne en bonus une version instrumentale.

Milonga del Centenario, Osvaldo Requena y su orquesta, ed. RGS Music (2008)

Là, ce n’est pas du bal, c’est du foot.
Toute une brochette d’artistes éminents dont Leopoldo Federico et José Angel Trelles (comme chanteur et comme compositeur) fêtent ensemble le centenaire du Club San Lorenzo d’Almagro, celui d’une excellente équipe de foot professionnelle de la ville de Buenos Aires, qui n’en est pas dépourvue. Le poète Héctor Negro, grand amateur de foot devant l’Eternel, est de la partie, qui a écrit Cuando Boedo era Almagro (quand le quartier de Boedo était Almagro), Elegía a la vieja cancha de San Lorenzo (Elégie à ce bon vieux stade du San Lorenzo), tous les deux sur des musiques d’Osvaldo Requena. Le reste du disque est composé de réjouissants pot-pourris de grands standards tangueros et de 3 versions de Boedo (Julio De Caro), d’une d’Almagro (Vicente San Lorenzo) et de créations ad hoc (El Azulgrana, les couleurs du club, bleu et grenat), Alejandro de Almagro (dédié au commentateur sportif Alejandro Apo), De Boedo soy, Milonga del Centenario... et deux versions, une pour ouvrir, une pour fermer de When The Saints Are Marching In (The Saints en question, ce sont les joueurs azulgrana entrant sur le terrain).

Bref, un bon gros gâteau d’anniversaire façon pièce montée pour conclure un vrai asado des familles, de préférence bien arrosé (je parle du vin, pas de la pluie, naturellement).

Tocata para Sexteto, Raúl Garello (et son sextuor), Pichuco Records 2008

Un disque todo Garello, mêlant inédits et reprises.
Côté inédits, Tocata para sexteto ou José (dédié à son petit-fils).
Dans les reprises, les trois morceaux co-signés avec Horacio Ferrer : ¡Viva el tango!, déjà enregistré par Roberto Goyeneche et Gustavo Nocetti, ici interprété par Noelia Moncada (qui chante aussi dans Barajando de Genovese), Homero en flor dédié à Homero Expósito et enregistré avec Horacio Ferrer dans un CD avec version DVD en 2004 (Diálogo de Poeta y Bandoneón, Pichuco Records en CD, Aguila Taura en DVD), La Guita (déjà enregistré par Gustavo Nocetti et repris ici par Jesús Hidalgo) comme Buenos Aires conoce (sur un poème de son frère Rubén) qu’avait créé en son temps Roberto Goyeneche. Six instrumentaux, tous assez longs (pas pour la milonga, donc DJ s’abstenir) et en guise de bonus, deux morceaux enregistrés en 1997 et 2001 avec Hernán Salinas, un chanteur trop tôt disparu (comme Gustavo Nocetti).
A écouter au calme...