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mardi 8 décembre 2009

Festival internacional de Tango Queer à Buenos Aires [à l’affiche]

Affiche extraite du site du Festival

C’est quelque chose qui ne plaît pas à tout le monde là-bas (le machisme argentin, ce n’est pas des blagues), mais qui existe, se maintient et même se développe envers et contre tout (1). Ce festival, iconoclaste à plaisir et à rebrousse-poil des stéréotypes populaires, se déroule depuis hier 7 décembre et jusqu’au dimanche 13, un peu partout dans le centre de Buenos Aires, avec une fête finale et champêtre à Tigre, dans le Delta du Paraná, au nord-ouest de la capitale argentine (voir la promenade du dimanche 30 août dernier et les photos que j’en ai rapportées dans ce blog au mois de septembre). Et si ce festival s’appelle queer, c’est par anglicisme : queer en anglais, c’est "bizarre". A New York et dans quelques villes plus tolérantes et cosmopolites que d’autres aux Etats-Unis, l’adjectif désigne tout ce qui est homosexuel d’une manière un peu moins agressive, voire plus amicale, que d’autres termes, franchement injurieux...

Hier lundi, a eu lieu à 22 h le cocktail d’inauguration avec un Café Concert à Bien Porteño, une salle très en vogue de l’avenue Rivadavia (au n° 1392), avec, entre autres, la chanteuse Lucrecia Merico, que mes lecteurs connaissent bien, venue chanter quelques tangos reos qu’elle chante d’ordinaire avec Valeria Shapira (reportez-vous à mes articles sur ces deux artistes et leur spectacle, Las Minas del Tango Reo).

Ce soir, mardi 8 décembre, à 22h, c’est la fête d’ouverture, avec un bal à la Milonga Tango Queer, haut lieu du tango homosexuel de la rue Perú 571 en plein micro-centro portègne, avec le groupe d’électrotango Debayres (là aussi, ça plaît ou ça ne plaît pas, la plupart des passionnés de tango dénient l’appartenance au genre à ce type de musique assistée par ordinateur).

Demain, rendez-vous dans l’autre haut lieu du tango gay, la milonga La Marshall, dans la rue Maipú 444, là encore dans le centre de Buenos Aires. Au programme, des démonstrations du couple de danseurs Aurora Lubiz et Luciano Bastos (je vous ai quelques fois parlé de la Maestra Aurora Lubiz, récemment parce qu’elle est aussi au Festival Bailemos Tango, qui se tient cette semaine dans un hôtel 5 étoiles de San Telmo et il y a plus longtemps parce que je suis ses cours à la Escuela de Tango Argentino lorsque je me trouve moi-même à Buenos Aires).

Jeudi 10 décembre, à 23h : nuit de gala dans la prestigieuse Confitería La Ideal, à ne pas manquer avec son décor fleurdelysé en hommage à la femme du premier propriétaire, qui était française (Suipacha 380, au 1er étage). Il y aura un orchestre : Los Reyes del Tango, une formation instrumentale qui reproduit le style de Juan D’Arienzo.

Le Festival fête lui aussi en plein air le Día nacional del Tango, vendredi soir, avec une pratique, des démonstrations et un spectacle de... flamenco, au 2450 de la rue Perón.

Retour le lendemain à 23 h pour une nuit de clôture à Bien Porteño et le surlendemain tout se terminera par des chansons par un dimanche au bord de l’eau, toute une journée en plein air à Tigre, agrémentée d’un déjeuner dans l’une des îles du Delta, pour lequel il est impératif de réserver et au plus tôt via le site, multilingue, du Festival.

(1) Même Mauricio Macri, dont le gouvernement, celui de la ville autonome de Buenos Aires, soutient le développement du tourisme homosexuel de luxe dans la capitale argentine, où se construit à Puerto Madero un hôtel 5 étoiles dont on dit qu’il sera réservé à une clientèle gay et lesbienne (!), a finalement fait machine arrière sur. Il a fait appel de l’autorisation judiciaire donnée à un couple d’hommes pour se marier à Buenos Aires et l’affaire est repartie pour un tour.

mercredi 26 novembre 2008

Tango por la igualdad et Festival du Tango Queer [à l’affiche]

Ici même, dans Barrio de Tango, j’ai déjà eu l’occasion de vous parler du Festival International du Tango Queer (1) à propos de la Milonga homosexuelle La Marshall (fondée en 2003) qui organisait alors son propre championnat de danse, moitié sérieux, moitié pastiche, à la suite du Mundial, très officiel et très sérieux, celui-là, de la Ville de Buenos Aires (cf. article du septembre).

Toujours à l’initiative de La Marshall, qui attire aujourd’hui les touristes du monde entier par curiosité ou parce qu’eux-mêmes homosexuels, ils sont bien contents d’avoir leur point de chute dans la capitale argentine, ou, plus exactement, à l’initiative des organisateurs de cette milonga à part, va avoir lieu la semaine prochaine à Buenos Aires le deuxième Festival International du Tango Queer. Aussi avec un peu d’avance sur cet événement, le Teatro Premier, un des théâtres de la Avenida Corrientes (dans les cuadras 1400 à 1600, exactement à la hauteur du n° 1565), donne actuellement un spectacle chorégraphique dansé par 7 hommes, d’âge, de formation et de technique variés, un spectacle baptisé Tango pour l’Egalité, issu d’une recherche artistique et esthétique sur le thème de l’homosexualité conçue comme une des formes légitimes de la relation amoureuse.

Le spectacle a été chorégraphié par Carola Ojeda, une artiste qui a elle-même déjà travaillé avec des grands, comme le danseur Juan Carlos Copes et le pianiste et compositeur Osvaldo Requena, avec la complicité des danseurs qui ont leur part dans l’élaboration du spectacle au cours des répétitions qui furent, au dire de la chorégraphe, autant d’ateliers de recherche. Carola Ojeda s’est aussi déjà distinguée par son travail sur plusieurs spectacles de tango donnés dans les divers Cena-shows de la capitale.

Confiée à un orchestre exclusivement féminin, la partie musicale comporte des grands classiques du tango de scène tel qu’il se pratique à Buenos Aires : Quejas de Bandoneón de Juan de Dios Filiberto (rendu célèbre par Aníbal Troilo), Gallo ciego de Agustín Bardi (rendu célèbre par Osvaldo Pugliese et Horacio Salgán), A Evaristo Carriego de Eduardo Rovira (rendu célèbre surtout par Osvaldo Pugliese mais il en existe aussi un remarquable et tout aussi historique enregistrement par Horacio Salgán). Pour les besoins de ce show, ces dames ont également à leur répertoire des pièces peu connues d’Astor Piazzolla (sur la musique de Piazzolla, seuls des professionnels osent danser. Pour le commun des mortels, il s’avère impossible de s’y risquer). Deux chanteurs, fort peu connus, s’ajoutent à la distribution : Jorge De Brun (qui vient d’Uruguay) et Restivo, si inconnu que même le programme du théâtre hésite sur l’orthographe de son nom. Enfin le spectacle présente une interprétation théâtralisée de La última curda, un tango classique de Aníbal Troilo et Cátulo Castillo, sur un enregistrement de la chanteuse Susana Rinaldi.

Ce spectacle audacieux, qui joue sur les idées toutes faites et l’esthétique traditionnelle du tango et en même temps s’amuse à les bousculer, a été conçu à et pour l’étranger mais le succès remporté à encourager les artistes à venir le présenter pendant tout le mois de novembre en plein Buenos Aires. La première a eu lieu le 7 novembre. La dernière aura lieu ce samedi à 22h. Página/12 lui-même, un quotidien d’ordinaire très prompt à sauter sur tout ce qui dérange et gratouille dans la société portègne, n’en parle que dans son édition du 26 novembre, sous la plume de l’un de ses chroniqueurs culturels, Carlos Bevilacqua, que vous pouvez aussi écouter chaque semaine dans l’année, dans l’émission Fractura Expuesta, disponible en podcasts téléchargeables si vous ne pouvez pas l’écouter en direct le lundi de 22h30 à 24h (heure locale).

Tango por la igualdad tournera cet été (en décembre et janvier) dans l’intérieur de l’Argentine, où il est programmé dans les villes de Córdoba et de Rosario, puis en mars, il repartira vers Hambourg en Allemagne...

(1) Queer : "bizarre" en anglais. A New-York, c’est un adjectif qui désigne l’homosexualité.