mardi 24 octobre 2023

Le monde patronal paraît choisir Massa [Actu]

Sergio Massa, debout, s'exprime pendant la campagne
devant une assemblée de patrons


1) On le connaît déjà, on connaît ses idées et sa manière de gouverner.

2) On s’en est accommodé jusqu’ici et on n’en est pas mort.

3) L’autre est un fou furieux dont on ignore tout de la manière dont il gouvernerait.

Trois bonnes raisons pour les dirigeants économiques argentins de penser qu’il faut voter Massa dans trois semaines, commence-t-on à entendre dans les beaux quartiers, d’après Página/12, le seul quotidien à se pencher sur la question aujourd’hui. Les autres journaux (tous de droite), encore sous le coup de la douche froide de dimanche soir, se tâtent encore pour savoir de quel côté ils vont eux-mêmes faire pencher leur rédaction. Quant au patronat, les journalistes ont encore le temps de le laisser s’exprimer de lui-même et ouvertement.

Or ces derniers mois, dans l’espoir d’aider Patricia Bullrich à l’emporter, ce même patronat argentin menait la vie dure au gouvernement, croyant sans doute affaiblir ainsi le présidentiable de gauche et ministre de l’Economie au profit de la candidate du parti libéral de gouvernement (le PRO, leader de l’alliance électorale Juntos por el Cambio, « ensemble pour le changement »). Ils refusaient de négocier ou de faire des concessions sur les prix pour lutter contre l’inflation des prix au détail et limiter la livraison des produits de sorte que les magasins aient une offre décevante pour leurs clients qui l’auraient alors attribuée à la mauvaise gestion de la crise par ses incapables du gouvernement.

Mais le résultat du premier tour bouscule ces certitudes erronées et sème la panique un peu partout dans les rangs avec l’arrivée à la deuxième place d’un fou échevelé et grossier que les économistes de tous bords avaient la semaine dernière supplié les électeurs d’écarter du pouvoir, y compris le Français Guy Sorman qui a eu Mileí parmi ses étudiants à Buenos Aires et s’est exprimé avec sévérité à son égard depuis l’Espagne dans les dernières minutes de la campagne.

Dans un article intitulé Triple salto arrière au cœur du Cercle rouge (un bastion patronal), Página/12 analyse les rapides changements d’attitude tant dans les argumentaires politiques des responsables patronaux que dans leurs négociations avec le gouvernement.


Temporairement soulagée, la rédaction de Página/12 rigole.
Le gros titre dit : "Ça va bientôt exploser"
Tout autour, les visages des principaux caciques de la droite libérale
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Du côté de Juntos por el Cambio, il semblerait aussi qu’on rebatte les cartes et qu’un certain nombre d’alliés se tournent à présent vers Sergio Massa, qui inspire davantage confiance aux personnes sensées par-delà les divergences idéologiques. De son côté, Patricia Bullrich a jusqu’à présent préconisé de ne voter ni pour l’un ni pour l’autre des deux candidats en lice. On la voit mal assouplir sa posture puisque tout son comportement laisse croire qu’elle est psychorigide. Mileí l’invite toutefois à le rejoindre mais vu toutes les insultes qu’il lui a balancées pendant la campagne, il est permis de douter et de sa sincérité et de la capacité de la candidate battue d’accepter pareille humiliation. L’alliance à droite semble n’avoir plus que quelques jours à vivre.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Ajout du 25 octobre 2023 :
lire cet article de Página/12 sur le raisonnement des dirigeants économiques concernant la stratégie perdante de Mauricio Macri, très tenté depuis longtemps d’apporter son soutien à Mileí.

lundi 23 octobre 2023

La démocratie semble sauvée en Argentine [Actu]

"Un gros coup de Massa", dit le titre jeu de mot
que Página/12 partage pour une fois avec La Prensa
En haut : "Une victoire par KO", à propos de Kiciloff
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Les derniers sondages publiés les mettaient tous les trois au maximum à huit points d’écart dans l’ordre suivant : Mileí, Massa et Bullrich. On était dans la marge d’erreur : erreurs d’interprétation de la part des sondeurs mais aussi cachotteries et « pudeur de gazelle » de la part des sondés.

Hier, le premier tour du scrutin a donné pour la présidentielle un ordre un peu différent mais pas tant que cela, même si les observateurs feignent la plus grande surprise : Sergio Massa emporte la première place, avec 36,7 % des voix exprimées, devançant de près de 7 points son adversaire libertaire et facho à ses heures Javier Mileí, qui clamait qu’il allait être élu au premier tour (soit avec un score net de 45 % ou un score de 40 % à condition de devancer son premier adversaire de 10 points). Quant à Patricia Bullrich, elle s’effondre et voit sans doute se profiler la fin de sa carrière politique (elle n’aura plus aucun mandat pendant les deux ans qui viennent), après une campagne désastreuse, pleine de cris et de hargne et plus encore de dissensions spectaculaires au sein de l’alliance électorale dominée par la droite libérale mais qui rassemblait aussi les radicaux (centre-droit) et les sociaux-démocrates, idéologie ultra-minoritaire en Argentine.

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Il y aura donc à la mi-novembre, dans trois semaines, un second tour entre l’actuel ministre de l’Économie, le très méthodique et très tenace Sergio Massa, et le candidat à demi-fou, qui se rêve en Bolsonaro et en Trump de l’Argentine.

Dans la Province de Buenos Aires, le candidat péroniste à sa réélection, Axel Kiciloff, est réélu gouverneur dès le premier tour, le seul à avoir réussi cet exploit hier.

"Surprise : victoire de Massa et second tour avec Mileí
Débâcle de Bullrich", dit le gros titre
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Dans la Ville autonome de Buenos Aires, un cousin de Mauricio Macri, de la même alliance que Patricia Bullrich, passe si près de l’élection au premier tour qu’il a demandé le recomptage des bulletins. On devrait savoir dans quelques jours le résultat définitif.

Du côté du Congrès, Unión por la Patria (Sergio Massa) emporte le plus grand nombre de sièges mais sans atteindre la majorité absolue. La gouvernabilité des deux assemblées semble donc assez improbable avec un bloc droitier (Bullrich + Mileí) qui comptera plus de voix que celui de Unión por la Patria. Reste à savoir comment les élus de Juntos por el Cambio (Bullrich) se disperseront au gré des séances, comme se dispersent déjà leurs intentions de vote au second tour de la présidentielle : un certain nombre a déjà appelé à voter pour Massa, tant le programme cinglé de Mileí menace l’avenir du pays et sa démocratie.

A ce stade de l’évolution des esprits, ce que nous apprend déjà ce premier tour, c’est que Mileí aurait atteint son plafond lors du scrutin d’août puisqu’il n’a gagné que quelques centaines de voix supplémentaires par rapport à son résultat des primaires. Son parti (ou ce qui en tient lieu), LLA, pour La Liberté Avance, a reculé dans plusieurs provinces par rapport à ce premier scrutin il y a trois mois. De son côté, Sergio Massa a gagné plus de 3 millions de voix par rapport à août et à ses côtés, il a bel et bien déjà le jeune et puissant gouverneur de Buenos Aires, si brillamment réélu cette nuit. D’aucuns disent qu’aujourd’hui, le ministre-candidat exerce déjà l’intégralité ou presque des prérogatives présidentielles, le président en fonction, Alberto Fernández, étant déjà démonétisé en cette fin de mandat sinistrée par l’inflation et les convulsions sociales. En outre, Massa est une bête politique, un tacticien de premier ordre et un homme qui a toujours pu concourir, souvent contre Cristina Kirchner, les postes politiques qu’il convoitait, jusqu’à ce super-ministère de l’Économie dont il a lui-même dessiné le profil il y a deux ans et à son actuelle candidature, arrachée au dernier moment, à quelques heures de l’échéance du dépôt officiel des candidatures, là encore contre les calculs de Cristina, qui s’est d’ailleurs amèrement plainte hier qu’elle n’ait pas été écoutée pendant le mandat sortant (comme si, de son côté, elle écoutait attentivement les autres dans son camp !).

"Massa surprend avec son triomphe
et sera au second tour avec Mileí", dit le gros titre
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Dès le résultat connu, Mileí, déçu et vexé d’avoir raté l’élection au premier tour qu’il avait annoncée à cor et à cri tout au long de ces dernières semaines, a commencé à faire du gringue aux membres de Juntos por el Cambio, qui risquent de lui vendre chèrement leurs voix, eu égard au torrent d’injures avec lequel il les a arrosés depuis plusieurs mois et aux écarts politiques et idéologiques qu’il y a entre lui et beaucoup d’entre eux, nettement plus modérés et raisonnables que Bullrich.

Quoi qu’il en soit, en ce lendemain de scrutin, ces résultats, obtenus avec une participation des plus belles pour l’Argentine, un peu plus de 77 % des inscrits, montrent que les Argentins sont conscients des enjeux, même si, avec leur condescendance habituelle, les observateurs, surtout étrangers, n’ont pas arrêté de prétendre l’inverse ces derniers temps, et que les reports de voix pourraient bien bénéficier à Sergio Massa, de loin le plus présentable, le plus présidentiable et le plus crédible des deux candidats (même si un éditorialiste de La Prensa écrit déjà qu’il faut voter pour l’autre, le seul candidat, selon lui, digne de confiance).

Mais quel pourrait être le sort de la majorité des Argentins en cas de victoire de Mileí et quelle détestable image le pays se gagnerait-il dans le monde s’il installait à la Casa Rosada ce demi-fou grossier, d’une vulgarité sans fond et… en prime aussi mal peigné que mal fagoté !

Trois semaines après le second tour doit avoir lieu, le 10 décembre, la passation de pouvoir entre Alberto Fernández et son successeur. L’Argentine fêtera ce jour-là les quarante ans du retour de la démocratie après sept ans d’une épouvantable dictature militaire qui a laissé environ 30 000 disparus que Mileí ne veut pas reconnaître.


© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Ajout du 24 octobre 2023 :
lire cette analyse de Página/12 sur les données contenues dans les sondages non publiés réalisés la semaine dernière : ils prévoyaient bien la remontée de Sergio Massa au-dessus de Mileí et la chute vertigineuse de Patricia Bullrich. D’où la colère des journaux de droite vendredi devant la dernière affiche de Massa sur les quais des gare ! (voir mon article du 20 octobre 2023)


Ajout du 25 octobre 2023 :
lire cet article de Página/12 qui analyse comment la meilleure mobilisation de l’électorat et les reports de voix par rapport aux PASO expliquent la première place de Sergio Massa.

vendredi 20 octobre 2023

La presse de droite jouerait-elle contre son camp ? [Actu]

En gros titre : la baisse spectaculaire des dépôts en banque
et le cours du dollar qui s'envole sur le marché noir
En-dessous : l'affiche électorale parfaitement lisible
avec les trois prix en pesos (56,23 contre 1 100 pesos)
En plus, cette affiche est minimaliste et se fond dans le décor :
on dirait des horaires de train !
Cela doit faire longtemps qu'ils y réfléchissaient.
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L’équipe de campagne de Sergio Massa, l’actuel ministre de l’Economie et le candidat de la gauche gouvernementale, qui arrive en deuxième position dans tous les sondages publics parus jusqu’à la semaine dernière, vient de dégainer un dernier argument, le dernier jour de la campagne puisqu’on est maintenant entré dans la veda electoral (le silence que doivent respecter tous les candidats 48h avant le scrutin, qui se tiendra dimanche pour le 1er tour, afin de laisser les citoyens réfléchir en paix).

Sur les quais des gares (donc essentiellement à Buenos Aires et dans sa région), sont apparues hier matin de grandes affiches très colorées et très sobres qui comparent le prix du billet actuel, avec une subvention publique que verse l'Etat aux exploitants des transports en commun, avec celui qu’il faudrait payer sans cette subvention que les deux candidats se revendiquant du libéralisme, Javier Mileí (premier dans les sondages) et Patricia Bullrich (troisième) ont promis de supprimer pour alléger le budget national ou pour laisser tout le monde se débrouiller tout seul.

En haut : l'Eglise catholique réagit à une
déclaration du camp Mileí qui a annoncé
la future rupture des relations diplomatiques
avec le Vatican tant que François sera pape
En bas : la belle affiche massiste.
Ce qui est incroyable c'est qu'ils publient une image
où le passager (à droite) n'est même pas encore
passé devant pour occulter ce texte !
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La violence des réactions de Bullrich et des journaux de droite, qui dénoncent une « campagne sale », c’est-à-dire déloyale, et des mensonges éhontés, pourrait bien indiquer que cet argument est très efficace. Leur problème est que selon la loi électorale, plus personne ne peut répliquer. Bien joué donc, côté Massa !

Beaucoup de gens se souviennent encore (ils n’ont guère de mérite à cela) des effets désastreux pour les budgets familiaux des premières décisions économiques de Mauricio Macri, il y a huit ans, lorsqu’en arrivant au pouvoir, il avait supprimé les subventions aux fournisseurs d’énergie : les factures de gaz et d’électricité s’étaient envolées du jour au lendemain, laissant beaucoup de gens dans la précarité énergétique. Les journaux évoquent l’illégalité du procédé. Bullrich porte même plainte devant la justice.

La Prensa se montre plus discrète :
l'information est traitée tout en bas à gauche
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La presse de droite est tellement révulsée qu’elle met l’affiche à la une, avec photo en couleurs en ce qui concerne les deux journaux les plus vendus, Clarín et La Nación ! A première vue, ce choix éditorial relève d’une erreur stratégique : ils donnent du retentissement à un argument de leurs opposants quand ni Bullrich ni Mileí n’ont le temps de concevoir, faire imprimer et distribuer des affiches ou des tracts pour démentir ce raisonnement. Stupéfiant !


La Nación publie même sur son site cette photo d'un écran d'automate
de validation de la carte de transport (SUBE) :
on lit : "Montant payé : 59 pesos. Solde : 3885,94 pesos.
[prix] sans subvention publique : 700 pesos"
SUBE (entendez : "monte !") n'est pas un abonnement mais une carte prépayée
où les trajets sont décomptés au fur et à mesure de l'utilisation du crédit
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Dans les derniers sondages publics, les trois candidats se tenaient dans un mouchoir de poche. Les intentions de vote pour tous les trois présentaient un écart maximum de 8 points, ce qui est peu pour ce nombre de candidats (on est dans la marge d'erreur pour tous), d’autant que deux d’entre eux se disputent le même secteur de l’électorat, la droite partisane de la dérégulation économique et sociale, de la répression brutale (de tout et de n’importe quoi, depuis les voleurs de pomme jusqu’à la corruption en passant par les crimes de sang) et de la réduction de l’État.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

jeudi 19 octobre 2023

Le seuil de pauvreté suit l’inflation [Actu]

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L’INDEC, l’institut argentin des statistiques nationales, aura donc publié les deux principaux rapports mensuels avant le premier tour de scrutin et les chiffres ne sont vraiment pas bons pour le gouvernement sortant. On ne pourra plus dire que l’institution est un laquais de l’exécutif, une réputation qui lui colle aux murs et aux vitres !

Le panier alimentaire qui sert à évaluer le seuil d’indigence a augmenté de 13,2 au cours du mois de septembre, ce qui le met à + 160,7 % sur douze mois.

Le panier complet (alimentation et services élémentaires) a subi une hausse inférieure d’un point, soit un cumul sur douze mois de + 149,1 %.

Javier Mileí, le candidat libertaire crypto-fasciste qui rassemble le plus grand nombre d’intentions de vote, trouve dans cette partie de la population une bonne partie de ses électeurs, aussi invraisemblable que cela soit. Il y a fort à parier que beaucoup de gens comprennent de travers ses promesses folles, notamment celle d’abandonner la devise nationale pour le dollar. Des citoyens croient qu’ils vont ainsi recevoir les allocations en dollar à taux de change de 1 pour 1, un taux de change qui a déjà été pratiqué sous Carlos Menem, dans les années 1990 et qui a contribué, avec sa politique économique générale, à mettre le pays en faillite.

L’information n’apparaît pas à la une des quotidiens de ce jour mais tous la traitent après les remugles de la campagne et l’inquiétante actualité internationale, pendant que le président sortant est parti en Chine faire le point sur les Routes de la Soie avec Xi et Poutine auquel il continue de sourire !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire le rapport complet de l’INDEC (téléchargeable en pdf)

mardi 17 octobre 2023

Página/12 annonce la prochaine sortie en salle du documentaire sur la « Scaloneta » [à l’affiche]

Une du supplément culturel quotidien
de Página/12 ce matin
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Le Grupo Octubre, groupe médiatique auquel appartient Página/12, met actuellement la dernière main à un film sur l’aventure du Mundial au Qatar qui s’est terminée par la victoire de la sélection argentine contre la France et par une nouvelle étoile sur le maillot albiceleste. Elijo creer (je choisis de croire) ou la recette du succès collectif !

Le film sortira le 14 décembre, pour le début des vacances d’été, dans de nombreuses salles dans toute l’Argentine. Il y a fort à parier qu’il fera un grand succès, quels que soient les résultats des élections. A cette date-là, le nouveau président (il apparaît encore peu probable que ce soit une présidente) aura pris ses fonctions depuis quatre jours.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

vendredi 13 octobre 2023

Diffusion d’un documentaire sur Alfonsín, le président du retour à la démocratie, il y a 40 ans [à l’affiche]

"Le tunnel du temps", dit le gros titre
sur cette photo de Raúl Alfonsín il y a 40 ans
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Ce soir, vendredi 13 octobre 2023, le réseau DirecTV diffusera un documentaire produit par Diego Guebel sur Raúl Alfonsín, le président qui gouverné l’Argentine quand celle-ci a renoué avec l’ordre constitutionnel et l’État de droit, il y a quarante ans, après sept années d’une dictature sanglante.

Le documentaire de 110 minutes prend l’histoire à partir de la guerre des Malouines, en avril-mai 1982, puisque cette défaite de l’Argentine devant les forces britanniques a sonné la fin du régime né du putsch de 1977. Les auteurs du long métrage ont tâché de retracer les difficultés de ce rétablissement.

Página/12 publie dans ses pages culturelles une longue interview de Diego Guebel, pendant que d’autres chaînes diffusent d’autres documentaires sur le même sujet.

© Denise Anne Clavilier
www.barrio-de-tango.blogspot.com


Pour aller plus loin :

Encore une inflation mensuelle à deux chiffres : 12,7 [Actu]

Synthèse générale du rapport de l'Indec
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"La caverne d'Ali-Baba" titre Página/12
avec photo du trafiquant
en dessous : Golpe al bolsillo (coup au portefeuille)
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C’est la dernière enquête sur l’inflation que publie l’INDEC, l’institut de statistiques national argentin, avant le 1er tour des élections générales où la nouvelle majorité sera élue, pour les exécutifs municipaux, provinciaux et national, et toutes les assemblées législatives à tous les niveaux.

"L'inflation nous fait mal, et pas qu'un peu", dit le gros titre
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Depuis deux mois, pour août et pour septembre, soit à partir de la première dévaluation du peso, on voit un décrochage où l’inflation passe d’un taux à un chiffre à un taux à deux chiffres. En septembre, l’augmentation moyenne nationale aura donc été de 12,7 %, avec des moyennes générales plus élevées pour 5 d’entre elles.

Synthèse des variations dans le temps et l'espace
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On constate aussi qu’en moyenne nationale, la nourriture se retrouve au-dessus de ce taux de 12,7 %, c’est dire si le phénomène est en train d’empoisonner complètement et le paysage politique et la société argentine tout entière.

"Inflation effrénée : 12,7% en septembre et 138 en 12 mois",
dit le gros titre
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Le cumul depuis le 1er janvier a désormais dépassé le seuil symbolique des 100 % et le cumul sur douze mois frôle les 140 %.


Synthèse des variations régionales
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Tous les journaux ont mis ce matin l’information à leur une même si Página/12 a préféré réserver son gros titre à une arrestation spectaculaire, celle d’un trafiquant de dollars, un malfrat surnommé le Croate, dont le grand-père aurait été membre du parti nazi de ce pays et aurait trouvé refuge en Argentine malgré un ordre d’arrestation international. Il s’agit de ce qu’on pense être le plus gros spéculateur. Il semble avoir exercé dans la « City », le quartier d’affaires (la photo montre ce qui ressemble à la rue San Martín). Dans la rue parallèle, Florida, la grande rue commerçante du centre de Buenos Aires, les employés de ces trafiquants font l’article, hurlant « Cambio, cambio », à chaque fois qu’ils voient passer ce qui ressemble à un touriste. Dans des échoppes glauques, ils font du change au marché noir qu’on appelle en Argentine le cours bleu (dollar blue).

"L'inflation effrénée : elle a été de 12,7 en septembre
et elle frôle déjà les 140% en un an", dit le gros titre
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© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

Le neveu de León Gieco fait partie des otages du Hamas [Actu]

León Gieco en concert


L’auteur-compositeur interprète León Gieco, grand artiste du folklore et du rock argentin, a déclaré sur un de ses compte publics que l’un de ses neveux fait partie des otages capturés en Israël par le Hamas samedi dernier.

L’Argentine a une quinzaine de ressortissants ou de binationaux disparus et peut-être emmenés de force à Gaza et pleure de nombreux morts. Plus d’un millier de citoyens sont en cours d’évacuation en urgence par un avion militaire argentin qui fait l’aller-retour entre Tel-Aviv et Rome, d’où les rapatriés prendront un vol commercial pour Buenos Aires.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

jeudi 12 octobre 2023

Plainte contre Mileí pour ses déclarations qui déstabilisent la devise nationale [Actu]

"Déstabiliser", dit le gros titre
sur cette photo de l'affreux candidat
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Depuis plusieurs jours, Javier Mileí (photo ci-dessus), qui arrive premier dans tous les sondages d’opinion avec de 30 à 35 % des intentions de vote au premier tour (pas assez pour être élu du premier coup), se répand en critiques incendiaires et grossières contre la devise nationale qu’il prétend faire disparaître au profit du dollar US s’il devient président. Il donne également des conseils de ne pas opérer certaines opérations en pesos. A l’aéroport international, certaines compagnies commencent à refuser des paiements dans la devise nationale pour certains services.

Alberto Fernández, le président sortant, estime que ces critiques et ces conseils, qui n’ont pas de légitimité, provoquent la panique qui se traduit en une montée spectaculaire du dollar sur le marché officiel et le marché noir, où il a dépassé les 1000 pesos avant-hier.

"Plaintes contre Mileí, descente de police
et nouvelles mesures de contrôle pour freiner le dollar",
dit le gros titre.
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Alberto Fernández a donc déposé plainte au pénal contre deux candidats de ce camp, Mileí lui-même et l’un de ses candidats locaux, qui éructe de la même manière. Selon la presse de droite, il n’aurait pas consulté Sergio Massa, le candidat péroniste, qui est aussi l’actuel ministre de l’Economie mais les enjeux électoraux sont trop importants pour qu’on fasse confiance à ce genre d’analysé à cette hauteur de la campagne. La presse d’opinion peut mentir, de tous les côtés.

Patricia Bullrich, la candidate de la droite libérale plus raisonnable que Mileí, que tous les sondages mettent en troisième position, à deux ou trois points derrière Massa (autour de 25%), hausse elle aussi le ton contre son adversaire et lui reproche de trahir le pays en l’incendiant avec ses théories économiques irresponsables.

"Le Président accuse Mileí de la montée [du dollar]
et le libertaire [Mileí] réplique : On va droit à l'hyper-inflation",
dit le gros titre
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Javier Mileí a répondu par de nouvelles critiques saignantes contre l’actuel gouvernement, sur qui il fait porter la responsabilité complète de toute la crise économique actuelle.

Il va falloir que la justice s’empare de cette plainte et la traite dans les plus brefs délais : le premier tour se tiendra dimanche en huit.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mercredi 11 octobre 2023

Hommage de la presse argentine à Jorge Lavelli [ici]

Adieu à l'avant-garde, dit le gros titre
du supplément culturel quotidien de Página/12 ce matin
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Le metteur en scène de théâtre et d’opéra était argentin et son pays natal se souvient de lui. Il est décédé en France, à l’âge de 90 ans.

Jorge Lavelli avait fait pratiquement toute sa carrière en France et de là, il avait aussi rencontré le succès international. Il s’était établi dans le pays en 1960 à l’âge de 28 ans.

A Paris, il avait fondé le Théâtre national de la Colline et il en avait été le premier directeur.

La une de Clarín hier, dominée par la crise
du change (au marché noir, le dollar est arrivé à 945 pesos
et ce matin, il avait franchi les 1000 pesos)
et par la manifestation de soutien à Israël à Buenos Aires
En haut à droite, une mini-photo du disparu
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Gravement malade, il avait disparu de la vie publique il y a plusieurs années.

En France, sa disparition a été discrètement saluée puisque depuis le 7 octobre, l’actualité est submergée par les attentats terroristes subis par les civils de tous âges en Israël qui nous rappellent l’horrible année 2015.

En Argentine, où l’actualité est remplie par l’enjeu politique des élections générales dont le premier tour se tiendra dans dix jours et où les événements survenus au Moyen-Orient touchent beaucoup l’opinion publique, du fait de leur gravité, comme partout ailleurs, et parce qu’il y a eu aussi de nombreuses victimes argentines, dont une vieille dame de 80 ans, sans parler de la crise économique qui entraîne le pays dans les profondeurs, les journaux ont tout de même trouvé un peu de place pour lui rendre hommage.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

mardi 10 octobre 2023

Festival de courts métrages à Oberá cette semaine [à l’affiche]

L'affiche fait apparaître clairement l'identité guaranie de la région


Ce soir, mardi 10 octobre 2023, le village de Oberá, tout au nord de l’Argentine, dans la province de Misiones, à la frontière avec le Paraguay, commence la 14e édition d’un petit festival de courts-métrages accompagnés de concerts, de soirées festives et de rencontres.

Le festival exploite plusieurs thèmes, dont le cinéma étudiant et le cinéma amérindien.

Il a une dimension internationale et met à son programme des œuvres venant de la plupart des pays voisins.

Une section du festival est consacrée aussi à l’étude et à la projection de longs métrages vers lesquels le court conduit les jeunes cinéastes.


Le village de Oberá est situé tout près des chutes d’Iguazú. Il abrite une coopérative artisanale de yerba mate qui produit une plante bio, longuement vieillie et fumée, au goût très prononcé, long en bouche. Pour moi, l’une des meilleures yerbas mate d’Argentine. L’une des plus chères aussi. Impossible à trouver à l’export.

Ce festival cinématographique de début de printemps, lorsque le climat est encore clément à cette latitude, durera toute la semaine.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article du journal local, El Territorio (nommé ainsi en souvenir du premier statut de cette région, qui n’a pas tout de suite accédé à la dignité de Province autonome)

La UNla se lance dans la fabrication de bandonéons [Actu]

L'information est traitée en une
de cette édition platense de Página/12
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La Universidad Nacional de Lanús, située dans la banlieue sud de Buenos Aires, vient de mettre en place un département qui étudiera et améliorera la fabrication du bandonéon, cet instrument emblématique du tango, tout en contribuant à en produire. Solution offerte aux musiciens qui subissent de plein fouet la pénurie d’instruments neufs.

La fabrique historique des meilleurs bandonéons, qui a rouvert ses portes il y a vingt ans dans l’ex-RDA, après la confiscation des locaux pendant les quarante ans qu’a vécu ce pays inféodé à l’Union soviétique, n’est pas en mesure de répondre au marché argentin en quantité et en qualité. Les processus artisanaux du facteur original allemand se sont définitivement perdus avec sa mort, pendant la Guerre froide, et la disparition de ses ouvriers les uns derrière les autres.

Les quelques tentatives qui se sont déjà montées en Argentine et singulièrement à Buenos Aires n’ont pas bénéficié de l’appui dont elles auraient eu besoin de la part des pouvoirs publics. Mauricio Macri, alors chef du Gouvernement de la Ville Autonome de Buenos Aires, s’est même arrangé pour flinguer un projet artisanal de grande qualité au profit d’un prétendu « Polo Bandoneón » dont on attend toujours qu’il fonctionne.

Le gouvernement national a pris des mesures pour interdire la sortie du territoire des instruments de plus de quarante ans mais il n’est pas sûr que la loi soit toujours correctement appliquée. Quant aux collectionneurs, ils font le reste en conservant par devers eux des bandonéons anciens, ce qui entrave le fonctionnement du marché de seconde main au détriment des instrumentistes, en activité ou en formation.

L’université de Lanús lance donc son propre chantier pour produire des instruments baptisés Pichuco, le surnom du bandonéoniste le plus illustre de Buenos Aires, Aníbal Troilo. Ils ont trouvé des solutions pour se procurer des matériaux capables de remplacer ce qu’utilisaient originellement les ateliers historiques de Saxe, là où l’instrument est né au milieu du 19e siècle avant d’entamer un long voyage vers le Río de la Plata, sans doute dans les bagages d’un immigrant musicien.

Souhaitons à ces courageux universitaires beaucoup de chance pour faire prospérer leur entreprise.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 (édition de La Plata), qui oppose dans son titre cette démarche de l’université à la violence d’un des candidats à la présidence, Javier Mileí, qui parle en permanence d’« y aller à la tronçonneuse ». S’il gagne, cette université a de gros risques de disparaître.

samedi 7 octobre 2023

Esa te la debo : de la murga au CC Caras y Caretas ce soir [à l’affiche]


La murga Se te la debo (celle-là, je te la dois) se produira ce soir, samedi7 octobre 2023, à 21h, au Centro Cultural Caras y Caretas, Venezuela 330, qui appartient au groupe médiatique Octubre, propriétaire de Página/12.

Ce groupe de musique carnavaleuse est né en 2016, pendant le mandat de Mauricio Macri, en réaction contre la politique ultra-libérale de ce dernier, qui a abouti à l’endettement inouï du pays, que la pandémie du Covid a fini d’achever deux ans et demi plus tard.

Dans leur nouveau spectacle, intitulé Sobreviviendo una vez más (survivant une fois encore), le groupe, fort de huit musiciens sur scène, chantera avec son humour habituel la situation politique en Argentine qui vit la dernière ligne droite de cette effarante et désolante campagne électorale qui menace d’aboutir à la présence de Javier Mileí au second tour, un candidat tout à la fois libertaire et crypto-fasciste au programme cauchemardesque.

Entrée : 3 000 pesos argentins.

© Denise Anne Clavilier


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