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jeudi 12 décembre 2013

Vers une refondation de la police ? [Actu]

"En ayant omis de penser la police, la démocratie a contracté une dette"
selon Raúl Zaffaroni (en photo de profil)
Página/12, édition de ce matin

Mardi, les festivités des trente ans du retour à la démocratie n'ont pas pu se réaliser dans l'atmosphère triomphaliste que l'on pouvait attendre, la crise déclenchée la semaine dernière à Córdoba ne le permettait pas : une grève de la police provinciale, retranchée dans ses locaux et refusant de sortir, a en effet entraîné une vague de saccages, les voyous étant assurés d'une complète impunité (puisque les forces de l'ordre étaient absentes). Cela d'abord dans cette capitale provinciale puis, les jours suivants et par un effet domino, dans plusieurs autres Provinces comme Catamarca, Tucumán ou Santa Fe, dont les unités de police, dépendant des Gouverneurs, se sont retirées elles aussi de l'espace public pour réclamer des revalorisations salariales... On déplore beaucoup de morts (onze selon les chiffres d'hier). Pour de nombreux commerces détruits et supermarchés vidés, la saison des fêtes est d'ores et déjà perdue. Et il y a encore des biens particuliers (voitures, immeubles) endommagés, incendiés ou cambriolés par les hordes déferlantes de pillards déchaînés.

Buenos Aires et sa région, malgré leur forte densité urbaine, ont échappé à cette rage soudaine...

Les événements ont inspiré au duo Daniel Paz et Rudy une vignette à l'humour noir :


Purée ! Les pillages sont encore plus impressionnants quand on les voit sur cette télé interactive de 40 pouces que j'ai tirée au magasin !
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Dans son discours de mardi, au Museo Nacional del Bicentenario, la Présidente a accusé l'opposition d'avoir ourdi cette cascade d'événements. Or le même type de phénomène avait existé l'année dernière, à la même saison (début de l'été, préparation des fêtes de fin d'année et approche des grandes vacances) comme en 2010 dans le quartier prolétaire de Villa Soldati à Buenos Aires (d'où il est difficile d'écarter complètement la provocation délibérée de la part d'un secteur de la droite réactionnaire). Voir mes articles de décembre 2010 sur le sujet. Mais il est un fait que cette fois-ci, Buenos Aires est indemne. Or s'il y a bien une ville qui est gouvernée dans l'opposition irréductible à Cristina, c'est celle-là. Le calme de Buenos Aires ne plaide donc guère en faveur de la manipulation délibérée de la violence par les forces politiques, surtout quand celle-ci éclate à plusieurs endroits à la fois...

Certains observateurs ont affirmé que cette fois-ci, on n'avait pas affaire à une révolte de miséreux (1) mais à des troubles de l'ordre public directement imputables à une faute professionnelle et déontologique des forces de l'ordre, qui ont préféré l'affirmation de revendications corporatistes au devoir d'assurer la sécurité des biens et des personnes dans un pic d'activité commerciale.

L'épiscopat a appelé tous les responsables à assumer chacun son rôle, gouvernements provinciaux, gouvernement national et toutes les forces de police confondues (police fédérale, gendarmerie et polices provinciales, l'écheveau des niveaux de compétences apparaissant de plus en plus complexe et plus propice au désengagement de toutes les parties prenantes qu'à la prise en charge du travail concret à réaliser sur le terrain).

Toujours est-il qu'aujourd'hui, les kirchneristes patentés, les sympathisants du Frente para la Victoria et autres compagnons de route du gouvernement en place, ONG des droits de l'Homme en tête (2), soutiennent eux aussi la thèse de Cristina, pour le moins sujette à caution (en l'état de l'enquête judiciaire, à peine entamée, l'explication est tout de même un peu simpliste pour un phénomène qui a pris une telle extension aussi rapidement même si, dans le contexte sud-américain, le complot ultra-libéral est une hantise pour toute la gauche et lui donne donc de la crédibilité).

Une du 10 décembre 2013
"Encore un mois de décembre chaud : 
le Gouvernement a qualifié les agissements des policiers
et les tentatives de pillage "d'actions délibérées
pour provoquer le chaos" et la déstabilisation.
Le Ministère de la Justice a parlé "d'un réseau organisé"
et ordonné une enquête sur les liens entre les vols et les manifestations policières.
Il y a eu un mort à Concordia, un autre à Jujuy
et un autre [dans la Province de] Chaco.
Tous les groupes [politiques] parlementaires
ont dénoncé le comportement illégal de la police..."
Notez que pour la photo,
la rédaction a jeté son dévolu sur des gueules de barbouzes carabinées...

Si je n'ai rien dit jusqu'à présent sur ces tragiques incidents, c'est que j'attendais de voir s'ils relevaient du fait divers affreux et crapuleux mais ponctuel (ce fut le cas l'année dernière, où il n'y a eu que des dégâts matériels dans quelques supermarchés) ou s'ils correspondaient à un phénomène politique plus profond. Or de toute évidence, même s'ils ne sont peut-être pas politiquement significatifs en eux-mêmes (ce qui reste à vérifier, bien entendu), ces événements sont en tout cas capables d'enclencher sinon de véritables réformes du moins, dans un premier temps, une réflexion de fond sur l'organisation des pouvoirs publics en Argentine.

Il y a quelques mois, la Préfecture maritime à Buenos Aires avait vu les marins et leurs sous-officiers se retrancher dans la caserne, sans aucune violence mais à la plus grande frayeur des citoyens hantés par le souvenir des putschs militaires passés, pour des inquiétudes similaires à celles des policiers (une rumeur absurde avait couru selon laquelle la solde du mois ne serait pas versée). Le constat avait été fait du manque abyssal de communication entre la base et la hiérarchie (surtout le haut commandement), un peu comme cela se passe dans nos usines appartenant à de grands groupes internationaux et dont on voit aussi les ouvriers pris de soudains accès de violence incontrôlée et incontrôlable. Des mesures radicales avaient aussitôt été prises dont la partie visible avait été le renouvellement complet de l'Etat-major de la Préfecture. Mais l'ensemble du problème relevait alors du seul ministère de la Défense. Ce n'est pas le cas aujourd'hui où les mutins dépendent de gouverneurs différents et autonomes par rapport aux autorités fédérales.

Il est donc possible que la répétition du même phénomène, avec des conséquences concrètes plus graves puisqu'il s'agit cette fois-ci de la police, permette de poser sur le tapis des questions de fonds. C'est ce qu'annonce peut-être l'intervention de Raúl Zaffaroni, juge à la Cour Suprême fédérale, dans les colonnes de Página/12, le seul quotidien à ouvrir ses pages à ce magistrat original qui plaide en toute occasion pour la démocratisation progressive des institutions (3), avec un discours mesuré et solidement argumenté, ce qui est loin d'être la norme dans une Argentine qui reste idéologiquement très divisée et dont la vie politique et institutionnelle est passablement irrationnelle (4).

En résumé, Raúl Zaffaroni explique que la police argentine reste marquée par des traditions répressives qui datent de l'Ancien Régime, qu'elle manque de canaux de communication entre les différents échelons hiérarchiques par lesquels auraient dû transiter les inquiétudes sociales des fonctionnaires et qu'elle est toujours organisée d'abord et avant pour protéger l'Etat (contre l'ennemi extérieur ou intérieur) et des institutions à peine républicanisées (5) plutôt que le citoyen affronté à la violence, à la délinquance et au crime organisé. Pour lui, la police n'est pas assez au service de la Justice, dont elle devrait être l'auxiliaire (comme dans des démocraties plus anciennes, en Europe, au Canada, aux Etats-Unis...). Pour lui, il faut désormais créer ce qu'en France on appelle une "police de proximité", qui soit implantée au  niveau local (municipalités, départements) et soit au fait des réalités quotidiennes des gens, des entreprises, des espaces publics...

Très intéressant point de vue mais il y a encore loin de cette analyse technique, réfléchie et équilibrée, d'un pénaliste et constitutionnaliste distingué à une mise en pratique politique concrète et consensuelle...

Pour aller plus loin :
C'est tout l'intérêt de lire ce quotidien : il participe à la recherche de solutions concrètes quand les autres journaux, tous dans l'opposition à l'actuel gouvernement, cherchent surtout à entretenir le scandale, voire la peur, en soulignant l'impuissance ou l'incapacité de celui-ci, pratique partisane assez stérile puisqu'elle ne contribue en rien à l'élaboration d'un Etat de droit dont par ailleurs cette presse fait mine de réclamer l'avènement à cors et à cris. Il faut dire aussi que la majorité tient des propos péremptoires caricaturaux, comme cette récente déclaration de la présidente de Madres de Plaza de Mayo qui estime que la seule phase démocratique effective des trente dernières années, ce sont les dix ans de gouvernement Kirchner. Il faut avouer qu'il y a de quoi énerver plus d'un opposant !


(1) Les vandales auraient plutôt été des gens bien intégrés, ayant du travail, voire un emploi qualifié, bref des gens de la classe moyenne. Les types de commerce pillés semblent significatifs de leur niveau social. Des observateurs ont dit qu'un certain nombre de pillards ont dû profiter des événements pour se servir en biens de consommation auxquels il leur est difficile d'accéder, dans des circonstances ordinaires, à l'intérieur d'un budget qui reste contraint au moment même où la sortie de crise du pays et le matraquage publicitaire des fêtes de fin d'année attisent la soif de consommation somptuaire (articles de haute technologie et vins auraient été particulièrement touchés).
(2) Estela de Carlotto pour Abuelas de Plaza de Mayo et le Prix Nobel de la Paix Pérez Esquivel.
(3) Ce en quoi il est sans doute l'un des membres les plus démocrates des hautes instances judiciaires dans la mesure où le propre de la démocratie est bien de se mettre sans cesse à jour et d'évoluer en permanence avec la société.
(4) Au reste, cela s'est vu ailleurs sur la planète. Notamment à Washington il n'y a pas si longtemps quand une petite minorité ultra-idéologisée s'est retrouvée à deux doigts de pouvoir mettre l'Union en faillite !
(5) Je travaille actuellement sur une anthologie de documents historiques sur l'époque révolutionnaire où l'on voit bien comment les nouvelles institutions, au fur et à mesure qu'elles se sont créées, ont repris la presque totalité des symboles (et donc des attributions et modes de fonctionnement) des instances coloniales bourboniennes, avec la seule différence, qui paraissait suffisante aux yeux des contemporains, que désormais ces pays étaient administrés en nom propre, par des indépendantistes, et non pas pour le compte du roi d'Espagne.

Clins d'œil de Rudy et Paz aux trente ans de démocratie [Actu]

Deux dessins sur la une de Página/12 hier et ce matin toujours dans le même esprit polémique qui est celui de notre duo d'humoristes, le dessinateur Daniel Paz et l'auteur ex-psychanalyste Rudy...

Hier


Le jeune de l'oligarchie : Trente ans depuis que Alfonsín a accédé au pouvoir
Le vieux : Alfonsín, un exemple celui-là !
Le jeune : Mais que dites-vous là ? Vous ne vous souvenez pas comme il nous a combattus ?
Le vieux : Si, mais il a eu le bon goût de perdre vite.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Les deux auteurs font allusion aux accusations qui ont été adressées à Alfonsín d'avoir très vite laissé les anciens tenants du pouvoir (en sous-main) le reprendre sous d'autres prête-noms. En l'occurrence, c'est Carlos Menem qui est visé avec sa politique néo-libérale dans le sillage de Reagan (voir mon article sur l'exposition sur l'industrie argentine Marche-Arrêt).

Ce matin


Le vieux réactionnaire (c'est l'été en Argentine : quand on vit de ses rentes, on barbote au bord de la piscine) : Ils célèbrent la démocratie, ils célèbrent les droits de l'Homme. Eh bien moi, je te pose la question : il n'y aurait pas quelque chose à célébrer pour tout le monde ?
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Ces dessins signent l'appartenance à la gauche militante de leurs auteurs...

Reportez-vous à mes articles du début de cette année sur le bicentenaire de l'Assemblée de l'An XIII que la droite argentine avait soigneusement boycotté - cette première assemblée législative et constituante qui a justement eu le mérite d'importer en Argentine les principes des droits de l'Homme...

dimanche 8 décembre 2013

Grande fête mardi sur Plaza de Mayo [à l'affiche]


Mardi prochain, à 15h, sur Plaza de Mayo, un concert géant de musique populaire nationale, réunissant les trois genres contemporains que sont le tango (c'est rare de le voir aussi bien représenté dans ce type de manifestation), le rock nacional et le folclore fêtera les trente ans du retour à la démocratie.

Il est impossible de citer tous les artistes qui passeront sur scène dans ce seul article, ils sont trop nombreux mais parmi eux on trouve :
les chanteurs Adriana Varela, Susana Rinaldi et Ariel Ardit, les bandonéonistes Rodolfo Mederos et Leopoldo Federico ainsi que l'orchestre ponctuel composé de musiciens illustres et baptisé Selección Nacional de Tango
les folkloristes Chango Spasiuk, Horacio Guarany, Jaime Torres, Teresa Parodi et Victor Heredia (ces deux derniers sont toujours de la partie pour leur obédience kirchneriste)
les rockeurs León Gieco et Gustavo Santaolalla (eux aussi très proches politiquement de l'actuelle Présidente).

Il est un peu surprenant de ne pas lire le nom de Litto Nebbia dans cette liste, lui qui avait été le grand ordonnateur des concerts au pied de l'Obélisque il y a trois ans, en mai 2010.

Un troupe d'acrobates fera aussi partie de la fête et il y aura des projections sur la façade immaculée (prions pour qu'elle le reste !) du Cabildo, à la nuit tombée sans aucun doute.

A 18h se tiendra la cérémonie officielle et politique, dans le Musée national du Bicentenaire (1), avec une oratrice principale (et à peu près unique), Cristina Fernández de Kirchner, et la présence de tous les présidents de la démocratie encore en vie, y compris des gens particulièrement contestés, pour ne pas dire haïs, par le pouvoir en place. Un beau geste de rassemblement où il n'est pas interdit de voir un effet très secondaire de l'élection d'un Argentin au Vatican : il semblerait que le personnel politique tente quelque peu de mettre en pratique, encore que fort timidement et avec lenteur, les appels à la réconciliation et à la tolérance qu'il ne cesse de leur lancer depuis son exil blanc...


Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 de ce matin.


(1) Ce musée, situé sous la Casa Rosada et Plaza Colón, fait partie du programme du séjour culturel que je vous propose à Buenos Aires du 24 avril au 8 mai prochain avec l'agence française de tourisme solidaire Human Trip.

Il y a trente ans : les souvenirs de Ricardo Alfonsín et de Estela de Carlotto [Actu]

"Au seul président capable de nous démontrer que
tout ce qu'on nous apprend à l'école peut être vrai !"
A Raúl Alfonsín, avec gratitude et affection
Quino, 31 octobre 1988
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Dans le cadre des célébrations du trentième anniversaire du retour à la démocratie, qui sera fêté mardi en grande pompe, Página/12 publie ce matin deux interviews, celle de Ricardo Alfonsín, député radical (assez virulent) et fils du premier président de la récupération démocratique, et celle de Estela de Carlotto, la présidente, sympathisante kirchneriste, de Abuelas de Plaza de Mayo. Tous deux racontent "leur" 10 décembre 1983, le premier dans l'entourage immédiat du président qui prenait possession de sa charge, la seconde dans la foule qui l'acclamait, sur Plaza de Mayo, alors qu'il prononçait son discours inaugural depuis le balcon du Cabildo, ce balcon duquel le 25 mai 1810 on avait proclamé l'abolition de la vice-royauté, l'abolition de l'Ancien Régime et la constitution d'un gouvernement collégial révolutionnaire, qu'on allait appeler Primera Junta (voir mes articles sur la Semaine de Mai, dans la rubrique Petites Chronologies, en partie médiane de la Colonne de droite).

Raúl Alfonsín, le 10 décembre 1983, sur le balcon du Cabildo
En bas, la foule sur Plaza de Mayo
au fond, la colonnade française de la cathédrale de Buenos Aires

Bilan d'un mandat présidentiel avec ses hauts et ses bas, avec ses réussites et ses échecs et surtout avec ses difficultés que l'on a tendance à minimiser ou à ignorer trente ans plus tard de la part du député, avec quelques étonnantes phrases de gratitude à l'égard de Cristina pour son attitude envers son père vieillissant et malade. Ricardo Alfonsín avoue aujourd'hui qu'il a été surpris par la vague de popularité qui s'est manifestée autour du souvenir de son père au moment des funérailles (voir mes articles à ce propos).

Bilan de trente ans de vie démocratique où les pouvoirs publics, justice et police, n'auront finalement jamais pris en charge ce qui leur revenait dans un Etat de droit : la recherche des disparus et des enfants volés. Abuelas reste l'enquêteur en chef, malgré l'âge de plus en plus avancé des militantes qui s'épuisent dans ce combat depuis tant et tant d'années.

Pour aller plus loin :

Expo "Made in Argentina" à l'ex-Esma pour les 30 ans de démocratie [à l'affiche]

C'est une exposition qui se tient depuis le 27 novembre et jusqu'au 12 décembre à Palermo, dans le campus de l'ex-Esma, au pavillon de l'ONG des droits de l'Homme H.I.J.O.S (qui rassemble des enfants de disparus sous la dictature), Avenida del Libertador 8200.

Son titre exact est Industria Argentina Apadaga Encendida (Industrie Argentine, Arrêt/Marche). Elle retrace d'une manière politique et avec un discours partisan assumé la manière dont sous la Dictature l'industrie argentine a été systématiquement détruite par les pouvoirs publics pour livrer le pays au marché nord-américain et comment avec le retour de la démocratie il y a trente ans et notamment ces dix dernières années (ce qui correspond aux mandats présidentiels des Kirchner, mari et femme) ce secteur de l'économie nationale a pu récupérer une autonomie, des savoir-faire, des investissements et des plans de développement à court, moyen et long terme.

Un mate de porcelaine
et son support en cuir
Para concretar su modelo de sumisión y dependencia, la dictadura cívicomilitar desapareció y persiguió a militantes que luchaban por un país para todos, sin exclusión, una sociedad con justicia social y valores solidarios. También destruyó al sistema capaz de desarrollar los propios recursos, la producción y el trabajo para la autonomía, en favor de unos pocos.
De esta manera cerró la posibilidad de generar por nosotros mismos productos argentinos. La destrucción contra el tejido socio productivo continuó en los ’90, profundizando el plan económico neoliberal implementado por el terrorismo de estado.
En la última década, con una fuerte decisión política, recuperamos la industria en todo el país. Recuperamos aquello que nos provee de bienes portadores de identidad y soberanía, de trabajo y desarrollo autónomo.
La industria argentina encendida, vuelve a ser motivo de orgullo.
Ministère de l'Industrie argentin

Pour concrétiser son modèle de soumission et de dépendance, la dictature civico-militaire a fait disparaître et poursuivi des militants qui se battaient pour un pays ouvert à tous, sans exclusion, une société de justice sociale et de valeurs solidaires. Elle a aussi détruit, au bénéfice de quelques uns, le système qui était capable de développer ses propres ressources, la production et le travail qui assure l'autonomie.
C'est ainsi qu'elle a fermé la possibilité de créer par nous-mêmes les produits argentins. La destruction du tissu socio-productif a continué dans les années 1990 (1), creusant encore le chemin économique néolibéral mis en place par le terrorisme d'Etat (2).
Dans la dernière décennie, grâce à une forte détermination politique, nous restaurons l'industrie dans tout le pays. Nous restaurons ce qui nous fournit en biens porteurs d'identité et de souveraineté, de travail et de développement autonome.
L'industrie argentine en marche redevient un motif de fierté.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

En Europe, on restera stupéfait devant certains produits mis en valeur par l'exposition, car il s'agit essentiellement d'objets quotidiens, à faible valeur technologique, ceux que nous-mêmes nous avons souvent, notamment en France, complètement désinvestis et dont, avec un grand mépris, nous avons délocalisé la production pour aller très loin les faire fabriquer par des gens mal payés et sans protection légale. En Argentine, un peu comme Arnaud Montebourg dans sa marinière, on est fier de montrer que les bouilloires, les postes de radio, les réfrigérateurs, les grilles de barbecue ou les mates sont fabriqués à l'intérieur des frontières. Et au lieu d'en sourire comme nous en avons la tentation, nous ferions bien d'en prendre de la graine car il ne faut pas passer à côté non plus des machines agricoles (qui se vendent dans le monde entier), de l'industrie du médicament (qui ne produit certes que du générique pour le moment mais ça changera) et de la reprise d'entreprises par leurs salariés, un modèle de gestion qui donne d'excellents résultats là-bas.
Depuis les débuts de la colonisation, les Argentins savent ce que cela coûte de dépendre d'une industrie étrangère pour tout et n'importe quoi, y compris les objets les plus utiles dans la vie de tous les jours... Les titres des conférences et débats organisés dans le cadre de cette exposition nous laisseront rêveurs : "Le design pour l'intégration sociale", par exemple...

Mettons alors de côté le ton presque martial de cette communication ministérielle (3) qui peut nous paraître hors de propos, voire franchement agaçante ou ridicule, et, resituant les choses dans leur contexte, intéressons-nous à ce que nos amis argentins nous racontent avec leurs bouilloires, leurs allumettes, leurs gazinières, leurs chaussures de sécurité et leurs ampoules à basse consommation Industria Argentina (4).


L'entrée est libre et gratuite, de mercredi à vendredi de 15h à 20h.

Pour en savoir plus :
lire la page de l'exposition sur le site Internet du Ministère de l'Industrie (qui propose l'ensemble du catalogue à télécharger en pdf, un catalogue fort intéressant à lire, malgré le plaidoyer pro domo que font des rédacteurs tendancieux -en Argentine, mais tout ce qui touche à l'histoire est tendancieux)
lire l'article de Página/12 de ce matin, dernier dimanche de la manifestation.


(1) Et pan sur le bec de Carlos Menem. Cela se justifie d'ailleurs quand on sait à quelle catastrophe cette fièvre de l'ultra-libéralisme et du tout-financier des années 1990 a conduit le pays : au krach de Noël 2001.
(2) L'autre façon de désigner la dernière dictature militaire.
(3) Un ton aligné sur celui de la militance des droits de l'Homme du pavillon qui accueille la manifestation.
(4) En Argentine, on ne dit ni n'écrit jamais Made in Argentina, une expression rappellerait trop la mainmise des Etats-Unis, et avant eux de l'Angleterre, sur l'économie nationale. On réserve ça aux gadgets fabriqués en Chine qui sont vendus aux touristes à Caminito ou aux chutes d'Iguazu. Sur tous les produits nationaux, y compris alimentaires, on tamponne un fier et tonitruant : Industria Argentina.

lundi 2 décembre 2013

La milonga de la Démocratie à la Maison de l'Argentine [ici]


Samedi 7 décembre 2013, à 20h, la Maison de l'Argentine, à la Cité Internationale Universitaire de Paris, 27 boulevard Jourdan, Paris 14, M° et tramway Cité Universitaire, propose une milonga pour fêter les trente ans du retour à la démocratie en Argentine (10 décembre 1983, avec la prestation de serment du Président Raúl Alfonsín)...

Restauration légère et typiquement argentine en vente sur place (empanadas et vins argentins).

Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles.