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samedi 8 août 2026

San Cayetano croule sous le boulot [Actu]

"En plus de la terre, du pain et du travail", dit le gros titre
sur cette photo de la manifestation sans doute
à l'angle des avenues de Mayo et 9 de Julio
au cœur de Buenos Aires
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Pan, Paz, Tierra, Trabajo (pain, paix, terre, travail) réclamaient hier les manifestants de la San Cayetano dans toute l’Argentine.

San Cayetano (saint Gaëtan en français) est le saint patron du pain et du travail auquel ont recours les croyants (parfois pas si croyants que cela) qui souhaitent améliorer leurs conditions de vie en trouvant du travail et donc du pain. Tous les 7 août, sa fête catholique agit comme un baromètre pour évaluer la situation économique et sociale.

Le gros titre porte sur le ministre de la dérégulation
qui semble en difficulté à l'intérieur du gouvernement
Dans la colonne de droite : annonce de l'inflation mensuelle
à Buenos Aires en juillet (2,9%), une hausse importante
En bas : Clarín a vu hier une Plaza de Mayo à moitié vide
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Comme tous les ans surtout depuis le covid et encore plus depuis l’arrivée de Javier Milei au pouvoir (comme par hasard), hier, ils ont été très nombreux, ce qui était particulièrement visible à Buenos Aires où il est de tradition de faire se succéder le pèlerinage jusqu’au sanctuaire de Liniers, un quartier très pauvre situé dans l’extrême ouest de la capitale, puis la manifestation sociale et politique, organisée par les syndicats, qui va de Liniers jusqu’à Plaza de Mayo (de l’autre côté de la ville) pour présenter les revendications du peuple aux dirigeants, censés être en train de travailler à la Casa Rosada, à l’extrémité orientale de cette place fondatrice du processus révolutionnaire de mai 1810. En l’occurrence, Milei n’y était pas : il était en Colombie pour l’investiture du nouveau chef d’État qu’il veut intégrer dans un bloc d’extrême-droite en Amérique du Sud, comme il a fait la semaine dernière avec l’investiture présidentielle à Lima, au Pérou.

Au cours de la messe à Liniers, l’archevêque de Buenos Aires a rappelé une nouvelle fois que la situation était inacceptable : la hausse des prix est telle que même les gens qui travaillent n’ont trop souvent pas de quoi satisfaire leurs besoins élémentaires.

Le gros titre est pour l'homélie de l'archevêque :
"L'Eglise a critiqué le modèle économique
et elle en appelle au gouvernement
pour les pauvres et les endettés"
En dessous : des violences lors de la manifestation
de jeudi dernier, contre la loi de "propriété intégrale"
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Cette année, les participants ont ajouté à la revendication traditionnelle une demande concernant les terres, que Milei vient d’échouer à vendre à des investisseurs nationaux ou étrangers, et la paix, puisque Milei estime que l’Argentine (pays neutre pourtant) est entrée en guerre contre l’Iran parce qu’il suit aveuglément Donald Trump et qu’il vient de se fâcher avec les autorités brésiliennes en insultant Lula à São Paulo, ce à quoi Brasilia a répondu en retirant son ambassadeur de Buenos Aires et en demandant au représentant argentin de quitter le Brésil et de rentrer chez lui.

L’une des banderoles de la manifestation promettait de « reconstruire l’Argentine ». Et il y a du boulot !

*
* *


Hier, sur LCI, j’ai encore entendu une ancienne ambassadrice de France, devenue panelliste, déclarer de manière péremptoire qu’on s’était certes bien moqué de Milei et de sa tronçonneuse lors de sa campagne électorale mais qu’en fait, économiquement, le pays s’en sortait très bien. Comme tout bon toutologue de plateau qui se respecte, elle ne sait même pas de quoi elle parle.

Vignette de Une de Página/12 aujourd'hui
Le premier : L'an dernier, je suis allé voir San Cayetano
pour demander du travail et il m'en a trouvé...
Cette année, j'y suis retourné
Le second : Pour rendre grâce ?
Le premier : Non, pour en demander un autre en plus...
Avec un seul, je ne m'en sors pas.
(Traduction © Denise Anne Clavilier)

Depuis le 10 décembre 2024, date de la prestation de serment de Milei, l’Argentine a perdu plus de 341 000 postes de travail déclaré (trabajo formal ou en blanco, par opposition avec le travail au noir, en negro). Un tiers des chômeurs mettent un an ou plus à retrouver du travail… C’est pour cela que San Cayetano ne risque pas d’en manquer, lui !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín qui se concentre sur l’homélie de l’archevêque de Buenos Aires (les autres évêques ont tenu des propos similaires chacun dans son diocèse)
lire l’analyse de cette homélie signée dans La Nación par son éditorialiste spécialisé en religion

samedi 9 août 2025

Jeudi, San Cayetano a connu les grandes foules [Actu]

"Le gouvernement est en guerre contre les travailleurs",
dit le gros titre reprenant des propos des manifestants
ici sur Plaza de Mayo
En haut : l'ancienne ministre des Affaires étrangères
de Mileí a fait des déclarations dévastatrices contre le président
Dans une interview, elle a estimé que l'appui de Mileí à la crypto-monnaie
qui fait scandale prouve "ou bien qu'il n'est pas très intelligent
ou bien qu'il est quelque chose comme corrompu"
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Le 7 août comme tous les ans, les Argentins ont fêté San Cayetano, le saint qui veille sur ceux qui ont besoin de pain et de travail. Comme tous les ans, l’affluence dans les sanctuaires et la participation aux processions servent de baromètre social et cette année, la San Cayetano a démontré qu’il y a vraiment beaucoup de monde qui cherche un toit, du travail, du pain. Les sanctuaires étaient pleins. A Buenos Aires, la file d’attente pour entrer dans la minuscule église du quartier de Liniers et faire ses dévotions au saint qu’elle honore faisait le tour de plusieurs pâtés de maison.

Les évêques ont souvent prononcé des homélies soulignant la nécessité d’une politique de redistribution des richesses et de soutien aux plus vulnérables, les pauvres, les chômeurs, ceux qui travaillent au noir, les handicapés, les retraités.

En bas, une photo qui prend soin de ne pas montrer la foule
avec cette citation épiscopale : "Personne ne se sauve seul"
En haut, le lancement de la campagne de LLA (le parti de Mileí)
dans un coin très pauvre de la province de Buenos Aires
avec ce slogan volé à la gauche : Plus jamais
Le mot d'ordre des militants des droits de l'homme contre
la dictature militaire de 1976-1983
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Les statistiques officielles prétendent que le taux de pauvreté est le plus bas jamais enregistré : il serait de 31 %. Ah bon ? Avec une telle foule à la San Cayetano ? On ne dirait pas.

Chose exceptionnelle : la journée s’est terminée par une grosse manifestation sur Plaza de Mayo, pour protester contre la politique de Mileí. Or Plaza de Mayo est située à l’autre extrémité de la ville. De San Cayetano de Liniers à Plaza de Mayo, on doit traverser Buenos Aires d’ouest en est sur plus d’une dizaine de kilomètres. Il est d’ailleurs probable que les gens n’étaient pas tous les mêmes aux deux endroits, les fidèles étaient sans doute plus nombreux à Liniers et les syndicalistes à Monserrat.

En bas, la banderole de LLA et son slogan cynique
En haut : "L'Eglise se joint à la revendication de l'opposition
en faveur des retraités et plus d'argent pour les handicapés"
Dans la colonne de droite, au milieu, les propos polémiques
de l'ancienne ministre des Affaires étrangères
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Trois quotidiens nationaux en ont fait leur Une hier. Clarín a soigneusement évité de mettre une photo. Quant à La Nación, elle n’en parle même pas en une et il faut fouiller dans le site pour trouver l’article qu’ils ont publié.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12
lire l’article de Rosario/12, l’édition locale de Página/12, sur l’événement dans la province de Santa Fe
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín sur les prises de position des évêques
lire l’article de Clarín sur la manifestation de Plaza de Mayo
lire l’article de La Nación

mardi 8 août 2023

San Cayetano : un grand millésime, hélas ! [Actu]

Fidèle à la tradition humoristique et calembouresque
de sa une, Página/12 inverse ce matin l'expression consacrée :
au lieu du Santo del Trabajo (le saint patron du travail),
le journal iconoclaste et irrévérencieux titre :
"le travail du saint", sur cette photo
de la statue du saint, à main droite en entrant dans l'église
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En Argentine, San Cayetano, connu en français comme saint Gaëtan, est le saint patron du pain et du travail. Sa fête, tous les 7 août, est l’occasion de grands pèlerinages dans les sanctuaires qui lui sont dédiés. Il y en a partout. Chaque province, pour ne pas dire chaque diocèse a le sien. Et par les temps qui courent, ceux où la nourriture coûte de plus en plus cher avec une inflation qui dépasse désormais les 100 % l’an, nul ne peut s’étonner qu’hier le pèlerinage ait connu un grand succès. Le 7 août est un véritable baromètre socio-économique dans tout le pays.

A Buenos Aires, la paroisse San Cayetano est située à Liniers, un quartier très populaire à la limite ouest de la ville. L’église se trouve tout près de l’autoroute, la General Paz, qui ceinture le côté occidental de la capitale. Tout autour d’elles, s’est établi un essaim de petits commerces qui ne payent pas de mine. Les façades sont un peu déglinguées. Les enseignes très colorées ont été peintes à la main par le patron lui-même à la fois en cuisine et au comptoir. Il y a peu, le quartier était intensément animé par les abattoirs aux bœufs qui ont depuis déménagé en très, très grande banlieue.

Autre journal, autre appartenance politique,
autres choix éditoriaux !
En gros titre, le cours du dollar (la devise nationale dévisse)
Juste à côté, à droite, un petit appel au sujet de l'homélie de l'archevêque
En dessous : la photo censée illustrer l'union de la droite avec
l'ancien président Mauricio Macri, son cousin qui se présente à l'exécutif de Buenos Aires
et qui tient le téléphone pour faire ce selfie,
l'actuel chef de cet exécutif, qui vise la présidence,
et la patronne du PRO, le parti de la droite ultra-libérale
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Cette année, à Buenos Aires, c’était la première grande manifestation catholique pour le tout nouveau primat d’Argentine nommé au lendemain de la fête nationale du 25 mai, Monseigneur García Cuerva, connu pour son ouverture aux questions sociales. Inutile de dire qu’il était attendu au tournant pas les observateurs politiques dans cette toute dernière ligne droite avant les primaires obligatoires et générales (PASO) qui vont déterminer dans quelques jours ceux des candidats qui auront le droit de se présenter au premier tour en octobre, les uns parce qu’ils arriveront en tête de leur mouvement politique, les autres parce qu’ils auront dépassé le seuil légal qui a été fixé afin d’écarter les candidatures beaucoup trop marginales.

Copie conforme ou inversement avec La Nación
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Le très jeune archevêque n’a pas déçu : dans son homélie, il a parlé travail, salaire, inflation et coût de la vie devant une assemblée pleinement concernée, le pèlerinage amenant au sanctuaire tout ce que la ville et parfois la banlieue sud compte de laissés pour compte du marché du travail et des comptes en banque tranquilles : « Aucune bourse n’est à la hauteur [de l’inflation des prix], a-t-il déclaré. On en peut pas vivre juste avec de la polenta et du riz ».

En bon pasteur, fidèle au modèle de François, il a aussi fait une tournée des petits commerces et des ateliers du coin pour bénir le travail des diocésains. D’où quelques images pittoresques et néanmoins pleinement authentiques dont les journaux se régalent ce matin.

"Ce que tu as dans ton porte-monnaie,
cette maudite inflation le mange", dit le gros titre en jaune
sur une autre photo d'une autre statue du saint
dans la même église de Liniers
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Par ailleurs, la délégation amérindienne venue à pied de Jujuy il y a quelques jours pour réclamer à cor et à cri aux pouvoirs publics fédéraux l’annulation de la réforme constitutionnelle dans leur province a, elle aussi, accompli le pèlerinage en vue de faire entendre ses revendications sur ses terres que le très droitier et de plus en plus autoritaire gouverneur entend livrer à l’avidité sans foi ni loi des grandes multinationales minières pour l’exploitation du lithium contenu dans le sous-sol de ces splendides montagnes. Or Liniers est habité par des très nombreux Argentins venus des provinces pauvres du nord-ouest (dont Jujuy) ainsi que des pays voisins, Paraguay, Bolivie et Pérou. Les commerces locaux le montrent très bien. Ce secteur de la mégalopole est plein de petites cantines boliviennes et péruviennes où des habitués viennent (ou venaient) manger sur le pouce : ouvriers du bâtiment ou des travaux publics, habitants du quartier, chiffonniers en route pour leurs bidonvilles et jusqu’à il y a peu, peones (ouvriers agricoles) des abattoirs voisins.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lundi 8 août 2022

Une saint Cayetano très fréquentée [Actu]

Nous avons tous mal à l'Argentine, dit le gros titre
sur cette photo d'une manifestation qui se recueille
autour du statuette de San Cayetano
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Chaque 7 août, les Argentins fêtent la San Cayetano (saint-Gaëtan), le saint patron du travail et du pain. C’est une fête profondément populaire qui rassemble les plus pauvres d’entre les pauvres, notamment les chômeurs et les travailleurs sans droit, qui vivent au noir dans tous les domaines de leur vie.

Chaque année, c’est aussi l’occasion d’écouter les évêques partout dans le pays mais surtout à Buenos Aires : leurs homélies donnent la « météo » du moment dans le magistère catholique. Et cette année avec l’inflation record et les problèmes économiques de toutes sortes qui assaillent la classe moyenne et les plus vulnérables, on pouvait s’attendre à des manifestations monstres aussi bien du côté religieux que du côté social. On n’a pas été déçu !

La Vierge de Luján était elle aussi mobilisée par les mouvements sociaux
hier à Buenos Aires
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Ajoutez à cela que c’est la première année que la messe de la San Cayetano redevient présentielle après les deux années de pandémie et de restrictions sociales en tout genre. Il y avait donc foule dans tous les sanctuaires du saint dans tout le pays et donc en particulier dans le quartier de Liniers à Buenos Aires où se trouve la paroisse la plus emblématique en ce qui concerne cette pratique catholique.

De l’autre côté, les organisations sociales, syndicats et autres associations populaires, ont envahi la plus large avenue de Buenos Aires, la 9 de Julio, qui s’est trouvée noyée sous les banderoles et les prières de rue puisque les revendications socio-politiques (salaire de base universel, mesures contre l’inflation et pour le contrôle des prix, revalorisation des minimums sociaux) s’accompagnaient de processions sauvages avec statues de saint en prime. Un slogan a particulièrement attiré l’attention de Página/12 : « Ce n’est pas le travail qui manque mais les droits des travailleurs ». Une formule qui traduit tout de même un progrès social. Il fut un temps pas si éloigné où c’était bien le travail qui manquait.

La photo principale montre le cardinal Poli
bénissant la foule
Notez qu'il a remis le masque devant la recrudescence du covid
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Le cardinal Poli, archevêque de Buenos Aires, qui présidait la messe en plein air cette année, dans le patio de l’église et avec une assemblée fervente réparties dans les rues alentours, a prononcé une homélie que les observateurs de droite estiment sévère contre le gouvernement, analyse que Página/12 ne semble pas partager. Comme d’habitude, en fait, il a redit qu’il y avait une injustice économique fondamentale en Argentine, un pays riche qui regorge de toutes sortes de ressources et où la pauvreté atteint des niveaux diamétralement opposés à cette richesse nationale.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

sur la fête religieuse
lire l’article de Página/12

samedi 14 mai 2022

La presse dit adieu au Marché de Liniers [Actu]

"I'm a poor lonesone cowboy", non ?
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Il aura fallu attendre ce matin, après les dernières enchères sur le territoire de Buenos Aires dans la journée d’hier, pour que Página/12 et La Prensa s’intéressent à cet événement qui marque un avant et un après dans l’histoire de Buenos Aires.

Quant aux deux autres quotidiens d’envergure nationale, qui ont accompagné l’événement pendant la semaine, ils mettent l’info à la une ! Les articles imprimés sont à peu de choses près ceux qu’ils avaient publiés en ligne ces derniers jours.

Dans Clarín ce matin !

La Nación consacre au défunt marché aux bestiaux deux pages complètes de son édition de ce matin. Clarín lui accorde six colonnes et la photo occupe plus de la moitié d’une des deux pages concernées.

On ne peut pas ne pas penser à l’indicible nostalgie qui saisit les Parisiens dans les années 1970 lorsque les Halles, qui avaient inspiré Émile Zola et de nombreux cinéastes, quittèrent les pavillons Baltard pour rejoindre Rungis et devenir un M.I.N, fonctionnel, commode, moderne, mais sans plus aucun lien avec la culture du pays ou de la ville.

A Cañuelas, l’historique Mercado de Hacienda deviendra le M.A.G. Tout aussi désenchanté qu’un M.I.N. Plus aucun fantôme littéraire ne hantera les lieux. Mais ce sera plus propre, plus large, plus confortable pour tout le monde et plus agréable pour travailler.

"Le Marché de Liniers a fermé et on cherche à éviter
une occupation illégale des lieux", dit le gros titre
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Ce matin, le Marché aux bestiaux de Liniers est devenu un univers de cartes postales anciennes. Comme dit Horacio Ferrer, le voilà « tombé dans le souvenir » (1).

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :



(1) Très beau tango sur la nostalgie de la Buenos Aires de son enfance et de sa adolescence : El tranvía que se cayo en el recuerdo, que j’ai traduit dans Deux cents ans après, le Bicentenaire de l’Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, Tarabuste Éditions, 2010.

vendredi 13 mai 2022

Mercado de Liniers : un dernier au revoir au dernier jour du fonctionnement [Actu]

Carlos Durand est retraité mais il travaillait toujours


Aujourd’hui, vendredi 13 mai 2022, le marché aux bestiaux de Liniers ferme ses derniers stands pour rouvrir définitivement à Cañuelas.


Oscar Badolato était le vendeur de café officiel
du marché.
On le voit là avec tout son équipement de thermos en tout genre
En ville, ces marchands ambulants ont leur matériel
sur un petit chariot. On les hèle directement au passage

A cette occasion, Clarín dressait hier sur son site Internet le portrait de deux modestes travailleurs du marché : le vendeur de café ambulant qui sert depuis 44 ans petits noirs et demi-crèmes dans les allées qui séparent les enclos et un bouvier à cheval, qui a fière allure en haut de sa monture.

Un bouvier

Aujourd’hui, ce sont d’autres portraits plus pittoresques les uns que les autres que proposent le site du journal.

Un contremaître

Avant-hier, le quotidien s’arrêtait sur les activités qui se tiennent autour du marché et qui risquent de disparaître : restaurants, taxis

Photo d'archive non datée
Visite des clients à cheval avant les enchères

Nostalgie, nostalgie !

Une équipe de commissaires-priseurs de nos jours

C’était le dernier lieu de culture authentiquement rurale qui résistait dans une capitale argentine qui a vécu de l’activité agricole pendant les quatre premiers siècles de son existence depuis sa fondation en 1580. La mégapole sera désormais exclusivement urbaine. Ce sont des racines culturelles qu’on arrache au profit d’une organisation plus fonctionnelle.

Luciano Louge, patron éleveur de la ville de Olavarría
à environ 300 km de Buenos Aires

Les 43 hectares du marché devraient faire l’objet d’un vaste chantier immobilier, selon une loi votée par la Legislatura en 2019, à moins que différents collectifs locaux ne viennent dès ce soir les occuper façon ZAD : les organisations de sans-abris, les coopératives de travail populaire, les associations culturelles et artistiques ne manquent pas dans ce coin pauvre de Buenos Aires, laissé pour compte par le gouvernement local qui n’aspire qu’à faire des affaires partout et à tout gentrifier en faisant fuir les habitants les plus modestes, au lieu d’améliorer leurs conditions de vie. Clarín se fait même l’écho de ces revendications des habitants du quartier.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Clarín d’avant-hier
lire l’article de Clarín hier
lire l’article de Clarín d’aujourd’hui
lire le dossier de La Nación en ligne aujourd’hui (il est riche d’archives photographiques).

mercredi 11 mai 2022

L’historique marché aux bestiaux quitte Liniers [Actu]

Une de Campo, supplément hebdomadaire
de La Nación consacré au secteur agraire
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Le marché aux bestiaux de Liniers, où grossistes en viande, restaurateurs et bouchers de quartier vendant au détail, venaient traditionnellement choisir sur pied les bovins dont ils récupéreraient ensuite les carcasses à la sortie de l’abattoir voisin, va fermer ses portes pour s’installer à Cañuelas, une petite ville du sud-ouest du Gran Buenos Aires.

Dominé par la couleur brune, le marché de Liniers en vue satellitaire
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Le marché, Mercado de Liniers, est actuellement opéré, sous un contrôle public, par un concessionnaire. Une bonne centaine de personnes y occupe un travail salarié, les unes sous l’autorité du concessionnaire et les autres dans les services régulateurs. Plus de deux mille acteurs économiques travaillent au marché (vendeurs, acheteurs, consignataires, courtiers, transporteurs, vigiles, vétérinaires, etc.). D’après les chiffres avancés par Mercado de Liniers pour aujourd’hui, ce marché a accueilli 7 211 bovins transportés par 216 bétaillères. Cela vous donne une petite idée du monument économique dont il s’agit.

Le plat principal du dernier déjeuner au Mercado de Liniers

Le marché a été implanté à cet endroit en 1884 afin d’éloigner le champ de foire du cours du Riachuelo, la rivière qui ceinture Buenos Aires à l’ouest et au sud puis se jette dans le Río de la Plata. Le Riachuelo avait une fâcheuse tendance à déborder parfois plusieurs fois par an avant que des travaux hydrauliques viennent réguler ces caprices. Le marché était alors le lieu des transactions commerciales et des activités semi-industrielles annexes, comme celles du traitement du cuir. Quatre ans plus tôt à peine, la ville de Buenos Aires venait de se séparer de la province homonyme et avait acquis son autonomie, en guise de conclusion d’une guerre civile qui avait suivi la guerre d’indépendance et avait ensanglanté le pays pendant soixante ans, de 1820 à 1880. La paix civile était enfin acquise et l’heure de la prospérité semblait vouloir sonner, au moins pour les grands propriétaires agraires dont l’hégémonie sur la société tout entière n’était plus contestée (la défaite des partis populaires avait momentanément fait taire toute opposition).

Les acteurs du marché de Liniers pour un dernier déjeuner
dans les vieilles installations

Les premières infrastructures en dur ont été construites en 1889. La première bête abattue sur place l’a été en mars 1900, au détriment des abattoirs historiques, situés un peu plus au sud-est, dans le quartier qui leur doit toujours son nom, Mataderos, et dont l’activité ne put résister bien longtemps. En 1899, le tramway arrivait jusqu’au marché et une gare ferroviaire, toujours en activité, la dernière station dans Buenos Aires avant la banlieue, s’implantait entre le marché et la petite chapelle de San Cayetano (saint Gaëtan, en français), devenu aujourd’hui un sanctuaire de la piété populaire et de la foi du charbonnier pour tout Buenos Aires et une bonne partie de sa banlieue ouvrière. A l’orée du XXe siècle, la modernité des installations était telle que le coin reçut le surnom alors valorisant de Nueva Chicago (c’était avant la Prohibition).

Page 4 de Campo, édition de samedi dernier
"Histoires et souvenirs de ceux qui ont forgé
l'un des grands succès de l'élevage argentin"
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C’est à ce vaste marché de Liniers que l’on doit le gros de l’exode rural qui a marqué la société portègne au moment où celle-ci donnait naissance au tango tel que nous le connaissons. Le genre est en effet né dans ces années-là des fusions successives et rapides entre d’une part les traditions musicales des pampas avoisinantes, dont provenaient les gauchos qui accompagnaient les troupeaux et dont un certain nombre s’embaucha comme manœuvre au marché, ouvrier ferroviaire, machiniste de tramway ou ouvrier dans les abattoirs ou les tanneries et d’autre part le flot des immigrants majoritairement européen (mais pas que) qui commençaient eux aussi à arriver en masse de l’autre côté de la ville, dans le port où s’amarraient les paquebots transatlantiques (aujourd’hui le récent et très luxueux quartier de Puerto Madero).

Le marché de Liniers ferme donc un à un ses emblématiques enclos à ciel ouvert, les Viejos Corrales, où les animaux au dos noir se serraient à l’heure de la vente, faisant admirer leur musculature d’athlètes à des capitalistes avides de bénéfices et de braves artisans de la gastronomie nationale. Une dernière fois, un grand déjeuner à l’air libre a réuni les acteurs du marché autour d’un puchero géant, ce pot-au-feu argentin roboratif où la viande vient couronner une belle montagne de légumes d’hiver cuits au bouillon. Un plat pour les forts des halles. Un délice à savourer à la saison froide (pour autant qu’il y en ait une à Buenos Aires – enfin !, les Portègnes affirment que c’est bien le cas. Les Français de métropole, quant à eux, trouvent qu’il ne fait pas si froid que ça, même au cœur de l’hiver !)

Campo, samedi dernier, page 5
Ces images ne sont pas du folklore
C'est l'activité du marché au quotidien
(sauf en bas)
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Ces jours-ci, La Nación, qui est LE quotidien par excellence du patronat agraire, y va de sa nostalgie avec une série d’articles par ailleurs fort intéressants… Un musée s’est installé dans une partie des bâtiments historiques. Il a sans doute vocation à y rester pour témoigner du passé du quartier.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article d’hier sur ce dernier déjeuner festif

dimanche 8 août 2021

Première San Cayetano présentielle en pandémie [Actu]

"La peur ne nous a pas paralysés", clame le gros titre
sur une photo d'une Plaza de Mayo pleine à craquer
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Tous les 7 août, l’Argentine populaire célèbre la fête de San Cayetano (saint Gaëtan), qui est le patron du travail et du pain. Bien entendu, dans la crise qui touche le monde entier, le pauvre saint a du pain sur la planche.

"La situation est presque désespérante", dit le gros titre
en citant Mario Poli, l'archevêque de Buenos Aires
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Comme tous les ans, sauf l’année dernière, il y a eu à Buenos Aires une messe au sanctuaire dans le quartier excentré de Liniers, tout à l’ouest de la ville, messe présidée par le cardinal Mario Poli en personne, comme le veut la coutume. Après la messe, ce fut le temps de la traduction sociale et politique : les syndicats et les organisations populaires de toute espèce,, notamment le mouvement coopérateur très présent dans les bidonvilles et parmi les ouvriers qui travaillent en autogestion, ont organisé une gigantesque manifestation. Une foule bon enfant de tous âges, composée de travailleurs manuels, de chiffonniers, de travailleurs sociaux, d’animateurs de quartier, exerçant souvent leurs activités au noir faute de pouvoir la déclarer (l’économie informelle occupe sans doute à ce jour au moins la moitié des actifs), a ainsi traversé la ville, à pied, d’ouest en est, de Liniers à Plaza de Mayo, pour réclamer des mesures sociales, des aides aux petites entreprises autogérées (qui ont beaucoup souffert sous la précédente présidence, sans parler de la crise sanitaire) et même l’instauration d’un revenu universel, tout à fait utopique dans la situation actuelle du pays.

L'info n'a droit qu'à un titre secondaire,
à droite à la hauteur de la photo
"Démonstration de force des piquets de grève
de la majorité", dit le titre
(Les piquets de grève désignent en bloc
toutes les organisations sociales militantes)
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Le bon taux de primo-vaccination (plus de 50 % de la population globale) et l’allègement des règles sanitaires, entré en vigueur le jour même, ont bien aidé, à n’en pas douter, à faire de ce rendez-vous le succès que montrent les photos y compris celles affichées à la une des journaux de droite, dont les titres ne cachent pas l’aigreur que cette foule et cette apparente pagaille inspirent à l’opposition.

"Les organisations sociales ont montré au Gouvernement
leur pouvoir de mobilisation", dit le gros titre
Pour un journal qui répète que la popularité du gouvernement
est en chute libre dans les sondages,
cette manifestation tombe peut-être mal...
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L’année dernière, la messe avait été célébrée sans fidèle et retransmise par la télévision diocésaine. Les gens ne pouvaient pas sortir de chez eux. Il n’y avait donc pas même eu les traditionnelles interminables files d’attente pour les confessions et les dévotions au portrait de San Cayetano à l’intérieur de la petite église paroissiale, à deux pas de la gare de Liniers.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa, centrée sur les déclarations épiscopales relatives à la pauvreté dans le pays
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación, paru pendant que se déroulait la manifestation et transcrit au passé dans la version papier, comme on le voit en une. Il est vrai que la rédaction est en configuration dominicale et qu’elle n’a peut-être pas eu le loisir de modifier la page d’accueil du site, qui ne comportait aucun article sur le sujet ce matin.