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| Montage de Une pour servir de gros titre : "Nous sommes tous Adorni", prétend Mileí Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Depuis quelques mois, Manuel Adorni est le Jefe de Gabinete (chef du Cabinet), un terme emprunté au système institutionnel britannique. Il désigne le gouvernement (l’ensemble des ministres, hors chef d’État), un emploi attesté dans la France de l’Ancien Régime quand on parlait du cabinet du Roi. En terminologie francophone, c’est donc le Premier ministre. Cependant son champ d’action est bien plus restreint que celui de son homologue de la Ve République. Le Jefe de Gabinete se contente de coordonner le travail des ministres entre eux et d’assurer la liaison entre ceux-ci et le président. En aucun cas, il n’est le chef de la majorité (si tant est qu’elle existe comme telle, ce qui n’est pas le cas actuellement). Le Jefe de Gabinete ne joue aucun rôle, même pas fictif, dans le choix des ministres et il ne répond que de lui-même devant le président, en toutes circonstances, comme devant le Congrès, lors des séances de questions au gouvernement. S’il démissionne, il n’entraîne personne avec lui.
La semaine dernière, le
titulaire du poste, qui estime « se casser le dos » (me
deslomo) au service du pays, a emmené avec lui, pour se sentir
moins seul (ce sont ses propres explications), son épouse dans un
voyage aux États-Unis,
d’abord du côté de Miami pour signer l’accord du prétendu
Bouclier des Amériques avec Donald Trump et les autres chefs d’État
d’extrême-droite du continent, puis à New York où se tenait la
Argentina Week, destinée à attirer en Argentine des investisseurs
états-uniens. La dame a donc voyagé à bord de l’avion
présidentiel puis elle a été logée avec son époux dans des
palaces d’un standing inouï. Le tout aux frais du contribuable,
même si Adorni s’époumone en cherchant à nous démontrer le
contraire.
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| La presse de droite préfère traiter le sujet en seconde place Ici, en haute à gauche, avec une photo du ministre Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Or, avant d’être ministre,
Adorni n’avait pas de mot assez acide contre la casta, la
caste, l’establishment dirait-on en franglais, l’élite au
pouvoir ; il s’agissait alors des péronistes entourant
Alberto Fernández et Cristina Kirchner. Ces gens qui osaient,
paraît-il, voyager aux frais du contribuable pour aller s’amuser
un peu partout sur la planète, critique que Adorni formulait aussi
contre des voyages tout ce qu’il y avait de plus officiel. Or le
nombre de déplacements des ministres actuels semblent battre tous
les records, les chiffres du précédent gouvernement inclus. Pris le
doigt et même les deux mains dans le pot de confiture, Manuel Adorni
ne sait plus à quel saint se vouer pour s’en sortir.
Ajoutez à cette triste situation qu’il n’est guère aidé par ceux de ses amis dont la langue fourche, volontairement ou non. C’est ainsi qu’un animateur de télévision pro-Mileí, appartenant au cercle intime du ministre, qui avait invité le couple d’amoureux il y a quelques temps dans le manoir rural qu’il possède en Uruguay, a avoué que Adorni avait payé l’avion-taxi ami qu’il lui avait recommandé avec « l’argent de l’État ». Les autres ministres ont beau jurer, la main sur le cœur, « croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer » que le très cher Manuel a bien réglé tout seul la facture du voyage de sa dulcinée aux États-Unis ou que le surcoût en a été si faible qu’on ne le distingue même pas dans la facture globale, que le scandale prend de l’ampleur dans toute l’Argentine. Même la presse de droite se moque des lamentables explications du ministre. Le scandale vient de déboucher sur une plainte devant les tribunaux. L’enquête est ouverte.
Manuel Adorni pourrait donc bien
avoir à répondre un jour devant un magistrat de l’emploi qu’il
fait de l’argent public. Lui et à peu près tous ses collègues
puisqu’on ne peut que constater que le train de vie des membres du
gouvernement ne correspond en rien à ce qu’il devrait être,
surtout en cette période de coupe budgétaire à tous les étages,
sous prétexte de résorber le déficit budgétaire national.
Ainsi donc, pendant qu’à
l’étranger, les puissants font trempette dans les piscines à
jacuzzi d’hôtels de luxe, l’économie du pays s’effondre dans
à peu près tous les secteurs, l’inflation remonte, le chômage et
le travail au noir grimpent, la consommation plonge en eaux profondes
et le ministre de l’Économie,
Toto Caputo, se vante de ne jamais acheter le moindre vêtement en
Argentine, quand la plupart des hommes d’État des pays
démocratiques se font un devoir et un honneur de porter du « made
chez nous » pour mettre en valeur le savoir-faire national !
C’est ainsi, ces derniers temps, que le lunetier choisi par Macron,
quand il avait un problème oculaire, a vu son carnet de commande
exploser et que les couturiers et autres artisans qui habillent
autant Zelensky que son épouse ont du mal à suivre, qu’ils
travaillent le t-shirt de coupe militaire, la vychyvanka (chemise et
chemisier brodés), le collier traditionnel ou les produits de
maquillage à base d’ingrédients 100 % ukrainiens…
Même politiquement, ça ne va pas : 2 Argentins sur 3 condamnent la guerre déclenchée par Trump et Netanyahu contre l’Iran, alors que Mileí la soutient à fond (sans toutefois y mettre ni soldat ni armement), se vantant même, à New York, d’être « le président le plus sioniste du monde ». Si seulement il prenait un peu plus le parti de son propre pays, avant de s’occuper d’Israël, ce ne serait déjà pas si mal...
Pour aller plus loin :
lire l’entrefilet de La Prensa
lire l’entrefilet de La Prensa sur le paiement de l’avion-taxi pour Punta del Este, en Uruguay
lire l’article de Clarín sur le pédalage du ministre
lire l’article de Clarín sur l’ouverture de l’enquête au sujet des deux voyages suspects du ministre (Punta del Este et États-Unis)
lire l’article de La Nación




