Marcos Galperín est le petit-fils d’un industriel allemand qui a immigré en Argentine où il a développé il y a quatre-vingts ans une grande tannerie, la SADESA, pour envoyer du cuir en Europe. Il compte parmi les principaux représentants du patronat de Argentine, l’un des tenants d’une politique très peu sociale avec le moins de redistribution possible. Tout en restant à la tête de l’entreprise familiale, il a investi une bonne partie de sa fortune dans une entreprise innovante, la vente en ligne, Mercado Libre qui a longtemps dominé le marché argentin jusqu’à ce que Javier Mileí ouvre toutes les frontières et laisse ses gigantesques concurrents internationaux comme Amazon, Ali Express, Temu et autres du même genre opérer en toute liberté dans le pays.
Hier, Marcos Galperín a annoncé
publiquement que la tannerie n’avait plus les moyens de régler sa
cotisation à son organisation patronale sectorielle, laquelle ne
s’élève qu’à 360 000 pesos. C’est une somme
considérable pour un budget familial mais c’est vraiment très peu
pour une entreprise industrielle de la classe de la SADESA. La
vieille tannerie se trouve donc au bord du dépôt de bilan tandis
que l’existence de Mercado Libre est menacé par la concurrence
internationale et son application pour téléphone menacée par le
développement de l’intelligence artificielle.
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| "La UIA répond à Mileí et les chefs d'entreprise de la AEA demande du dialogue", dit le gros titre L'image est elle consacrée à la guerre contre l'Iran Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Dimanche soir dernier, lors de la
traditionnelle ouverture de la session parlementaire du 1er
mars, Mileí a prononcé un discours très agressif contre
l’opposition et contre l’Union des Industries Argentines, la UIA,
qui constate depuis quelques temps que les activités de l’ensemble
du secteur sont en danger partout dans le pays. Si Página/12,
quotidien de gauche, fait sa Une sur la situation de la tannerie, qui
a employé jusqu’à 2000 salariés et n’en compte plus que 400,
les deux autres journaux nationaux (de droite, eux), Clarín
et La Nación, préfèrent parler des déclarations de la UIA
qui dénonce les propos hostiles du président, lequel a annoncé
dimanche soir son projet de faire passer 80 nouvelles lois pour
parachever la dérégulation de toute l’économie en vue de ramener
l’Argentine à ce qu’elle était au 19e siècle, un
pays dont toute l’économie reposait, comme à l’époque
coloniale, sur le secteur primaire, essentiellement l’agriculture
et l’exportation de produits bruts, cuir compris. Halluciné, Mileí
est persuadé qu’à cette époque-là, l’Argentine était une
puissance mondiale, ce qu’elle n’a jamais été. Il confond le
PIB par tête avec la constitution de la puissance internationale.
Certes, le PIB par tête était très élevé mais la redistribution
était à peu près nulle, donc la population était très précaire
et le pays, très peu peuplé, était très mal équipé pour se
faire respecter dans les domaines qui assoient la puissance d’un
pays : l’équité dans les échanges internationaux (or
l’Argentine vendait beaucoup de produits bruts donc à bas prix
tout en achetant la quasi-totalité des produits élaborés, donc
très chers, dont elle avait besoin), l’influence diplomatique et
la capacité d’intervention militaire, deux domaines dans lesquels
l’Argentine était fort peu reconnue par les autres États,
que ce soit en Europe ou en Amérique du Nord (à l’époque seuls
les États-Unis et le
Mexique, puisque le Canada est encore un dominion britannique, comme
l’Australie et la Nouvelle-Zélande, et que Cuba vient tout juste
de se détacher de l’Espagne), tandis que le reste du monde, mis à
part le Japon, ne comptait pas puisque l’Afrique, l’Asie et le
Moyen-Orient étaient encore sous régime colonial.
Fondée en 1941, la SADESA a été la plus grande tannerie du monde. Elle fournit en cuir des marques comme Nike et Adidas. Il est probable que le gouvernement argentin ne lèvera pas le petit doigt pour la sauver, comme il a refusé de sauver l’entreprise pneumatique Fate, qui a cessé toute activité à la mi-février dernier. Pourtant, une grande partie de ce haut patronat argentin a voté pour Mileí ou au moins contre son adversaire de gauche, Sergio Massa, il y a deux ans et demi.
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