samedi 28 mars 2026

YPF : l’Argentine a gagné son procès à New York [Actu]

"Rit bien qui rit le dernier", dit le gros titre
sur cette photo des deux leaders qui ont
nationalisé YPF et voient leur politique légitimée
Cliquez sur l'image pour une haute résolution


Javier Mileí a beau tenter de s’attribuer cette victoire, il est clair qu’elle n’est pas la sienne. Dès le début de son mandat, en décembre 2023, le président a même osé faire des déclarations publiques qui auraient pu fragiliser la défense des intérêts de son pays dans cette affaire, notamment lorsqu’il a affirmé que toute expropriation était par définition illégitime et que ce type d’opération devrait être illégal.

Or le dossier YPF repose tout entier sur une nationalisation qui a entraîné l’expropriation des porteurs d’actions privés, institutionnels, constitutives du capital de la compagnie pétrolière argentine, YPF (pour Gisements pétroliers fédéraux), créée il y a un siècle par le premier gouvernement de gauche, celui du président Hipólito Yrigoyen, le leader des radicaux, alors un parti de nationalistes de classe moyenne, partisans d’une redistribution des richesses. Cette nationalisation a été menée à bien par Cristina Kirchner et son ministre de l’Économie, Axel Kiciloff, aujourd’hui gouverneur de la Province de Buenos Aires (tous deux en Une de Página/12), et elle avait pour objectif de récupérer un groupe privatisé quelques années auparavant dans la grande privatisation de Carlos Menem, le président préféré de Mileí, l’un des plus corrompus aussi (comme par hasard !).


"Le procès YPF, laissé en héritage par le kirchnerisme, est fini
Nous n'aurons pas à payer 18 milliards de dollars", dit le gros titre
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

Dans son discours très solennel, hier à la Casa Rosada, entouré de son gouvernement et avec à sa droite Manuel Adorni, son exécré Premier ministre qui se débat dans un inextricable scandale de corruption à tiroirs, Javier Mileí s’est donc attribué le mérite de la victoire (qu’il n’avait pourtant pas souhaitée) tout en crachant un flot de critiques absurdes sur Cristina Kirchner et Axel Kiciloff, dont il a dit qu’ils avaient précipité le pays dans la catastrophe, laquelle a été déclenchée non pas par eux mais par les deux puissants groupes financiers qui ont porté plainte, puisque l’actionnaire privé principal de YPF, la compagnie pétrolière espagnole Repsol, avait rapidement accepté l’accord négocié il y a de nombreuses années avec le gouvernement argentin.

Hier, ce procès en appel a donc abouti à la reconnaissance, par la justice de l’État de New York, saisie par les plaignants, de la légalité de l’expropriation au profit de l’intérêt général argentin, que contestaient les deux actionnaires minoritaires. De ce fait, le verdict reconnaît également la légitimité de cette décision politique. La justice de New York reconnaît par conséquent la souveraineté de l’Argentine et son droit de décider librement et seule de l’exploitation de son sous-sol. Toute chose qui va clairement à l’encontre de la politique de Mileí et s’oppose formellement aux visions impérialistes délirantes de Trump (sur le Venezuela par exemple, mais aussi sur l’Argentine que Mileí lui offre sur un plateau d’argent, et sans doute sur l’Iran) et de son âme damnée du Kremlin, auquel Trump, suivi comme un toutou par Mileí, rêve de livrer le Donbass tout cuit et tant qu’à faire l’Ukraine tout entière, si c’est possible (dans les deux cas, ça résiste, l’Iran et l’Ukraine).

"Verdict historique en faveur de notre pays :
la condamnation à cause de YPF a été annulée
aux Etats-Unis", dit le gros titre
Cliquez sur l'image pour une haute résolution

L’Argentine risque encore que les plaignants contestent cette décision d’appel et la porte devant la Cour suprême fédérale (un brin trumpienne sur les bords) ou, bien pire encore si c’est possible, devant un tribunal arbitral international, c’est-à-dire une justice privée, ce que Mileí est assez peu susceptible de refuser. Ces plaignants sont en effet deux fonds spéculatifs, que les Argentins, du côté péroniste, ont surnommé les fonds vautours. Ils savent faire et ils ont les moyens de continuer le combat.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire l’article de La Prensa, qui rend compte des circonvolutions de Mileí pour s’attribuer ce succès
lire l’article de Clarín sur le verdict, qui libère l’Argentine du paiement d’une indemnisation pharaonique qui aurait achevé d’abattre les finances publiques, déjà plus que mal en point
lire l’article de Clarín sur le discours triomphaliste de Mileí
lire l’article de Une de La Nación sur le verdict
lire l’article de La Nación sur le discours de Mileí