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| "Avant que chante le coq", dit le gros titre avec un jeu de mot sur le nom de l'otage libéré (gallo : coq) Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Nahuel Gallo est un jeune caporal de la gendarmerie argentine. En décembre 2024, il était en poste à Mendoza, au pied des Andes. Sa compagne venezuelienne ayant dû rentrer au pays pour des raisons personnelles, en emmenant leur bébé, il a décidé d’aller passer ses vacances avec eux, en famille. Il a pris pour cela un chemin détourné assez compliqué mais moins cher qu’un vol direct. En Colombie, il a emprunté le pont international qui relie les deux pays mais arrivé de l’autre côté de la frontière, il a été arrêté par la police venezuelienne sous une accusation sans fondement de terrorisme et autres balivernes sans nom. Il s’est retrouvé en prison, sans effet personnel, sans argent, sans téléphone, sans qu’aucun procès ne se dessine jamais à l’horizon. C’est sa famille, inquiète de n’avoir plus de nouvelles, qui a alerté la presse et les pouvoirs publics. Nahuel était devenu l’otage de Maduro dans le conflit de ce dernier avec Javier Mileí qui avait coupé les relations diplomatiques avec Caracas.
La semaine dernière, les relations entre la fédération de football argentine et son homologue venezuelienne, d’usage à tout moment de l’année mais encore plus à la veille d’une Coupe du Monde, ont permis, à la faveur des changements politiques imposés par Trump à Caracas, de faire libérer le jeune homme qui a pu rentrer en Argentine lundi et y retrouver brièvement sa famille, notamment sa femme et son fils, avant d’être retenu plusieurs jours dans une enceinte militaire, avec des contacts restreints avec ses proches et aucun contact avec la presse.
L’arrivée du jeune homme à
l’aéroport avait déjà soulevé plusieurs questions :
pourquoi avait-il été présenté à la presse en tenue militaire
alors qu’il avait voyagé dans un avion affrété par la AFA (la
fédération de foot) avec sur le dos le maillot de l’équipe
nationale, ce qui était son droit puisqu’il était parti au
Venezuela hors service, en civil, en vacances ? Et pourquoi
était-il alors entouré de plusieurs personnalités politiques de
premier rang, comme le ministre des Affaires étrangères ou
l’ancienne ministre de la Sécurité, maintenant sénatrice, alors
qu’il était manifeste que le gouvernement n’était même pas au
courant des tractations qui ont abouti à la libération du jeune
homme et tout aussi manifeste que ses tentatives diplomatiques pour
le libérer avaient été ou infructueuses ou très rares ?
Etaient ensuite venus ces jours de silence et de réclusion dans
l’enceinte militaire puis à l’hôpital militaire central pour un
bilan de santé, qui a semblé trop long par rapport à son état de
santé apparent. Cela s’est accompagné d’une communication
officielle contradictoires et erratique puisque les pouvoirs publics
ont fait des pieds et des mains pour tenter d’effacer des
consciences l’intervention de la AFA et de son président,
aujourd’hui en conflit ouvert avec Javier Mileí et sa clique
libertaire qui veulent à tout prix transformer les clubs de foot,
qui sont aujourd’hui des associations sans but lucratif, en
sociétés commerciales comme c’est le cas, hélas, en Europe, avec
les dérives affairistes et la corruption que l’on connaît.
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| Le gros titre est pour le sous-marin iranien coulé par la marine US Nahuel Gallo a droit à la photo centrale Cliquez sur l'image pour une haute résolution |
Cette propagande, digne de Poutine, a toutefois échoué : tout le monde sait que le gouvernement n’est pour rien dans cette libération et que c’est bien le réseau international de Claudio Chiqui Tapia, le président de la AFA, qui a permis, d’une manière des plus hétérodoxes, de faire revenir l’otage.
Hier, le gouvernement a donc organisé une conférence de presse avec le jeune homme, en uniforme, et avec interdiction formelle aux journalistes de poser des questions (on se croirait en Russie, non ?). Nahuel Gallo a dit quelques banalités comme en disent à peu près tous les ex-otages. Sa parole ne semblait pas vraiment libre. Ses faits et gestes non plus, encore aujourd’hui. Et le gouvernement s’est bien entendu attribué tout le mérite de ce retour au pays.
La chasse à l’homme continue contre Chiqui Tapia, sur qui pleuvent les accusations de corruption, tandis que le monde du football s’est mis en grève, peut-être illimitée, pour défendre son président, qui reste le champion du statut des clubs contre la voracité affairiste du président et de sa clique.
En Argentine, comme les clubs sont des organisations sans but lucratif et que l’activité rapporte beaucoup, beaucoup, beaucoup d’argent, les bons joueurs, leurs soigneurs, leurs entraîneurs sont très bien payés par les clubs professionnels, les dirigeants aussi, qui sont élus par les socios (les adhérents-supporters) et qui ont souvent des avantages en nature somptueux (qui peuvent devenir des sources de corruption). Ce qu’il reste de l’argent est mis au service des socios : cours du soir gratuits ou à prix réduit, dispensaire médical gratuit, assistance juridique gratuite, cours de danse et pour les clubs les plus riches, une école gratuite pour les gamins, une clinique gratuite pour les familles, parfois une pharmacie, des infrastructures de sport, des loisirs, voire des aides au logement ou au retour à l’emploi pour les chômeurs… C’est tout cela qui disparaîtrait à court terme si les clubs changeaient de statut. Et les Argentins ne veulent pas que leurs clubs servent à enrichir des oligarques nationaux ou étrangers alors qu’aujourd’hui, ils sont un lien socio-économique indispensable pour à peu près tout le monde.
Il faut donc faire disparaître Chiqui dans un cul de basse-fosse et la AFA avec ! Même si la fédération a le soutien de Gianni Infantino et de la FIFA. Même s’il faut réduire au silence un petit caporal de la gendarmerie qui vient de vivre 448 jours d’enfer dans les prisons du régime de Maduro.
Pour aller plus loin :
lire l’article de La Prensa, qui ne dit pas un mot des questions que pose cette mise en scène
lire l’article de Clarín, lui aussi très discret sur le sujet
lire l’article de La Nación, qui n’a pas mis cette info à sa Une
lire l’article de La Nación sur les déclarations de l’épouse du gendarme, qui suit elle aussi la ligne du parti et critique ceux qui « prétendent » avoir permis la libération de son mari. Mais alors, pourquoi celui-ci est-il rentré dans un avion affrété par la AFA ? C’est bizarre, quand même…
C’est ça, le règne de la liberté ?

