samedi 14 mars 2026

La Maison de l’Argentine à Paris sert de QG à l’extrême-droite [ici]

Comme tous les pavillons de la CIUP, la Maison de l'Argentine
arbore les deux drapeaux et cela en dit long sur son statut.


La Nación publie aujourd’hui un article assez approfondi sur les graves dérives politiques qui affectent la Maison de l’Argentine à la Cité Internationale Universitaire de Paris qui rassemble des pavillons de nombreux pays dans un esprit d’ouverture culturelle et de rencontres fraternelles, tous ces institutions étrangères hébergeant des étudiants du monde entier. Le campus a en effet été fondé en 1925 dans le courant pacifiste et optimiste qui a suivi la Grande Guerre.

La CIUP est aujourd’hui présidée par Jean-Marc Sauvé, ancien vice-président du Conseil d’État qui s’est fait connaître du grand public lorsqu’il a présidé, avec courage et droiture républicaine, la commission d’enquête sur les violences pédo-criminelles dans l’Église catholique en France. Le haut fonctionnaire a fait publiquement état de ses inquiétudes concernant le pavillon argentin qui s’affranchit allègrement des règles du campus et de celles de la République.

Nommé par le gouvernement argentin, son directeur est un avocat binational. Sa profession permet de dire qu’il sait donc parfaitement ce qu’il fait quand il agit comme il agit. Il refuse en effet de signer les engagements que doivent signer tous les directeurs de tous les pavillons, dont aucun ne bénéficie du statut d’extra-territorialité. Tous les pavillons relèvent en effet du droit français comme n’importe quelle autre institution sur le territoire de ce pays. Or ce monsieur prétend qu’il ne peut pas « signer en conscience » la Charte des Valeurs de la CIUP, car elle fait référence aux principes de la laïcité à la française et au refus de toute discrimination, notamment envers les femmes et les personnes transgenres. Or lui n’y croit pas, donc il ne veut pas s’engager à respecter ces principes (lesquelles valent aussi en Argentine, soit dit en passant).

Qui plus est, ce directeur viole aussi délibérément les règles de bonne conduite qui organisent la Cité en faisant de « son » pavillon un centre d’activités politiques, ce qui est strictement interdit (ni propagande politique, ni prosélytisme religieux). S’y tiennent, dans le grand salon d’honneur, des séminaires à accès restreint, sur invitation nominative, qui rassemblent des proches de Marion Maréchal, dont il est un proche (il enseigne dans son école pour futurs leaders politiques à Lyon), des membres du PIS (le parti Droit et Justice en Pologne) et du Fidesz (le parti d’Orban en Hongrie). Activités dont les étudiants qui logent dans la maison ont vent et qui les scandalisent.

Enfin dernier élément d’inquiétude pour les autorités de la Cité Universitaire : le directeur de la Maison de l’Argentine a fait retirer d’un mur dans le hall d’entrée une plaque à la mémoire des 30 000 disparus de la dernière dictature militaire. Or on sait que l’extrême-droite en Argentine développe et diffuse des thèses négationnistes sur ces crimes contre l’humanité et que l’actuel gouvernement rêve d’une procédure de grâce ou d’amnistie pour les sbires de la dictature qui ont été condamnés par la justice argentine. Et les explications fournies par le ministère du Capital Humain dont dépend fonctionnellement la Maison de l’Argentine ne sont pas de nature à calmer les esprits. Le ministère prétend que la plaque a été décrochée pour libérer les murs qui vont faire l’objet d’une rénovation complète. Or rien n’a bougé sur ces murs, sauf cette plaque dont nul ne sait ce qu’elle est devenue.

Le 9 mars dernier, Le Monde a publié un article sur le sujet (en ligne, il est réservé aux abonnés du journal). Ce texte a été mis à jour le 12 mars sur le site du quotidien. La correspondante en France de La Nación y fait allusion dans son article de ce matin car ce scandale se tient sur le sol d’un pays qui compte plusieurs de ses ressortissants parmi les disparus de la dictature, notamment les deux religieuses qui en sont les figures les plus emblématiques.

© Denise Anne Clavilier


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