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jeudi 20 décembre 2012

Juan José Mosalini et Pablo Agri ce soir au Festival del Tasso [à l'affiche]


Dans le cadre du Festival de Tango del Tasso, ce soir, jeudi 20 décembre 2012, à 21h30, le bandonéoniste argentin installé en France, Juan José Mosalini, et le violoniste Pablo Agri, resté en Argentine, se retrouveront sur scène, pour la première fois depuis huit ans. Ils formeront un quintette avec Cristián Zárate au piano, Daniel Falasca à la contrebasse et Ricardo Lew à la guitare.

Agri et Mosalini se sont rencontrés, professionnellement, en 1998, lorsque peu de temps après la mort de Antonio Agri, violoniste de Piazzolla, Mosalini avait besoin de le remplacer pour une tournée au Japon. Il s'agissait alors de rendre hommage à Astor Piazzolla, comme on va le faire ce soir à Ushuaia (voir mon autre article de ce jour) et comme ce sera partiellement le cas aussi au Centro Cultural Torquato Tasso, Defensa 1575, dans le quartier de San Telmo.

Pour l'occasion, Página/12 se fend d'une longue interview croisée des deux musiciens et elle n'est pas de complaisance...

Hay una filiación violinística muy fuerte entre ambos. Me permito decir que, si bien Antonio fue Antonio y Pablo es Pablo, el padre le dio al hijo no sólo la mamadera de mamar leche, sino la mamadera de mamar música... El la tomó, y la transformó en un lenguaje propio. Lo que más me impacta de Pablo es que toca con el cuerpo, su expresión corporal es increíble: amaga con el cuerpo lo que está anunciando musicalmente. Es muy fuerte eso.
Juan José Mosalini, in Página/12

Il y a une filiation violoneuse très forte entre les deux [Antonio et Pablo]. Si je peux m'exprimer ainsi, si Antonio est bien Antonio et Pablo est bien Pablo, le père n'a pas donné à son fils que le biberon de lait mais aussi le biberon de la musique... Et lui, il l'a bue et il l'a transformée en un langage à lui. Ce qui me frappe le plus chez Pablo, c'est qu'il joue avec son corps, son expression corporelle est incroyable. Il prophétise avec son corps ce qu'il annonce musicalement. C'est très fort, ça.
(Traduction Denise Anne Clavilier)
[...]

–Dada su experiencia docente, ¿resulta complicado formar tangueros que no sean argentinos?
J. J. M.: –Es una pregunta delicada. La verdad es que soy de los que pueden, a la distancia, relativizar. Digo, el documento no garantiza nada, porque el tango se escucha, se vive, se respira y se puede aprender acá, pero hay muchos argentinos que no lo conocen. Siempre hago un paralelismo con el jazz y confirmo que el tango se universalizó. Ojo, viene de acá, pero las fronteras se abren, como pasó con el jazz. Stephane Grappelli, el máximo exponente del violín en ese género, no era estadounidense. Ahora, es cierto que aquí hay una generación de poetas, instrumentistas y compositores que está en ebullición y que tiene mucha información al alcance. Y, claro, hay un perfume local que es único.
Pablo Agri: –Coincido. La mejor manera de aprender a tocar es con músicos que lo hagan bien, y eso no tiene fronteras. Igual, cuando doy clases noto que hay algo que es más fácil acá. Es como hablar un mismo idioma. Nosotros somos totalmente nosotros cuando tocamos tango.
Juan José Mosalini et Pablo Agri, in Página/12

Etant donné votre expérience pédagogique, est-ce qu'il s'avère compliqué de former des tangueros qui ne soient pas argentins ? (1)
JJM : C'est une question délicate (2). A dire vrai, je suis de ceux qui, avec la distance, peuvent relativiser. Moi, je le dis, les papiers ne sont pas une garantie, parce que le tango s'écoute, se vit, se respire et peut s'apprendre ici mais il y a beaucoup d'Argentins qui n'y connaissent rien. Je fais toujours un parallèle avec le jazz et je confirme que le tango s'est universalisé. Attention, hein ?, il vient d'ici, mais les frontières s'ouvrent, comme ça s'est passé avec le jazz. Stéphane Grapelli, le plus grand exécutant du genre au violon, n'était pas Américain [des Etats-Unis]. Maintenant, c'est sûr qu'ici il y a une génération de poètes (3), d'instrumentistes et de compositeurs qui est en ébullition et qui a beaucoup d'information à sa portée. Et bien sûr, il y a un parfum local qui est unique...
PA : Je suis d'accord. La meilleure manière d'apprendre à jouer, c'est de le faire avec des musiciens qui jouent bien et cela n'a pas de frontière. N'empêche (4), quand je donne un cours, je remarque qu'il y a quelque chose qui est plus facile ici. C'est comme de parler la même langue. Nous, nous sommes totalement nous-mêmes lorsque nous jouons du tango.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿Y usted por qué no se fue, Agri?
P. A.: –El año que me integré al Quinteto me quedé estudiando y podría haberme quedado uno más, pero no lo soporté... No niego que fantaseé con irme a Europa, pero mis mejores amigos son mis hermanos y ése es un vínculo que no se puede sustituir.
J. J. M.: –Además, están las diferencias generacionales. Nosotros la pasamos muy mal y eso nos obligó a irnos... No había muchas opciones.
Juan José Mosalini et Pablo Agri, in Página/12

Et vous-même, pourquoi ne vous en êtes-vous pas allé, Agri ? (5)
PA : L'année où je suis entré dans le Quintette, j'ai continué à faire des études et j'aurais pu faire comme tous les autres (6) mais je ne l'ai pas supporté... Je ne nie pas avoir songé à partir en Europe mais mes meilleurs amis, ce sont mes frères et ça, c'est un lien qui ne peut pas se remplacer.
JJM : Qui plus est, il y a des différences de génération. Pour nous, ça se passait très mal et ça, ça nous a obligés à partir... Il n'y avait pas beaucoup d'options. (7)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :


(1) C'est une grande préoccupation des Argentins, ça, de savoir si le genre peut être ou non adopté et défendu correctement par des gens qui ne vivent pas dans la culture argentine, tant il est vrai qu'il y a beaucoup de musiciens qui prétendent jouer du tango (en général uniquement du Piazzolla) en dehors des frontières et qui sont peu convaincants à leurs oreilles. Mais dans le même temps, les écoles de musique argentines reçoivent tous les ans des élèves de formation musicale déjà solide, venant des quatre coins du monde, qui jouent avec authenticité, et ceci en plus des Japonais, qui ont l'art d'imiter à la perfection les artistes argentins.
(2) L'embarras de Mosalini est d'autant plus grand qu'il vit à Paris, où l'enseignement est une grande part de son activité. Il peut difficilement répondre qu'une telle entreprise est vaine et c'est pourtant ce qu'il avoue à demi-mots... La question du journaliste, Cristián Vitale, est dure et cette absence de complaisance est sans doute volontaire, étant donné la ligne idéologique du quotidien, très engagé dans le développement autonome du pays. Une telle question, passablement brutale, témoigne ici de la relation très ambiguë qu'entretiennent les Argentins restés au pays avec les expatriés, qui ne sont pas restés pour se relever les manches et contribuer à construire le pays, et se contentent d'y revenir, en vacances ou en tournée, sans supporter les difficultés quotidiennes d'un pays dont ils se revendiquent néanmoins à l'étranger (et cette méfiance est réciproque : il faut entendre comment les Argentins qui vivent à l'étranger parlent de leur pays et de ses habitants !). Et, avec l'air de ne pas y toucher, Pablo Agri va en rajouter une bonne couche par derrière... Je tends à penser qu'ils ont raison. Non pas qu'il soit impossible, dans l'absolu et par principe, d'apprendre le tango à l'étranger mais parce que l'enseignement qui est donné en Europe ou aux Etats-Unis, en musique comme en danse, est terriblement décontextualisé lorsqu'il s'agit du tango, alors que le jazz relève d'une situation très différente : en effet, nous vivons, ici, dans l'hémisphère nord, en étroit contact avec au moins une partie de la culture des Etats-Unis, la plus exportable, ou plutôt la plus exportée, et que les grands artistes des Etats-Unis sont largement connus et reconnus et leurs disques amplement distribués dans le monde entier et ce dans les magasins les plus facilement repérables par le public le plus étendu. Les artistes argentins, en revanche, ne sont accessibles qu'à un public d'initiés, grâce à un petit nombre de disquaires passionnés et audacieux et à une capacité personnelle des amateurs de tango ou d'autres musiques argentines d'aller chercher la bonne info au bon endroit, ce qui n'est pas le lot de tout le monde...
(3) Je vous renvoie à mon article d'avant-hier sur le CD-documentaire Un disparo en la noche et la révolte de Julián Peralta devant les rumeurs qui voudraient qu'il n'y ait plus de poète de tango par les temps qui courent...
(4) C'est bien pour cette raison que j'ai émis des réserves sur la démarche de Daniel Yvinec quand il a voulu s'approprier l'œuvre de Piazzolla à la mode jazzy avec le nouveau disque-concert de l'Orchestre National de Jazz (de France). Voir à ce propos mon article du 19 octobre 2012.
(5) Et là, je n'ai vraiment plus aucun doute sur le caractère quelque peu agressif de l'attitude du journaliste ! C'est d'un vache...
(6) Il s'agit de l'année 1998. Or dans les années 90, sous le mandat de Carlos Menem, l'Argentine vivait une fièvre capitaliste passablement folle. L'argent coulait à flot, le peso était artificiellement maintenu à parité avec le dollar américain et le gouvernement soutenait à fond l'expansion du tango et les tournées internationales des musiciens dans l'illusion incroyable d'égaler un jour la domination culturelle des Etats-Unis. La tentation dont parle Pablo Agri ici a donc dû être très forte...
(7) Auto-justification passe-partout chez de nombreux Argentins qui ont choisi de quitter le pays, notamment pour la France, mais qui retournent maintenant en Argentine pour en tirer quelques marrons du feu. Mais c'est faux. Il y en a beaucoup d'Argentins de cette génération qui ne sont pas partis, même au plus terrible des années de plomb, et beaucoup de ceux qui sont partis sont retournés maintenant vivre là-bas. Au point qu'un homme de théâtre comme Alfredo Arias, qui ne joue pas l'argentinité dans son œuvre artistique, s'est expliqué publiquement (et avec beaucoup d'honnêteté me semble-t-il) sur les raisons pour lesquelles il reste en France, comme je l'ai montré dans l'interview qu'il a donnée il y a quelques années à ce même quotidien Página/12 (voir mon article du 27 octobre 2009). Car il s'agit ici d'un thème crucial de l'identité argentine et du patriotisme dans ce pays aujourd'hui : partir ou rester, et si je pars, mes motifs sont-ils légitimes ? Un peu comme ce qui, en France, tourne autour de l'exil fiscal, qui fait couler tant d'encre surtout depuis qu'avec une indécence consommée, un célèbre acteur, qui s'est enrichi au-delà du raisonnable grâce à une production cinématographique nationale d'autant plus dynamique qu'elle est largement soutenue par l'argent public, a déclenché un scandale inouï en choisissant de jeter aux orties son passeport français (ce qui n'est ni sérieux ni réaliste) pour aller s'installer à trois kilomètres de la frontière, dans un charmant village dont, paraît-il, il souhaite respirer l'air frais...
Ce thème de l'exil volontaire ou de son refus patriotique dans l'Argentine actuelle occupe une bonne partie d'un de mes livres, Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, publié chez Tarabuste Editions en janvier 2011. On y trouve en effet plusieurs textes qui tournent autour de la question, comme :
- Ezeiza, de Alorsa,
- Soneto con bronca, de Luis Alposta,
- Ni me entrego ni me voy, Quiero elgir mi vida et Sigo aquí de Héctor Negro,
et Pompeya para Diego era París de Alejandro Szwarcman...
Ce fut aussi un thème central pour le général José de San Martín tout au long du dernier quart de siècle de sa vie : après avoir libéré le sud du continent et y avoir sacrifié sa vie conjugale et un bonne partie de son bonheur personnel et familial, don José a décidé de s'éloigner du pays (qu'il pensait d'ailleurs rejoindre très vite) et il a fini par s'installer en Europe. Mais ce n'était pas pour son confort, loin de là. C'était pour ne pas avoir à se battre ("dégainer mon sabre", selon sa propre expression) contre ses propres compatriotes dans une guerre civile qu'il vomissait de toutes ses entrailles. Voir la biographie San Martín, à rebours des conquistadors, qui sera disponible lundi aux Editions du Jasmin. Une période dont je compte vous parler demain ou samedi, dans le cadre de la présentation que je vous fais depuis le 23 octobre de ce tout prochain livre.

samedi 3 avril 2010

Une nouvelle version de María de Buenos Aires chez Acqua Records [Disques & Livres]

Jacquette du disque

A chaque fois, c'est bien sûr un événement : María de Buenos Aires est un opéra-tango, qui demande de nombreux interprètes, c'est une oeuvre longue et c'est une oeuvre pour le moins complexe tant pour la musique, de Astor Piazzolla, que pour le livret, de Horacio Ferrer. Cette fois-ci, c'est un musicien argentin de 39 ans, installé à Bâle en Suisse, qui tente l'aventure de donner sa propre version de ce morceau de bravoure.

Marcelo Nisinman, qui est bandonéoniste et compositeur, formé au tango et à la musique classique contemporaine, a assuré tous les arrangements et la direction musicale de ce double album, sorti fin février 2010, qu'il lance en ce moment à Buenos Aires et qui est disponible depuis plusieurs semaines sur la boutique en ligne de Zivals (voir dans la rubrique Les commerçants del Barrio de Tango, dans la partie basse de la Colonne de droite).

Aux côtés de Marcelo Nisinman, les interprètes sont plus que prestigieux :
Cristian Zárate (piano), Fernando Suárez Paz (premier violon), Miguel Angel Bertero (second violon), Ricardo Lew (guitare électrique) et Roberto Tormo (contrebasse).
Le rôle de María est interprété par Alicia Vignola et Raúl Lavié tient le rôle du cantor.
Quant au rôle du Duende et du récitant, crée par Horacio Ferrer lui-même et repris encore par lui en 2008, ils sont tenus par Jorge Waisburd (13 décembre 1949-11 novembre 2007) et l'acteur Pedro Domingo Pelusa Suero.
Jorge Waisburd était un chanteur et un animateur radiophonique qui a tenu de nombreuses émissions de radio. Il fut entre autres le fondateur de l'actuelle radio La 2 x 4, la radio publique de Buenos Aires, consacrée entièrement au tango.

Coup sur coup, Crítica de la Argentina et Página/12 publient un papier sur l'événement, le premier le 29 mars et le second aujourd'hui même.

Verbatim :

“La reversión fue una iniciativa absolutamente mía –cuenta el músico, mientras por la ventana se ve esa ciudad que Ferrer imaginó mujer decolorarse por una lluvia fuertísima–. Yo ya había hecho nuevas versiones de otras cosas de Ástor, pero ésta tenía una gran carga emotiva. El tema es Buenos Aires, y yo empecé a sentir que eso era lo que más me empujaba. Pero es una obra larga, que me llevó cuatro años grabar, así que tuve que hacer un esfuerzo mental extra para hacerlo”
Crítica de la Argentina

Faire cette nouvelle version a été une initiative qui n'appartient qu'à moi, raconte le musicien, alors qu'on voit par la fenêtre cette ville que Ferrer a imaginer comme une femme perdant ses couleurs par une terrible pluie. J'avais déjà fait de nouvelles versions d'autres choses de Astor, mais celle-ci avait une grande charge émotionnelle. Le thème, c'est Buenos Aires et j'ai commencé à sentir que c'est cela qui me poussait le plus. Mais c'est une oeuvre longue, qui m'a pris quatre ans à enregistrer. Alors j'ai dû faire un super effort mental pour y arriver.
(traduction Denise Anne Clavilier)

–¿Cómo te enfrentaste al original?–Yo me la sabía de memoria, así que traté de darle una vuelta nueva, mirarla con un prisma personal. Pero que una cosa no quitara la otra: que estuviera el original pero también esta versión, que es mía. La época en que se grabó María... estuvo marcada por los ideales, algo que ellos (Piazzolla y Ferrer) vivieron de manera muy personal. Sabemos que hoy, a la distancia, muchos de los ideales de esa época cambiaron, ¿no?, entonces ahí es donde yo me puedo distanciar y verla –sin pecar de arrogante– con otra visión.
Crítica de la Argentina

Comment t'es-tu affronté à l'original ?
Je la savais par coeur, donc j'ai essayé de lui donner une tournure nouvelle, de la regarder avec un prisme personnel. Mais il fallait qu'une chose ne dévore pas l'autre : que l'original y soit mais aussi cette version-là qui est la mienne. L'époque où on a enregistré
María (1) a été marquée par les idéaux, un truc qu'eux (Piazzolla et Ferrer) ont vécu d'une manière très personnelle. Nous savosn qu'aujourd'hui, avec la distance, beaucoup de ces idéaux de l'époque ont changé, n'est-ce pas ? Alors, c'est là que moi je peux me différencier et la regarder, sans pécher par arrogance, avec une autre vision.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

“Yo vivo en Suiza y a veces veo que, en Europa, en lo primero que se piensa cuando se dice ‘tango’ es en el baile. El tango es mucho más que eso. Escuchá la orquesta de (Carlos) Di Sarli y analizalo desde el punto de vista de la interpretación: tiene una especie de simpleza compleja, está todo muy expuesto, como si fuese la música de Mozart”
Crítica de la Argentina

Moi, je vis en Suisse et des fois, je vois qu'en Europe, la première chose à quoi on pense quand on dit le mot tango, c'est à la danse. Le tango est beaucoup plus que ça. Ecoute l'orquestre de Carlos Di Sarli et analyse-le du point de vue de l'interprétation : il a une espèce de simplicité complexe, tout est très exposé, comme si c'était de la musique de Mozart.
(traduction Denise Anne Clavilier)

“Escribí y realicé esta nueva versión de María con la sensación de transitar esa fina línea que separa al infierno del paraíso”, dice Nisinman en las notas introductorias del CD. “Es que es un material radiactivo”, explica en la entrevista. “Una vez que empecé a trabajar caí en la cuenta de que se trata de una obra muy simbólica, y en un momento sentí que me estaba metiendo con algo que tenía mucho peso. Me pregunté si realmente quería seguir adelante.”
Página/12

J'ai écrit et réalisé cette nouvelle version de María en ayant la sensation de passer cette ligne fine qui sépare l'enfer du paradis, dit Nisinman dans l'introduction du CD. C'est qu'il s'agit d'une matière radioactive, explique-t-il pendant l'interview. Une fois que j'ai commencé à travailler, je me suis rendu compte de ce qu'il s'agissait d'une oeuvre très symbolique et en un instant, j'ai compris que j'étais en train d'enfiler dans un truc qui pesait très lourd. Je me suis demandé si vraiment je voulais continuer.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿Y por qué se respondió afirmativamente?
–Bueno, yo siempre trabajé metiéndome en cosas un poco complejas, y ésta no iba a ser la excepción. Cuando fuimos a grabar –la mayor parte de la grabación se hizo en un día, con todos juntos en el estudio– volví a sentir el peso de la importancia de la obra: todos los que participaban estaban muy cargados de energía. La cultura porteña funciona un poco de esa manera inconsciente: los símbolos, los valores están, pero no se especifican hasta que no nos enfrentamos con ellos.
Página/12

Pourquoi avez-vous répondu par l'affirmative ?
Bon, moi, j'ai toujours travaillé en me fourrant dans des trucs un peu compliqués et celui-là n'allait pas faire exception. Quand on s'est mis à enregistrer, la plus grosse partie de l'enregistrement s'est faite en un jour, tous ensemble dans le studio, j'ai compris à nouveau l'importance de l'oeuvre : tous ceux qui participaient étaient très chargés en énergie. La culture portègne fonctionne un peu de cette manière inconsciente-là : les symboles, les valeurs sont là, mais ils ne se singularisent pas tant que nous ne nous affrontons pas à eux
.
(Traducion Denise Anne Clavilier)

–¿Le preocupaba el peso de la figura de Piazzolla como un “intocable”?
–Yo no me enrolo dentro del grupo de los fanáticos de Piazzolla, que se quejaban de los conservadores y pasaron a ocupar ese rol con el tiempo, en defensa de la obra de Piazzolla. A Astor lo admiro, pero hubiese sido tonto hacer una nueva versión de una obra suya para imitarlo. Yo quise darle un giro nuevo a María..., y al mismo tiempo guardar su esencia, ése fue mi desafío. Sí estaba, claro, el peso que tuvo la obra para Piazzolla: él consideraba que María... era una de sus obras cumbres.
Página/12

- Cela vous préoccupait le poids de la figure de Piazzolla comme un intouchable ? (2)
- Je n'ai pas pris ma carte dans le groupe des fanatiques de Piazzolla, qui se plaignaient des conservateurs et qui ont fini par occuper ce rôle avec le temps, pour défendre l'oeuvre de Piazzolla. Astor, je l'admire mais il aurait été idiot de faire une nouvelle version d'une oeuvre à lui pour l'imiter. J'ai voulu donner un nouveau tour à María... Et en même temps, garder l'essentiel. C'est ça qui a été le défi que je me suis lancé. Bien sûr, il y avait le poids qu'a eu l'oeuvre pour Piazzolla : lui considérait que María, c'était un de ses chefs d'oeuvre.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿Y cómo se planteó ese desafío?
–Mi versión intenta mostrar que si la música de Piazzolla es tango –algo que a esta altura no merece ni discutirse–, siguiendo una vieja tradición en el mundo de la música y del tango, se puede arreglar de nuevo.
Página/12

- Et comment s'est présenté ce défi ?
- Ma version essaye de montrer que la musique de Piazzolla, c'est du tango -un truc qui à cette altitude-là, qui ne se discute même pas
(3)- suivant une vieille tradition dans le monde du tango et de la musique, on peut en faire de nouveaux arrangements.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour lire ces articles en espagnol, vous pouvez vous faire aider par Reverso, le logiciel de traduction en ligne dont vous trouverez le lien dans la rubrique Cambalache (casi ordenado) dans la partie basse de la Colonne de droite.
Pour en savoir plus sur María de Buenos Aires et lire les articles que j'ai consacrés dans ce blog notamment au 40ème anniversaire de sa création en 2008, cliquez sur le mot-clé Maria de BsAs dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus. Les mots-clés de ce bloc vous permettent d'accéder à des séries d'articles en fonction du thème qui vous intéresse.
D'autres thèmes sont accessibles à travers les raccourcis distribués dans les différentes rubriques de la partie haute de la Colonne de droite.

Pour visiter le site de Marcelo Nisinman, cliquez sur le lien
Pour visiter la page Myspace posthume de Jorge Waisburd, cliquez sur le lien.
Pour visiter le site de Fernando Suárez Paz, qui fut premier violon de Astor Piazzolla, cliquez sur le lien.
Pour visiter la page Myspace de Alicia Vignola, cliquez sur le lien.

(1) 1968
(2) On peut comprendre intocable de deux manières : intouchable ou injouable. Les deux sont valables ici.
(3) Allusion à la querelle persistante qu'on fait à Piazzolla depuis 1955 et qui consiste à contester la qualité de tango à sa musique. Vieille querelle des anciens et des modernes qui explique en partie pourquoi le tango a traversé une telle crise dans les années 60 et 70. Parce que de nombreux tangueros ne voulaient pas laisser le monde moderne exister dans cette musique. Piazzolla lui-même avait fini par abandonner le vocable tango et parlait pour sa propre musique de musique urbaine populaire de Buenos Aires.

samedi 6 mars 2010

Juan José Mosalini à la Une de Cultura & Espectaculos [à l'affiche]

Une de C&E de Página/12 du 26 février 2010

Samedi dernier, au théâtre IFT, du quartier de l'Abasto, Juan José Mosalini donnait un concert, comme je l'ai annoncé dans un précédent article consacré à l'émission-podcast Fractura Expuesta, qui l'avait invité à son micro jeudi 25 février (lire mon article du 25 février 2010). Sur la scène du teatro IFT, jouaient avec lui Pablo Agri, au violon, Cristián Zárate au piano, Roberto Tormo à la contrebasse et Ricardo Lew à la guitare (remplaçant lui-même Leonardo Sánchez, le musicien avec lequel Mosalini avait travaillé).

Le bandonéoniste et compositeur vient en effet de sortir dans son pays natal un album édité en France il y a 12 ans : Conciertos para bandoneón y guitarra.

A l'occasion de ce concert et de cette sortie, le quotidien Página/12 a publié vendredi 26 février une interview de Mosalini par Karina Micheletto et a mis la photo du musicien installé en France à la une de son supplément Spectacles et Culture.

Verbatim :

Juan José Mosalini dice que, de un tiempo a esta parte, aquello de “el cuore partido”, a lo que se acostumbró desde hace treinta y tres años, se materializó en una forma disfrutable de ida y vuelta. “Ahora hasta tengo un bulín porteño”, sonríe. Tal como le dijo alguna vez Julio Cortázar en una reunión parisina, la figura geométrica que mejor le cabe, concluye ahora, es la del triángulo: ese cuore está dividido entre París, Buenos Aires y Marsella, donde, igual que el escritor, el bandoneonista tiene “una base de operaciones” para escapada de descanso y también de buena comida. Desde hace tres meses, el bandoneonista, compositor y arreglador está en la Argentina, y son varios los motivos profesionales que lo traen a esta esquina del triángulo.
Karina Micheletto, Página/12

Juan José Mosalini dit que, depuis quelque temps, ce truc du coeur partagé (1), auquel il s'est habitué depuis maintenant 33 ans, s'est matérialisé sous une forme agréable d'allers-retours. "Maintenant, j'ai même un pied-à-terre portègne", dit-il en souriant (2). Tout comme le lui avait dit un jour Julio Cortázar dans une rencontre à Paris, la figure géométrique qui lui va le mieux, c'est la conclusion à laquelle il est arrivé, c'est celle du triangle : son coeur est divisé entre Paris, Buenos Aires et Marseille, où, comme l'écrivain, le bandonéoniste a une base opérationnelle pour des escapades de repos et de bonne chère aussi. Depuis trois mois, le bandonéoniste, compositeur et arrangeur est en Argentine et elles sont nombreuses, les motivations professionnelles qui le conduisent à ce coin-là du triangle.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–El disco que acaba de salir en la Argentina, Conciertos para bandoneón y guitarra, comienza con una obra de Piazzolla que usted grabó por primera vez, “Milongón festivo”. ¿Cómo llegó a sus manos?
–Es cierto, era una obra inédita, tan inédita que el propio hijo de Astor, Daniel Piazzolla, no la conocía. ¡Cuando la escuchó, no daba crédito! Poco importan los entretelones, pero para resumirlo puedo contar que José Bragato, colaborador incansable de Astor durante más de medio siglo, fue quien la puso en mis manos. Bragato fue, digámoslo así, un filtro de toda la música que compuso Piazzolla. Porque Astor era alguien que –digámoslo también así, finamente– meaba la música: la capacidad de trabajo que tenía ese tipo era algo monstruoso. Y en esa vorágine creativa iba escribiendo y tirando flechas para todos lados, anotaciones extrañas, códigos suyos. Bragato era el que después pasaba en limpio, distribuía ese pensamiento musical en partituras. Por eso tiene guardada absolutamente toda la obra de Piazzolla. Con Bragato somos muy amigos, nos conocemos de la época en que gané el concurso de Canal 13, hay una relación medio paternalista de parte suya. Un día apareció con esta obra increíble y me dijo: “Tomá pibe, te la doy a vos”. Era una obra para tres bandoneones y orquesta sinfónica; yo reduje los bandoneones a uno y con Leonardo (Sánchez) agregamos una línea para la guitarra. Quedó tal como se escucha en el disco.
Página/12

Karina Micheletto : Le disque qui vient de sortie en Argentine, Concerts pour bandonéon et guitare, s'ouvre avec une oeuvre de Piazzolla dont vous avez fait le premier enregistrement, Milongón festivo. Comme est-elle arrivée dans vos mains ?

Juan José Mosalini : Pour une oeuvre inédite, c'était une oeuvre inédite, tellement inédite que le propre fils d'Astor, Daniel Piazzolla, ne la connaissait pas. Quand il l'a écoutée, il n'y a pas cru ! Les coulisses importent peu et pour le dire rapidement, ce que je peux vous raconter c'est que c'est José Bragato, partenaire infatigable d'Astor pendant plus d'un demi-siècle, qui me l'a mise entre les mains. Bragato a été, disons-le comme ça, un filtre de toute la musique qu'a composée Piazzolla. Parce qu'Astor était quelqu'un qui, disons-le aussi comme ça, donnait de la musique comme une vache du lait
(3) : la capacité de travail qu'avait ce type était quelque chose de phénoménal. Et dans ce déferlement créatif, il écrivait et mettait des flèches dans tous les sens, des notes bizarres, de codes à lui. Bragato, c'était celui qui mettait tout ça au propre après, qui disposait toute cette pensée musicale en partitions. C'est pourquoi il a conservé absolument toute l'oeuvre de Piazzolla. Bragato et moi, nous sommes amis, nous nous sommes connus à l'époque où j'ai gagné le concours de Canal 13 (4), il y a [entre nous] une relation à moitié paternaliste de sa part. Un jour, il est arrivé avec cette oeuvre incroyable et il m'a dit : "tiens, prends ça, gamin, c'est à toi que je le donne". C'était une oeuvre pour trois bandonéons et un orchestre symphonique. J'ai réduit les bandonéons à un seul et avec Leonardo (Sánchez), j'ai ajouté une ligne pour la guitare. Et ça a donné ce que l'on entend sur le disque.
(Traduction Denise Anne Clavilier)
–Era un bicho raro...
–Claro, con mi bandoneón era algo así como un marciano, por algo no hubo en mi generación muchos solistas de bandoneón. Esa generación rechazaba el tango y por supuesto rechazaba el bandoneón. Imagínese, con 15 o 16 años, un momento de la vida en que uno se enamora a altísima velocidad, he pasado malos momentos. En las fiestas de chicos y chicas, que en la época se llamaban asaltos, me hacían llevar el bandoneón y después se burlaban.
Página/12

K. M. : Vous étiez un type à part...
J.J.M. : Pour ça, oui. Avec mon bandonéon, j'étais une espèce de martien. Ce n'est pas pour rien qu'il n'y a pas beaucoup de solistes de bandonéon de ma génération. Cette génération-là rejetait le tango et bien sûr elle rejetait le bandonéon. Imaginez un peu : à 15 ou 16 ans, une époque de la vie où on tombe amoureux en moins de deux, j'ai passé des mauvais quarts d'heure. Dans les fêtes de jeunes, qu'à l'époque on appelait des assauts (asaltos), on me faisait apporter mon bandonéon et après on se moquait de moi.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–Para conquistar chicas no era. Seguro que al que llevaba la guitarra le iba mejor...
–Fíjese que aquella que era la destinataria de mi atención fue una de las que una vez se burló. Pero bueno, fue también la que me indujo a anotarme en aquel concurso donde empezó todo. Resultó que al final gané y llegó un telegrama para dar la noticia. Ahí tuve que contarle a mi padre: “Mirá, tal día te mentí, no fui al colegio, fui a anotarme a este concurso”. El premio era integrar la orquesta estable de Canal 13 durante seis meses. Al final me quedé un año, y de ahí fui conociendo a un artista y a otro. Así integré primero la orquesta de Jorge Dragone, después toqué con Argentino Ledesma, con Baffa-Berlingieri, y después con Leopoldo Federico, con Osvaldo Pugliese, con tantos... hasta llegar al presente. Un camino largo para un chico de José C. Paz.
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K.M. : Pas très efficace pour séduire les filles. A coup sûr, celui qui avait une guitare, il s'en sortait mieux...

J.J.M. : Imaginez-vous que cette même fille qui était l'objet de mes attentions a été de celles qui se sont moqué de moi. Mais, bon, c'est aussi elle qui m'a poussé à m'inscrire dans ce concours avec lequel tout a commencé. En fin de compte, c'est moi qui ai remporté la finale et la nouvelle est arrivée par télégramme. Là, il a fallu que j'en parle à mon père : "Ecoute, l'autre jour, je t'ai raconté des histoires. Je ne suis pas allé à l'école, je suis allé m'inscrire à ce concours". Le prix à gagner, c'était d'entrer dans l'orchestre en titre de Canal 13 pour une durée de 6 mois. Pour finir, je suis resté un an et à partir de là, j'ai rencontré un artiste et puis un autre. C'est comme ça que je suis entré dans l'orchestre de Jorge Dragone, après j'ai joué avec Argentino Ledesma, avec Baffa et Berlingieri, et après avec Leopoldo Federico, avec Osvaldo Pugliese, avec tant et tant... jusqu'à aujourd'hui. Un long chemin pour un gamin de José C. Paz (5).
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿No era un “barrio de tango”?
–Para nada. En aquella época mi barrio estaba totalmente descolgado del mundo urbano, era campo. A 38 kilómetros de “la gran ciudad”, era un pueblo con inmigrantes sirio-libaneses, colonias judías y de japoneses que llegaban para trabajar como horticultores, porque parece que en la zona había buena tierra. Venir a comer una pizza a Las Cuartetas era la gran salida a la ciudad, una vez cada tanto. De allí venía yo, en una época en que el tango estaba en crisis, desplazado por nuevas modas, un período de mucha crisis cultural de los ’60. Un pibe de campo, que tocaba el bandoneón... Sí, era raro.
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K.M. : Ce n'était pas un quartier de tango ?
J.J.M. : Pas le moins du monde. A cette époque-là, mon quartier était totalement separé de l'univers de la ville, c'était la campagne. A 38 km de la Grande Ville, c'était un village d'immigrants syrio-libanais, de colonies juives et de Japonais qui arrivaient pour travailler comme horticulteurs, parce qu'il paraît que dans le coin la terre était bonne. Aller manger une pizza à Las Cuartetas, c'était LA sortie en ville, une fois de temps en temps. C'est de là que j'arrivais moi, à une époque où le tango était en crise, détrôné par de nouvelles modes, une période de grande crise culturelle dans les années 60. Un gamin de la campagne, qui jouait du bandonéon.... Pour ça, non, ce n'était pas ordinaire.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–Desde su última visita, el tango fue declarado Patrimonio Cultural Intangible de la Humanidad. ¿Qué implica para usted esa declaración?
–Un reconocimiento enorme. Escuché que hubo polémicas, hasta hay músicos que directamente se oponen a la declaración, dicen algo así como que el tango es nuestro y no de la humanidad. No me interesa entrar en esas polémicas, no me siento representado. Pero puedo dar mi parecer. El tango no necesita ser Patrimonio de la Humanidad, eso es seguro. Jerusalén tampoco, tantas joyas arquitectónicas que son Patrimonio de la Humanidad tampoco, tienen valor per se. Pero un reconocimiento unánime de una entidad tan heterogénea, me parece valioso. Estuve en una reunión de la Unesco en la que se trató el tema, me convocó Miguel Angel Estrella, que es el embajador argentino ante ese organismo. Cuando vi el espíritu de unanimidad que había ante la declaración, entre los representantes de todos los países, me quedó en claro que era una revalorización. Así lo siento.
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K.M. : Depuis votre dernière visite, le tango a été déclaré Patrimoine Culturel immatérielle de l'Humanité. Qu'est-ce que cette déclaration implique selon vous ?

J.J.M. : Une reconnaissance énorme. J'ai entendu parler des polémiques, il y a même des musiciens qui s'opposent directement à cette déclaration. Ils disent quelque chose dans le genre "le tango est à nous et pas à l'humanité" (6). Entrer dans ces polémiques ne m'intéresse pas, je ne me sens pas représenté là-dedans. Mais je peux dire comment je sens les choses. Le tango n'a pas besoin d'être Patrimoine de l'Humanité, ça c'est sûr. Jérusalem non plus. Tant et tant de joyaux de l'architecture qui sont Patrimoine de l'Humanité non plus. Tout ça a sa valeur en soi. Mais une reconnaissance unanime d'une institution aussi hétérogène, je crois que ce n'est pas rien. J'ai assisté à une réunion à l'Unesco au cours de laquelle le sujet a été débattu, j'avais été invité par Miguel Angel Estrella (7), qui est l'ambassadeur argentin auprès de cet organisme. Quand j'ai vu l'esprit d'unanimité qui règnait avant la déclaration, entre les représentants de tous les pays, il m'est apparu clairement que c'était une grande reconnaissance de la valeur du tango. C'est comme ça que je le sens.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :
Lire l'intégralité de l'interview sur le site de Página/12
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(1) Mosalini emploie deux fois ce terme venu de l'Italie en Argentine pour désigner le coeur : el cuore.
(2) Bulín : autre terme de lunfardo, typique du parler quotidien de Buenos Aires. On désigne par bulín un nid d'amour, un pied-à-terre, un petit logement sans grand luxe mais bien à soi. Les connaisseurs du répertoire connaissent bien ce mot grâce à un tango comme El bulín de la calle Ayacucho (Prácanico-Flores).
(3) La métaphore ne peut être traduite littéralement, en français elle donnerait lieu à contre sens. Mear, c'est pisser. Or un pisse-copie en français, c'est quelqu'un qui écrit beaucoup, avec facilité mais qui manque de personnalité. Cela ne peut bien évidemment pas s'appliquer à Piazzolla.
(4) Canal 13 est une chaîne de télévision très importante dans le paysage audiovisuel argentin.
(5) José Paz, une commune du Gran Buenos Aires.
(6) Voir l'interview des artistes du Festival de tango indépendant dans Página/12 de ce matin (lire mon article de ce jour) et, il y a 15 jours, la réaction spontanée de la chanteuse Adriana Varela, dans une autre interview, toujours dans le supplément culturel de Página/12 (lire
mon article du 20 février 2010)
(7) Miguel Angel Estrella est un pianiste classique argentin, grand artiste qui a beaucoup milité pour la démocratie pendant la Dictature. Il a été arrêté, torturé, il a dû s'exiler en France comme réfugié politique et il a fondé l'association Musique Espérance pour apporter la musique aux défavorisés de son pays et aux prisonniers dans le monde entier. Il a en particulier donné des concerts dans les prisons françaises. Il est maintenant l'Ambassadeur de son pays à l'UNESCO, dont le siège est à Paris. C'est à ce titre qu'il a conduit une bonne partie des négociations qui ont abouti à la déclaration de fin septembre 2009.