Affichage des articles dont le libellé est Mosalini. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mosalini. Afficher tous les articles

lundi 30 mai 2022

Adieu à Juan José Mosalini [ici]

Juan José Mosalini en Argentine en 2002


Il avait joué avec les plus grands, les Pugliese et les Piazzolla, avant de s’installer définitivement en France en 1977, à l’issue d’une tournée internationale avec la chanteuse Susana Rinaldi. Il était considéré comme l’un des grands maîtres du bandonéon.

Juan José Mosalini est mort près de Paris, vendredi dernier, en fin de journée. Il avait 78 ans.

En France, il aura marqué le conservatoire de Gennevilliers, en région parisienne, où il fonda le premier resté l’un des très rares bons cours de bandonéon (autre que du pur amateurisme). Considéré comme un maître dans le tango, il avait exploré d’autres genres. Il avait en particulier joué avec Luis Alberto Spinetta, l’un des pères du rock argentin.

A de très nombreuses reprises, les Argentins l’avaient revu. Il avait souvent participé à des festivals, des tournées, des hommages. Il était membre honoraire de la Academia Nacional del Tango et c’est par elle que la presse argentine a appris la nouvelle qui s’est diffusée hier dans les colonnes de quotidiens.

Faire part diffusé par l'ambassade argentine à Paris
Cliquez sur l'image pour une meilleure résolution

Musicien précoce, fils et petit-fils de bandonéoniste, il laisse en France un héritier pour que l’instrument lui ne reste pas orphelin : Juanjo Mosalini, qui a repris la chaire de bandonéon à Gennevilliers où il forme des très bons interprètes de ce bandonéon si méconnu en Europe qu’il y est presque toujours confondu avec un accordéon. Sacrilège !

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación, qui sur son site Web inclut plusieurs vidéos de quelques concerts mémorables.

jeudi 9 mai 2013

Des concerts à ne pas manquer à Mulhouse [ici]



Le Festival Le Printemps du Tango à Mulhouse proposera du 30 mai au 2 juin 2013 de nombreuses activités autour de la culture argentine dans une perspective plus large que ce qu'on fait d'ordinaire en Europe sous le nom de "festival de tango". Bienvenue dans le cercle fermé des festivals qui rendent compte de la complexité du genre (Tangopostale, Tarbes ou Granada en Espagne...).

Dans le programme, je tiens à signaler un quatuor de très jeunes et très talentueux musiciens, un Argentin de Rosario et trois Français, tous formés au Conservatoire de Gennevilliers, l'un des très rares endroits en Europe où l'on enseigne le bandonéon. Le poste de professeur est d'ailleurs occupé par Juan José Mosalini, qui donnera lui aussi un concert à Mulhouse dans le cadre de cette manifestation avec son Grand Orchestre... Le quatuor talentueux, composé de Federico Sanz au violon, Louise Jalu au bandonéon, Leandro Lacapère au piano et Blanche Stromboni à la contrebasse, s'appelle Tango Carbón, ils ont une vingtaine d'année chacun, une excellente technique (sans quoi tout le talent du monde ne saurait s'épanouir), une musicalité remarquable malgré le peu de temps qu'ils ont eu pour se constituer en formation (ils ont fondé leur groupe à la fin de l'année dernière) et ils ont le plus qui les propulsera bien vite s'ils ont un peu de chance et montrent une bonne dose d'intelligence dans leurs choix artistiques : la théâtralité alliée à un humour naturel et spontané qui les intègrent sans aucun artifice à la plus authentique tradition argentine.

Loin des interprétations sages ou laborieuses, habituelles dans les formations européennes, qui s'accrochent aux modèles existant déjà "sur le marché", eux ont une personnalité éclatante et qui plus est collective et n'hésitent pas à explorer les chemins de leur originalité. Bref, ils ont quelque chose à dire que les autres n'ont pas... La semaine dernière, j'ai moi-même pu les applaudir -de bon cœur- à la Maison de l'Argentine à Paris et ils ont fait un vrai tabac !

Alsaciens, Lorrains et Suisses, ne les manquez surtout pas ! Ce serait un crime...

Plus d'informations sur le site de la manifestation.

jeudi 20 décembre 2012

Juan José Mosalini et Pablo Agri ce soir au Festival del Tasso [à l'affiche]


Dans le cadre du Festival de Tango del Tasso, ce soir, jeudi 20 décembre 2012, à 21h30, le bandonéoniste argentin installé en France, Juan José Mosalini, et le violoniste Pablo Agri, resté en Argentine, se retrouveront sur scène, pour la première fois depuis huit ans. Ils formeront un quintette avec Cristián Zárate au piano, Daniel Falasca à la contrebasse et Ricardo Lew à la guitare.

Agri et Mosalini se sont rencontrés, professionnellement, en 1998, lorsque peu de temps après la mort de Antonio Agri, violoniste de Piazzolla, Mosalini avait besoin de le remplacer pour une tournée au Japon. Il s'agissait alors de rendre hommage à Astor Piazzolla, comme on va le faire ce soir à Ushuaia (voir mon autre article de ce jour) et comme ce sera partiellement le cas aussi au Centro Cultural Torquato Tasso, Defensa 1575, dans le quartier de San Telmo.

Pour l'occasion, Página/12 se fend d'une longue interview croisée des deux musiciens et elle n'est pas de complaisance...

Hay una filiación violinística muy fuerte entre ambos. Me permito decir que, si bien Antonio fue Antonio y Pablo es Pablo, el padre le dio al hijo no sólo la mamadera de mamar leche, sino la mamadera de mamar música... El la tomó, y la transformó en un lenguaje propio. Lo que más me impacta de Pablo es que toca con el cuerpo, su expresión corporal es increíble: amaga con el cuerpo lo que está anunciando musicalmente. Es muy fuerte eso.
Juan José Mosalini, in Página/12

Il y a une filiation violoneuse très forte entre les deux [Antonio et Pablo]. Si je peux m'exprimer ainsi, si Antonio est bien Antonio et Pablo est bien Pablo, le père n'a pas donné à son fils que le biberon de lait mais aussi le biberon de la musique... Et lui, il l'a bue et il l'a transformée en un langage à lui. Ce qui me frappe le plus chez Pablo, c'est qu'il joue avec son corps, son expression corporelle est incroyable. Il prophétise avec son corps ce qu'il annonce musicalement. C'est très fort, ça.
(Traduction Denise Anne Clavilier)
[...]

–Dada su experiencia docente, ¿resulta complicado formar tangueros que no sean argentinos?
J. J. M.: –Es una pregunta delicada. La verdad es que soy de los que pueden, a la distancia, relativizar. Digo, el documento no garantiza nada, porque el tango se escucha, se vive, se respira y se puede aprender acá, pero hay muchos argentinos que no lo conocen. Siempre hago un paralelismo con el jazz y confirmo que el tango se universalizó. Ojo, viene de acá, pero las fronteras se abren, como pasó con el jazz. Stephane Grappelli, el máximo exponente del violín en ese género, no era estadounidense. Ahora, es cierto que aquí hay una generación de poetas, instrumentistas y compositores que está en ebullición y que tiene mucha información al alcance. Y, claro, hay un perfume local que es único.
Pablo Agri: –Coincido. La mejor manera de aprender a tocar es con músicos que lo hagan bien, y eso no tiene fronteras. Igual, cuando doy clases noto que hay algo que es más fácil acá. Es como hablar un mismo idioma. Nosotros somos totalmente nosotros cuando tocamos tango.
Juan José Mosalini et Pablo Agri, in Página/12

Etant donné votre expérience pédagogique, est-ce qu'il s'avère compliqué de former des tangueros qui ne soient pas argentins ? (1)
JJM : C'est une question délicate (2). A dire vrai, je suis de ceux qui, avec la distance, peuvent relativiser. Moi, je le dis, les papiers ne sont pas une garantie, parce que le tango s'écoute, se vit, se respire et peut s'apprendre ici mais il y a beaucoup d'Argentins qui n'y connaissent rien. Je fais toujours un parallèle avec le jazz et je confirme que le tango s'est universalisé. Attention, hein ?, il vient d'ici, mais les frontières s'ouvrent, comme ça s'est passé avec le jazz. Stéphane Grapelli, le plus grand exécutant du genre au violon, n'était pas Américain [des Etats-Unis]. Maintenant, c'est sûr qu'ici il y a une génération de poètes (3), d'instrumentistes et de compositeurs qui est en ébullition et qui a beaucoup d'information à sa portée. Et bien sûr, il y a un parfum local qui est unique...
PA : Je suis d'accord. La meilleure manière d'apprendre à jouer, c'est de le faire avec des musiciens qui jouent bien et cela n'a pas de frontière. N'empêche (4), quand je donne un cours, je remarque qu'il y a quelque chose qui est plus facile ici. C'est comme de parler la même langue. Nous, nous sommes totalement nous-mêmes lorsque nous jouons du tango.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿Y usted por qué no se fue, Agri?
P. A.: –El año que me integré al Quinteto me quedé estudiando y podría haberme quedado uno más, pero no lo soporté... No niego que fantaseé con irme a Europa, pero mis mejores amigos son mis hermanos y ése es un vínculo que no se puede sustituir.
J. J. M.: –Además, están las diferencias generacionales. Nosotros la pasamos muy mal y eso nos obligó a irnos... No había muchas opciones.
Juan José Mosalini et Pablo Agri, in Página/12

Et vous-même, pourquoi ne vous en êtes-vous pas allé, Agri ? (5)
PA : L'année où je suis entré dans le Quintette, j'ai continué à faire des études et j'aurais pu faire comme tous les autres (6) mais je ne l'ai pas supporté... Je ne nie pas avoir songé à partir en Europe mais mes meilleurs amis, ce sont mes frères et ça, c'est un lien qui ne peut pas se remplacer.
JJM : Qui plus est, il y a des différences de génération. Pour nous, ça se passait très mal et ça, ça nous a obligés à partir... Il n'y avait pas beaucoup d'options. (7)
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :


(1) C'est une grande préoccupation des Argentins, ça, de savoir si le genre peut être ou non adopté et défendu correctement par des gens qui ne vivent pas dans la culture argentine, tant il est vrai qu'il y a beaucoup de musiciens qui prétendent jouer du tango (en général uniquement du Piazzolla) en dehors des frontières et qui sont peu convaincants à leurs oreilles. Mais dans le même temps, les écoles de musique argentines reçoivent tous les ans des élèves de formation musicale déjà solide, venant des quatre coins du monde, qui jouent avec authenticité, et ceci en plus des Japonais, qui ont l'art d'imiter à la perfection les artistes argentins.
(2) L'embarras de Mosalini est d'autant plus grand qu'il vit à Paris, où l'enseignement est une grande part de son activité. Il peut difficilement répondre qu'une telle entreprise est vaine et c'est pourtant ce qu'il avoue à demi-mots... La question du journaliste, Cristián Vitale, est dure et cette absence de complaisance est sans doute volontaire, étant donné la ligne idéologique du quotidien, très engagé dans le développement autonome du pays. Une telle question, passablement brutale, témoigne ici de la relation très ambiguë qu'entretiennent les Argentins restés au pays avec les expatriés, qui ne sont pas restés pour se relever les manches et contribuer à construire le pays, et se contentent d'y revenir, en vacances ou en tournée, sans supporter les difficultés quotidiennes d'un pays dont ils se revendiquent néanmoins à l'étranger (et cette méfiance est réciproque : il faut entendre comment les Argentins qui vivent à l'étranger parlent de leur pays et de ses habitants !). Et, avec l'air de ne pas y toucher, Pablo Agri va en rajouter une bonne couche par derrière... Je tends à penser qu'ils ont raison. Non pas qu'il soit impossible, dans l'absolu et par principe, d'apprendre le tango à l'étranger mais parce que l'enseignement qui est donné en Europe ou aux Etats-Unis, en musique comme en danse, est terriblement décontextualisé lorsqu'il s'agit du tango, alors que le jazz relève d'une situation très différente : en effet, nous vivons, ici, dans l'hémisphère nord, en étroit contact avec au moins une partie de la culture des Etats-Unis, la plus exportable, ou plutôt la plus exportée, et que les grands artistes des Etats-Unis sont largement connus et reconnus et leurs disques amplement distribués dans le monde entier et ce dans les magasins les plus facilement repérables par le public le plus étendu. Les artistes argentins, en revanche, ne sont accessibles qu'à un public d'initiés, grâce à un petit nombre de disquaires passionnés et audacieux et à une capacité personnelle des amateurs de tango ou d'autres musiques argentines d'aller chercher la bonne info au bon endroit, ce qui n'est pas le lot de tout le monde...
(3) Je vous renvoie à mon article d'avant-hier sur le CD-documentaire Un disparo en la noche et la révolte de Julián Peralta devant les rumeurs qui voudraient qu'il n'y ait plus de poète de tango par les temps qui courent...
(4) C'est bien pour cette raison que j'ai émis des réserves sur la démarche de Daniel Yvinec quand il a voulu s'approprier l'œuvre de Piazzolla à la mode jazzy avec le nouveau disque-concert de l'Orchestre National de Jazz (de France). Voir à ce propos mon article du 19 octobre 2012.
(5) Et là, je n'ai vraiment plus aucun doute sur le caractère quelque peu agressif de l'attitude du journaliste ! C'est d'un vache...
(6) Il s'agit de l'année 1998. Or dans les années 90, sous le mandat de Carlos Menem, l'Argentine vivait une fièvre capitaliste passablement folle. L'argent coulait à flot, le peso était artificiellement maintenu à parité avec le dollar américain et le gouvernement soutenait à fond l'expansion du tango et les tournées internationales des musiciens dans l'illusion incroyable d'égaler un jour la domination culturelle des Etats-Unis. La tentation dont parle Pablo Agri ici a donc dû être très forte...
(7) Auto-justification passe-partout chez de nombreux Argentins qui ont choisi de quitter le pays, notamment pour la France, mais qui retournent maintenant en Argentine pour en tirer quelques marrons du feu. Mais c'est faux. Il y en a beaucoup d'Argentins de cette génération qui ne sont pas partis, même au plus terrible des années de plomb, et beaucoup de ceux qui sont partis sont retournés maintenant vivre là-bas. Au point qu'un homme de théâtre comme Alfredo Arias, qui ne joue pas l'argentinité dans son œuvre artistique, s'est expliqué publiquement (et avec beaucoup d'honnêteté me semble-t-il) sur les raisons pour lesquelles il reste en France, comme je l'ai montré dans l'interview qu'il a donnée il y a quelques années à ce même quotidien Página/12 (voir mon article du 27 octobre 2009). Car il s'agit ici d'un thème crucial de l'identité argentine et du patriotisme dans ce pays aujourd'hui : partir ou rester, et si je pars, mes motifs sont-ils légitimes ? Un peu comme ce qui, en France, tourne autour de l'exil fiscal, qui fait couler tant d'encre surtout depuis qu'avec une indécence consommée, un célèbre acteur, qui s'est enrichi au-delà du raisonnable grâce à une production cinématographique nationale d'autant plus dynamique qu'elle est largement soutenue par l'argent public, a déclenché un scandale inouï en choisissant de jeter aux orties son passeport français (ce qui n'est ni sérieux ni réaliste) pour aller s'installer à trois kilomètres de la frontière, dans un charmant village dont, paraît-il, il souhaite respirer l'air frais...
Ce thème de l'exil volontaire ou de son refus patriotique dans l'Argentine actuelle occupe une bonne partie d'un de mes livres, Deux cents ans après, le Bicentenaire de l'Argentine à travers le patrimoine littéraire du tango, publié chez Tarabuste Editions en janvier 2011. On y trouve en effet plusieurs textes qui tournent autour de la question, comme :
- Ezeiza, de Alorsa,
- Soneto con bronca, de Luis Alposta,
- Ni me entrego ni me voy, Quiero elgir mi vida et Sigo aquí de Héctor Negro,
et Pompeya para Diego era París de Alejandro Szwarcman...
Ce fut aussi un thème central pour le général José de San Martín tout au long du dernier quart de siècle de sa vie : après avoir libéré le sud du continent et y avoir sacrifié sa vie conjugale et un bonne partie de son bonheur personnel et familial, don José a décidé de s'éloigner du pays (qu'il pensait d'ailleurs rejoindre très vite) et il a fini par s'installer en Europe. Mais ce n'était pas pour son confort, loin de là. C'était pour ne pas avoir à se battre ("dégainer mon sabre", selon sa propre expression) contre ses propres compatriotes dans une guerre civile qu'il vomissait de toutes ses entrailles. Voir la biographie San Martín, à rebours des conquistadors, qui sera disponible lundi aux Editions du Jasmin. Une période dont je compte vous parler demain ou samedi, dans le cadre de la présentation que je vous fais depuis le 23 octobre de ce tout prochain livre.

mercredi 29 février 2012

Hommage à Horacio Salgán au Teatro Colón [à l'affiche]

Au moment où Barrio de Tango va pouvoir sortir de sa très longue hibernation puisque j'ai pu tenir mes délais, presque au jour près, en mettant en ce moment même la dernière main à deux manuscrits sur les trois livres que j'ai mis en chantier cet automne (parution prochaine aux Editions du Jasmin) et à l'heure de la rentrée pour tout le monde en Argentine, voilà que m'arrive l'information d'une soirée d'hommage au Maestro Horacio Salgán au Teatro Colón, l'Opéra de Buenos Aires.

La soirée commencera à 20h30 ce samedi 3 mars 2012 et la liste de participants a de quoi laisser rêveur comme toujours dans ce genre d'événement exceptionnel, organisé pour l'occasion par le Ministère de la Culture de la Ville Autonome de Buenos Aires, dirigé par l'indéboulonable Hernán Lombardi, et le directeur du Festival de Tango, le Maestro Gustavo Mozzi. Excellente initiative !

L'orchestre fondé par Horacio Salgán sera dirigé par son fils, César, pianiste lui aussi (et qui ressemble à son père comme deux gouttes d'eau), et rassemblera ses bandonéonistes historiques, les Maestros Leopoldo Federico, Ernesto Baffa, Julio Pane, Juan José Mosalini (qui aura quitté Paris pour l'occasion) et Néstor Marconi. Se joindront à la fête un certain nombre de musiciens plus jeunes comme Carlos Corrales, Esteban Falabella, Juan Pablo Navarro, Lautaro Greco ou Nicolás Enrich. Il est peu probable que Horacio Salgán lui-même se mette au piano, il est en fait retiré depuis plusieurs années et ne fait plus que des apparitions rares sur scène mais on ne sait jamais. A 95 ans, le grand Maître en étonne encore plus d'un.

Au programme du concert, on annonce tout un répertoire de -ou arrangé par- Horacio Salgán, dont bien entendu l'inévitable A fuego lento, son morceau le plus célèbre, Recuerdo, Canaro en París, Gallo ciego, Ojos negros, Responso et une version qu'il n'a jamais enregistrée de La pulpería de Santa Lucía...

Le concert sera retransmis intégralement et en direct par la 2x4. Vous avez la possibilité de l'écouter par le streaming disponible sur le site Internet de la station, voir en Colonne de droite, la rubrique Ecouter, et faites attention au décalage horaire : Buenos Aires a 4 heures de moins que l'Europe atlantique. En revanche, si vous vivez au Canada, c'est peut-être plus confortable pour vous. Buenos Aires est dans le même créneau horaire que la côte est.

Sur place, à Buenos Aires, les places sont en vente au guichet du théâtre et sur son site Internet et leurs prix s'étalent de 10 à 60 $, ce qui est vraiment bon marché, comparé aux tarifs pratiqués par des salles plus petites et moins prestigieuses comme Clásica y Moderna ou le CC Torcuato Tasso pour des artistes de même pointure...

Pour aller plus loin :

dimanche 26 septembre 2010

Tango sur Culturebox de France 3 : Melingo et Mosalini [ici]

Quelques reportages à propos du tango sur Culturebox de France 3 pendant l'été :

Vous pouvez voir, sur le site culturel de France 3, le chanteur et compositeur Daniel Melingo, à l'occasion de son passage cet été au Festival de tango de Tarbes, et Juan José Mosalini, ancien bandonéoniste de Osvaldo Pugliese installé en France depuis maintenant de très nombreuses années, à l'occasion de sa prestation au Festival de Besançon, avec l'orchestre de Besançon-Montbéliard-Franche-Comté...

Comme toujours, le commentaire manque un peu de nuance en ce qui concerne le tango, qui reste désespérément entaché de clichés et d'idées toutes faites. Mosalini est présenté comme "le pape du bandonéon et le successeur de Piazzolla", rien de moins... Dieu sait si Mosalini est un grand musicien qui mérite le respect mais ces expressions sont pour le moins excessives et, comme toujours, laissent dans l'ombre les autres grands maîtres de cet instrument qui ne vivent pas chez nous. Or ils sont plus nombreux au bord du Río de la Plata que de ce côté-ci de l'Atlantique...

Mais enfin, c'est toujours du tango sur les écrans français et avec des musiciens qui valent la peine, même si Daniel Melingo n'est pas vraiment représentatif (1)... Et vous pouvez continuer à regarder le reportage sur Alfredo Arias et les trois spectacles qu'il avait donnés au Théâtre du Rond-Point à l'automne dernier, qu'il vient de reprendre à Buenos Aires, au Teatro Alvear (voir mon article du 2 août 2010) et qu'il reprendra l'année prochaine dans une tournée à travers la France (voir mon article du 30 novembre 2009 sur ce reportage de France 3).

Pour voir les reportages sur Daniel Melingo, cliquez sur le lien

(1) Le travail de Daniel Melingo, son style, sa voix, son jeu de scène sont loin de faire l'unanimité en Argentine. Il a ses admirateurs, il plaît à une partie du public qui l'applaudit très chaleureusement (j'en ai été témoin au début du Festival au Teatro de la Ribera, à La Boca) mais il reste détesté (mais ce qui s'appelle "détester") par une autre partie du public, qui sont des gens dont l'avis est aussi très valide et qui ont leurs raisons de ne pas aimer ce qu'il fait. C'est vraiment une querelle des goûts et des couleurs et en aucun cas une querelle entre tango authentique et tango for export, même si les adversaires de Melingo ont, bien entendu, tendance à le classer dans le tango for export pour lui trouver une raison, logique pour eux, de faire le tango et la musique qu'il fait et qu'ils n'aiment pas (c'est de bonne guerre, quand on refuse là-bas le travail d'un artiste). Le travail de Juan José Mosalini est beaucoup plus consensuel, il subit pas quant à lui ce double jugement et ne partage pas le public en deux comme le fait Daniel Melingo.
(2) Vous aurez juste le droit d'écouter quelques notes de Piazzolla, dans un arrangement pour orchestre symphonique. Pas d'interview du Maestro. Seulement du chef d'orchestre, du président du festival plus le traditionnel micro-trottoir avec quelques spectateurs qui disent quelques banalités... Un marronnier d'été mais avec du tango. D'ailleurs, les deux reportages sont classés dans la rubrique Festivals de l'été...

mercredi 1 septembre 2010

Ligne B : descendre à Malabia Osvaldo Pugliese [Actu]

Enfin, vendredi 3 septembre 2010, ce sera fait !

Après 12 ans de démarches persistantes pour obtenir ce geste de la part des dirigeants de la ville de Buenos Aires et deux ans après que Mauricio Macri l'a annoncé publiquement lors de l'annonce du programme du 10ème festival de tango de Buenos Aires (ce fut l'un de mes premiers articles en juillet 2008), la station de métro Malabia sur la ligne B, la station qui se trouve sous l'esquina Corrientes y Scalabrini Ortiz et qui émerge à deux pas du monument restauré l'année dernière (voir mes articles de juillet et septembre 2009), cette station portera donc à partir de vendredi le double nom de Malabia (son nom actuel) - Osvaldo Pugliese. Après la station Carlos Gardel, sur la même ligne, un peu plus à l'est, ce sera la deuxième à porter le nom d'un artiste de tango.

Pour lire les textes, cliquez sur l'image.

Une grande fête est organisée autour de la station et sur la placette qui entoure le monument vendredi 3 à partir de 18h, avec prise de paroles notamment de Lydia Elman de Pugliese, la veuve du Maestro, et concert-spectacle avec notamment Roberto Alvarez et Juan José Mosalini, qui furent tous bandonéonistes de Pugliese, le dernier chanteur de son orchestre, Abel Cordoba, et la danseuse Milena Plebs, entre autres artistes. Daniel Binelli et Rodolfo Mederos seront aussi de la partie. La fille et la petite-fille de Pugliese ne sont pas annoncées (Beba et Carla Pugliese).

Une fois rentrée en France et en mesure d'ajouter des images à mes articles, je vous donnerai l'affiche de la fête qui a été notamment diffusée par le CCC. Je ne pourrai hélas pas vous rapporter de photos que j'aurai prises puisque je serai moi-même à ce moment-là en train de régler les derniers détails de ma prestation au Museo Casa Carlos Gardel, la dernière des trois présentations de Barrio de Tango, recueil bilingue de tangos argentins (Ed. du Jasmin) que je ferai à Buenos Aires. Et je n'ai malheureusement pas le don d'ubiquité.

Pour lire l'ensemble des articles relatifs à Osvaldo Pugliese et au souvenir vivant qui demeure de lui dans la capitale argentine, cliquez sur son nom dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, ou dans la rubrique Vecinos del Barrio, dans la Colonne de droite, section Toujours là.

mardi 1 juin 2010

Hommage à Rubén Juárez à Lyon samedi 5 juin à 20h30 [ici]


La soirée Che bandoneón, préparée de longue date par Solange Bazely et le bandonéoniste Matías González, à l'Opéra de Lyon, pour les 15 ans de l'association lyonnaise Tango de Soie, rendra hommage, ce samedi 5 juin, au bandonéoniste, chanteur et compositeur Rubén Juárez (5 novembre 1947-31 mai 2010), qui s'est éteint à Buenos Aires hier matin.

Participeront les bandonéonistes Juan José Mosalini, Matías González et Michael Zisnan et le Leonardo Sánchez Cuarteto.

La soirée commence à 20h30, à l'Opéra de Lyon, Place de la Comédie, dans le 1er arrondissement.

La photo qui illustre l'article est une photo qui appartient à la collection personnelle de Hernán Castiello, dit Cucuza, elle a été prise à Buenos Aires en novembre 2008, lors d'une participation de Rubén Juárez à une soirée de El Tango vuelve al Barrio organisée par Cucuza, au Bar El Faro.

samedi 6 mars 2010

Juan José Mosalini à la Une de Cultura & Espectaculos [à l'affiche]

Une de C&E de Página/12 du 26 février 2010

Samedi dernier, au théâtre IFT, du quartier de l'Abasto, Juan José Mosalini donnait un concert, comme je l'ai annoncé dans un précédent article consacré à l'émission-podcast Fractura Expuesta, qui l'avait invité à son micro jeudi 25 février (lire mon article du 25 février 2010). Sur la scène du teatro IFT, jouaient avec lui Pablo Agri, au violon, Cristián Zárate au piano, Roberto Tormo à la contrebasse et Ricardo Lew à la guitare (remplaçant lui-même Leonardo Sánchez, le musicien avec lequel Mosalini avait travaillé).

Le bandonéoniste et compositeur vient en effet de sortir dans son pays natal un album édité en France il y a 12 ans : Conciertos para bandoneón y guitarra.

A l'occasion de ce concert et de cette sortie, le quotidien Página/12 a publié vendredi 26 février une interview de Mosalini par Karina Micheletto et a mis la photo du musicien installé en France à la une de son supplément Spectacles et Culture.

Verbatim :

Juan José Mosalini dice que, de un tiempo a esta parte, aquello de “el cuore partido”, a lo que se acostumbró desde hace treinta y tres años, se materializó en una forma disfrutable de ida y vuelta. “Ahora hasta tengo un bulín porteño”, sonríe. Tal como le dijo alguna vez Julio Cortázar en una reunión parisina, la figura geométrica que mejor le cabe, concluye ahora, es la del triángulo: ese cuore está dividido entre París, Buenos Aires y Marsella, donde, igual que el escritor, el bandoneonista tiene “una base de operaciones” para escapada de descanso y también de buena comida. Desde hace tres meses, el bandoneonista, compositor y arreglador está en la Argentina, y son varios los motivos profesionales que lo traen a esta esquina del triángulo.
Karina Micheletto, Página/12

Juan José Mosalini dit que, depuis quelque temps, ce truc du coeur partagé (1), auquel il s'est habitué depuis maintenant 33 ans, s'est matérialisé sous une forme agréable d'allers-retours. "Maintenant, j'ai même un pied-à-terre portègne", dit-il en souriant (2). Tout comme le lui avait dit un jour Julio Cortázar dans une rencontre à Paris, la figure géométrique qui lui va le mieux, c'est la conclusion à laquelle il est arrivé, c'est celle du triangle : son coeur est divisé entre Paris, Buenos Aires et Marseille, où, comme l'écrivain, le bandonéoniste a une base opérationnelle pour des escapades de repos et de bonne chère aussi. Depuis trois mois, le bandonéoniste, compositeur et arrangeur est en Argentine et elles sont nombreuses, les motivations professionnelles qui le conduisent à ce coin-là du triangle.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–El disco que acaba de salir en la Argentina, Conciertos para bandoneón y guitarra, comienza con una obra de Piazzolla que usted grabó por primera vez, “Milongón festivo”. ¿Cómo llegó a sus manos?
–Es cierto, era una obra inédita, tan inédita que el propio hijo de Astor, Daniel Piazzolla, no la conocía. ¡Cuando la escuchó, no daba crédito! Poco importan los entretelones, pero para resumirlo puedo contar que José Bragato, colaborador incansable de Astor durante más de medio siglo, fue quien la puso en mis manos. Bragato fue, digámoslo así, un filtro de toda la música que compuso Piazzolla. Porque Astor era alguien que –digámoslo también así, finamente– meaba la música: la capacidad de trabajo que tenía ese tipo era algo monstruoso. Y en esa vorágine creativa iba escribiendo y tirando flechas para todos lados, anotaciones extrañas, códigos suyos. Bragato era el que después pasaba en limpio, distribuía ese pensamiento musical en partituras. Por eso tiene guardada absolutamente toda la obra de Piazzolla. Con Bragato somos muy amigos, nos conocemos de la época en que gané el concurso de Canal 13, hay una relación medio paternalista de parte suya. Un día apareció con esta obra increíble y me dijo: “Tomá pibe, te la doy a vos”. Era una obra para tres bandoneones y orquesta sinfónica; yo reduje los bandoneones a uno y con Leonardo (Sánchez) agregamos una línea para la guitarra. Quedó tal como se escucha en el disco.
Página/12

Karina Micheletto : Le disque qui vient de sortie en Argentine, Concerts pour bandonéon et guitare, s'ouvre avec une oeuvre de Piazzolla dont vous avez fait le premier enregistrement, Milongón festivo. Comme est-elle arrivée dans vos mains ?

Juan José Mosalini : Pour une oeuvre inédite, c'était une oeuvre inédite, tellement inédite que le propre fils d'Astor, Daniel Piazzolla, ne la connaissait pas. Quand il l'a écoutée, il n'y a pas cru ! Les coulisses importent peu et pour le dire rapidement, ce que je peux vous raconter c'est que c'est José Bragato, partenaire infatigable d'Astor pendant plus d'un demi-siècle, qui me l'a mise entre les mains. Bragato a été, disons-le comme ça, un filtre de toute la musique qu'a composée Piazzolla. Parce qu'Astor était quelqu'un qui, disons-le aussi comme ça, donnait de la musique comme une vache du lait
(3) : la capacité de travail qu'avait ce type était quelque chose de phénoménal. Et dans ce déferlement créatif, il écrivait et mettait des flèches dans tous les sens, des notes bizarres, de codes à lui. Bragato, c'était celui qui mettait tout ça au propre après, qui disposait toute cette pensée musicale en partitions. C'est pourquoi il a conservé absolument toute l'oeuvre de Piazzolla. Bragato et moi, nous sommes amis, nous nous sommes connus à l'époque où j'ai gagné le concours de Canal 13 (4), il y a [entre nous] une relation à moitié paternaliste de sa part. Un jour, il est arrivé avec cette oeuvre incroyable et il m'a dit : "tiens, prends ça, gamin, c'est à toi que je le donne". C'était une oeuvre pour trois bandonéons et un orchestre symphonique. J'ai réduit les bandonéons à un seul et avec Leonardo (Sánchez), j'ai ajouté une ligne pour la guitare. Et ça a donné ce que l'on entend sur le disque.
(Traduction Denise Anne Clavilier)
–Era un bicho raro...
–Claro, con mi bandoneón era algo así como un marciano, por algo no hubo en mi generación muchos solistas de bandoneón. Esa generación rechazaba el tango y por supuesto rechazaba el bandoneón. Imagínese, con 15 o 16 años, un momento de la vida en que uno se enamora a altísima velocidad, he pasado malos momentos. En las fiestas de chicos y chicas, que en la época se llamaban asaltos, me hacían llevar el bandoneón y después se burlaban.
Página/12

K. M. : Vous étiez un type à part...
J.J.M. : Pour ça, oui. Avec mon bandonéon, j'étais une espèce de martien. Ce n'est pas pour rien qu'il n'y a pas beaucoup de solistes de bandonéon de ma génération. Cette génération-là rejetait le tango et bien sûr elle rejetait le bandonéon. Imaginez un peu : à 15 ou 16 ans, une époque de la vie où on tombe amoureux en moins de deux, j'ai passé des mauvais quarts d'heure. Dans les fêtes de jeunes, qu'à l'époque on appelait des assauts (asaltos), on me faisait apporter mon bandonéon et après on se moquait de moi.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–Para conquistar chicas no era. Seguro que al que llevaba la guitarra le iba mejor...
–Fíjese que aquella que era la destinataria de mi atención fue una de las que una vez se burló. Pero bueno, fue también la que me indujo a anotarme en aquel concurso donde empezó todo. Resultó que al final gané y llegó un telegrama para dar la noticia. Ahí tuve que contarle a mi padre: “Mirá, tal día te mentí, no fui al colegio, fui a anotarme a este concurso”. El premio era integrar la orquesta estable de Canal 13 durante seis meses. Al final me quedé un año, y de ahí fui conociendo a un artista y a otro. Así integré primero la orquesta de Jorge Dragone, después toqué con Argentino Ledesma, con Baffa-Berlingieri, y después con Leopoldo Federico, con Osvaldo Pugliese, con tantos... hasta llegar al presente. Un camino largo para un chico de José C. Paz.
Página/12

K.M. : Pas très efficace pour séduire les filles. A coup sûr, celui qui avait une guitare, il s'en sortait mieux...

J.J.M. : Imaginez-vous que cette même fille qui était l'objet de mes attentions a été de celles qui se sont moqué de moi. Mais, bon, c'est aussi elle qui m'a poussé à m'inscrire dans ce concours avec lequel tout a commencé. En fin de compte, c'est moi qui ai remporté la finale et la nouvelle est arrivée par télégramme. Là, il a fallu que j'en parle à mon père : "Ecoute, l'autre jour, je t'ai raconté des histoires. Je ne suis pas allé à l'école, je suis allé m'inscrire à ce concours". Le prix à gagner, c'était d'entrer dans l'orchestre en titre de Canal 13 pour une durée de 6 mois. Pour finir, je suis resté un an et à partir de là, j'ai rencontré un artiste et puis un autre. C'est comme ça que je suis entré dans l'orchestre de Jorge Dragone, après j'ai joué avec Argentino Ledesma, avec Baffa et Berlingieri, et après avec Leopoldo Federico, avec Osvaldo Pugliese, avec tant et tant... jusqu'à aujourd'hui. Un long chemin pour un gamin de José C. Paz (5).
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–¿No era un “barrio de tango”?
–Para nada. En aquella época mi barrio estaba totalmente descolgado del mundo urbano, era campo. A 38 kilómetros de “la gran ciudad”, era un pueblo con inmigrantes sirio-libaneses, colonias judías y de japoneses que llegaban para trabajar como horticultores, porque parece que en la zona había buena tierra. Venir a comer una pizza a Las Cuartetas era la gran salida a la ciudad, una vez cada tanto. De allí venía yo, en una época en que el tango estaba en crisis, desplazado por nuevas modas, un período de mucha crisis cultural de los ’60. Un pibe de campo, que tocaba el bandoneón... Sí, era raro.
Página/12

K.M. : Ce n'était pas un quartier de tango ?
J.J.M. : Pas le moins du monde. A cette époque-là, mon quartier était totalement separé de l'univers de la ville, c'était la campagne. A 38 km de la Grande Ville, c'était un village d'immigrants syrio-libanais, de colonies juives et de Japonais qui arrivaient pour travailler comme horticulteurs, parce qu'il paraît que dans le coin la terre était bonne. Aller manger une pizza à Las Cuartetas, c'était LA sortie en ville, une fois de temps en temps. C'est de là que j'arrivais moi, à une époque où le tango était en crise, détrôné par de nouvelles modes, une période de grande crise culturelle dans les années 60. Un gamin de la campagne, qui jouait du bandonéon.... Pour ça, non, ce n'était pas ordinaire.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

–Desde su última visita, el tango fue declarado Patrimonio Cultural Intangible de la Humanidad. ¿Qué implica para usted esa declaración?
–Un reconocimiento enorme. Escuché que hubo polémicas, hasta hay músicos que directamente se oponen a la declaración, dicen algo así como que el tango es nuestro y no de la humanidad. No me interesa entrar en esas polémicas, no me siento representado. Pero puedo dar mi parecer. El tango no necesita ser Patrimonio de la Humanidad, eso es seguro. Jerusalén tampoco, tantas joyas arquitectónicas que son Patrimonio de la Humanidad tampoco, tienen valor per se. Pero un reconocimiento unánime de una entidad tan heterogénea, me parece valioso. Estuve en una reunión de la Unesco en la que se trató el tema, me convocó Miguel Angel Estrella, que es el embajador argentino ante ese organismo. Cuando vi el espíritu de unanimidad que había ante la declaración, entre los representantes de todos los países, me quedó en claro que era una revalorización. Así lo siento.
Página/12

K.M. : Depuis votre dernière visite, le tango a été déclaré Patrimoine Culturel immatérielle de l'Humanité. Qu'est-ce que cette déclaration implique selon vous ?

J.J.M. : Une reconnaissance énorme. J'ai entendu parler des polémiques, il y a même des musiciens qui s'opposent directement à cette déclaration. Ils disent quelque chose dans le genre "le tango est à nous et pas à l'humanité" (6). Entrer dans ces polémiques ne m'intéresse pas, je ne me sens pas représenté là-dedans. Mais je peux dire comment je sens les choses. Le tango n'a pas besoin d'être Patrimoine de l'Humanité, ça c'est sûr. Jérusalem non plus. Tant et tant de joyaux de l'architecture qui sont Patrimoine de l'Humanité non plus. Tout ça a sa valeur en soi. Mais une reconnaissance unanime d'une institution aussi hétérogène, je crois que ce n'est pas rien. J'ai assisté à une réunion à l'Unesco au cours de laquelle le sujet a été débattu, j'avais été invité par Miguel Angel Estrella (7), qui est l'ambassadeur argentin auprès de cet organisme. Quand j'ai vu l'esprit d'unanimité qui règnait avant la déclaration, entre les représentants de tous les pays, il m'est apparu clairement que c'était une grande reconnaissance de la valeur du tango. C'est comme ça que je le sens.
(Traduction Denise Anne Clavilier)

Pour aller plus loin :
Lire l'intégralité de l'interview sur le site de Página/12
Pour lire les autres articles relatifs à l'inscription du tango au Patrimoine de l'Humanité, cliquer sur le mot-clé TPH dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus, sous le titre de l'article. Les mots-clés du bloc Pour chercher vous permettent d'accéder à des ensembles d'articles de Barrio de Tango triés à partir de critères thématiques.

(1) Mosalini emploie deux fois ce terme venu de l'Italie en Argentine pour désigner le coeur : el cuore.
(2) Bulín : autre terme de lunfardo, typique du parler quotidien de Buenos Aires. On désigne par bulín un nid d'amour, un pied-à-terre, un petit logement sans grand luxe mais bien à soi. Les connaisseurs du répertoire connaissent bien ce mot grâce à un tango comme El bulín de la calle Ayacucho (Prácanico-Flores).
(3) La métaphore ne peut être traduite littéralement, en français elle donnerait lieu à contre sens. Mear, c'est pisser. Or un pisse-copie en français, c'est quelqu'un qui écrit beaucoup, avec facilité mais qui manque de personnalité. Cela ne peut bien évidemment pas s'appliquer à Piazzolla.
(4) Canal 13 est une chaîne de télévision très importante dans le paysage audiovisuel argentin.
(5) José Paz, une commune du Gran Buenos Aires.
(6) Voir l'interview des artistes du Festival de tango indépendant dans Página/12 de ce matin (lire mon article de ce jour) et, il y a 15 jours, la réaction spontanée de la chanteuse Adriana Varela, dans une autre interview, toujours dans le supplément culturel de Página/12 (lire
mon article du 20 février 2010)
(7) Miguel Angel Estrella est un pianiste classique argentin, grand artiste qui a beaucoup milité pour la démocratie pendant la Dictature. Il a été arrêté, torturé, il a dû s'exiler en France comme réfugié politique et il a fondé l'association Musique Espérance pour apporter la musique aux défavorisés de son pays et aux prisonniers dans le monde entier. Il a en particulier donné des concerts dans les prisons françaises. Il est maintenant l'Ambassadeur de son pays à l'UNESCO, dont le siège est à Paris. C'est à ce titre qu'il a conduit une bonne partie des négociations qui ont abouti à la déclaration de fin septembre 2009.

jeudi 25 février 2010

Juan José Mosalini cette nuit sur Fractura Expuesta [à l’affiche]

Fractura Expuesta est une émission hebdomadaire, qui passe tous les jeudis de 22h à 23h30 sur La Voz de las Madres et qui peut aussi être téléchargée sur le site de l’émission quelques jours après. Pour lire les articles de Barrio de Tango qui se rapportent à cette émission, cliquez sur son titre dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search, ci-dessus.

Ce soir, donc, l’invité d’honneur sera Juan José Mosalini, un musicien, bandonéoniste et compositeur argentin, installé à Paris et actuellement en visite dans son pays natal. C'est donc un grand moment de tango et de radio qui se prépare et qui se savourera soit en direct (attention au décalage horaire en fonction de votre lieu de résidence) soit dans quelques jours ar podcast lorsque nos amis animateurs auront téléchargé l’ensemble du document Mp3 sur leur site, que vous pouvez d’ores et déjà visiter (le lien se trouve dans la rubrique Ecouter, dans la partie inférieure de la Colonne de droite).

Juan José Mosalini se produira samedi prochain, 27 février 2010, au Teatro IFT, rue Boulogne-sur-Mer 549 (dans le quartier de l’Abasto) : le concert est prévu à 21h30 et le tarif commence à 35 $ la place.
Pour découvrir le théâtre, visiter son site.

samedi 30 janvier 2010

Rendez-vous culturel avec l'Argentine à Saint Tropez [ici]

Affiche officielle

Ce Rendez-vous culturel avec l'Argentine, organisée par la Mairie de Saint-Tropez, sur la Côte d'Azur, fait partie des célébrations en France du Bicentenaire de la Revolución de Mayo, par laquelle en mai 1810, le Vice-Royaume du Rio de la Plata a entamé le long processus d'indépendance et de séparation de la métropole espagnole.

La manifestation, qui se déroulera du 12 au 21 février avec l'appui de l'Ambassade d'Argentine en France, s'enracine dans un fait historique : un Tropézien (1), né André Paul Bouchard dans ce petit port de pêche provençal, le 15 janvier 1780, a participé, comme officier supérieur de la Marine argentine, à la guerre d'indépendance de ce pays, où il était arrivé en 1809, à l'issue de plusieurs campagnes post-révolutionnaires de la marine française en Egypte puis à Haïti. André Paul Bouchard, qui, pour une raison inconnue, a pris, à un certain moment de sa vie, le prénom usuel d'Hippolyte, est décédé au Pérou, près de Nazca, le 4 janvier 1837, assassiné par l'un de ses esclaves, excédé des mauvais traitements qu'il leur faisait subir.
Ce grand navigateur, dont le profil est celui d'un corsaire sans scrupule et non celui d'un officier aristocratique comme San Martín, Pueyrredón ou Güemes, a parcouru le Pacifique, après la guerre d'indépendance de l'Argentine, à travers des expéditions dignes d'un film d'action aux Philippines, à Hawaï, en Californie, au San Salvador et autres escales jusqu'à ce qu'il s'installe dans une grande hacienda qui lui fut attribuée par le gouvernement péruvien et où il monta une grande exploitation sucrière. Pendant longtemps on ne sut pas le lieu de sa sépulture et ses restes furent finalement identifiés en 1962, sous une petite église de la région de Nazca.

Hipólito Bouchard, comme l'appellent donc les Argentins, repose maintenant dans le caveau de la Marine argentine au cimetière de la Chacarita à Buenos Aires.
Dans Buenos Aires, près du port, une rue porte son nom. C'est une rue connue car elle longe le Luna Park (situé esquina Corrientes y Bouchard comme vous avez pu le lire dans mon article sur le concert que Nelly Omar a donné dans cette immense salle le 3 mai dernier). Son histoire a été racontée par Bartolomeo Mitre, qui fut historien, journaliste, officier, Président de la République et qui a fondé le quotidien La Nación, qui fêtait tout récemment son 140ème anniversaire (lire mon article sur l'anniversaire de La Nación).

Au programme de ce rendez-vous tropézien : des expositions (dont une est montée en collaboration avec le Centre Pompidou, de Paris), des conférences et des concerts dans la salle Jean Despas, tous les jours, de 10h à 12h30 et de 15h à 18h.
Entrée libre.

A ne pas manquer entre autres propositions que je vous invite à aller regarder sur le site de la Ville de Saint Tropez : la conférence de Solange Bazely sur l'histoire du tango, Si le tango m'était conté, le 13 février à 18h, et le concert de Juan José Mosalini, le 14 février à 18h.
Entrée gratuite partout dans la limite des places disponibles.

Pour en savoir plus (ou essayer en tout cas) :
visiter le site de Saint Tropez (malheureusement, le document pdf qui présente le détail du programme est très difficile à trouver sur le site de la ville, je suis personnellement aller le chercher directement sur Google... Bizarre, bizarre !)

Pour mieux connaître l'histoire de l'Argentine, cliquez sur le mot-clé histoire dans le bloc Pour chercher, para buscar, to search (sous le titre de l'article) ou sur le lien Vade mecum historique dans la rubrique Petites chronologies, dans la partie médiane de la Colonne de droite.
A noter que Solange Bazely donnera une autre conférence le 17 mars, cette fois-ci, à Paris, à la Maison de l'Amérique Latine.

Et pour les gourmands et les gourmets, découvrez la spécialité locale : la Tarte tropézienne. Il s'agit d'une invention toute récente (1955, année du tournage du film Et Dieu créa la femme) : on la doit à un pâtissier qui venait de s'installer dans ce coin encore tranquille (mais plus pour longtemps) de la Côte d'Azur, Alexandre Micka, qui s'est inspiré d'une recette traditionnelle de sa Pologne natale pour fourrer une brioche d'une crème vanillée d'une légèreté idéale.
Attention, dans les villes avoisinantes, à ne pas vous faire avoir par de trop nombreux artisans qui vous vendent sous ce nom générique de tarte tropézienne un étouffe-chrétien écoeurant et indigeste (sans parler des cochonneries industrielles vendues en supermarché). La Tarte Tropézienne doit être élaborée dans les règles de l'art. Assurez-vous qu'elle porte la garantie du créateur avant d'acheter. Le seul détenteur de la recette originale est le successeur d'Alexandre Micka, le pâtissier Albert Dufrêne.

(1) Certains en Argentine prétendent néanmoins qu'il serait né à Bormes les Mimosas. Ce n'est pas très loin, mais enfin, Bormes, c'est Bormes, et Saint Trop, c'est Saint Trop !

samedi 4 juillet 2009

Un concert exceptionnel pour la Fête Nationale du Bandonéon [à l'affiche]

Le 11 juillet se célèbre en Argentine el Día Nacional del Bandoneón. Et pourquoi le 11 juillet, c'est-à-dire le surlendemain de la deuxième fête nationale ? Tout simplement parce que le 11 juillet est le jour anniversaire de la naissance, en 1914, de Aníbal Carmelo Troilo, dit Pichuco, dit aussi El Gordo (1914-1975). Il y a quelques années le Gouvernement fédéral a décidé de faire de cette journée une fête en l'honneur d'un instrument qui a joué, joue et jouera encore un grand rôle dans l'identité culturelle nationale.

Or donc pour la Fête nationale du Bandonéon, l'association TangoVía Buenos Aires réunit pour la première fois sur une même scène de La Trastienda Club (le Club de l'arrière-boutique), à Monserrat (Balcarce 460) les bandonéonistes et compositeurs Leopoldo Federico, Juan José Mosalini, Julio Pane et Walter Ríos.

Ce sera le 11 juillet à 18h et l'entrée est fixée à 30 $. Une occasion à ne pas rater si la politique sanitaire contre l'expansion des maladies infectieuses respiratoires dont c'est en ce moment le point culminant n'oblige pas les autorités ou les organisateurs à annuler le spectacle.

Depuis le début de la semaine, les pouvoirs publics ont en effet mis la capitale argentine et plusieurs provinces en état d'urgence sanitaire pour pouvoir prendre les mesures qui s'imposent pour limiter l'épidémie et en particulier fermer tous les lieux de rassemblement. Pour le moment, on compte sur la responsabilité de chacun pour rester si chez s'il a le moindre symptôme et on laisse ouvert les théâtres, les cinémas, les magasins et les restaurants parce que la réalité clinique est bien inférieure à la psychose disproportionnée qu'elle suscite dans les médias et dans les têtes. Mais si la population ne respectait pas les consignes qui sont données, il se pourrait que les établissements de loisirs et les commerces doivent arrêter leurs activités. Généralement, on pense que le moment critique sera passé d'ici la fin du mois de juillet, qui est le mois le plus froid de l'année et aussi, le plus souvent, celui des épidémies de grippes, angines, bronchiolites et autres bronchites pas très sympathiques.

lundi 23 février 2009

Le monde à l’envers : Juan José Mosalini au Teatro 25 de Mayo [à l’affiche]




C’était samedi soir, le 21 février, au Teatro 25 de Mayo, dans le quartier de Villa Urquiza. Le bandonéoniste et compositeur Juan José Mosalini, argentin naturalisé français, présentait un disque déjà bien diffusé ici mais encore inédit à Buenos Aires, où il vient d’être repris par le label Aqua Records pour le marché sud-américain.

Ce disque, Juan José Mosalini l’avait enregistré en 1996 à Paris avec le Quinteto Mosalini-Agri, qui était un quinteto típico, composé du violoniste Antonio Agri, du pianiste Osvaldo Caló, de Roberto Tomo à la contrebasse et de Leonardo Sánchez à la guitare, Mosalini tenant le bandonéon, bien entendu. Le concert de samedi dernier reprenait tous les morceaux du disque mais Pablo Agri avait remplacé son père (aujourd’hui décédé) et le piano était tenu par Cristian Zárate, celui-là même qui tenait l’instrument aux côtés de Rubén Juárez lors de la soirée de clôture du 10ème Festival de Tango de Buenos Aires en août dernier (voir article sur ce concert dans Barrio de Tango).

Juan José Mosalini vit en France depuis l’époque où Isabel Perón régnait à la Casa Rosada (voir les dates de l’histoire argentine, dans la rubrique Petites Chronologies, dans la Colonne de droite). En Argentine, il était un militant comme cela était fréquent dans les années 60 et 70 dans les milieux artistiques, tant au nord qu’au sud de notre planète. L’organisation terroriste Triple A (Alianza Argentina Anticomunista), au service d’Isabel Perón, pourchassait alors toute la gauche non péroniste (et même certains péronistes un peu trop exigeants à son goût, comme les montoneros) et Mosalini s’est retrouvé dans le collimateur de cette redoutable police parallèle. Il a alors préféré quitté l’Argentine pour Paris, comme le firent nombre de ses compatriotes. C’était juste avant que l’accession au trône du roi Juan Carlos installe la démocratie en Espagne. Après la mort de Franco et le vote de la nouvelle constitution espagnole, les Argentins ont plus volontiers trouvé refuge outre-Pyrénées. A commencer par Isabel Perón elle-même après le coup d’Etat militaire qui l’a renversée en 1976 (1). Juan José Mosalini a été l’un des bandonéonistes de la Orquesta Típica Osvaldo Pugliese (lui-même grand communiste devant l’Eternel et fortement tracassé par la Triple A et toutes les dictatures argentines de 1930 à 1983, ce qui en fait un petit paquet). Mosalini a milité dans le syndicat des musiciens, que Pugliese avait fondé en 1936 (2). Après son départ d’Argentine, Juan José Mosalini a fondé à Paris plusieurs formations musicales de tango avec d’autres exilés comme lui et il est considéré comme l’un des musiciens d’avant-garde dans la musique de tango post-piazzollienne. Juan José Mosalini dispose d’un site web trilingue (français, espagnol et anglais, les trois langues étant symbolisées par des drapeaux de pays européens : ni drapeau argentin ni drapeau américain en vue !) où vous pouvez écouter 8 morceaux (seulement en écoute via Internet, aucun téléchargement possible).

Dans son édition de samedi, le quotidien Página/12 lui consacre un article à partir d’une interview accordée à Diego Fischermann. Pour lire ce papier, cliquez sur le lien. La photo ci-jointe est extraite de cet article de la version web du journal. On y voit Mosalini poser dans le Pasaje Enrique Santos Discépolo, une petite rue oblique donnant sur la Avenida Corrientes, dans le quartier des théâtres et cinéma, dont je vous avais montré une photo dans un article d’hommage au comédien-poète.

Les articles connexes dans Barrio de Tango : sur Osvaldo Pugliese, sur le quartier Villa Urquiza, bien éloigné du Pasaje Enrique Santos Discépolo (voir aussi rubrique Quelques quartiers, villes et lieux dans la Colonne de droite), sur les compositeurs, sur les Disques & livres (voir rubriques Les avenues-Las avenidas, dans la Colonne de droite).
(1) Malgré un ordre d’arrestation international émis contre elle par les autorités judiciaires argentines avant l’élection de Cristina Fernández à la Présidence argentine, Isabel Perón coule des jours tranquilles dans la banlieue de Madrid et n’est pour le moment pas véritablement inquiétée. Il est vrai aussi que Cristina Fernández a fait rétablir le portrait d’Isabel Perón dans la galerie des portraits des Chefs d’Etat à la Casa Rosada, ce qui fut fort commenté à l’époque. Isabel Perón est soupçonnée d’être la commanditaire de l’arrestation arbitraire de deux étudiants par la Triple A. Les deux étudiants ont disparu après leur arrestation. Officiellement, la Triple A a été créée par Isabel Perón lorsqu’elle était encore la Vice-Présidente de son mari. Certains historiens mettent prudemment en question cette version et avancent que la Triple A a été constituée par Perón lui-même, dans les six derniers mois de sa vie, qui furent aussi les six mois de sa dernière présidence.
(2) Pugliese en avait la carte n°3.