lundi 22 mars 2021

Le 24 mars, plantation des arbres de la Mémoire [Actu]

"Planter de la mémoire" dit le gros titre


Les associations des droits de l’homme fondées par des victimes de la dernière dictature militaire ont l’habitude de faire un grand défilé chaque 24 mars, date anniversaire du putsch de 1976. Comme l’an dernier, elles doivent y renoncer cette année.

Elles proposent à la place plusieurs alternatives : un concours de poésie et la plantation de 30 000, parfois sous forme de plant, comme ce fut le cas samedi à l’ex-ESMA en présence du président, d’autres fois sous la forme d’une simple semence. Ces arbres de la Mémoire rappelleront les 30 000 disparus adultes de cette dictature, la plus sanglante que l’Argentine ait connu dans sa courte histoire.

Página/12 en fait sa une. Les autres quotidiens n’en disent pas un mot.

A l’étranger, certaines ambassades organisent une cérémonie de plantation. Ce sera le cas à Paris dans le 15e arrondissement, sous la présidence de l’ambassadeur mais en tout petit comité pour respecter les règles sanitaires en vigueur.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

dimanche 21 mars 2021

Manuel Belgrano : ma première interview radio en France [ici]


Le mercredi 24 mars 2021, à l’heure du déjeuner, RCF Touraine-Saint-Martin (37) et RCF Blois (41) diffuseront mon interview sur le général Manuel Belgrano (1770-1820) dont j’ai publié la seule biographie en français il y a un an (1).

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L’interview est conduite par Caroline Leddet dans sa chronique d’un petit quart d’heure, Autour d’un livre, qui occupe le créneau du mercredi à 11h45.

© Denise Anne Clavilier

Pour écouter : cliquez sur ce lien.

Ajout du 25 mars 2021 :
écouter l'interview en replay sous ce lien




(1) Manuel Belgrano – L’inventeur de l’Argentine, Editions du Jasmin. A commander dans tous les bonnes librairies, qui restent ouvertes puisqu’elles sont enfin reconnues comme des commerces essentiels !

En avance sur le 24 mars, le président rend hommage aux disparus [Actu]

"Ils ne nous ont pas vaincus,
nous demandons toujours la même chose",
cite le gros titre
sur cette photo de l'étreinte présidentielle
donné à Taty Almeira, la présidente de Madres Linea Fundadora
(il est vrai qu'ils sont vaccinés, mais ce n'est pas un exemple !)
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Chaque 24 mars, on commémore en Argentine le coup d’État de 1976 et leurs milliers de disparus. En 2021, comme l’an dernier, le jour sera bien férié mais il n’y aura pas les défilés désormais traditionnels organisés par les différentes associations de victimes qui défendent et promeuvent les droits de l’homme et la démocratie : Madres de Plaza de Mayo (scindées en deux organisations), Abuelas, HIJOS, Familiares, CELS, etc.

Le président a donc fait une visite hier au musée de la mémoire et des droits de l’homme situé sur le campus de l’ancienne école supérieure de mécanique de la marine (ESMA) dont le gouvernement argentin voudrait faire inscrire au patrimoine mondial, où a été caché une prison clandestine et un centre de torture sous la dictature et où sont installés maintenant le ministère de la Justice et plusieurs centres culturels animés par les associations des droits de l’homme. Alberto Fernández était entouré de représentants de ces associations et tout ce beau monde a oublié les gestes barrières… Trop difficile de maintenir les distances dans une culture aussi tactile que l’argentine !

Alberto Fernández a planté un arbre qui fait de magnifiques fleurs mauves au printemps et prononcé un discours qui a frappé par son ton partisan, ses critiques envers cette partie de la droite qui se présente comme « républicaine », de plus en plus alignée sur le trumpisme (1), et qui ne parvient plus à cacher son envie de réhabiliter à un degré ou à un autre la dernière dictature militaire ou de se réclamer de tel ou tel aspect de sa politique et de contester par tous les moyens les condamnations à de longues années de prison ferme des derniers bourreaux encore en vie et qui se morfondent en prison, à l’issue de procès équitables.

Bref, le président a fait un discours de campagne électorale, ce qui ne saurait surprendre à six mois des primaires de mi-mandat, si tant est que ce pré-scrutin se tienne en août prochain, eu égard à la situation sanitaire qui reste critique du fait de la présence des variants dits anglais et brésiliens et la pénurie de vaccins (l’Argentine n’a pas des trésors sans fin pour acheter à tous les laboratoires du monde des doses souvent à prix exorbitants).

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, qui soutient le gouvernement
lire l’article de Clarín, qui soutient l’opposition

Mise à jour du 22 mars 2021 :

Le président vient de remporter les élections internes au Partido Justicialista (PJ). Il prend ce soir la direction du parti, ce qui va le poser en chef de la campagne électorale de mi-mandat et montre que le PJ s’oriente dans une direction conciliatrice. Mais comme chef de parti, il va devenir difficile pour Alberto Fernández d’être sur les deux fronts, l’État et le parti, et de se présenter comme une autorité institutionnelle au-dessus des divisions partisanes :
lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
lire l’article de La Nación





(1) Il y a peu, on a identifié le neveu trentenaire et né aux Etats-Unis d'un responsable politique du ministère de l'Economie sous la dictature parmi les assaillants du Capitole à Washington le 6 janvier 2021. Il est derrière les barreaux, sous des motifs graves puisqu'il a porté des coups contre un policier et qu'il apparaît que ses actions ce jour-là ont été préméditées. Son profil ultra-réactionnaire et violent choque même dans les colonnes des journaux de droite en Argentine.

samedi 20 mars 2021

La presse argentine marque l’anniversaire du confinement [Actu]

"L'année où nous avons vécu en danger"


Il y a un an, l’Argentine se confinait. Deux jours avant cet anniversaire, le président est à nouveau intervenu à la télévision (voir mon article d’hier) pour alerter ses compatriotes sur les dangers sanitaires qui menacent toujours le pays à cause des difficultés logistiques de la vaccination. Du coup, des rumeurs sont nées : le reconfinement serait au coin de la rue.

"Enclencher la première" titre Página/12
en commentant la proposition de la ministre de la Santé
qui veut reculer les secondes injections
pour pouvoir vacciner plus de personnes à risques
En haut : la cour de Cassation a donné raison à Cristina Kirchner
dans le contentieux qui l'opposait à Google
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La ministre de la Santé a repoussé officiellement cette idée : à cette heure ; il n’est pas question de serrer encore plus la vis.

"Confinement imparfait" titre La Nación
au-dessus du graphique
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Les journaux, sauf Clarín, profitent de l’occasion pour faire un retour sur cette année particulière. Página/12 offre même à ses lecteurs un cahier spécial et gratuit, consultable en version numérique. Les infographies proposées par La Nación et Página/12 permettent de se faire une idée synthétique de ce qu’ont été ces douze mois de crise.


Alberto Fernández : Voilà un an que nous sommes isolés à cause de la pandémie.
Son assistante : Un an, c’est les noces de quoi ?
Alberto Fernández : Les noces de gel hydroalcoolique.
Traduction © Denise Anne Clavilier

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :

lire l’article de Página/12 sur la situation en 7 graphiques
lire le cahier de Página/12 sur l’année de la quarantaine
lire l’article de La Nación sur les hauts et les bas de Alberto Fernández dans la gestion au long cours de la crise
Sur les déclarations de la ministre de la Santé :
lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa

vendredi 19 mars 2021

Le président en direct à la télé : la deuxième vague menace l’Argentine [Actu]

Miguel Rep a traduit le discours présidentiel :
"Fermons les frontières"
Vous avez remarqué que les Malouines ne sont pas protégées
par les seringues. Elles ne sont pas non plus menacées par le virus !
© Miguel Rep ~ Página/12
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Alberto Fernández a surpris tout le monde hier soir en faisant à la télévision publique une allocution imprévue : il s’agissait pour lui d’inviter les Argentins à maintenir le cap (gestes barrières, masques et réduction des sorties) en attente d’une vaccination généralisée. En effet, comme l’avaient annoncé au début de l’été certains épidémiologistes, une seconde vague s’annonce dans le pays après le relâchement de l’été comme cela s’est produit en Europe. La fermeture des frontières se fait plus sévère. Il est vrai qu’on a vu récemment un groupe de jeunes étudiants revenir du Mexique où ils étaient allé faire leur traditionnel voyage d’après-baccalauréat et dont beaucoup d’entre eux sont revenus porteurs du virus...

Le président est apparu solennellement, depuis son bureau de la Casa Rosada, assis dans le fauteuil présidentiel historique (le fauteuil de Rivadavia, du nom du premier président de la République argentine entre 1826 et 1827).

Or il s’avère toujours très difficile d’approvisionner en temps et heure le pays en vaccins : les usines russes et chinoises ont du mal à fournir à hauteur des besoins tous les pays qui ont choisi leurs produits. Le président a dû expliquer qu’il en allait de même à peu près partout dans le monde.

Bien entendu, Alberto Fernández n’est pas naïf : il sait très bien que son opposition ne reculera devant rien pour profiter de ces difficultés afin de grignoter des voix et de regagner des sièges dans les assemblées nationales et provinciales, largement dominées pour l’instant par sa majorité.

On peut imaginer qu’il a choisi cette date parce que le même jour, Mauricio Macri jouait à l’auteur à succès dans le quartier de Recoleta…

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

« Première mi-temps » : les mémoires de Mauricio Macri chez Planeta [Disques & Livres]

L'image Twitter de la campagne de souscription


L’ancien président vient de sortir un livre où il fait l’apologie de son mandat qui peut pourtant être résumé comme un échec profond : pendant deux ans et demi, il a cru que son nom et son appartenance à une famille patronale suffiraient à faire venir en grand nombre les investisseurs étrangers, ce qui n’a bien évidemment pas été le cas (il faut des garanties un peu plus solides qu’une élection au second tour pour leur inspirer confiance) ; au bout de ce temps, les caisses de l’État vidées par les réductions fiscales au profit des riches et des spéculateurs, il a livré à nouveau le pays au FMI, l’institution la plus haïe en Argentine,  et à un endettement surdimensionné : il a perdu même l’estime d’un grand nombre de ses partisans qui n’ont pas hésité à se répandre en critiques désobligeantes et parfois insultantes dans les médias et son adversaire politique l’a battu à plate couture dès les primaires en août 2019 avant de l’écraser définitivement au premier tour en octobre. Et maintenant, il traîne des casseroles qui font peser sur lui des soupçons parfois infamants (corruption, enrichissement personnel, évasion de capitaux, actes d’espionnage contre ses opposants, voire des familles de militaires morts en service, abandon d’un sous-marin perdu en mer et son équipage de 44 membres et signature inconstitutionnelle d’un emprunt engageant l’avenir du pays). On en oublierait presque son impardonnable ambiguïté sur les Malouines (il oubliait parfois qu’elles sont constitutionnellement partie intégrante du territoire national), ses métaphores et plaisanteries sexistes (y compris au détriment de Christine Lagarde, alors à la tête du FMI), ses innombrables vacances de gosse de riche et l’indécence avec laquelle il a rejeté les soupçons de malversations pesant sur la holding familiale sur son père quelques jours à peine après l’avoir porté en terre.

Pas facile de défendre un tel bilan !

Quatrième de couverture
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Le premier tirage du livre n’en a pas moins été épuisé dès la souscription : à six mois des élections de mi-mandat, la droite en a profité pour se compter et ça a marché. Pourtant, on croit généralement que l’ancien président n’a fait que signer l’ouvrage, écrit par un rédacteur professionnel inconnu (c’est le cas de la plupart des livres de politiques). On connaît de toute manière son peu de talent pour le maniement de la langue. Il est assez mauvais orateur, sa culture générale laisse à désirer e son vocabulaire est pauvre. Il lit peu et à peu près rien en matière de littérature de qualité. Diplômé aux États-Unis, il a perdu à peu près tout l’anglais acquis dans sa jeunesse studieuse. De profession, il est ingénieur et cette formation ne lui a pas donné une maîtrise durable du verbe.

Un titre sur la querelle entre Berni et Frederic
concernant des questions de sécurité publiques
Une photo pour un Macri triomphant avec sa femme à ses côtés
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Cela n’a pas empêché que la présentation de son livre hier au palais des expositions de Recoleta (l’un des lieux les plus laids de Buenos Aires) a rassemblé une foule d’admirateurs, dont sont sortis plusieurs slogans passablement haineux contre la majorité et le gouvernement actuel. Tout ce qui avait été évité le 10 décembre 2015, le jour de sa prestation de serment au début de son mandat… Cinq ans après, la belle retenue et la dignité démocratique sont passées par pertes et profits. Macri était entouré de sa garde prétorienne, composée de personnalités passablement sectaires (Patricia Bullrich et compagnie) et de certains modérés qui se sont faits beaucoup plus discrets. Ils ne pouvaient pas ne pas venir faire de la figuration. Quand on est candidat et si près du scrutin, comment faire autrement !

Le livre est en vente dans de nombreuses librairies au prix de 1 690 pesos mais certaines ont annoncé publiquement qu’elles ne le vendraient pas. L’ouvrage a déjà reçu des commentaires élogieux du très droitier et ultra-libéral prix Nobel de littérature péruvien Mario Vargas Llosa (voir cet entrefilet de La Nación).

Il y a quatre jours, en plein battage médiatique par l’ex-président (plus que par sa maison d’édition), Daniel Paz et Rudy s’en sont payé une bonne tranche dans la vignette du jour à la une du Página/12 du 16 mars 2021.


La journaliste : « De quoi parle votre livre ? »
Mauricio Macri : « De toutes les réussites que nous avons réussi à réussir au cours de ma présidence. »
La journaliste : « Il y en a qui disent qu’au cours de ces quatre années, vous avez volé la moitié du pays. »
Mauricio Macri : « C’est pour ça que ça s’appelle
Première mi-temps » (1).
Traduction © Denise Anne Clavilier.

© Denise Anne Clavilier
www.barrio-de-tango.blogspot.com

Pour aller plus loin :


Ajouts du 20 mars 2021 :
lire cette analyse politique de la sortie du livre dans Página/12
lire cette analyse politique de La Nación



(1) Il ne faut pas oublier qu’il est un dirigeant de football. Ancien président du club de Boca Juniors où il est entré en conflit constant avec Diego Maradona, le meilleur buteur de l’équipe, il est aujourd’hui président d’une fondation de la FIFA, ce qui lui permet de voyager dans le monde entier aux frais de la princesse.

Un fait divers a tenu toute l’Argentine en haleine : peut-on parler de « happy end » ? [Actu]

"Chasse à l'homme" titrait La Prensa hier matin
quelques heures avant que la fillette soit retrouvée
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Après une semaine haletante, à la recherche d’une gamine de 7 ans issue d’une famille indigente et féminine, je m’attendais ce matin à ce que tous les quotidiens titrent sur l’heureuse découverte hier dans la journée de la fillette saine et sauve… Mais non ! Comme si dans ce terrible fait divers qui a fait vendre beaucoup de papier et attirer les Internautes sur les sites Web, une fin heureuse n’intéressait guère les médias. Sinistre constatation dans une Argentine où les bonnes nouvelles, en ce moment, ne sont pourtant pas légion. Pire encore : l’événement a fourni un prétexte à des échanges très agressifs entre le gouvernement de la province de Buenos Aires (le théâtre des événements) et celui de la Nation (niveau fédéral), alors que les deux exécutifs sont de la même couleur politique.

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Sans surprise, pendant que la presse de droite se focalise sur cette querelle politicienne de bas étage (1) et bien que La Nación titre sur le happy end et aborde en pages intérieures les aspects sociaux du sujet, c’est en une que Página/12 analyse le sens politique que cache la péripétie sordide : le sort de ces enfants et de ces adultes qui vivent sans protection, dans la rue ou dans les bidonvilles des périphéries de Buenos Aires et des villes de la province homonyme.

La petite fille vit en effet dans un parc public, sous une bâche qui fait office de tente et abrite tant bien que mal un matelas informe et crasseux et quelques vêtements d’été. Elle vit ainsi avec sa maman et plusieurs femmes, sœur et cousines de celle-ci, à la limite sud-ouest de Buenos Aires, à Villa Lugano, un quartier périphérique et très modeste. Ces dernières semaines, il a beaucoup plu à Buenos Aires, dans la chaleur torride de l’été.

Lundi matin, la gamine a été enlevée par un chiffonnier de 39 ans qu’elle connaissait depuis un mois puisque c’était un voisin. A partir de l’enregistrement d’une caméra de sécurité à un passage à niveau près de la gare de Liniers, où l’on reconnaît (difficilement) la fillette en compagnie d’un homme à bicyclette à 8h40, le protocole de recherche urgente dit « Alerta Sofía » a été activé par la justice avec annonces tonitruantes sur les médias audiovisuels et les grands axes de circulation tandis que les sans abri de ce parc de Villa Lugano faisaient bloc avec la maman. Le tout a permis que la presse s’intéresse à cette disparition et pendant toute la semaine, les journaux ont suivi l’affaire et relayé des nouvelles et des informations qui ont été utiles pour retrouver l’enfant.
Le ravisseur, avec sa proie, avait pris le train jusqu’à Luján, à près de 70 km à l’ouest de la capitale fédérale, et l’enfant a été reconnue par une habitante du quartier qui entoure l’université de la ville alors qu’elle passait devant elle assise dans la remorque d’un vélo monté par le chiffonnier. L’endroit n’est pas très loin de la gare, ce qui pouvait laisser craindre qu’il voulait partir ailleurs. La police provinciale est intervenue, elle a arrêté l’homme et récupéré l’enfant dont une policière en uniforme s’est occupée avec soin et délicatesse jusqu’à l’arrivée de la maman.
Le suspect est en garde à vue et une instruction est ouverte contre lui. Il sera soumis dans les jours qui viennent à des expertises médicales pour définir son état mental. S’il est reconnu responsable de ses actes, il encourt une peine de 5 à 15 ans de prison pour soustraction, enlèvement et retenue d’une mineure de 10 ans.
A première vue, la petite, qui souriait dans les bras de la policière, semble aller bien et ne pas avoir subi de sévices. Elle a passé des examens médicaux et elle est restée toute la nuit à l’hôpital des Enfants de Buenos Aires. Sa famille et elle ont été placées sous la protection de la justice des mineurs.

Cette fillette n’a jamais connu que la rue. Elle y est née. Sa mère y vivrait depuis quatorze ans selon ce qu’a confié à La Nación une de ses camarades d’école dans le même quartier.

"La découverte de l'enfant kidnappée déclenche
une furieuse réaction de Berni contre Frederic",
dit le gros titre au-dessus de la photo de la fillette avec les policiers
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Par sa soudaineté, sa durée et son traitement médiatique pendant près d’une semaine, de lundi à jeudi, ce fait divers jette enfin une lumière crue sur la situation sordide de tant de gens de tous âges victimes de la crise économique sans fin qui secoue l’Argentine depuis décembre 2001, quand tout le système financier a fait faillite après dix ans de politique monétaire et économique délirante sous la présidence de Carlos Menem (1990-2000). D’après les associations spécialisées, il y a en Argentine 871 mineurs sans abri.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12
lire l’article d’hier de La Prensa sur la découverte de la gamine
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación sur le déroulé des faits
lire l’article de La Nación sur les conditions de vie de cette famille à Villa Lugano
lire le billet d’opinion d’une sociologue de la UCA (Université Catholique d’Argentine, à Buenos Aires) paru dans La Nación

Ajout du 24 mars 2021 :
lire cet article de La Prensa sur le martyre subi par la petite, dont l'examen médical a révélé qu'elle était abusée depuis de très nombreuses années et que sa mère ne peut pas y être étrangère




(1) Sergio Berni, le ministre de la sécurité de la province, a occupé le même poste au niveau fédéral sous la présidence de Cristina Kirchner. C’est lui qui est intervenu dans l’appartement du procureur Alberto Nisman après le probable suicide de ce dernier. Le voir patauger dans le sang du magistrat et contaminer la scène de crime avait contribué (et pas qu’un peu) aux rumeurs qui accusaient Cristina d’avoir commandité le crime. L’homme semble ne pas supporter de ne pas avoir retrouvé le même poste dans le gouvernement actuel et ne rate jamais une occasion d’attaquer, voire comme ici d’insulter, la personne choisie par le président Alberto Fernández pour occuper ce maroquin. On le sent d’autant plus travaillé par la jalousie qu’il s’agit d’une femme pour « un poste d’homme ». Berni a la réputation d’être un peu limité et depuis plus d’un an, il semble s’efforcer d’en administrer la preuve.

mercredi 17 mars 2021

Sitôt nommé, le nouveau ministre de la Justice déclenche l’offensive [Actu]

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C’est donc Martín Soria, député de la province de Río Negro (en Patagonie), qui reprend le portefeuille de la Justice, en remplacement de Marcela Losardo, qui refusait de mettre en place la politique de réforme du système judiciaire annoncée par le président lors de l’ouverture de la session parlementaire le 1er mars dernier.

D’emblée, le nouveau ministre a fait savoir, à travers les médias audiovisuels acquis à la majorité, qu’il entendait pleinement mener cette réforme à bien et contraindre institutionnellement les magistrats à oublier leurs opinions partisanes au moment où ils exercent leur métier.

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Pour la droite, cette nomination est une déclaration de guerre ! Interprétation d’autant plus tentante qu’on est entré dans une année électorale (élections législatives de mi-mandat en octobre prochain). En Martín Soria, l’opposition voit un partisan fanatique de Cristina Kirchner, une marionnette de cette dernière qui n’obéira qu’à elle (et non au président), un « taliban » du péronisme et autres épithètes sympathiques...

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Le ministre ne pourra toutefois prendre ses fonctions qu’après la séance parlementaire du 25 mars au cours de laquelle il pourra renoncer à son siège au sein de la Chambre. Et il faudra encore une ratification du Sénat pour que l’ancienne ministre puisse faire ses bagages et venir à Paris prendre la tête de la délégation argentine à l’UNESCO.

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :

BoJo se la joue Churchill et ça énerve à Buenos Aires ! [Actu]

Entrée du Palacio San Martín sur la place du même nom
dans le quartier de Retiro
C'est le siège historique du ministère des Affaires étrangères
Il accueille aujourd'hui les réceptions et manifestations protocolaires
Le ministère actuel se trouve dans un bâtiment ultra-moderne
dans une rue voisine (la rue Esmeralda)
Photo Ministère des Affaires étrangères argentin


Selon sa très peu sympathique habitude, Boris Johnson vient de détailler sa politique de défense qui comprend entre autres une augmentation de l’arsenal nucléaire et une présence armée accrue dans l’océan Atlantique sud.

Depuis plusieurs années, la Grande-Bretagne entretient en effet une base navale sur l’archipel des Malouines au large desquelles elle exploite des gisements pétrolifères.

Ces déclarations matamoresques ont aussitôt suscité des réactions du gouvernement argentin pour lequel l’occupation des îles Malouines s’assimile à de la colonisation, un mode de relation internationale mis au ban de l’ONU depuis sa fondation.

L’Argentine appelle une nouvelle fois la Grande-Bretagne à entamer des discussions bilatérales sur le statut et l’avenir des archipels de l’Atlantique sud, comme une vieille résolution de l’ONU, jamais acceptée par Londres, y invite les deux anciens belligérants de la guerre de 1982.

Ce chapitre du discours du Premier ministre britannique est d’autant plus étrange qu’il cite l’Argentine parmi les cinq alliés que le Royaume-Uni compterait en Amérique du Sud.

L’information a été traitée par tous les journaux sans exception et mise à la une de Página/12 et de La Nación.

Rappelons que les Malouines sont des terres dépendant de Buenos Aires depuis 1767 (depuis que Louis XV les a cédées à Carlos III d’Espagne) et que sans déclaration de guerre, elles ont été prises d’assaut par les Britanniques en janvier 1833. L’occupation britannique n’a pas connu aucune interruption effective depuis lors. La constitution argentine, ratifiée en 1853, fait de l’archipel une partie intégrante du territoire national de la République. Rappelons aussi que les Malouines sont exclues de l’accord commercial post-Brexit entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lundi 15 mars 2021

Les aras rouges revivent dans les Marais Iberá [Actu]

Les aras au moment de leur libération


Il y a quelques temps, l’Argentine a réintégré quinze aras rouges dans le parc naturel national de la Laguna Iberá, une merveille de biodiversité qui occupe une bonne partie de la province de Corrientes (1).

Cela faisait plus de 170 ans qu’on n’avait plus vu ces magnifiques oiseaux dans cette région. Des zoologues ont documenté leur présence pour la dernière fois en 1850.

On sait que deux oiseaux sauvages sont nés depuis.

Cette bonne nouvelle a été célébrée par les institutions qui ont organisé cette réinsertion. Clarín a ainsi profité du week-end pour régaler ses lecteurs de superbes photos.


Dans le même parc, la réintégration récente de jaguars semble elle aussi porter ses fruits : on a pu apercevoir deux juvéniles (ci-dessus), aussitôt baptisés Arami et Mbarete (des noms guaranis), qui ont pu être photographiés (2). En Argentine, le jaguar a été déclaré monument national naturel. C'est le plus grand félin américain.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Clarín sur les aras
lire l’article de La Prensa sur les jaguars.



(1) Voir Haute Voltige, dans Contes animaliers d’Argentine que j’ai publié aux Éditions du Jasmin. L’histoire se passe sur le bord du Paraná dans la province de Santa Fe mais différents oiseaux qui se mesurent dans ce meeting aérien viennent de Corrientes, la province voisine.

(2) Voir entre autres Comment l’espiègle sapajou échappa au jaguar, dans Contes animaliers d’Argentine.