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jeudi 9 novembre 2023

Prochaine béatification à Luján [Actu]

Feuillet de prière au Serviteur de Dieu Eduardo Pironio
Au-dessus, le texte de la prière validée par la conférence épiscopale
En-dessus, une note biographique et l'adresse à laquelle
les fidèles peuvent envoyer leurs témoignages
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Le pape François vient de signer le décret de reconnaissance de la première guérison inexplicable en l’état actuel des connaissances dont la survenue est attribuable à l’intercession d’un cardinal argentin, Eduardo Pironio, qui a terminé sa carrière au Vatican, où il est décédé.

Eduardo Pironio était un grand diffuseur du culte de la Vierge de Luján, le grand sanctuaire de l’Argentine, à environ 70 km à l’ouest de Buenos Aires. Un sanctuaire qui a pour origine le mystérieux arrêt d’une statuette de la Vierge à cet endroit en 1630.

En Argentine, le cardinal Pironio avait beaucoup œuvré au renouveau de la pastorale. Il appartenait à l’une des branches de ce qu’on appelle la théologie de la Libération, une branche pour laquelle le service des pauvres était avant tout un engagement spirituel (et non un engagement politique, à quoi on a un peu trop tendance à réduire ce grand mouvement qui a saisi l’Église latino-américaine, du nord au sud). La piété populaire dont le culte marial de Luján est une des plus vivantes expressions en Argentine était l’une de ses grandes préoccupations d’évêque. C’est ce qui l’a conduit auprès de Jean-Paul II à Rome.

De son travail au Vatican, on retient surtout une idée-phare : le concept des Journées Mondiales de la Jeunesse, dont il fut aussi l’organisateur des premières éditions.

Il est mort à Rome mais a tenu à se faire enterrer à Luján. C’est donc là qu’il repose et c’est là qu’il sera déclaré bienheureux avant la fin de l’année, donc très probablement d’ici à Noël. La ville mariale va revêtir ses plus beaux atours pour l’occasion et rassembler la foule colorée des grands pèlerinages qui emplissent la basilique et l’immense plaza Manuel Belgrano qui a conservé intact son style colonial.

Le gros titre (photo bleue) est pour le débat télévisé
d'hier, entre les deux candidats à la vice-présidente
Visiblement, ça a volé très bas ("bagarre dans la boue")
En bas, un juge fédéral, soupçonné de favoriser Cristina Kirchner,
a été arrêté, menotté et placé en détention hier à Mendoza
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C’est la neuvième fois que François distingue ainsi l’un de ses compatriotes. Ici, c’est en outre une personnalité qu’il a personnellement connue.

Comme on pouvait s’y attendre, La Prensa a fait paraître la nouvelle sur sa une aujourd’hui (ci-dessus).

Au cœur de cet angoissant et déchirant chaos politique, cela fait deux très bonnes nouvelles en peu de temps pour les catholiques argentins : leur première sainte, bientôt canonisée à Rome, et un nouveau bienheureux.

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :

lire la dépêche de l’agence AICA, qui est la voix de la conférence épiscopale d’Argentine
lire l’article en espagnol de Vatican News
consulter la page Facebook que l’animateur de la cause en canonisation a consacrée au Vénérable Serviteur de Dieu, bientôt Bienheureux (il faudra attendre une deuxième guérison inexplicable pour qu’il passe de ce statut à celui de saint de l’Église universelle).

lundi 13 mars 2023

Sur les unes, la déception des Oscars l’emporte sur les 10 ans du pontificat [Actu]

En haut, le narthex de la basilique de Luján en fête
En bas, le comédien argentin Ricardo Darín
et son épouse, hier soir, aux Oscars, avant la déception


Beaucoup d’Argentins y croyaient : leur film, Argentina 1985, consacré aux grands procès contre la Dictature, déjà multi-récompensé dans de nombreux festivals internationaux, allait sans doute aussi emporter l’Oscar hier soir. Mais patatras ! c’est un film allemand, sur la guerre, qui reçoit la statuette grâce à une énorme campagne électorale menée tambour battant par son producteur, Netflix (1).

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Du coup, ce matin, les rédactions faisaient la tête. Elles ont la plupart du temps relégué dans les pages intérieures les deux faits qui devaient marquer l’actualité du jour : le dixième anniversaire de l’élection de François à Rome et l’oscarisation si longtemps attendue d’un troisième film argentin, comme au Qatar avec le foot !

Un petit titre secondaire tout en haut, sur fond gris
Et un peu de foot pour la couleur !
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François, très discret donc sur les unes, n’en occupe pas moins plusieurs pages dans les éditions papier des journaux nationaux : 2 dans Página/12, 4 dans Clarín au milieu du journal et 5 dans La Nación, les premières du numéro.


Une des pages culturelles de Página/12
Une image neutre de la soirée des Oscars...
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Seule La Prensa, le plus catho des quotidiens à Buenos Aires mais pour qui François est beaucoup trop à gauche, consacre à cet anniversaire une grande partie de sa une. Toutefois, il s’agit non pas de parler du pape lui-même mais seulement de la messe d’action de grâce présidée hier par le primat d’Argentine dans la ville mariale de Luján et l’article n’est même pas encore en ligne !

© Denise Anne Clavilier



(1) Avec, en prime, une entourloupe très peu digne de l’Académie organisatrice qui a refusé de laisser parler Volodymyr Zelensky lors de cette soirée où elle allait récompenser un film de guerre. Autrement dit, les gens de cinéma aux États-Unis acclament la guerre fictive, le spectacle qu’elle représente, mais ils ne veulent rien savoir de la vraie guerre alors que Poutine la mène contre le système démocratique et l’État de droit qu’ils prétendent représenter dans le secteur culturel. Comme a déclaré hier Dmitri Kuleba, le ministre des Affaires étrangères ukrainien, quelle hypocrisie ! Eux préfèrent les paillettes et les tenues démentielles.

mardi 27 décembre 2022

A San Juan, le président de la fédé offre la Coupe à la Difunta Correa [Actu]

Le président dépose la coupe près de la statue
de la grande sainte non canonique
dans ce pauvre petit sanctuaire bazardeux et émouvant
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Le président de la fédération argentine de football, la AFA, El Chiqui Tapia (ci-dessus), accompagné par le champion du monde Ezequiel Palacios, tous deux sanjuaninos, se sont rendus dans la capitale provinciale au pied des Andes pour déposer une reproduction de la Coupe du Monde au sanctuaire de la Difunta Correa.

Une de El Zonda, l'un des quotidiens locaux
à gauche, Palacios, à droite Uñac
"La Coupe est arrivée à la maison", dit le gros titre
Une une entièrement consacrée à l'événement
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La Difunta fait dans le pays de Cuyo l’objet d’un culte étrange issu d’un puissant syncrétisme entre les croyances précolombiennes locales et le catholicisme arrivé avec les Espagnols. La légende veut que cette femme, la Difunta Correa, soit morte et qu’après son décès, elle ait pu continuer à allaiter son bébé. Il est assez facile d’y voir un culte à une déesse mère très présent dans les Andes.

La Difunta est vénérée dans un grand nombre de petits « calvaires » le long des routes et un peu partout dans la province de San Juan et elle dispose d’un sanctuaire officiel assez stupéfiant pour des Européens. Il est fait de bric et de broc et reçoit un nombre invraisemblable d’intentions de prière en provenance de tout Cuyo et parfois d’au-delà. Avec la Vierge de Luján et d’autres Vierges d’un peu partout en Argentine, la Difunta Correa était présente sur l’autel que les Albicelestes avaient installé dans leur vestiaire dans les stades où ils ont joué au Qatar !

Autel de l'équipe argentine au Qatar
La Difunta est ce gisant vêtu de rouge à la gauche de l'image
La Virgen de Luján est l'image vêtue de bleu et nimbée de rayons de lumière

Cette offrande a été l’occasion d’une énorme fête authentiquement populaire au Parque de Mayo dans la capitale de la province de San Juan, le tout en présence ni plus ni moins du gouverneur, Sergio Uñac lui-même et en personne. Bizarrement cette fois-ci, la présence des politiques n’a gêné ni le footballeur triple étoilé ni le président de la AFA alors que Sergio Uñac appartient, avec certes de menues réserves, à la majorité du président national Alberto Fernández, boycotté mardi dernier par les champions du monde.

Le Parque de Mayo rempli à ras-bords
En bas de l'image à droite, des gens exhibent une banderole
de Posadas, dans Misiones, de l'autre côté du pays !!!
Photo sur deux pages dans El Zonda de ce matin
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El Chiqui Tapia a fait aussi une conférence de presse en compagnie du gouverneur et il a ensuite été fait Ciudadano Ilustre de la ville de San Juan !

Si la presse nationale, publiée à Buenos Aires, ne parle que très peu de cett fête (alors qu’elle a rendu compte des événements à Rosario et à Mar del Plata), la presse sanjuanina y va, quant à elle, avec un enthousiasme contagieux… Beaucoup de photos, très impressionnantes et parfois même émouvantes, dans les quotidiens sortis ce matin !

© Denise Anne Clavilier


Pour aller plus loin :


Ajout du 6 janvier 2023 :
Hier, le président de la fédération s'est rendu au sanctuaire de Luján, le Lourdes argentin, pour offrir la Coupe à la Vierge. Un geste de piété plus orthodoxe et surtout beaucoup plus largement partagé en Argentine.


Extrait de Clarín
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vendredi 19 mars 2021

Un fait divers a tenu toute l’Argentine en haleine : peut-on parler de « happy end » ? [Actu]

"Chasse à l'homme" titrait La Prensa hier matin
quelques heures avant que la fillette soit retrouvée
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Après une semaine haletante, à la recherche d’une gamine de 7 ans issue d’une famille indigente et féminine, je m’attendais ce matin à ce que tous les quotidiens titrent sur l’heureuse découverte hier dans la journée de la fillette saine et sauve… Mais non ! Comme si dans ce terrible fait divers qui a fait vendre beaucoup de papier et attirer les Internautes sur les sites Web, une fin heureuse n’intéressait guère les médias. Sinistre constatation dans une Argentine où les bonnes nouvelles, en ce moment, ne sont pourtant pas légion. Pire encore : l’événement a fourni un prétexte à des échanges très agressifs entre le gouvernement de la province de Buenos Aires (le théâtre des événements) et celui de la Nation (niveau fédéral), alors que les deux exécutifs sont de la même couleur politique.

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Sans surprise, pendant que la presse de droite se focalise sur cette querelle politicienne de bas étage (1) et bien que La Nación titre sur le happy end et aborde en pages intérieures les aspects sociaux du sujet, c’est en une que Página/12 analyse le sens politique que cache la péripétie sordide : le sort de ces enfants et de ces adultes qui vivent sans protection, dans la rue ou dans les bidonvilles des périphéries de Buenos Aires et des villes de la province homonyme.

La petite fille vit en effet dans un parc public, sous une bâche qui fait office de tente et abrite tant bien que mal un matelas informe et crasseux et quelques vêtements d’été. Elle vit ainsi avec sa maman et plusieurs femmes, sœur et cousines de celle-ci, à la limite sud-ouest de Buenos Aires, à Villa Lugano, un quartier périphérique et très modeste. Ces dernières semaines, il a beaucoup plu à Buenos Aires, dans la chaleur torride de l’été.

Lundi matin, la gamine a été enlevée par un chiffonnier de 39 ans qu’elle connaissait depuis un mois puisque c’était un voisin. A partir de l’enregistrement d’une caméra de sécurité à un passage à niveau près de la gare de Liniers, où l’on reconnaît (difficilement) la fillette en compagnie d’un homme à bicyclette à 8h40, le protocole de recherche urgente dit « Alerta Sofía » a été activé par la justice avec annonces tonitruantes sur les médias audiovisuels et les grands axes de circulation tandis que les sans abri de ce parc de Villa Lugano faisaient bloc avec la maman. Le tout a permis que la presse s’intéresse à cette disparition et pendant toute la semaine, les journaux ont suivi l’affaire et relayé des nouvelles et des informations qui ont été utiles pour retrouver l’enfant.
Le ravisseur, avec sa proie, avait pris le train jusqu’à Luján, à près de 70 km à l’ouest de la capitale fédérale, et l’enfant a été reconnue par une habitante du quartier qui entoure l’université de la ville alors qu’elle passait devant elle assise dans la remorque d’un vélo monté par le chiffonnier. L’endroit n’est pas très loin de la gare, ce qui pouvait laisser craindre qu’il voulait partir ailleurs. La police provinciale est intervenue, elle a arrêté l’homme et récupéré l’enfant dont une policière en uniforme s’est occupée avec soin et délicatesse jusqu’à l’arrivée de la maman.
Le suspect est en garde à vue et une instruction est ouverte contre lui. Il sera soumis dans les jours qui viennent à des expertises médicales pour définir son état mental. S’il est reconnu responsable de ses actes, il encourt une peine de 5 à 15 ans de prison pour soustraction, enlèvement et retenue d’une mineure de 10 ans.
A première vue, la petite, qui souriait dans les bras de la policière, semble aller bien et ne pas avoir subi de sévices. Elle a passé des examens médicaux et elle est restée toute la nuit à l’hôpital des Enfants de Buenos Aires. Sa famille et elle ont été placées sous la protection de la justice des mineurs.

Cette fillette n’a jamais connu que la rue. Elle y est née. Sa mère y vivrait depuis quatorze ans selon ce qu’a confié à La Nación une de ses camarades d’école dans le même quartier.

"La découverte de l'enfant kidnappée déclenche
une furieuse réaction de Berni contre Frederic",
dit le gros titre au-dessus de la photo de la fillette avec les policiers
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Par sa soudaineté, sa durée et son traitement médiatique pendant près d’une semaine, de lundi à jeudi, ce fait divers jette enfin une lumière crue sur la situation sordide de tant de gens de tous âges victimes de la crise économique sans fin qui secoue l’Argentine depuis décembre 2001, quand tout le système financier a fait faillite après dix ans de politique monétaire et économique délirante sous la présidence de Carlos Menem (1990-2000). D’après les associations spécialisées, il y a en Argentine 871 mineurs sans abri.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12
lire l’article d’hier de La Prensa sur la découverte de la gamine
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación sur le déroulé des faits
lire l’article de La Nación sur les conditions de vie de cette famille à Villa Lugano
lire le billet d’opinion d’une sociologue de la UCA (Université Catholique d’Argentine, à Buenos Aires) paru dans La Nación

Ajout du 24 mars 2021 :
lire cet article de La Prensa sur le martyre subi par la petite, dont l'examen médical a révélé qu'elle était abusée depuis de très nombreuses années et que sa mère ne peut pas y être étrangère




(1) Sergio Berni, le ministre de la sécurité de la province, a occupé le même poste au niveau fédéral sous la présidence de Cristina Kirchner. C’est lui qui est intervenu dans l’appartement du procureur Alberto Nisman après le probable suicide de ce dernier. Le voir patauger dans le sang du magistrat et contaminer la scène de crime avait contribué (et pas qu’un peu) aux rumeurs qui accusaient Cristina d’avoir commandité le crime. L’homme semble ne pas supporter de ne pas avoir retrouvé le même poste dans le gouvernement actuel et ne rate jamais une occasion d’attaquer, voire comme ici d’insulter, la personne choisie par le président Alberto Fernández pour occuper ce maroquin. On le sent d’autant plus travaillé par la jalousie qu’il s’agit d’une femme pour « un poste d’homme ». Berni a la réputation d’être un peu limité et depuis plus d’un an, il semble s’efforcer d’en administrer la preuve.

mardi 15 septembre 2020

Le pèlerinage national n’aura pas lieu [Actu]

C’est une vieille tradition qui remonte à la fin du dix-neuvième siècle (1) que la pandémie met à bas cette année : le pèlerinage national à la basilique de Luján. A Buenos Aires, cette marche à pied part du sanctuaire de Liniers, à l’ouest de la capitale fédérale, pour gagner la cité mariale, située à 70 km plein ouest.

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Traditionnellement, le pèlerinage se tient le week-end le plus proche de la fête de Notre-Dame du Rosaire, quand le printemps est là, au début du mois d’octobre.

Hier, en sa qualité de primat d’Argentine, le cardinal Mario Poli a annoncé que ces célébrations n’auront pas lieu eu égard à la situation sanitaire du pays où l’épidémie fait rage. Il en a appelé à la foi des catholiques qu’il invite à faire le pèlerinage dans leur cœur puisque, selon ses propres déclarations, « La Vierge écoute en quelque lieu [que nous soyons] ».

Seul La Prensa se fait l’écho de cette décision et le journal catholique la met à sa une de ce matin.

Pendant ce temps-là, histoire de mettre de l’huile sur le feu comme la droite dure dont je parle dans mon article précédent, certains représentants (de droite) de la communauté juive (politiquement partagée) ont demandé, pour raison liturgique, à bénéficier d’un allègement des mesures sanitaires pendant les trois semaines qui viennent (fêtes de Roch-Hachana, Yom Kippour et Soukot, d’autant plus démonstratives qu’en Argentine, elles correspondent au début du printemps, au moment où la chaleur revient). Qu'ils sont pénibles avec leur perpétuelle politisation de la religion : l’État d’Israël lui-même, pourtant gouverné par une coalition droite libérale, centre et droite religieuse, reconfine précisément pour éviter que ces fêtes donnent lieu à de grandes réunions festives qui provoqueront des contagions en pagaille !

Pour aller plus loin :
lire la dépêche de l’agence de presse confessionnelle AICA (agence de la Conférence des Évêques d’Argentine) avec message vidéo où le cardinal s’exprime avec à côté de lui une réplique de la statue iconique de Notre Dame de Luján et une image du serviteur de Dieu (2), le Negro Manuel.



(1) Le pèlerinage national a été inventé et promu par un prêtre français, le père Georges Marie Salvaire, nommé curé de Luján. Il fut le grand historien du sanctuaire dont l’origine remonte à un fait miraculeux de 1630. Salvaire s’inspira du pèlerinage de Chartres dont la cathédrale servit de référence pour l’actuelle église de style néogothique. Le procès en canonisation de Salvaire a été ouvert à Rome, en même temps que celui du Negro Manuel, l’esclave africain qui fut donné par son maître à la Vierge, à la suite du miracle, pour veiller sa vie durant sur la petite statue de terre cuite que les fidèles vénèrent à Luján depuis bientôt quatre siècles.
(2) Serviteur de Dieu : premier stade de reconnaissance officielle par l’Église catholique des vertus spirituelles et de la foi d’un baptisé dont s’engage le procès en béatification. Pendant cette étape, le candidat à la béatification peut être honoré par les fidèles dans une prière privée selon une formule de demande de grâces diffusée par le promoteur de la cause (en l’occurrence, le diocèse de Mercedes-Luján, en province de Buenos Aires).

mardi 10 mars 2020

La messe pour la vie à Luján [Actu]

"Réponse de l'Eglise au Gouvernement :
Il est injuste de dire que nous sommes des hypocrites"
(mais brandir le drapeau national plutôt que le foulard bleu ciel,
ce n'est pas super-franc du collier non plus)
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C’était un rendez-vous que la Conférence des Évêques d’Argentine avaient donné aux fidèles catholiques il y a plusieurs semaines : une grande messe dans le sanctuaire marial national pour la vie (c’est-à-dire contre la légalisation de l’avortement) en cette journée internationale des droits des femmes, qui était aussi le deuxième dimanche de Carême.

"Coup d'envoi"
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Si le slogan officiel était consensuel (oui à la femme, oui à la vie), la foule rassemblée l’était un peu moins. On a en particulier revu cet affreuses effigie de carton-pâte représentant un fœtus humain et flottant comme un ballon au-dessus de la place au milieu de centaines de drapeaux nationaux, qui avaient été préférés par les célébrants au trop polémique foulard bleu ciel, pendant « pro-life » du foulard vert, brandi par les militantes (et militants) du droit à l’avortement. Et l’utilisation de cette très laide effigie géante est d’autant plus contestable que le droit à l’avortement ne vise pas des fœtus mais des embryons de huit semaines, dans lesquels la figure humaine est nettement moins reconnaissable, très loin donc de ce fœtus arrivé presque à terme. Cette différence ne constitue certainement pas un argument dans la débat éthique en question mais l’utilisation incessante de cette effigie pa ces militants qui se disent pro-life et sont si souvent favorables à la violence quand elle émane de la police (et en Argentine lorsqu’elle a pu venir de l’armée contre les citoyens) met en évidence leur volonté de manipuler l’opinion publique en faisant appel à ses émotions et à une identification d’ordre sentimental plutôt qu’à une réflexion citoyenne et rationnelle. Odieux !

"L'Eglise rejette durement le projet sur l'avortement
et les critiques [que lui fait] le président"
La Nación a pourtant préféré publier une photo
de la place Saint-Pierre presque vide
à l'heure de l'Angélus dimanche midi
pour cause de covid-19

Quoi qu’il en soit, la foule était bien au rendez-vous et la place Belgrano, la seule plaza mayor coloniale conservée dans son jus dans toute l’Argentine, était remplie comme en atteste la une de Clarín. Le discours officiel ne semble pas avoir été aussi violent que veut bien le dire Página/12, qui cite même dans son article sa bête noire, Monseigneur Héctor Aguer, un dur de l’aile conservatrice et même réactionnaire de l’Église argentine, comme « évêque de La Plata » (1). Néanmoins, c’est bien officiellement que les organisateurs ont repris la phrase si polémique du pape lorsqu’au cours d’une audience générale sur la place Saint-Pierre il a comparé le recours à l’avortement avec celui d’un tueur à gage (2).

Pendant ce temps, les partisans d’une évolution de la loi manifestaient dans de nombreuses capitales provinciales et à Buenos Aires, ils s’étaient rassemblés sur Plaza de Mayo devant la façade de la cathédrale pour un chahut démonstratif et des slogans aussi provocants. Mais les grandes manifestations féministes se déroulent aujourd’hui pour être plus visibles qu’un dimanche.

"On nous doit une vie"
l'un des slogans féministes affichés par Página/12
pour ne pas montrer en une d'images de Luján

Le projet de loi légalisant l’avortement devrait arriver cette semaine sur le bureau de la Chambre des Députés. Eu égard à la composition du Congrès, la loi devrait passer sans difficulté après un débat où l’opposition va crier très fort mais où elle devrait avoir du mal à débaucher les élus de la majorité qu’il lui faudrait rassembler pour faire échec au projet.

Pour aller plus loin :
lire l’article de La Prensa (le journal d’inspiration catholique)



(1) Ce qu’il n’est plus depuis un bon moment. Il a atteint la limite d’âge et a été remplacé dans la mission d’archevêque (et non d’évêque) par un prélat plus jeune, beaucoup plus ouvert et dans la ligne pastorale de François.
(2) Là encore, Página/12 montre toute son ignorance des affaires religieuses en parlant d’une messe. Les journalistes français, y compris de droite, sont tout aussi ignares et disent autant d’âneries sur le sujet.

mardi 5 novembre 2019

L’Immaculée Conception de Luján est rentrée à la maison [Actu]

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La statue de la Vierge de Luján est arrivée avec un jour de retard (1) à Ezeiza, dans les bras de l’évêque aux armées, Monseigneur Olivera, qui a donné une conférence de presse à l’aéroport pour ce retour historique et symbolique d’un symbole à la fois spirituel et national. Elle a eu droit aux honneurs militaires en bonne et due forme. Elle est la sainte patronne du pays, après tout !

La statue, qui avait été emportée aux Malouines pendant la guerre en 1982 par l’aumônier général des troupes d’invasion/récupération (2), revient d’une longue captivité en Grande-Bretagne, sur un pilier de la cathédrale aux armées.

La conférence de presse dans un des salons de l'aéroport (photo AICA)

Elle va maintenant faire un pèlerinage dans toute l’Argentine pour être proposée à la vénération des fidèles.

Seule La Prensa, journal catholique de droite, en parlait ce matin, avec l’agence de presse catholique.

Pour en savoir plus :
lire la dépêche de l’agence AICA.

Ajout du 6 novembre 2019 :
lire l'article de Clarín sur l'étape à la paroisse de la Médaille Miraculeuse de Florencio Varela, dans la banlieue sud de Buenos Aires (la banlieue populaire).



(1) L'avion de Aerolineas Argentinas a eu un souci technique à Rome. Il a fallu réparer ! Rome est l'un des rares aéroports européens d'où Aerolineas offre une liaison directe, sans escale, avec Buenos Aires. La compagnie nationale a été assez mal traitée par le gouvernement sortant, Mauricio Macri lui-même ne prend presque jamais ses lignes pour ses déplacements officiels ou privés. Comment voulez-vous que la compagnie voit ses comptes s'améliorer dans ce cas. Il est probable qu'à partir du 10 décembre, la politique gouvernementale va changer du tout au tout pour cette entreprise publique.
(2) Invasion, c'est le vocabulaire des actuels habitants de l'archipel. Récupération, c'est celui des Argentins, pour lesquels l'archipel appartient au territoire national depuis 1767 et à titre constitutionnel depuis 1853.

mercredi 30 octobre 2019

La Vierge de Luján pèlerine du retour [Actu]

Le pape entre les deux évêques après l'échange des statues
à la droite du Saint-Père, le Britannique
avec la nouvelle statue qui sera vénérée à la cathédrale aux armées d'Adelshot
à sa gauche, l'Argentin
avec l'effigie emportée comme trophée de guerre par les vainqueurs en 1982

Ce matin, sur la place Saint-Pierre, sous une grosse pluie d’automne, le pape François a donné son habituelle audience générale en présence des évêques aux armées d’Argentine et de Grande-Bretagne et sous la présidence de Notre-Dame de Luján dont l’effigie était à la place d’honneur à la gauche du pontife. Cette statue de l’Immaculée Conception, célèbre dans toute l’Argentine et un peu au-delà et reconnaissable au premier coup d’œil grâce à sa mante bleu ciel et blanche, est celle qui a accompagné les jeunes bidasses que la junte militaire avait envoyés au case-pipe en avril 1982 dans l’archipel des Malouines et que le haut commandement britannique a emportée à Londres à la fin du conflit.

Une de L'Osservatore Romano paru ce soir et daté de demain
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Cette statue va rejoindre la ville de Luján et sera exposée sur le monument aux soldats morts aux Malouines qui se trouve à l’entrée de la ville, au bord de la grande avenue qui mène tout droit au sanctuaire. Ce matin, par l’intermédiaire du pape, elle a été remise à Monseigneur Olivera, ordinaire militaire, qui à son tour a offert une copie, légèrement différente, de la sainte Patronne de l’Argentine à son homologue britannique.

L'article de L'Osservatore Romano, ce soir, à la page 7, consacrée à l'audience générale
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Une procession devrait venir accueillir la statue à l'aéroport de Ezeiza dans les jours qui viennent et la porter jusqu’à Luján.

Avant l'échange
Monseigneur Olivera est à droite sur l'image

Pour en savoir plus :
lire l’article de Clarín, avec vidéo intégrée
lire l’article de Vaticannews en français
lire l’article de Vaticannews en espagnol sur l’échange d’aujourd’hui
lire l’article de Vaticannews en espagnol sur la statue à la cathédrale du diocèse aux armées à Aldershot en Grande-Bretagne
lire l’article de Vaticannews en anglais, nettement moins dissertant

mardi 1 octobre 2019

Prochaine libération d’une Vierge de Luján prisonnière de guerre à Londres [Actu]

La Vierge de Luján, avec sa grande chape bleu ciel et blanche
à gauche, la prière à la Sainte Patronne de l'Argentine

Pendant la guerre des Malouines, l’aumônier général de l’armée de l’air argentin avait emporté dans la campagne une réplique de la Vierge de Luján, qui est la sainte patronne de l’Argentine. Le 8 mai, la statue domine la messe et la procession de la fête mariale célébrées sur l’une des deux îles puis elle disparaît dans la défaite apocalyptique de l’armée argentine, composée majoritairement d’appelés qui n’avaient que quelques semaines de classe. En reprenant le contrôle de l’archipel, les Britanniques ont trouvé la statuette. Il n’était pas question de laisser sur place un objet qui portait les couleurs du pays vaincu qui venait de flanquer une frousse inouïe aux habitants, pas vraiment d’accord pour passer sous le joug de la Junte militaire qui terrorisait le continent…

La statue s’est donc retrouvée à Londres dans ce qui est maintenant la cathédrale catholique aux armées (les aumôniers généraux des armées sont maintenant évêques dans l’Église catholique). Les Argentins ont réussi à savoir où elle était retenue ainsi, comme prise de guerre (même si bien entendu, les Britanniques rejettent cette expression… Mais s’il ne s’agissait pas d’un trophée, pourquoi l’ont-ils gardée ? Après les hostilités ou après le retour à la démocratie, un an plus tard, ils auraient pu la remettre à l’Argentine puisque il y a un ambassadeur à Buenos Aires et à Londres).

Un petit groupe de militants, conduits par mon amie Marcela Hernández, qui m’invite à chaque séjour à rencontrer ses élèves dans les collèges et lycées où elle enseigne, vient d’obtenir le retour de l’image pieuse : ils sont passés par Rome en profitant du fait que l’évêque de cette ville européenne est un Argentin depuis le 13 mars 2013… La statue va donc transiter par le Vatican avant de retrouver le sol de la patrie. De l’aéroport d’Ezeiza où elle doit atterrir, elle sera ensuite transportée en procession à la Basilique de Luján, à côté de laquelle deux associations locales de vétérans des Malouines ont érigé deux monuments du souvenir. Le premier miracle du Negro Manuel et du Père Salvaire ? (cf. mon article précédent sur Luján).

Le quotidien d’obédience catholique (de droite) La Prensa rend compte aujourd’hui de cette ultime péripétie de la guerre des Malouines

Comme dit le slogan d’une des deux associations lujenses de vétérans des Malouines qui m’a si chaleureusement accueillie le 18 août dernier : ¡Prohibido olvidar! (Interdit d’oublier).

mardi 26 mai 2015

Te Deum à Luján dans une basilique nationale rénovée [Actu]

Toute de bleu et blanc vêtue, Cristina de Kirchner. De dos avec un début de calvitie,
le Gouverneur de la Province de Buenos Aires, Daniel Scioli
Photo Juan Manuel Foglia pour Clarín

La Présidente Cristina Kirchner était hier à Luján pour le Te Deum du 25 mai. Il semblerait qu'elle ait voulu mettre en valeur le travail de restauration qui a été opéré par l'Etat fédéral sur la basilique nationale pour laquelle elle a une affection particulière. C'est une explication plausible, puisqu'il est évident que depuis l'élection du pape argentin, elle souhaite entretenir de bonnes relations avec l'Eglise et notamment l'épiscopat. Il est possible aussi qu'elle ait voulu s'afficher aux côtés de Daniel Scioli, actuellement candidat putatif à sa succession pour le Frente para la Victoria. Toujours est-il que Mauricio Macri, qui cherche à se poser en chef de l'opposition refusant désormais les alliances, a néanmoins tenté d'exploiter l'idée inverse, polémique que reprend toute la presse d'opposition, d'une manière qui me paraît bien artificielle.

La Chef d'Etat s'est présentée très élégamment vêtue des couleurs nationales, elle s'est fait montrer publiquement le résultat des travaux en direct à la télévision publique (puisque la cérémonie était retransmise en direct) et l'archevêque de Buenos Aires a conclu sa propre homélie en son absence par une allusion à Luján et un très consensuel "Viva la Patria".

De toute évidence, il n'y a pas eu d'exploitation électoraliste de la part de Cristina qui a réservé au meeting (1) de la soirée (2), de retour dans la capitale fédérale, son discours politique où elle a répété une idée forte de sa politique depuis huit ans : le projet pour le pays n'est pas celui d'une personne mais d'un peuple. Elle a renvoyé les citoyens à leurs responsabilités civiques de participer chacun pour sa part au développement du pays et à ses progrès de justice sociale. Tous les célébrants des Te Deum partout dans le pays ont insisté sur la notion de paix sociale et civique et de lutte contre la corruption et l'enrichissement personnel, sans entrer dans des attaques ciblées contre personne.

A gauche, le recteur de la basilique.
A droite, l'archevêque de Mercedes-Luján
Photo Casa Rosada
(cliquez sur l'image pour obtenir la haute résolution originale)

Il semblerait donc que Cristina Kirchner ait plutôt bien réussi ce long week-end festif qui est aussi son dernier 25 mai comme Chef d'Etat. Donc bravo et merci. On verra bien ce que donneront les élections présidentielle et législatives qui viennent.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur le Te Deum à Luján
lire l'article de La Prensa sur le même thème
Tous les journaux consacrent aussi un article au Te Deum présidé par le cardinal Mario Poli à Buenos Aires en présence de Mauricio Macri.
Lire également le communiqué de la Casa Rosada, illustré de la très consensuelle photo ci-dessus. Le site de la Casa Rosada vous donne également accès au texte du discours présidentiel dans la soirée et aux vidéos tant du Te Deum à midi qu'au meeting populaire du soir, avec allocution de la Présidente. A travers ces vidéos, vous pourrez admirer vous-même cette basilique néogothique toute rose...


(1) En Argentine, ce rassemblement reste un meeting politique et ce quelle que soit la couleur du gouvernement en place. Cela fait partie des mœurs d'une démocratie récente et qui balbutie encore. Et d'ailleurs, dans nos pays plus anciens, en sommes-nous si loin dans de telles occasions ? Le Président de la République française vient d'en donner un bon exemple en transformant une visite locale en occasion de lancer sa candidature, sans le dire, à la prochaine élection en... 2017 !
(2) Cette soirée a été ouverte par l'hymne national joué par l'orchestre El Arranque et chanté par Guillermo Fernández (le tango était donc à l'honneur et voici l'hymne en arrangement et orchestration tangueros).

vendredi 22 mai 2015

Long week-end festif et patriotique [Actu]

En début de semaine, nous sommes entrés dans la Semana de Mayo à la fin de laquelle, un lundi cette année, l'Argentine célébrera sa fête nationale majeure : le 25 Mai, date anniversaire de l'abolition de la vice-royauté et de l'instauration d'un premier gouvernement collégial et autonome par rapport à Madrid, alors aux mains des Français (1810).


Depuis une semaine, la Présidente Cristina Kirchner, dont c'est le dernier 25 de Mayo comme chef d'Etat, multiplie les gestes symboliques, parfois d'une manière assez contestable lorsqu'elle mêle la célébration de sa famille à la grande date nationale.

C'est ainsi que le 19 mai dernier, flanquée des présidentes de Abuelas de Plaza de Mayo et de Madres de Plaza de Mayo, association à laquelle elle n'a jamais enlevé son soutien malgré les malversations financières qui apparaissent de plus en plus dans des comptes sans dote mal tenus (1), et en oubliant Madres de Plaza de Mayo Linea fundadora (!), elle a inauguré un nouveau centre de la Mémoire et des droits de l'Homme au sein du campus de l'ex-Esma, à Palermo.

Une du 20 mai 2015
Cristina à l'ex-Esma entre Estela de Carlotto et Hebe de Bonafini

Hier, elle inaugurait, près du port de Buenos Aires, dans l'ancien bâtiment historique du Correo le plus grand centre culturel d'Amérique latine, consacré aux politiques d'inclusion sociale qui lui tiennent tant à cœur et qui jouent dans son discours politique le rôle d'un véritable mantra (avec quelques réalisations admirables à son actif, reconnaissons-le). Seul problème : le centre en question a été baptisé Néstor Kirchner, du nom de son défunt mari et prédécesseur à la Casa Rosada. Certes, elle dit elle-même, si l'Etat ne le fait pas, personne d'autre ne le fera et on ne peut que lui donner raison. Mais il n'en reste pas moins qu'il s'agit de son mari et du père de ses enfants, ce qui n'est pas un prédécesseur comme un autre, par quelque côté que l'on prenne la question !

Dimanche, la Présidente devrait présider la translation du sabre de San Martín, que tous les Argentins connaissent comme el Sable Corvo (le sabre courbe), depuis le musée du régiment des Grenadiers à cheval à Palermo jusqu'au Museo Histórico Nacional, de San Telmo (à l'extrémité du Parque Lezama, dont je vous parlais récemment à l'occasion des travaux qui s'y faisaient et ce mois-ci au sujet de sa réouverture).
Entre 1889 et les années 1960, le Museo Histórico Nacional était le dépositaire original de cette arme emblématique des campagnes de José de San Martín mais au cours des années 1960, il fut dérobé à deux reprises à cause de la vulnérabilité de l'établissement. Ce ne fut pas sans mal, procès du MNH à la clé, que le Régiment des Grenadiers à cheval a pu se charger du trésor national, à la demande du gouvernement, et en a assuré la sécurité dans le hall d'honneur de sa caserne à Buenos Aires. Et autour de cette arme, précieusement conservée dans un reliquaire blindé, vitré et inviolable, l'unité d'élite a construit son propre musée avec divers documents très précieux qui nous restent du Libertador. Aujourd'hui, le Museo Histórico Nacional s'est mis à jour en matière de sécurité comme en matière muséographique (et c'est vraiment une réussite, comme j'ai pu m'en apercevoir il y a deux ans lorsque j'ai été invitée à l'inauguration des salles San Martín). La Présidente a donc ordonné le transfert de cette pièce-clé du patrimoine national et elle assistera à la cérémonie. Mais là encore, la chose sonne faux : voilà une femme politique qui n'a eu de cesse de mésestimer San Martín (qu'elle connaît très mal, à l'instar de la grande majorité des Argentins) pendant toute la durée de son double mandat au point de ne pas même assister au bicentenaire du combat de San Lorenzo il y a deux ans , y envoyant son vice-président qui a réussi à s'y faire siffler (voir mon article sur ce sujet). Elle lui a toujours préféré Manuel Belgrano, un juriste auquel elle s'identifie plus facilement parce qu'elle est elle-même avocate d'origine et auquel elle n'accorde son titre militaire qu'avec une répugnance visible (ça a le don d'agacer un bon nombre d'officiers !). Pourtant les deux hommes, qui professaient beaucoup d'admiration l'un pour l'autre et suivaient la même ligne politique, ont subi le même sort dans la propagande de la droite que Cristina exècre tant (avec raison) : les deux ont été décrits comme des officiers criards et atteints d'un autoritarisme qui ne les affectait pourtant ni l'un ni l'autre mais les images d'Epinal sont plus fortes que les recherches historiques contemporaines, même dans l'imagination d'un président de la République (2).
Dimanche 24 mars, le sabre prendra donc le chemin de San Telmo et là, il sera dans une pièce qui lui a été préparé, avec tous les contrôles de température et d'hygrométrie qu'on peut aujourd'hui mettre en place. Compensation pour les Grenadiers privés de la précieuse relique de leur fondateur dans leurs murs : c'est toujours eux qui en assureront la garde d'honneur et de sécurité. Un salut tout particulier à la conservatrice du musée du régiment (MRGC) et au capitaine chargé du cérémonial, qui ont en ce moment une charge de travail que je peine à imaginer. Songez qu'il y a encore quelques jours, ce transfert devait avoir lieu lundi.

Le calendrier, pourtant connu longtemps à l'avance de la Présidente, change au dernier moment : le chef d'Etat assistera en effet à la basilique nationale de Luján au Te Deum lundi matin (alors que l'année dernière, elle avait enfin accepté de revenir à la tradition, en remettant les pieds à la cathédrale métropolitaine de Plaza de Mayo, qu'elle avait désertée depuis un désaccord fameux avec le cardinal Bergoglio). Et encore du travail pour le capitaine qui doit se taper l'organisation des choses à Luján, à 70 km à l'ouest de Buenos Aires, tout en veillant aussi aux affaire entre Palermo et San Telmo. Heureusement qu'il n'est pas tout seul...

Une de ce matin

A partir de ce soir, important programme de concerts et d'activités publiques d'accès libre et gratuit sur la grande scène montée sur Plaza de Mayo, devant la Casa Rosada.

D'aujourd'hui à lundi, aux alentours de la Plaza de Mayo, le long de la Diagonal Sur (avenida Julio Argentino Roca), se tiendra un marché artisanal intitulé Feria de Productos de nuestra Tierra. Sur l'autre diagonale, celle qui monte vers le sud et l'Obélisque, exposition scientifique et technique, avec des jeux pour les enfants : Muestra Innovar.
Un peu plus loin, sur les avenues Belgrano et 9 de Julio, se tiendra une exposition sur la Justice et les droits de l'Homme, autre grande thématique des trois mandats kirchneristes (celui de Néstor et les deux de Cristina). Le tout avec un hommage marqué à Eva Perón, que Cristina vénère.

Ce soir, sur la scène de Plaza de Mayo, on retrouvera entre autres le groupe féminin China Cruel, la Orquesta Rascacielos, La Chiclana, Escalandrum de Pipi Piazzolla (pour Piazzolla x Piazzolla), Guillermo Fernández et le folkloriste natif du Chaco (comme son nom l'indique), El Chaqueño Palavecino (une grosse vedette du show-biz), ainsi que la compagnie de danse de Tango et de Folklore. Ce sera entre 19h et 23h30, en plein air.

Demain, de 16h à 23h30, d'autres artistes se succéderont, encore plus nombreux parmi lesquels Richard Coleman !

Dimanche, aux mêmes heures, essentiellement des folkloristes, dont l'auteur-compositeur interprète Liliana Herrero. Et un hommage à Mercedes Sosa intitulé Traigo un pueblo en mi voz (j'apporte tout un peuple dans mon chant).

Et enfin lundi, de 16h à 23h30 également, du folklore, de la danse, du rock, du jazz et un peu de tango, avec un hommage à Carlos Gardel, dont on célébrera dans un mois les 80 ans de sa disparition. Parmi les artistes annoncés : l'auteur-compositeur interprète Litto Nebbia, le chanteur désormais soliste Walter Chino Laborde et le folkloriste-jazzman Ignacio Guido Montoya Carlotto, le petit-fils retrouvé de Estela de Carlotto ! Belle revanche des victimes sur les criminels de la Dictature, encore que le symbole soit un peu lourd, mais bon, tous ces gens qui sont aujourd'hui au pouvoir en Argentine se souviennent encore bien de leurs souffrances pendant les sept ans du gouvernement putschiste.

Pour aller plus loin :
lire l'article de Página/12 sur l'inauguration du Mémorial à l'ex-Esma
lire le communiqué de la Présidence sur le même sujet
lire l'article de Página/12 sur l'inauguration du Centro Cultural Néstor Kirchner (dans les deux cas, les aménagements semblent particulièrement réussis)
lire l'article de Página/12 du 15 mai sur l'ensemble du programme
lire aussi le communiqué de la Présidence sur la translation du Sabre de San Martín (sans être faux, ce n'est pas tout à fait exact. C'est arrangé à la sauce pompeuse qui indique bien qu'il y a là-dessous une intention politique, comme si c'était inévitable en campagne électorale. Dommage !)
Tous les communiqués de la Casa Rosada comportent des reportages vidéos intégrés.



(1) Il est peu probable qu'il y ait intention de fraude ou de nuire, en tout cas dans le chef de Hebe de Bonafini, la présidente tant décriée. En revanche, il semble qu'il y ait eu chez elle beaucoup de légèreté dans la délégation de signature.
(2) De toute évidence, et pour une fois Clarín n'a pas tort, la manœuvre n'a pour but que de créer du bruit médiatique dans la campagne électorale avant les primaires nationales de juin prochain. Sinon, Cristina aurait placé cette cérémonie le 17 août, une fête nettement plus liée à San Martín que le 25 mai, qui commémore un fait auquel il n'a pas participé (il vivait alors en Espagne et se battait dans les rangs des loyalistes contre les armées napoléoniennes qui tentaient d'annexer le pays).