vendredi 25 juin 2021

Les indicateurs économiques montrent de légères améliorations [Actu]

Synthèse de l'enquête des ventes en grandes surfaces
En vert : les supermarchés de proximité
En rose : les hypermarchés


L’INDEC, l’institut national argentin des statistiques, a publié hier deux rapports économiques qui annoncent de bonnes nouvelles : l’un porte sur le marché du travail et fait apparaître un recul du chômage d’un point au premier trimestre et l’autre porte sur les ventes dans les grandes surfaces qui ont légèrement augmenté en avril.

D’après le rapport sur le marché du travail, le chômage toucherait 10,2 % de la population active au premier trimestre 2021 contre 11 % au quatrième trimestre 2020. L’étude a été réalisée sur 31 centres urbains correspondant aux grands bassins d’emplois multisectoriels. N’entre pas dans l’étude la partie du pays où ne vivent que des ruraux, dont le secteur est encore largement informel. A ces données encourageantes, il faut toutefois ajouter la proportion des personnes qui n’ont qu’une activité partielle. Cette proportion a elle aussi décru. Elle était de 11,9 % pour le trimestre passé, et de 15,1 à la fin de l’année dernière.

Dans l’ensemble, les chiffres du premier trimestre retrouvent leur hauteur du premier trimestre 2020, avant que la crise sanitaire frappe l’Argentine, soit respectivement 10,4 % pour le chômage et 11,7 pour l’occupation partielle.

Bien entendu, le détail des chiffres fait apparaître que les femmes souffrent plus que les hommes dans cette crise économique. L’étude compile le travail formel et le travail dissimulé, qui constitue une partie importante de l’offre de travail dans tous les secteurs de l’économie argentine.

Synthèse de la situation de l'emploi en Argentine
en avril 2021
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Côté consommation, l’INDEC note une augmentation interannuelle de 42,5 % des ventes à prix courants (sans correction liée à l’inflation) dans les supermarchés de proximité. En prix constants (en tenant compte de l’inflation, soit 48,8 % en valeur interannuelle), on observe également une hausse de 1,2 %, ce qui n’est pas si mal eu égard aux variations du chômage et aux confinements ou semi-confinements successifs.

Dans les hypermarchés, l’augmentation en prix courants est de 54,2, soit 14,9 en prix constants.

La part des ventes en ligne reste encore très faible : 3,9 % des achats sont réalisées selon cette modalité.

Ces chiffres sont donc meilleurs que ceux que l’on pouvait craindre. Or l’Argentine se trouve en campagne électorale (élections de mi-mandat). Ces données sont donc plutôt favorables à la majorité actuelle. Aucun quotidien, pas même Página/12, ne les affiche toutefois en une aujourd’hui.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

sur le marché du travail :
lire l’article de Página/12
lire l’article de La Prensa
sur le niveau des ventes en grandes surfaces :

jeudi 24 juin 2021

La Fiesta del Poncho en ligne pour sa cinquantième édition [à l’affiche]

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Cette année, la province de Catamarca aura sa Fiesta del Poncho en dépit de la crise sanitaire. Tout se passera en ligne, du 25 au 31 juillet 2021, à travers les réseaux sociaux du Ministère de la Culture et du Tourisme de la province ainsi que de la chaîne publique de télévision locale.

Cette année, la Fiesta del Poncho fêtera sa cinquantième édition et rassemblera plusieurs anniversaires : le bicentenaire de la province qui s’est autoproclamée au début de la guerre civile qui a suivi l’indépendance (1820-1880), celui de la naissance de son grand homme, Felipe Varela, héros fédéral de la guerre civile, et les dix ans de la création du drapeau provincial.

Drapeau de Catamarca

Catamarca est l’une des plus modestes provinces du nord-ouest. Elle ne compte que 400 000 habitants environ et ses chambres législatives totalisent à elles deux une dizaine de parlementaires. La Fiesta del Poncho est donc un rendez-vous majeur pour son attraction culturelle et touristique en ce mois de juillet qui correspond aussi aux vacances scolaires d’hiver.


Le farouche Felipe Varela, entouré de quelques uns de ses lieutenants
C'est l'homme assis et habillé de couleurs claires
Comme quoi, la guerre civile en Argentine
ressemblait beaucoup à celle des Etats-Unis

L’affiche du festival a été confiée à un artiste local, Fabián Martinena, qui a déjà dessiné le drapeau de la province comme il avait fait celui de la capitale, San Fernando de Catamarca, six ans plus tôt.

La présentation toute simple de la manifestation hier à San Fermando
(photo Gouvernement de Catamarca)

La province vient de lancer un appel à propositions pour animer la semaine de festival. Les candidats sont invités à inscrire leurs projets dans l’une des rubriques du festival : musique, danse et humour. En mode présentiel, le festival propose aussi des stands d’artisanat (qui sont le cœur de la manifestation) et des stands gastronomiques.

Extrait de La Unión de Catamarca
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© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12 (édition de Catamarca)
lire le communiqué officiel du ministère de la Culture et du Tourisme de Catamarca

Le bicentenaire de Mitre fait la une d’un supplément de Página/12 [Actu]

"L'homme politique qui écrivit l'histoire" dit le gros titre
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Bartolomé Mitre (1821-1906) est l’un des très grands intellectuels libéraux argentins qui ont marqué la pensée nationale dominante. C’est aussi le premier historien du pays. Il s’agit bien entendu d’une histoire à la mode du 19e siècle, avant que la discipline ne devienne une science avec une méthodologie rigoureuse. Grand collectionneur d’archives historiques, il a sauvé un important patrimoine documentaire sur l’Argentine coloniale et les premières décennies de l’indépendance. Mitre a aussi fondé le premier quotidien argentin, La Nación, et c’est l’un de ses descendants qui dirige encore aujourd’hui le groupe de presse qu’elle est devenue.

Bartolomé Mitre est le premier président de la République argentine de la période conservatrice (1860-1880). Il est l’un des trois chefs d’État passés ou présent qui ont présidé au Retour des cendres de San Martín en mai 1880 et le seul survivant des trois qui prit la parole lors de l’inauguration du mausolée de Manuel Belgrano en 1903. Il avait composé des biographies de l’un et de l’autre, publiées en plusieurs volumes chacune, l’une en 1859 et l’autre en 1887. C’est lui qui a fixé la légende des deux hommes et celle de la Révolution de Mai, laquelle a été adoptée et simplifiée (à outrance) pour les usages de l’école obligatoire (1883) et l’intégration des immigrés de la grande vague pan-européenne (1880-1930).

On lui doit aussi un précieux travail sur Martín Miguel Güemes, dont il confirma dans une monographie qui fit date le courage et l’héroïsme, malgré la distance temporelle et de sérieuses divergences idéologiques (Güemes, dont on vient de commémorer le bicentenaire de la mort, était fédéral, Mitre était unitaire, tous deux ont combattu dans la guerre civile qui a déchiré le pays entre 1820 et 1880).

Couverture de l'édition originale
de la vie de Belgrano
conservée à la Biblioteca Nacional de España

Sa maison personnelle à Buenos Aires, dans la rue San Martín, est devenue un musée national qui contient encore aujourd’hui sa surabondante bibliothèque, laquelle couvre une très ample diversité de sujets en de nombreuses langues, dont le français, l’anglais, l’italien, l’allemand, etc.

Profondément libéral, fidèle partisan de l’oligarchie argentine, figure iconique de la droite et anglophile, il est haï par la gauche qui lui attribue une volonté délibérée d’écarter le peuple de la vie politique du pays. C’est une vision qui manque pour le moins de nuances et qui tombe facilement dans la caricature et l’anachronisme. Il est donc surprenant de voir Página/12 lui consacrer la une de son supplément Universidad qui sort aujourd’hui. Bartolomé Mitre continue d'être suivi à la lettre par de nombreux historiens académiques actuels. Ils ne se permettent que quelques écarts, afin de montrer leur autonomie intellectuelle (mais elle reste de façade).

A Buenos Aires, le Museo Mitre ne pourra pas fêter dignement les deux cents ans de la naissance du maître des lieux cette année. La célébration est donc reportée d’un an et l’appel à contributions vient d’être lancé, il y a quelques jours, pour un congrès d’histoire qui se tiendra en 2022.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

mercredi 23 juin 2021

Adieu à Horacio González [Actu]

"L'homme qui en savait trop", dit le gros titre


Il avait 77 ans. Il avait été hospitalisé dans un état sérieux à cause du covid-19 et d’après Página/12, il avait surmonté cette maladie et c’est une infection nosocomiale qui l’a finalement emporté. En fait, son état de santé n’a pas cessé d’inquiéter le public depuis le début de son hospitalisation il y a environ un mois. Il y a une dizaine de jours, il était passé en respiration artificielle avec sédation.

Beatriz Sarlo et Horacio González en 2014 (photo Néstor García)

Horacio González avait été directeur de la Bibliothèque nationale Mariano Moreno sous la présidence de Cristina Kirchner. Sociologue de formation, il était une référence intellectuelle et il était reconnu surtout à gauche. Il publiait souvent des éditoriaux dans les colonnes de Página/12. Pour un sociologue, cela n’avait rien d’étonnant : c’est une discipline qui attire davantage les personnalités de gauche que celles de droite. Horacio González était un soutien indéfectible du combat des Mères et des Grands-Mères de la Place de Mai. En ce qui concerne sa vie privée, il était mariée à l’auteure-compositrice interprète Liliana Herrero, grande figure du folklore argentin, ce qui plonge aujourd’hui le monde de la musique dans le deuil partagé.

"Horacio González : deuil dans la culture"
dit le titre secondaire (au-dessus du titre)
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Du côté culturel, il fut un écrivain et un penseur apprécié, même par de nombreux intellectuels de droite. Il enseigna aussi sa discipline à l’Université Nationale de Rosario, qui lui rend hommage aujourd’hui dans les colonnes de Rosario/12, l’édition locale de Página/12. C’est à ce titre aussi qu’il eut pour interlocutrice Beatriz Sarlo, elle aussi sociologue mais nettement à droite, qui, avec une dignité et une hauteur de vue qui mérite d’être soulignées, rend hommage à sa droiture dans les colonnes de Clarín.

"Adieu au grand prof de sociologie", dit le titre secondaire
en haut à droite
En titre principal : le scandale des Argentins qui rentrent de l'étranger
sans respecter la quarantaine obligatoire (ils sont 40% à s'en moquer)

Du côté militant, Horacio González fut le fondateur en mai 2008 d’un groupe d’intellectuels de gauche baptisé Carta Abierta (lettre ouverte). C’était un tournant de la présidence de Cristina Kirchner qui voulait imposer l’exportation de viande pour que le marché intérieur soit pourvu. Cette décision provoqua l’union des éleveurs qui fondèrent la Mesa de Enlace, ce à quoi répondirent Horacio González et ses camarades en créant Carta Abierta. Aujourd’hui encore, c’est cette même Mesa de Enlace (bureau de liaison) qui s’oppose à une autre politique nationale visant une fois de plus à garantir d’abord l’alimentation du marché domestique en viande avant de permettre aux producteurs d’aller vendre à l’étranger pour s’enrichir en devises, au détriment des consommateurs argentins. Cet engagement vaut à Horacio González une nécrologie acrimonieuse, signée par le chroniqueur religieux Mariano de Vedia, dans les pages intérieures de La Nación et un simple entrefilet dans La Prensa, méprisable procédé de la part de cette rédaction eu égard à l’importance du personnage dans la vie culturelle du pays. Pour une fois, Clarín aura fait preuve de plus de dignité que ses concurrents dans la presse mainstream.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article principal de Página/12 (en comptant celui de Rosario/12, le quotidien de gauche publie aujourd’hui sept articles différents sur ce sujet)
lire l’entrefilet de La Prensa
lire l’article principal de Clarín
lire l’hommage de Beatriz Sarlo dans Clarín
lire l’article de La Nación

samedi 19 juin 2021

Demain, c’est la fête du Drapeau : tout le monde devant la télé [Actu]

Manuel Belgrano dans la série Zamba
A côté de lui, l'esclave noire qui vient de coudre le drapeau
Tout autour, le campement de l'armée du Nord commandée par Belgrano
(Zamba est le petit personnage en blanc, à gauche)
Tous les enfants argentins s'identifient à ce petit écolier


Demain, les Argentins fêtent leur drapeau, à la date anniversaire de la mort ou plutôt du passage à l’immortalité de Manuel Belgrano (1770-1820), son créateur, à Rosario, en 1812.

C’est d’ordinaire un jour férié mais demain, ce sera dimanche. Donc le jour férié ne se fera guère sentir. Et en plus, l’Argentine se trouve en confinement, plus ou moins serré selon le lieu, la province, voire la municipalité.

Les chaînes de télévision publiques sortent donc le grand jeu et vont toutes participer à la célébration de la mémoire du héros et de l’événement…

Página/12 nous donne ce matin le programme au complet : Canal Encuentro, la chaîne culturelle qui ressort son biopic (on n’est pas obligé d’aimer), Pakapaka qui fait appel à un dessin animé didactique très bien fait et qui a permis aux enfants de s’approprier l’histoire en s’amusant beaucoup plus qu’à l’école où l’histoire est ultra-barbante (le petit Zamba fait son excursion au monument au Drapeau de Rosario). Même Depor-TV, la chaîne du sport (deporte), participera à sa mesure.

Une bonne occasion de découvrir ces chaînes, qui ont des fenêtres sur Internet, malgré le décalage horaire.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Macri en promo (et en campagne) : bolsonarisme et rétropédalage [Actu]

Une une presque monothématique :
En haut, les propos polémiques avec une photo fort peu souriante
En bas, la photo de l'annonce d'une nouvelle loi
qui revalorisera le métier d'infirmier, avec cette citation présidentielle :
"La santé ne peut pas être laissée aux mains du marché"


Hier, Mauricio Macri était à Mendoza pour la promotion de son livre, Primer tiempo (première mi-temps), consacré à sa présidence (2015-2019). Il devait se sentir en terre conquise puisque Mendoza est gouvernée à droite (opposition nationale). Il s’est donc lâché.

Il a en effet déclaré quil n'aurait jamais pu croire que l’irruption de cette maladie, qui est un peu plus grave qu’une grippe, pourrait empêcher qui que ce soit de dormir. Alors que tous les chefs d’exécutif partout dans le monde, mis à part quelques pays dirigés par des autocrates irresponsables, ont bousculé leurs projets pour faire face à la crise sanitaire.

Et tout cela arrive dans un contexte déjà chargé. Il y a d’abord eu récemment sa vaccination à Miami qui a scandalisé nombre de ses compatriotes. Dans le même élan, on a appris qu’à l’époque de la transmission du pouvoir, il avait conseillé à son successeur de ne pas se tuer à la tâche et lui avait donné en exemple son propre emploi du temps : réveil à 7 h, travail de 9 h à 18 h (19 h au plus tard), et ensuite il n’y a plus qu’à buller parce que la charge de la présidence serait « tout à fait épuisante » (vous parlez d’un scoop !). Il y a quelques jours, lors d’une émission de télévision aussi snob que célèbre, on a vu Mauricio Macri confirmer tout cela et se vanter d’avoir passé la plupart de ses soirées de président à engloutir des séries Netflix en s’interdisant de s’intéresser à quoi que ce soit en rapport avec sa charge publique jusqu’au réveil le lendemain matin. Peu après le second tour, il avait aussi recommandé à son successeur de prendre des vacances toutes les deux semaines, ce qu’il avait lui-même fait sans jamais se cacher. Bien au contraire : il se montrait très souvent sur les réseaux sociaux en pleine détente en famille, dans l’une ou l’autre de ses somptueuses résidences secondaires, étendu sur une chaise longue.

Macri posant avec son livre, à Mendoza

En Argentine, on comptera bientôt 90 000 morts du covid pour une population totale de 44 millions d’habitants. Les propos de l’ancien président ont donc soulevé un tollé tel qu’il a dû présenter ses excuses quelques heures plus tard, ce qui est passé par les réseaux sociaux. Cette énième bourde politique, en pleine campagne électorale, a été commentée par tous les journaux, même les plus favorables à l’opposition.

Le Premier ministre a condamné en des termes sévères et ciselés avec précision l’insensibilité dont l’ancien chef de l’État a de nouveau fait preuve envers ses compatriotes éprouvés :

« Es un hombre poderoso y rico, y piensa que tiene acceso a los mejores médicos, tratamientos, que puede ir al exterior a vacunarse, y viajar por el mundo cuando todos estábamos aquí, haciendo contención del virus. »

« C’est un homme de pouvoir et un homme riche. Il pense qu’il a accès aux meilleurs médecins, aux traitements, qu’il peut partir à l’étranger pour se faire vacciner et voyager dans le monde entier au moment où nous tous, nous étions ici, à lutter pour contenir le virus. »
Traduction © Denise Anne Clavilier

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

lire l’article de Página/12, le seul journal à avoir mis l’info à sa une
lire l’article de La Prensa
lire l’article de Clarín
lire l’article de La Nación

vendredi 18 juin 2021

Bientôt, un billet à l’effigie de Güemes [Actu]

Hier, le président au milieu des autorités locales de Salta
(Photo Casa Rosada)
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Le président argentin l’a annoncé hier dans son discours en hommage à Martín Güemes dont Salta (et toute l’Argentine) commémorait le bicentenaire de la mort : dans les choix qui seront faits pour la nouvelle série de billets de banque, Güemes aura sa place. Ce sera la première fois que son effigie arrivera sur cet outil d’unité nationale.

Une une entièrement consacrée aux cérémonies
et aux incidents périphériques
Ces gens qui manifestent en hurlant sont des représentants
d'associations populaires exclues exceptionnellement des cérémonies
Le président les a laissés passer. Sans quoi, tout le monde aurait hurlé à la censure
Le responsable local des mesures sanitaires a donné sa démission
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Actuellement, il reste en circulation un bon nombre de billets anciens, qui datent d’avant la présidence de Mauricio Macri, mais les nouveaux, qui devraient disparaître ou être remplacés peu à peu au cours du présent mandat, portent des effigies d’animaux sauvages. C’était une idée de Macri qui prétendait ainsi éviter les clivages politiques. De la cancel-culture de droite quelques années avant que cette idée états-unienne de gauche envahisse le monde. Du négationnisme de l’histoire en général !

La photo souvenir de l'émission philatélique
La présidente de Correo, le président de la République, le gouverneur

Avec Güemes, c’est aussi San Martín et Belgrano qui doivent revenir dans les portefeuilles des Argentins. On a du mal à le croire mais Mauricio Macri avait aussi écarté ces deux hommes (en démonétisant les deux billets correspondants), qui sont pourtant les figures les plus consensuelles de toute l’histoire du pays !

Dans le même ordre symbolique, Correo Argentino, la poste publique, a émis un timbre pour philatéliste. Ensemble, le président et le gouverneur de Salta ont oblitéré les premiers exemplaires.


"Mauvais moment pour relativiser le droit
à la propriété privée", rouspète le gros titre
Sur cette une très agressive, La Prensa
réduit les propos du Pape à l'OIT au seul contexte argentin
Le pays serait en train de sombrer dans le "socialisme"
En dessous, la photo du discours présidentiel à Salta
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Par ailleurs, ce bicentenaire a été gâché par des manifestations politiques ultra-partisanes et les journaux s’en font l’écho, la presse de droite se précipitant pour souligner tous les couacs et en faire porter la responsabilité au président et à sa visite officielle sur place. Cette attitude est d’autant plus dérangeante que les manifestants protestaient surtout contre les mesures sanitaires (fermeture des restaurants et des écoles, limitation du tourisme, restrictions à la participation aux cérémonies), comme s’il y avait d’autres solutions à mettre en œuvre !

© Denise Anne Clavilier
www.barrio-de-tango.blogspot.com

Pour aller plus loin :

lire le communiqué officiel de Correo Argentino (qui n’a pas encore mis le nouveau timbre dans sa boutique en ligne)

En mai, le seuil de pauvreté est resté inférieur à l’inflation générale [Actu]

Infographie INDEC
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Au lendemain du rapport sur l’inflation (IPC, indice des prix à la consommation), l’INDEC a publié hier son étude mensuelle sur les seuils de pauvreté et d’indigence à partir de l’étude de deux paniers de produits et biens de consommation courants disponibles sur Buenos Aires et sa grande couronne.

On y découvre que le panier de base (produits alimentaires) a augmenté de 2,8 % en mai, contre une inflation moyenne générale de 3,3 %. En revanche, sur douze mois, cette même sélection a augmenté de 53,4 %, ce qui est très largement supérieur à l’inflation sur la même durée (48 %).

Ce panier de base permet de déterminer les revenus nécessaires pour dépasser le seuil d’indigence, que l’organisme calcule par foyer de 3, 4 ou 5 membres.

Le seuil de pauvreté a quant à lui augmenté dans des proportions moindres : 2,4 % par rapport à avril et 49,6 sur les douze derniers mois.

Le rayon viande dans un hypermarché de l'enseigne argentine Coto
On peut voir les prix (photo Rafael Mario Quinteros, pour Clarín)
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Le gouvernement argentin envisage de répartir des aides financières aux plus pauvres, notamment aux titulaires des petites retraites. Il serait aussi sur le point de signer un accord avec les producteurs de viande pour rouvrir les frontières à l’exportation contre la garantie d’une fourniture de viande suffisante et à prix raisonnables sur le marché intérieur.

© Denise Anne Clavilier

Pour en savoir plus :

jeudi 17 juin 2021

A Salta, la nuit dernière, à minuit [Bicentenaire]

Une de El Tribuno (édition de Salta)
En bas, la photo officielle avec le gouverneur et le président


C’est aujourd’hui le bicentenaire de la mort de Martín Miguel Güemes, le gouverneur de Salta à l’époque de la guerre d’indépendance. Le seul chef de la révolution qui ait, en Argentine, trouvé la mort de la main des partisans du régime colonial. Le président argentin Alberto Fernández a fait le déplacement et il est arrivé hier dans la nuit, sous un froid intense tel qu’on le connaît rarement si près du tropique du Cancer, pour participer à la cérémonie traditionnelle au pied de la statue du héros : la guardia bajo las estrellas (la garde aux étoiles). Il a été accueilli au pied de l’avion par le gouverneur de la province, qui a considéré cette visite comme un honneur, et la maire de Salta.

Affiche officielle de la Province

Par la suite, le chef d’État a croisé des comités d’accueil beaucoup moins agréables : quelques centaines de manifestants qui ont osé politiser l’hommage à celui qu’ils disent être le héros local de la probité et du courage. Insultes, cris hostiles, pancartes, klaxon et concert de casseroles.

Dans la presse nationale, Página/12 ne parle aujourd’hui que de la cérémonie tandis que Clarín et La Nación se régalent devant les manifestations hostiles. Tout est bon dans la campagne électorale !

La garde d'honneur hier à minuit
dans leur uniforme historique, dit des Infernales de Güemes
Photo Gouveernorat de Salta

Le quotidien local, El Tribuno de Salta, équilibre les deux événements et rend compte de la visite qui continue aujourd’hui avec d’autres cérémonies traditionnelles. Le journal reproduit en vidéo la garde de nuit.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :

Par ailleurs, La Nación profite de l’occasion pour publier une interview de l’historien Miguel Angel De Marco qui fait du même coup la publicité de sa biographie du héros saltègne tandis que El Tribuno propose à son lectorat un supplément de 55 pages, téléchargeable gratuitement, intitulé Güemes, el legado de un patriota.

Le monument à San Martín en cours de restauration après plusieurs actes de vandalisme [Actu]

Quand on connaît ce monument et qu'on le voit en cage comme ça,
cela donne envie de pleurer !


Sur Plaza San Martín, dans le quartier de Retiro, au nord de Buenos Aires, s’élève un superbe ensemble sculptural en hommage au grand Libérateur du continent. Depuis le début du confinement, le monument fait l’objet de nombreux actes de vandalisme sur cette place entourée d’immeubles où il a beaucoup de bureaux, privés et officiels, et un peu moins d’appartements et où de nombreux arbres peuvent cacher ce qu’il se passe autour de la statue.

Depuis quelques semaines, elle a été entourée de grilles imposantes, si travaillées qu’on peut douter qu’elles soient destinées à disparaître. Tout l’effet fédérateur du monument a disparu : ce n’est plus un lieu où tout le monde pouvait se rassembler, quelle que soit sa classe sociale. C’est devenu un colosse intouchable. Le but de ces grilles est bien sûr de protéger ce qu’il reste de cet ensemble qui a perdu plusieurs éléments de la statue équestre (on lui a volé son sabre : il faut être pervers pour faire ça !). Les plaques commémoratives ont aussi disparu (elles sont en bronze en général et attire de plus en plus les margoulins). Plusieurs éléments symboliques, en particulier des casques antiques en bas-relief, sont eux aussi aux abonnés absents.

Le monument tel que peuvent le voir les personnes
qui ont le droit de pénétrer dans l'enceinte

Les services du patrimoine sont donc occupés à restaurer le monument, pièce par pièce.

Clarín publie ce matin un reportage sur cette catastrophe, avec de nombreuses photos. Le 17 août, c’est là qu’on rend hommage à San Martín, pour l’anniversaire de sa mort à Boulogne-sur-Mer, en 1850.

© Denise Anne Clavilier

Pour aller plus loin :


Ajout du 30 juillet 2021 :
La Nación revenait il y a quelques jours sur plus de deux siècles d’histoire de ce coin de Buenos Aires, au long passé tauromachique puis militaire, avant qu’il soit consacré à la gloire du Père de la Patrie avec l’érection de cette statue du sculpteur français Louis Daumas, en 1862, jusqu'à ce dernier avatar des grilles de protection contre le vandalisme.
Pour aller plus loin :
lire l’article richement illustré de La Nación